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     Le décret 2010-1255 du 22 octobre dernier promulgué au Journal Officiel modifie le zonage sismique français (1) . Si, jusqu'ici en Pays de Loire, le seul "Marais Breton" et son arrière pays (cantons de Bourgneuf, Machecoul et Saint-Philbert de Grandlieu en Loire-Atlantique, Beauvoir sur mer et Challans en Vendée) étaient réputés en zone sismique "faible, mais non négligeable", c'est aujourd'hui tout le sud de la Loire-Atlantique (sud d'une ligne Missillac-Ancenis), l'intégralité de la Vendée et des Deux-Sèvres, ainsi qu'une partie des départements du Maine et Loire, Charente, Charente Maritime, Vienne qui prennent le statut de zone sismique "modérée".
     Du risque "négligeable mais non nul" observé jusqu'ici sur la plus grande partie du Pays de Retz et du Poitou, au risque "modéré" auquel il va falloir faire face, la nuance semble faible, elle impliquera pourtant un surcoût important de la construction dont il importe de mesurer, s'il est possible, la pertinence.
     Avant d'aller plus loin, remarquons par simple comparaison que la région parisienne et la Bretagne sont classées en zones sismiques faibles ou très faible, ce qui est étonnant dans le cas du Massif Armoricain si l'on observe l'activité sismique relevée par le Bureau Central Sismologique Français (BCSF)
    Si la France métropolitaine qui enregistre chaque année une vingtaine de séisme de magnitude supérieure à 3.5 reste un pays de sismicité "moyenne" sans commune mesure avec d'autres régions du monde (le séisme d'Haïti le 12 janvier dernier, d'une magnitude de 7.3 a fait plus de 250 000 morts), les autorités semblent penser qu'elle n'est pas à l'abri d'un évènement majeur futur.
    Que cette "doctrine" s'appuie sur l'observation de plus en plus performante de l'activité sismique et donc de sa plus grande visibilité, qu'elle émane, dans le cadre règlementaire européen, de l'influence de nos voisins plus exposés à ces risques (Europe du sud, Grèce, Italie), ou qu'elle s'appuie sur un principe de précaution couramment observé aujourd'hui dans d'autres secteurs de l'activité humaine ; on peut penser que le témoignage d'un passé plus ancien doit légitimement entrer en ligne de compte dans son établissement.

 


