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Dimanche 18 mai 2008






En 1999, Hugo Chavez, nouveau président de la République Bolivarienne du Venezuela (nom officiel du pays depuis la constitution de 1999), organisait le retour à Caracas des cendres de Antonio Guzmàn Blanco, l'un de ses prédécesseurs mort à Paris cent ans plus tôt. Il inaugurait ainsi sa présidence en s'inscrivant dans la continuité de l'histoire latino américaine. Ce geste répondait à celui du général Guzmàn Blanco, président des Etats-Unis du Venezuela faisant transférer au panthéon national vénézuélien les cendres du Libertador, Simon Bolivar le 28 octobre 1876 .

Le général Guzmàn Blanco (1829-1899), fils d'un journaliste fondateur du parti libéral, arrive au pouvoir en 1870 à l'issue de la Révolution d'Avril, sa mère est apparentée à la famille de Bolivar. Ses fonctions précédentes de diplomate et de ministre des Relations Extérieures l'ont conduit en Europe et en particulier dans la France du Second Empire qui le fascine (sa fille épousera en 1886 le fils du duc de Morny principal ministre de Napoléon III). Sous les présidences de Guzmàn Blanco, Caracas prend des allures de petit Paris et l'élite du pays pratique la langue française. Politiquement, il pratique une sorte de pouvoir particulier (1) qui le fait surnommer "l'autocrate civilisateur". Caudillo au pouvoir fort, pratiquant le culte de la personnalité mais non exempt d'esprit de conciliation, il fait entrer son pays dans une ère de modernité en s'inspirant d'idées libérales que ne dénonceraient pas les républicains français les plus radicaux. Dès 1870, l'instruction devient gratuite et obligatoire. Dans les années qui suivent, il fait fermer les séminaires et les couvents, instaure le mariage civil. Le chantier de la modernisation du pays passe aussi par de nouveaux codes juridiques et le lancement de grands travaux dirigés par le nouveau ministère des Travaux publics. L'urbanisme des grandes villes va désormais s'inspirer des monuments parisiens. Dans la capitale, on inaugure le capitole et la place Bolivar qui va s'orner de la statue équestre du grand homme, mais aussi le Temple maçonnique que le président, franc-maçon lui-même inaugure. A l'occasion du centenaire de la naissance de Bolivar (1883), le président proclame sa foi dans le progrès : "Ce nouveau Venezuela qui, à l’occasion du grand devoir de célébrer le centenaire du Père de la Patrie, se montre régénéré, plein de forces, de vitalité, de conscience publique et jouit de tous les progrès bienfaisants de la civilisation"  (2).
Mais Guzmàn Blanco est aussi un dictateur mégalomane et son imitation, par trop évidente, des fastes du second Empire français, lui valent bien des oppositions. Au pouvoir de 1870 à 1877 (le septennat), il passe la main à l'un de ses fidèles, pour la reprendre en février 1879 et accomplir un quinquennat (1879-1884). C'est au début de cette période que se déroule la visite nantaise. En quittant Nantes, le président vénézuélien se rend à Paris pour rencontrer le président Jules Grévy. Il assiste également au congrès des américanistes à Bruxelles. Après un court intermède, où il rejoint Paris comme ambassadeur, Guzmàn Blanco revient une dernière fois au pouvoir pour diriger le gouvernement dit d'acclamation nationale (1886-1887), mais les divisions du parti libéral et la rupture des relations diplomatiques avec la Grande-Bretagne lui font quitter la présidence en août 1887. Il quitte le pays pour l'Europe où il va continuer ses activités diplomatiques jusqu'en 1889. Il se consacre ensuite à l'écriture et meurt à Paris en 1899.

