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« Dieu, les élus, les angelots, sis en haut de leur empyrée,
Ne reconnaîtront plus bientôt le fin profil de la Vendée.
Vents et marées sont repoussoirs ou bien assommoirs – c’est selon.
L’océan recule à Beauvoir, mais il avance à l’Aiguillon. »

Paul Fort, Ballades françaises, Tome X
Flammarion, 1947


         En 2005, le géographe Fernand Verger citait Paul Fort en exergue du chapitre consacré au Marais Breton et à la Baie de Bourgneuf dans son ouvrage Marais et estuaires du littoral français (éditions Belin – 2005). Interrogé par Sylvain Kahn sur France Culture après le passage de la tempête sur nos côtes le 28 février dernier,
il expliquait pourquoi les précédentes de 1940 et 1999, intervenues par de moindres coefficients de marées, annonçaient inéluctablement une catastrophe que les seules lois de la probabilité contribuaient à éloigner de notre temps.
Dans cette Vendée extrême où est niché notre petit port du Collet, le vimaire (du latin vis major, force majeure) a emporté deux amoureux de la Grande vasière, les yeux pleins de l’un de ces inoubliables couchers de soleil sur les vases mordorées de la Baie de Bretagne, « les plus beaux que je connaisse » écrit notre historien local (Emile Boutin, Les charmes de la Grande Vasière, Bulletin municipal des Moutiers – 1980).
Géographes et historiens le répéteront sans doute en vain, le maintien de l’habitat dans les zones inondables est insensé et criminel, mais qui les écoute ? On nous parle d’endiguement renforcé, et de consacrer des millions (milliards ?) d’euros à bétonner les zones humides pour satisfaire à la sécurité et à la spéculation immobilière ! (on préfère dire pression foncière, expression politiquement correcte). Notre joli cordon dunaire, du Bourg des Moutiers au Collet, qui surmonte les vieux perrés aujourd’hui ensablés, et protège timidement nos marais salants, serait sans doute menacé dans un tel scénario.
Comme jadis contre un ennemi envahisseur, la protection exhaustive est une vue de l’esprit. Protéger les lieux habités est une priorité, une autre est de ne pas les étendre. Pour le reste un développement durable passe par la nécessité de laisser sa part à la mer. Faut-il dépoldériser se demande Fernand Verger ?
La mer nous a montré au Collet en rompant la vieille digue de Bouin qu’elle avait des velléités de revanche sur l’homme qui lui a tant pris.


2010-02-28 LeCollet-1
Photographie panoramique du port du Collet orienté plein ouest, quelques heures après la tempête.
La ligne de quai n’est plus perceptible que par l’alignement des bateaux. Au sud, l’extrémité de la digue de Bouin a cédé, laissant la mer reconquérir pour un temps les polders de la Coupelasse.
En arrière plan, l’image un peu indécente d’une société de loisir qui n’attend pas pour manifester sa présence.

                                                                                     (photographie Patricia Pipaud)

 

Tag(s) : #Raconter son village