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HIPPOLYTE ALFRED PALVADEAU  1861- 1918
H-Palvadeau.jpg
 Instituteur des moutiers 1890-1918
 secrétaire de mairie 1903-1918
 fondateur de la bibliothèque

Hyppolyte PALVADEAU est une des figures les plus attachantes parmi celles des maîtres d'école qu'a connu le Bourg des Moutiers. Evoquer la vie d’un homme ordinaire n’est pas chose aisée, pourtant la lecture attentive de documents d’archive permet parfois d’approcher la personnalité d’un homme, d’en éprouver les joies et les espérances, les émotions et les doutes. Une vie, même ordinaire est tributaire de l’histoire de son temps. Normalien au temps de Jules Ferry, républicain convaincu en cette fin de dix-neuvième siècle où la république peine encore à s’imposer, croyant sincère en ce début du vingtième siècle symbole de désarroi pour l’église de France, Hippolyte Palvadeau arrivera au terme de sa vie en un temps où bon nombre voit la fin d’un monde symbolisée par une génération sacrifiée : celle de ses élèves. Cet homme  a consacré la moitié de sa vie à la commune des Moutiers, il ne me paraît pas injuste de lui consacrer quelques lignes.
   La famille d'Hippolyte PALVADEAU est originaire de Noirmoutier, mais posséde peut-être quelques attaches monastériennes (un Hippolyte Palvadeau de Liarne figure dans la liste des premiers communiants de 1841), il est né à Pornic en 1861, breveté en 1880,   il a tout d’abord rempli pendant 9 ans la fonction d’adjoint dans plusieurs écoles : Belligné (1880), St Julien de Vouvantes (1882), St Joachim (1883), et l’école des Garennes à Nantes (1884) avant d’être titularisé à Cheix en 1889. En 1890, il émet le souhait d’obtenir un poste définitif, dans une commune où l’instituteur n’est pas secrétaire de mairie,  pourvue d’une station de chemin de fer, et à proximité de Pornic. Le poste des Moutiers est le seul qui corresponde à ces conditions. Ce choix effectif de son poste par l’instituteur est à rapprocher de celui fait quelques années plus tôt par sa collègue de l'école des filles, Héloïse Provost et n’est pas étranger à la longévité de ces deux enseignants aux Moutiers. Ce n’est d’ailleurs pas leur seul point commun, tous deux sont issus de familles possédant des marins, mais ces similitudes ne favorisent pas toujours leur entente. Le caractère difficile de l’institutrice en fin de carrière (elle est en poste aux Moutiers de 1884 à 1908) ne facilite pas la vie de son jeune collègue au caractère moins affirmé.
Après la sévérité probablement excessive de son prédécesseur, l’attitude plus douce du nouveau maître est appréciée des enfants, mais lui est discrètement reprochée lors des inspections. La discipline laisse à désirer, durant les premières années. Hormis cela, Hippolyte Palvadeau réussit bien aux Moutiers et paraît y être à sa place suivant l’expression même de l’inspecteur. En 1892, il fonde une bibliothèque qui va vite devenir l’une des plus fréquentées de la circonscription. Son enseignement est généralement jugé de bonne qualité mais il utilise  souvent des moniteurs ce qui n’est pas apprécié. Cet emploi des plus grands élèves comme répétiteurs pour les plus jeunes du cours préparatoire, est une réminiscence de la méthode mutuelle chère aux tenants de l’école laïque cinquante ans plus tôt, mais l’inspecteur primaire ne tolère que du bout des lèvres cette habitude prise pour répondre aux difficultés de la classe unique. En 1893, Hippolyte Palvadeau célibataire, prend à sa charge deux jeunes neveux orphelins, et fait preuve en 1899 de dévouement dont le détail ne nous est pas connu et qui lui vaut une lettre du ministre auquel il répond « .. le devoir est facile à accomplir lorsqu’il est dicté par la tradition familiale ».
Au tournant du siècle, l’instituteur va connaître quelques difficultés. Les résultats du certificat d’études de 1900 sont désastreux, sur les 3 candidats présentés, aucun n’est reçu même à l’écrit. L’inspection qui suit, le 21 août, est visiblement provoquée par cet échec. Elle constate le fléchissement de l’enseignement. Cette crise survient peu après le mariage de l’instituteur qui lui a créé quelques inimitiés dans la commune, un parti hostile s’est créé et le maire prête l’oreille à ces critiques, l’institutrice n’est pas la dernière à dire du mal de son collègue, mais l’inspecteur préfère ne pas relever ces propos «  .. à cause du grand age de Mme Provost » (elle a 55 ans !). Hippolyte Palvadeau supporte mal cette situation et demande son changement. Le poste de Fresnay serait une possibilité, mais la place est moins bonne et l’inspecteur qui considère un déplacement comme une mesure trop rigoureuse, conseille la patience. L’année suivante, les choses s’apaisent, les démarches faites pour obtenir le déplacement de l’instituteur ont échoué, on le laisse tranquille. Le succès de son cours d’adultes (23 élèves en 1900) est là pour témoigner des soutiens qu’il conserve au bourg. Parmi ceux ci, Pihier Géraudière délégué cantonal qui habite le Collet le trouve «  de bon conseil moral, ne s’occupant que de sa classe .. »