Le pornicais Louis Herbette,  après son passage remarqué au secrétariat du comité des gauches du Sénat lors de la crise du 16 mai 1877, a bien mérité de la République. Nommé à la fin de l'année 1877 préfet de la Somme, il quitte Amiens un an plus tard pour rejoindre en mars 1879 à Nantes la préfecture de Loire-Inférieure. Contre toute attente, le Conseil général à majorité Légitimiste, ne fait pas trop mauvais accueil à ce jeune préfet expert en diplomatie. Le baron de Lareinty, président du Conseil, est aussi sénateur et connaît la bonne réputation de gestionnaire d'Herbette. Il ne va pourtant pas ménager le représentant de la République dans son département lors de l'élaboration et le vote des lois scolaires de Jules Ferry.
L'accueil flatteur que le préfet réserve au président Guzmàn Blanco quelque mois après sa propre arrivée à Nantes, ne dénote pas seulement l'entregent et la cordialité de Louis Herbette que se plaisent à souligner les journaux républicains nantais, mais reflète également la fascination que peut exercer sur un jeune républicain la personnalité brillante d'un héros du libéralisme. Ce libéralisme est bien sûr teinté de l'autoritarisme du caudillo, mais la fonction militaire, en ces années où la France doit digérer la défaite de 1870, ne rebute pas encore les républicains, et même fascine la fraction radicale, on le verra bien avec la crise Boulangiste. On peut penser cependant que les admirations bonapartistes du général n'eurent pas d'écho chez son jeune interlocuteur. En bien des domaines de sa propre compétence, Louis Herbette pouvait prendre leçon de ce général latino américain. Négociateur, organisateur hors pair, expert juridique et financier, l'homme d'Etat ne pouvait que fasciner le préfet.
Louis Herbette n'est pas un inconnu à Paris, et depuis la crise du Seize mai, il fréquente les soirées du président Jules Grévy en compagnie de son frère Jules, un des conseillers les plus écoutés du futur président du conseil Charles de Freycinet. Les bonnes relations des frères Herbette avec celui-ci, alors ministre des travaux publics, vont valoir au département l'impulsion décisive pour le démarrage des travaux du canal de la Basse Loire. Mais Freycinet n'est pas seulement l'homme des voies navigables, il est aussi celui du plan Freycinet qui donne à la France la plus grande extension de son réseau de voies ferrées. Le général Guzmàn Blanco et Louis Herbette ne manquent donc pas de sujets de conversation en ce 24 juin 1879.
La brève rencontre de ces deux belles barbes, qui auront encore l'occasion de se croiser lors de l'Exposition Universelle de 1889 inspira peut être au plus jeune la fascination qu'opérera sur lui, en son âge mûr, le Nouveau Monde.

(1) LANGUE Frédérique, Histoire du Vénézuela, Paris, L'Harmattan 1999
(2) DAVILA, Luis Micardo, L’imaginaire politique vénézuélien, Paris, l’Harmattan, 1995