     Il importe donc d'interroger ce passé, c'est ce qu'a fait l'abbé Joseph Le Clainche (2), alors curé de Bourgneuf en Retz dans un article du Courrier de Paimbœuf en 1968 (3) que je résume. Il compile les témoignages d'historiens locaux en commençant par ceux des chroniqueurs de la fin du XIe siècle :
     Le Pays de Retz semble particulièrement touché par le tremblement de terre de 1112 qui touche toute la Bretagne, qualifié d'évènement "horrible", il détruit également le monastère du Mont Saint-Michel. En mai 1118, de nombreux édifices sont renversés à Nantes et un incendie ravage la ville. En 1286, Vannes semble l'épicentre d'un séisme ressenti dans toute la Bretagne et dont les répliques de poursuivent 40 jours durant, là encore de nombreuses destructions d'édifices sont déplorées. Un siècle plus tard on signale deux tremblements de terre importants fortement ressentis à Nantes, le 5 novembre 1386 et le 28 mai 1387, ce dernier perçu jusqu'à Saint-Brieuc. En août suivant la terre tremble à nouveau mais les dégâts sont peu importants. Le comté nantais est encore touché en 1399, 1427 et 1428. En 1544, c'est Rennes qui est secouée par un tremblement de terre qui fait s'entrechoquer les meubles dans les maisons. A Nantes, le 11 août 1618, "il se fit un coup de tonnerre, la terre trembla, et plusieurs personnes furent toutes épouvantées" rapporte le registre paroissial de Saint Jacques. A Nantes encore, l'abbé Travers signale le séisme de 1701 qualifié encore de grand tremblement de terre. En mai 1722, le séisme est important car ressenti à Nantes et jusqu'à Angers, Niort et Tours. Le 10 septembre 1729, alors que Nantes vient de ressentir une nouvelle secousse, le ministre de Valincourt écrit au maire Gérard Mellier : "Le tremblement de terre n'est pas une chose commune à Nantes, c'est pour cela que je vous serais très obligé de me faire faire une petite relation la plus exacte qu'il se pourra de celui qui est arrivé tant dedans que dehors de la ville". On voit par là que les autorités prennent conscience d'un risque et que la recherche d'information apparaît déjà comme l'un des paramètres de limitation de ce risque. La mission du BCSF concrétise aujourd'hui cette volonté de collecte des observations sismologiques.
     Du 14 au 15 mai 1751, le Pays de Retz est touché par un phénomène qu'il conviendrait d'examiner plus en détail. La combinaison d'un vimer et d'un tremblement de terre entraînent l'effondrement de plusieurs digues et la fissuration du clocher de Pornic. L'évènement, pour lequel Mellinet parle de "terribles secousses" pourrait-il correspondre à un tsunami consécutif à un séisme ?
     En 1767, le marais breton est touché par le premier séisme dont on trouve trace dans les archives du BCSM, l'intensité épicentrale est estimée à 6. En 1793, on signale encore deux séismes, mais c'est avec celui du 25 janvier 1799 que les témoignages se font plus précis : Par forte marée et pleine lune, la terre tremble à Machecoul et Bouin, la secousse est ressentie jusqu'à Josselin, dans la Sarthe et les Deux-Sèvres, jusqu'au sud de la Vendée. Un  bruit "comme une forte bordée de canons" suivi d'un grondement qui se prolonge, le vent soufflant en tempête causent l'effroi dans la population. A Machecoul comme à Bouin, les destructions sont grandes. Le chroniqueur de Bouin relate : "Il nous a semblé pour un instant être englouti sous les débris de nos demeures ; plusieurs murs et maisons sont tombés ; la flèche du clocher, tout en pierre de taille, construite à siment est sur le point de tomber, ainsi que plusieurs maisons …". A Machecoul, secouée par deux secousses de 5 à 6 secondes de nombreuses maisons sont renversées mais on ne déplore pas de victime humaine. A Nantes on signale la chute de vieilles maçonneries et de quelques cheminées tout en remarquant que la secousse fut plus violente que celle de l'année précédente … A Bouin, les répliques des 5 et 6 février causent de nouvelles destructions.
     Du 25 janvier au 21 mars, la terre tremble dans tout ce territoire où l'on pourrait reconnaître la zone de sismicité modérée du récent décret. L'intensité épicentrale estimée à partir des témoignages de destructions, est de 7.5.
     C'est entre le degré 6 et le 8 qu'apparaissent les plus importants dégâts sur le batî. Ces destructions s'accompagnent d'un bilan humain très lourd lorsque la mauvaise qualité des constructions va de pair avec une forte densité de population, on l'a vu à Haïti (magnitude de 7.3) où l'épicentre du séisme était proche de Port-Au-Prince.
     L'abbé Le Clainche signale encore deux séismes remarquables en 1810 et 1812, ce dernier comme quelques uns de moindre importance au cours du XIXe siècle semble avoir son épicentre dans l'estuaire de la Loire. Selon le BCSM, des épicentres d'autres séismes modérés sont localisés à Saint Jean de Boiseau (1826), Bouaye (1862), Paimbœuf (1877).
