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Je vous avais promis de vous conter ici le petit roi d'Yvetot de ce cher Gédéon. Pour qui veut se délasser des horreurs du siècle nouveau, rien de tel que de se plonger dans les turpitudes du grand siècle avec pour guide Tallemant des Réaux et ses historiettes.
Antoinette de Bretagne dame du Breffe, belle sœur de Madame de Montbazon , belle-mère de Madame de Guéméné , prend en 1624, pour second mari, René du BELLAY, prince d'Yvetot. Dernier représentant de la branche aînée de cette célèbre famille du Val de Loire, il est l'arrière petit-fils d'un cousin germain de Joachim du Bellay. Voir ici la généalogie de la famille du Bellay.
Eustache, le grand père de Joachim, chambellan du roi René, donne le nom de son protecteur à son fils aîné qui vient guerroyer en Bretagne avec le roi Charles VIII. Jean, le frère cadet de René est gouverneur de Brest, il épouse Renée de Chabot en 1504, elle est la mère de Joachim. Les archives du château de Chantilly citent en 1539 René du Bellay comme seigneur de Liré, que son neveu préférait au mont Palatin, et le disent sire d'Oudon en 1550. Les titres du duché de Retz (ADLA 1E641) mentionnent aussi René (le même ?) sgr de Rocheservière époux de Magdeleine de Malestroit vendeur de la seigneurie de la Touche-Gerbaud  (le manoir de la Touche existe toujours à Pornic) en 1533. Le second René, épouse sa cousine Marie, fille du dernier "roi" d'Yvetot, nièce du cardinal du Bellay qui accueillit jadis à Rome l'auteur des Regrets.roid-yvetot.jpg

Le petit roi d'Yvetot

Il était un roi d'Yvetot
Peu connu dans l'histoire ;
Se levant tard, se couchant tôt,
Dormant fort bien sans gloire,
Et couronné par Jeanneton
D'un simple bonnet de coton,
Dit-on.
Oh ! oh ! oh ! oh ! ah ! ah ! ah ! ah !
Quel bon petit roi c'était là !


La chanson de Béranger
écrite en 1813 par dérision dit-on envers l'empereur lui-même, ne rend pas justice à cet authentique petit roi qui inspira bien des historiens locaux normands comme Rémy de Gourmont .
Le père de Marie du Bellay, Martin, sgr de la Herbaudière, devient roi d'Yvetot en épousant Isabeau Chenu, héritière de cette petite principauté normande bénéficiant d'une exemption fiscale, du droit de jugement sans appel, et de l'exonération de la "foi et hommage" signes d'une quasi indépendance vis-à-vis du royaume de France. Mais Martin, qui va voir disparaître ces privilèges sous les coups du Parlement de Normandie, est aussi un personnage important de la cour de François Ier. Diplomate et grand capitaine, il fait, comme son frère Guillaume,  sgr de Langey, oeuvre de mémorialiste et d'historien du règne de François Ier. On attribue aux deux frères, le mérite d'avoir fait attirer des savants et beaux esprits à la cour.

"Je veux que l'on donne une place honorable à mon petit roi d'Yvetot" déclare Henri IV lors d'une cérémonie, il s'agit sans doute du second Martin, petit fils du premier, époux de Louise de la Savonnière (les statues de marbre blanc de Martin II et de son père René II sont dans l'église de Gizeux) . Des fils qu'elle lui donne, René, marquis de Thouarcé, lieutenant du roi de la province d'Anjou, est l'aîné, né vers 1607, il est aussi baron de la Forê-sur-Sèvre, sgr du Plessis-Macé, Riblères, Missé, le Chatelier et prieur d'Yvetot. Il épouse très jeune Antoinette de Bretagne, veuve de Pierre de Rohan Guéméné, mais va se faire tuer, tout boiteux qu'il est (d'après Tallemant) à vingt ans au siège de la Rochelle, sans jamais probablement visiter sa terre du Breffe au Clion. Talllemant des Réaux, qui consacre une historiette à Charles du Bellay, frère cadet de René évoque ainsi les deux frères (Historiettes II p 616 éd. de la Pléiade) :

"Monsieur du Bellay, roy d'Yvetot, est un homme assez ordinaire en toute chose ; premièrement il est bossu devant et derrière, cela luy est arrivé par accident : luy et son frère aisné, qui mourut enfant (il eut tout de même le temps de se marier et de se faire tuer à la guerre) estoient nourris à la terre de Mont, près de Loudun ; le plancher de leur chambre s'enfonça ; l'aisné en demeura boitteux, et celui-cy bossû. Apparemment il se desmit l'espine du dos, et on y prit pas garde. Son père le maria, sans regarder au bien, à une fille de la maison de Rieux, de Bretagne, une des meilleurs de ce pays-là … Cet homme s'est amusé à faire le roi d'Yvetot chez luy, en Anjou, et ne venoit à la cour que pour y perdre son argent. Ce n'est pas qu'il manque d'esprit ; mais il aimoit tenir son quant à moy à la province." La fierté de Charles du Bellay atteint aussi sa femme "vous diriez que sa maison de Rieux est la maison de Bourbon". Mais l'époux se révèle grand dépensier par ses goûts amoureux : "On dit dans le pays qu'il a donné jusqu'à huict cent mille livres … Le premier garçon dont il fut amoureux estoit un marmiton : il luy donna plus de quatre-vingt mille livres. Après son maîstre d'hostel succeda au marmiton, et le voloit in ogni modo …" suit l'énumération des amants de Charles du Bellay, le dernier, un bohème nommé Montmirail "en a tiré quarante mille livres, quoyque le bon seigneur n'eust plus guères de quoy frire ; on le voyait avec ses cheveux gris et ses deux bosses danser avec des Egyptiennes …"
"Il y a eu souvent noise en ménage" dit Tallemant et sa femme "séparée d'avec luy ; elle estoit devenüe fort fière et faisoit un peu très-fort la reyne d'Yvetot".

Le couple n'eut pas d'enfant. Charles du Bellay, dernier représentant de la branche aînée (celle de Joachim) transmit le titre d'Yvetot à sa tante Marie (on l'appelle aussi Marguerite ou Madeleine) femme de Georges Babou de la Bourdaisière.
Les sœurs de Georges Babou ont aussi fort inspiré Tallemant des Réaux, Françoise, l'aînée sera la mère de Gabrielle d'Estrées maîtresse d'Henri IV, la cadette Isabeau mère du cardinal de Sourdis déjà rencontré ici.
Je reparlerai de ces Escoubleau de Sourdis possessionnés aussi en Pays de Retz.

 

 

 

Tag(s) : #De l'histoire locale à la grande Histoire