Le Phare de la Loire du 25 juin 1879

"M. le président des Etats-Unis de Venezuela – le général Blanco – est arrivé à Nantes, hier soir, par le train de sept heures ; il venait de Saint-Nazaire, où il avait débarqué à 2 heures environ de l'après-midi.
M. le préfet, averti un peu tard, a pu cependant faire au chef d'une nation amie l'accueil le plus flatteur et le plus honorable. Il est allé l'attendre à la gare, accompagné de M. le secrétaire-général et des membres du conseil de préfecture, tous en uniforme de grande tenue. La préfecture et la gare avaient été pavoisées, un salon avait été préparé à la gare pour recevoir le général Blanco, qui ne s'y est arrêté que pour entendre M. le préfet souhaiter la bienvenue au chef d'un pays avec lequel la France se trouve reliée par la ligne des paquebots de Saint-Nazaire : pays admirablement fertile et d'une vaste étendue qui envoie chez nous ses principaux produits et est habité par un nombre important de nos nationaux.
 Le bruit de l'arrivée du général s'étant répandu dans la ville avec rapidité, plusieurs centaines de personnes s'étaient portées à sa rencontre. Descendant de wagon en grand uniforme, suivi du secrétaire général de la présidence et de sa maison militaire, il est monté dans une première voiture où ont pris place le préfet, le secrétaire général de Venezuela, le secrétaire général de la préfecture ; les aides de camp du général et le secrétaire de M. le préfet occupaient les deux autres voitures.
Voici les noms des personnes composant la suite du président :
M. le Dr Eduardo Caleano, secrétaire du président, les généraux Vicente Barro et B. Figuerédo aides de camp, Dr Paul Rojas, avocat de la haute cour fédérale et M. Francisco Caléano, consul de Venezuela à Saint-Nazaire.
Par une gracieuseté très appréciée M. le préfet a voulu donner une idée au général de la ville de Nantes. Les voitures ont suivi les quais et sont rentrées à la préfecture en passant par les rues de Crébillon, d'Orléans, Hautes et Basses-Grande-Rue, les places Saint Pierre et Louis XVI. Le président a été émerveillé du coup d'œil que présentait l'animation des principales artères de la ville.
Le soir un dîner de 25 couverts réunissait, avec le général et sa suite, M. le maire de Nantes, M. Colombel adjoint et conseiller général. M. Sarradin adjoint, et les principaux fonctionnaires du département ainsi que M. le vice-consul de Venezuela. M. le général de Cissey, retenu par d'autres devoirs, n'a pu venir saluer le président que le soir. Les consuls étrangers sont venus également dans la soirée lui rendre visite.
Un toast de M. le préfet, adressé à nos hôtes et à leur pays, et la réponse de M. le président avec ses remerciements et ses vœux les plus bienveillants pour l'assistance, le préfet et Mme Herbette, pour Nantes, la France et M. le président de la République, ont été accueillis avec grand plaisir.
La réunion s'est terminée en laissant à tous, le meilleur souvenir.
Le général Blanco est parti ce matin à 7 heures 20 pour Paris, laissant à tous ceux qui ont eu l'honneur de l'approcher l'impression la plus favorable. C'est un homme de 55 ans environ, grand, d'un extérieur agréable, dénotant par ses paroles, ses traits et ses manières, une grande bonté unie à une grande force morale. Il s'est montré pour tous extrêmement courtois, et il a emporté de la réception qui lui a été faite à la préfecture par M. et Mme Herbette, et de la ville de Nantes, la meilleure impression.
A son arrivée, les nombreux curieux que sa présence avait attirés, en voyant passer devant eux le président d'une République amie et, à ses côtés, le représentant de la République française, n'ont pu s'empêcher de pousser le cri, plusieurs fois répété, de Vive la République
La République de Venezuela qui compte pour villes principales Puerto-Cabello, Maracaïbo, Caracas, Cumana et La Guaira, est un des Etats importants de l'Amérique du Sud. Le développement de ses côtes maritimes est de 1200 kilomètres avec 32 ports. Sa superficie est de 1.114,500 kilomètres carrés et sa population de 1.600.000 âmes.
Le général Guzman Blanco est au pouvoir depuis le mois d'avril 1870, époque où il y fut porté par un mouvement fédéraliste. En 1874, les conservateurs tentèrent avec le général Colin de renverser son gouvernement, mais ils furent battus. Cet homme d'Etat, aux idées libérales, s'est attaché à rétablir le calme et à faire prospérer le pays, en donnant une vive impulsion aux travaux d'utilité publique. Il a donc droit, à ses divers titres, à toute notre sympathie et au bon accueil de la France."

      

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Mercredi 14 mai 2008

Resté malgré tout sur ma faim après les trop rares éblouissements des lettres du romancier et du poète, je restai méfiant envers ces échanges valant plus pour l'information que pour l'émotion. L'édition discrète (l'information circula quand même en Pays de Retz !) dans la petite collection Arcades, chez Gallimard des Lettres à Germaine Lucas-Championnière de John Dos Passos m'intéressait néanmoins ne serait-ce qu'à cause de l'intérêt que je porte à la famille Brainoise (de Brains) de la discrète Germaine.
Je dis la discrète, car Etienne Gousse si talentueux soit-il (et il l'est, sa préface situe remarquablement le contexte de la correspondance) a eu le mauvais goût de refuser la parole à notre héroïne paydrette. Non que je prête à Germaine un talent égal à celui de son pendant épistolier, mais il me semble que ses mots à elle, si simples doivent-ils être, manquent cruellement face à ceux de Dos Passos qui écrit "là où on ne l'attend pas" précisément en référence à ce que peut représenter le monde de la petite française. 

 "…Votre France que j'aime tant est trop civilisée pour moi au moment. L'imprévu n'existe pas. Peut être il n'existe nulle part. La vie française est une belle cérémonie dont toutes les actions s'accomplissent selon un rituel établi par les anciennes générations. Tout – pour nous autres barbares hommes d'un rite inachevé – est d'une douceur indicible …" (27 juillet 1920)

Que n'a-t-il relu les mots de Germaine, étrangère aux mondanités lorsqu'elle navigue en barque dans les marais de l'Acheneau ou sur l'étang du Plessis où vogua peut-être déjà le cousin Jules Verne jadis familier des lieux :
 
"Je trempe mes pieds dans l'eau. Il y a de drôles de reflets sur l'eau. Il semble qu'on y voit une île mystérieuse avec des arbres étranges et un grand feu" (18 juin 1920)