Dès son arrivée aux Moutiers, l’administration avait trouvé regrettable le manque de supplément de rémunération de ce poste. Le traitement annuel est de 1300 F, il atteindra 2000 F en 1912. Le supplément du cours d’adultes, lié à la fréquentation, varie de 25 à 75 F par an, ce qui est peu, comparé aux revenus que procurerait le secrétariat de mairie. En 1900, le secrétaire en place a 78 ans, son remplacement est à l’ordre du jour. Les 300 F annuels auxquels s’ajoutent 75 F pour les frais de bureau, seraient les bienvenus pour le jeune ménage, mais la crise ouverte relatée plus haut fait échouer ce projet. L’accalmie des années suivantes et l’amélioration des rapports avec le maire vont rendre les choses possibles au printemps 1903, Hippolyte Palvadeau devient le premier instituteur secrétaire de la mairie des Moutiers.
Cette amélioration des rapports avec la municipalité, et cette nouvelle fonction, vont lui valoir de nouvelles critiques de la part de l’opposition politique. En février 1906, un article du journal « Le Pays de Retz » met en cause le travail du secrétaire membre du comité républicain. L’irrégularité des heures d’ouverture de la mairie et la trop grande part qu’il prend à la vie locale lui sont reprochées. A travers lui, c’est le maire M. Jaunet que l’on veut atteindre. L’atmosphère politique est extrêmement tendue à quelques semaines des inventaires des biens des établissements de culte, consécutifs à la loi de séparation de l’église et de l’état (décembre 1905). L’inspecteur conseille au maître de ne pas répondre aux critiques, mais celui-ci est affecté par ces attaques. La tension politique autour des problèmes religieux fait vaciller ses convictions au moment où il procède à l’enlèvement du crucifix de sa classe, il doute même de l’intérêt de son travail à la mairie et évoque un instant sa démission.
Dans les années qui suivent, la discipline s’améliore et les résultats sont satisfaisants. Les leçons cependant manquent un peu d’animation et de concret, le maître peine à mettre en pratique les consignes des conférences pédagogiques de l’inspecteur. On lui demande de rendre son enseignement plus vivant par l’emploi d’une méthode plus active. « Il est absolument nécessaire dans toutes les écoles primaires, mais surtout dans nos écoles rurales, de faire continuellement appel au concours de l’enfant, de l’obliger à exprimer sa pensée … » Une initiative du maître est appréciée de l’inspecteur, dans le but de réveiller ses écoliers, il leur fait exécuter des mouvements de gymnastique entre chaque cours, les plus jeunes ayant en effet tendance à coucher la tête sur la table lors des leçons destinées aux plus grands.
Lorsque survient la déclaration de guerre en 1914, Hippolyte Palvadeau a 54 ans, trop âgé pour être mobilisé, il va continuer d’assurer son service à la mairie et auprès des enfants. Aux Moutiers, 95 hommes  sont mobilisés et 33 d’entre eux vont laisser la vie dans cette guerre, L’instituteur, présent dans la  commune depuis 24 ans, les a tous vus sur les bancs de son école. Chaque mauvaise nouvelle apportée aux familles, s’accompagne pour lui de souvenirs d’enfants heureux et de la douleur des vies brisées. Des réfugiés belges et français, chassés par les armées prussiennes, s’installent aux Moutiers, quelques enfants de ces familles viennent grossir les effectifs des écoles. A partir de 1914, faute de personnel suffisant, les inspections annuelles ne sont plus assurées, nous privant ainsi de renseignements sur cette période. Dans beaucoup de communes, des institutrices vont remplacer leurs collègues mobilisés. Les locaux scolaires eux-mêmes sont parfois réquisitionnés, comme à la Bernerie où une ambulance, annexe de l'hôpital installé dans les locaux de Saint Stanislas de Nantes, reçoit quelques blessés du front. Les épreuves répétées de ces années-là vont avoir raison de la santé d'Hippolyte Palvadeau qui souffre d'affection cardiaque. A la fin de 1917, une attaque le laisse hémiplégique, son épouse demande sa mise à la retraite au début de 1918, mais il s'éteint le 10 février. Ainsi disparaît, à l'âge de 57 ans, l'instituteur qui, à ce jour, détient la plus grande longévité dans le poste des Moutiers, le seul aussi qui soit décédé dans l'exercice de ses fonctions. Une photographie, confiée par sa famille, toujours fidèle aux Moutiers, le représente, sans doute un peu avant 1914, vêtu de sa blouse de maître d'école.
Hippolyte Palvadeau était un homme ordinaire, je l’imagine volontiers plus enclin à la bonhomie qu’à une sévérité excessive envers ses élèves, manque d’autorité certes mais toutes les inspections le confirment, c’est un homme tranquille, fortement convaincu de l’utilité de sa mission, tourmenté parfois par les médisances inhérentes à sa position publique dans une société très fermée. Mais il n’a rien du hussard noir de la république, il remplit simplement sa mission d’éducateur avec le sentiment, inculqué dans les écoles normales de Jules Ferry, d’être au service d’une grande cause.
Un témoignage certes centenaire, mais ne pouvons-nous pas y trouver une source d’inspiration pour répondre aux interrogations de notre temps. Entre dérive sécuritaire et abandon de toute autorité, la voie de l’éducation existe, il suffit peut-être d’en être convaincu.

 Sources : Archives départementales de Loire Atlantique : séries T (instruction publique) STI (inspection académique) et O (administration communale);  Archives paroissiales des Moutiers.

Ce texte est extrait d'une série d'articles publiés dans le Bulletin municipal de la commune des Moutiers en Retz de 2000 à 2OO2
 
Crédit photo : famille JOUZEL
    

 
 

 

 

 

Tag(s) : #Raconter son village