     Après l'épisode de 1799, la sismicité locale connaît donc une période de relative accalmie qui se poursuit encore de nos jours. Les données plus précises recueillies au XXe siècle permettent cependant de préciser le degré d'intensité et l'épicentre de ces évènements plus modestes, 4.5 à Machecoul en 1905, 5 à La Marne en 1927, 4 à Nantes en 1932 et 1933, ainsi qu'à Préfailles en 1942, 5 à Bourgneuf en 1945, 4 à Frossay en 1956 et à Noirmoutier en 1959.
     L'observation des évènements récents permet de remarquer l'activité sismique soutenue du Poitou et de la Charente. En 2010, les trois séismes les plus intenses (sur 11 supérieurs au degré 3 en France métropolitaine) y sont observés : Oléron le 28 septembre (4.5), Fontenay-le-Comte le 30 juin (4.2) et Poitiers le 25 juillet (4). Le site d'Oléron est le théâtre de fréquents séismes, ainsi, celui de 1972 (degré épicentral de 7) fut ressenti au degré 4 sur la côte du Pays de Retz.
     La plus grande précision apportant une meilleure fiabilité aux archives de la fin du XVIIIe siècle, il est logique que les séismes de cette période, dans notre cas ceux qui ont pour théâtre le secteur du Marais Breton Vendéen, aient influés sur l'établissement de la carte des zones sismiques à risque. C'était le sens du classement aujourd'hui révolu.
     L'évolution récente du zonage (la décision politique est récente, mais la carte prévisionnelle dite aléa sismique est connue depuis le lancement du plan séisme français en novembre 2005) prend en compte l'histoire sismique récente consultable sur le site du BCSM. Le regard évidemment trop superficiel proposé ici sur le passé plus ancien, même s'il est obéré par la moindre fiabilité des documents disponibles, renforce la légitimité des choix récents. J'avancerai deux raisons à l'appui de cette observation :
     La première est d'ordre temporelle. La périodicité d'évènements destructeurs n'est pas régulière, elle permet cependant d'observer que leur absence pendant plus de deux siècles sur un territoire donné ne permet certes pas de l'exonérer de ce risque dans un futur plus ou moins proche. Tout au plus peut-on espérer dans le monde rural et les petits centres urbains une meilleure résistance du bâti contemporain à de tels évènements (dans les cantons jusqu'ici concernés par le risque sismique, le respect de règles parasismiques s'impose). Le bâti ancien notamment de caractère patrimonial (je pense aux clochers et campaniles) reste le plus menacé.
     La seconde raison est d'ordre spatiale. Le risque sismique en terme humain est directement lié à la densité de population sur le site exposé. Il paraît donc important d'intégrer dans une démarche de prévention les sites urbains proches des zones à risques identifiés. Les sources anciennes permettent d'identifier près de Nantes des séismes ressentis dans la ville avec une intensité proche de 7 (1799). Cette valeur est encore atteinte en 1972 à Oléron. Pour ne prendre que deux exemples, nul ne peut dire aujourd'hui ce que seraient les conséquences d'un tel évènement sur la résistance des bâtiments de grande hauteur construits dans les années soixante en absence de toute règle de construction parasismique ou sur les infrastructures industrielles de l'estuaire, en elles-mêmes déjà génératrices de risques.
      Même si la probabilité temporelle d'un séisme majeur est plus faible que celle liée aux attaques de la mer, le risque existe donc d'un évènement que le public n'imagine aujourd'hui qu'éloigné de nos contrées. Dans cette perspective, comment ne pas rapprocher également les risques potentiels menaçant la côte Atlantique du sud de la Bretagne à la Gironde. Le Marais Breton et le sud Vendéen durement frappés par Xinthia sont aussi des zones de forte activité sismique.
     Un document de la Sécurité civile de Loire-Atlantique qu'il n'est peut-être pas inutile de signaler ici, bien qu'aujourd'hui caduque sur l'aspect réglementaire (la carte des aléas s'étant substitué au zonage réglementaire) rappelle les précautions à prendre en cas de séisme : parmi celles-ci : éviter les zones côtières !

  

                                                                                                  PatBdM

 

(1)  Cinq zones de sismicité très faible (1) faible (2) modérée (3) moyenne (4) forte (5). Seules les quatre premières intéressent la France métropolitaine. A ces zones sont attachées une accélération des vitesses de mouvements du sol, la zone de sismicité modérée correspond à une accélération comprise entre 1.1 et 1.6 mètre par seconde/seconde (m/s²).
(2) Recueil de ces articles aux Archives départementales : ADLA in 4° 73
(3) A la suite d'un tremblement de terre ressenti à Bourgneuf et Challans le 15 mars 1968 suivi d'une réplique le 24.

CarteAleaSismique.jpg

La carte Aléa sismique (novembre 2005)