Pas de politique, assez peu de littérature, mais des rêves parfois déçus par les constatations du voyageur (l'illusion de la géographie), un va et vient de croquis émerveillés et de réflexions amères, de jugements définitifs et de maximes qui ne sont jamais tant noires que liées à l'écriture :

 "N'embusquez jamais sur le fleuve morne de la littérature, la barque n'a pas de rames. Il faut se laisser traîner par le courant, et si on regarde dans l'eau, on ne voit dans le miroir que la grimace d'un singe." (9 octobre 1920)

          …/…

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Vendredi 9 mai 2008

New-York, 12 octobre 1920

"Je souffre profondément ces jours-ci de l'illusion de la géographie. Ca me donne un tresaillement profonde lire dans les journaux le nom Tiflis ou Ispahan. On ne devrait pas les mettre ses noms-là, dans les journaux.
Je sais que la bas il y  a des machines à coudre et des phonographes, que les engenieurs américains mangent des pilules Pink en cherchant pour l'huile dans les hautes vallées du Caucasse, qu'on fait des parfums avec les roses d'Ispahan pour mettre sur les corsages des petites cocottes des rues de Paris. Je sais que deja le grand poète Catulle disait dans son beau latin sonore, que changer le ciel ne changeait pas l'amertume du cœur. Avec tout ça je tressaille quand je lis "Tiflis" dans les journaux."
     (orthographe d'origine respectée)

Extrait de : John Dos Passos, Lettres à Germaine Lucas-Championnière,  Arcades Gallimard 2007

Je dirai plus tard quelques mots de Germaine, châtelaine du Pays de Retz qu'aima John Dos Passos.

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Jeudi 8 mai 2008

 

La seconde partie du rapport de Louis Herbette aux sénateurs de gauche établit en premier lieu une sorte de bilan financier. C'est l'occasion pour l'ancien préfet de souligner le bénévolat des acteurs non élus du comité. Ces secrétaires et collaborateurs recrutés en partie (comme lui-même) parmi les "épurés" du 16 mai.
En proclamant : "le ministère et la coalition ont été cinq mois tenus en échec, puis vaincus par cette seule arme : le papier", Louis Herbette souligne ce qui fut à la fois l'un des enjeux et le plus grand des moyens au service de l'idée républicaine. La crise du 16 mai s'est ouverte en partie sur la question de la presse. Légiférer sur cette question est une des priorités des républicains qui attendront peu de temps, une fois leur pouvoir affirmé, pour passer à l'acte. La loi du 19 juillet 1881 assure la liberté de la presse par un texte qui, pour l'essentiel, sert encore de cadre aujourd'hui, à l'activité journalistique. L'issue favorable de la crise du 16 mai, cette "victoire" du papier, n'est pas étrangère à l'établissement de cette nouvelle liberté inséparable d'un régime républicain démocratique. Le choix de Louis Herbette au secrétariat général du comité est lié à sa connaissance de la presse. Contrôler l'ensemble du processus nécessaire à la publication de plus d'un million de documents n'était pas chose facile, mais était essentiel. Le rapport du secrétaire donne une idée de cette complexité. Ancien rédacteur du Journal Officiel sous le gouvernement de Défense nationale (1870-1873), journaliste et publiciste lui-même (1) , il connaît bien la presse et son fonctionnement. L'hommage qu'il rend aux directeurs et rédacteurs de journaux est aussi celui rendu à une profession pour laquelle il gardera, dans toutes ses activités postérieures, un profond attachement, par le goût alors fort bien partagé de la chose écrite (et bien écrite).


"Les souscriptions que nous avons recueillies et l'emploi des fonds alloués au comité méritent quelques explications. Le comité, vous le savez, versait à la caisse centrale de la souscription, aux mains du regretté M. Du Bouhet, toutes les sommes qu'il percevait, et rien ne lui était attribué que selon les décisions d'un comité répartiteur, comprenant des personnes qui ont le plus concouru à l'extension de la souscription et dont vous connaissez les noms et les services éminents. C'est ce comité qui prononçait sur les demandes adressées, soit à lui, soit plus généralement à nous, par les comités et les candidats. Quant aux journaux, malgré les longs et cruels sacrifices que beaucoup ont fait, malgré les pertes et les condamnations qu'ils ont subies, ils n'ont pu recevoir de subventions directes. Les ressources destinées par les souscripteurs au succès immédiat des élections n'auraient jamais suffi à couvrir l'arriéré des journaux même les plus nécessaires. Il fallait dont laisser chaque candidat ou comité juge de l'emploi des subsides qui n'étaient que l'appoint de ses propres ressources.
Le total des souscriptions recueillies par le comité s'élève à 158 715 francs, dans lesquels les offrandes personnelles des sénateurs figurent pour la somme de 35 OOO francs au moins.
Les dépenses de propagande, qui seules ont été prélevées sur les fonds de la souscription, par allocation du comité répartiteur, ont atteint la somme de 33 841 francs au 20 octobre.
Quant aux frais d'entretien et de bureau, loyer de l'appartement, location de meubles, indemnités dues pour le service spécial du comité, ils sont supportés par vous, messieurs, sur les fonds de vos cotisations, et ils n'avaient pas dépassé, au 20 octobre, la somme de 2557 francs.
Vous avez désiré que le fonctionnement même de votre comité ne coûta rien aux libéralités publiques, et permettez-moi d'ajouter que votre exemple a été suivi par les secrétaires et collaborateurs qui se sont groupés autour de vous, et dont plusieurs, auxquels le ministère du combat avait fait des loisirs onéreux et dont je serai toujours heureux de vous rappeler les noms, ont consacré leurs efforts assidus à une besogne souvent pénible. Sauf quelques dépenses nécessitées par des travaux exceptionnels (par exemple pour la confection de brochures ou manuels et pour la recherche de documents intéressants les élections), sauf les indemnités minimes accordées aux deux expéditionnaires et aux quatre expéditeurs qui n'avaient pas le moyen de se montrer désintéressés, on peut dire que toute la besogne a été faite ici à titre gracieux et avec un zèle qu'inspiraient de généreuses convictions.
Et qui ne se sentirait gagné par les sentiments dont les témoignages nous sont venus de la France entière et même des français résidant hors de la patrie, qui nous ont adressé les plus touchants encouragements et des offrandes d'autant plus précieuses qu'elles  aggravaient souvent la pauvreté des souscripteurs ? Des souscriptions et des adresses ont été envoyées, non pas seulement de Suisse, de Belgique, d'Angleterre, d'Italie, des divers pays d'Europe, mais du fond même de l'Orient. C'est aux français de San Francisco que nous devons la large diffusion d'une des brochures les plus utiles, l'Almanach des Electeurs, dont il a été donné, d'après nos indications, plus de 300 OOO exemplaires ; et nos chers concitoyens d'Alsace, après d'importantes souscriptions, vous envoyaient, au lendemain du scrutin, d'ardentes félicitations. Vous savez avec quelle émotion elles ont été reçues.
Qu'il me soit permis d'exprimer, en votre nom, votre gratitude à tous ceux dont le cœur bat à l'unisson du vôtre. Laissez-moi remercier cette foule de souscripteurs parisiens qui, même sans avoir reçu l'appel que nous avons fait distribuer sous forme de bulletins de souscription, nous ont remis la modeste part qu'ils destinaient à leurs concitoyens des départements ; car ceux là n'ont eu souvent que trop de peine à se défendre dans leurs foyers, et les sommes portées à la souscription centrale ne peuvent donner qu'une faible idée des efforts faits dans toutes les circonscriptions. Il faudrait rappeler cent exemples, et tout d'abord celui de ces ateliers d'ouvriers qui s'imposeront des journées supplémentaires pour nous en verser le prix et nous aider de leurs bras, ne pouvant rien de leur bourse. Mais je ne veux citer que le plus court exemple : l'offrande et la lettre d'une pauvre ouvrière qui nous écrivait : "Ouvrière, je ne puis prendre le temps d'aller porter ma cotisation républicaine. Voici deux francs en timbres-poste. Il y a toujours des lettres à affranchir. Que Dieu protège notre sainte et légitime cause !"
Une cause qui inspire de tels sentiments est assurée du triomphe ; si elle est populaire, c'est qu'elle est nationale.
La volumineuse correspondance que nous avons dû entretenir avec les candidats, les comités, les électeurs des divers départements, les renseignements et avis de toute nature que nous avons donnés ou reçus, nous ont fait constater presque partout la même ardeur. Il n'est pas une question et pas un incident, pas un danger et pas un intérêt de quelque importance qui n'aient provoqué des lettres parfois anonymes, car l'administration, sans réussir à se faire craindre, avait enseigné la défiance. Des lettres d'encouragements, de félicitations, de conseils ont permis au comité d'assister nombre de gens dans leur résistance à l'arbitraire et aux vexations contre lesquels ils cherchaient un appui, dût-il n'être qu'un appui moral. Les offres de services se sont multipliées parfois à tel point, que nous avons du nous borner à les transmettre aux candidats intéressés. Les envois de manuscrits, les idées, et je pourrais dire les inventions de propagande n'ont pas cessé d'affluer, et nous avons eu la satisfaction de les voir utiliser grâce à des éditeurs dont les profits étaient plus que douteux et qui se sont attachés à produire, au risque des mésaventures et des procès dont on ne leur a pas fait faute, les flots de brochures qui se sont répandues partout.
Notre rôle sur ce point était surtout celui d'intermédiaire entre le public, les candidats ou comités, et les auteurs, éditeurs ou imprimeurs. Chaque brochure étant d'ordinaire, à raison même de son efficacité, exposée aux mésaventures, il importait d'en tenir sans cesse en préparation ; et, comme il fallait, d'ailleurs, des instruments très variés d'action selon les circonscriptions et les candidatures, on a du constituer une réserve, une véritable bibliothèque d'opuscules électoraux, répondant à toutes les demandes et à tous les besoins. Qu'il me suffise d'indiquer que le nombre des brochures proprement dites qui ont été rééditées, soit rédigées en vue des élections, s'est élevé à plus de 192. Car c'est le nombre de celles qui sont énumérées dans un catalogue certainement incomplet que j'ai sous les yeux. Inutile d'ajouter que, pour ménager les ressources de la souscription, il n'était fait d'envois gratuits qu'à bon escient, à destination sûre, soit par la poste, soit par les messageries, et que les candidats ou comités contribuaient lorsqu'ils le pouvaient, afin que les libéralités puissent s'étendre aux points où les ressources locales étaient moindres.
Or, le nombre minimum d'opuscules donnés et expédiés s'élève à 1 073 000, comprenant, outre les brochures politiques proprement dites et même quelques volumes particulièrement efficaces, les manuels ou guides électoraux (environ 21 200) les placards ou affiches (environ  138 500) les cartes et tableaux de diverse nature (environ 47 000), les dessins, portraits et photographies (31 863). Je ne compte pas les exemplaires qui étaient offerts par les éditeurs en grand nombre, et qui servaient de spécimens, envoyés dans les départements et provoquant d'utiles commandes. C'est aussi par une réserve que vous comprenez, messieurs, que je ne cite ni les brochures qui nous ont été les plus avantageuses, ni les auteurs souvent pseudonymes ou anonymes, ni les éditeurs auxquels nous sommes particulièrement obligés. C'est d'une façon anonyme que je vous demande la liberté de payer publiquement la dette de remerciements qui iront bien à leur adresse.
Cette dette est plus grande encore à l'égard des directeurs et rédacteurs de journaux qui ont mis tant de bonnes grâce et tant de dévouement à vous accorder leur concours, non pas seulement par les insertions officiellement demandées, mais par l'immense série d'indications, de renseignements, de faits, qu'il voulaient bien verser en quelque sorte dans la circulation publique et que nous avons reçus nous-mêmes soit oralement, soit par correspondance. On a droit de proclamer que la presse républicaine, en face de tant de persécutions, de souffrances et de périls personnels, a rempli sa tâche avec une admirable fermeté et a bien mérité du pays. Vous savez quels obstacles elle a du traverser pour pénétrer dans la province, pendant cette guerre de cinq mois. Vous savez quelle énergie elle a déployée pour porter partout la parole écrite.
Le comité ne pouvait évidemment pourvoir à l'expédition des innombrables journaux qu'il faisait envoyer, sous bandes, aux adresses fournies par les comités et les candidats. Il avait cependant organisé un service propre à se développer en cas de besoin, et s'il l'a plus tard confié à un comité spécial, dont votre collègue, M. Henri Martin, pourrait vous exposer le mérite et le travail, et qui, durant la période électorale, a fait des envois qui se chiffrent par centaines de mille. Tout comité ou candidat qui en fait la demande a pu faire expédier ainsi des journaux à des conditions de prix très minimes ou même à titre entièrement gratuit.
C'est ainsi que des tirages sans précédents étaient aussitôt épuisés, et l'on peut dire, la tribune étant réduite, que le ministère et la coalition ont été cinq mois tenus en échec, puis vaincus par cette seule arme : le papier.
Voilà trop de détails, messieurs. Mais il me semble qu'ils ne font que mieux ressortir la grande tâche que vous avez assumée. Il semble que jamais accord plus unanime de passions et de mouvements, sentiments plus profonds de solidarité, de fraternité, ne s'étaient manifestés dans le parti républicain. N'est ce pas la marque des progrès immenses de ce parti, qui a derrière lui la nation et qui prouve, en se gouvernant lui-même, qu'il est capable et digne d'exercer le gouvernement de la France ?
Au 7 novembre, l'interrègne du 16 mai cessera. Ce comité, qui aura pris aux yeux du public, pour la défense de ses libertés, le rôle d'une sorte de commission de permanence, ne fonctionnera plus. Les représentants du pays se retrouveront maîtres de leur action, et la république demeurera fortifiée par l'impuissance même des efforts tentés pour l'ébranler. L'histoire de ces cinq mois répond de l'avenir, - cinq mois, pendant lesquels les républicains n'ont eu, pour triompher de toutes les forces liguées contre eux, qu'une seule force : le sentiment du droit et du devoir."

Le secrétaire général du comité
Des gauches du Sénat,
L. Herbette.

(1)  Louis Herbette développe au cours des années 1873-1876 une intense activité de publiciste. S'inscrivant dans le processus de conquête républicaine de la province, il fonde une revue s'adressant aux communes : Le Bulletin municipal et collabore très activement au Courrier d'Etat, hebdomadaire destiné aux Conseils généraux. Lors de la crise du 16 mai il rédige quelques papiers dans l'Opinion nationale, journal très anti-clérical se réclamant de Thiers.

Louis Herbette
1843-1922
publié dans : De l'histoire locale à la grande Histoire
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Lundi 5 mai 2008

La République nous paraît aujourd'hui immuable, c'est oublier bien vite ces jours où même proclamée, elle était contestée par la représentation nationale. C'est oublier aussi ces seconds rôles depuis longtemps oubliés de l'histoire qui ont payé de leur personne pour son établissement.
Après la défaite de 1870 et l'épisode douloureux de la Commune de Paris, la République s'établit par défaut et s'affirme par son obsession de l'ordre poussé jusqu'à la répression versaillaise.
La chute de Thiers et l'élection de Mac-Mahon (1873) mettent au programme du pays le rétablissement de l'ordre moral programme d'une Chambre à majorité monarchique. Ces années d'hésitation voient tour à tour la ruine des espérances de restauration et les lois constitutionnelles de 1875 qui affermissent une Troisième république qui peine à faire ses preuves. Aux élections de 1876, le Sénat conserve une courte majorité conservatrice mais la Chambre des députés élit 356 républicains contre 177 conservateurs (monarchistes et bonapartistes). D'aucuns pensent la République faite, mais d'autres se tournent vers le président, monarchiste de cœur.
C'est compter sans les sens de l'honneur de Mac-Mahon, qui bien que partisan de la royauté, refuse tout autant le rétablissement d'un régime, s'il n'est sanctionné par un acte légal ; que l'établissement définitif d'un autre représenté par la charge qu'il a accepté.
Jules Dufaure puis Jules Simon, représentants du parti Républicain conservateur, sont appelés successivement à la présidence du conseil. En mai 1877, s'ouvrent à la Chambre deux débats, celui sur la proposition de loi municipale qui introduit, innovation dangereuse pour les conservateurs, un article prévoyant la publicité des délibérations des conseils municipaux, le second sur l'abrogation de la restrictive loi sur la presse. Le 16 mai, le président de la République adresse au président du conseil une lettre publiée dans les journaux le lendemain. Il reproche en substance à Jules Simon son manque de combativité dans ces débats, lui rappelant dans une formule restée célèbre : "…si je ne suis pas responsable, comme vous, envers le Parlement, j'ai une responsabilité envers la France dont aujourd'hui plus que jamais je dois me préoccuper". La réponse du président du Conseil au maréchal de Mac-Mahon est publiée le même jour, elles est moins le constat d'un désaccord que l'expression de la conclusion qui s'impose face à ce désaveu : la démission du gouvernement.
La crise ouverte le 16 mai va durer cinq mois. Au lendemain de la démission de Jules Simon, le duc de Broglie, royaliste, forme un gouvernement qui est inauguré par l'épuration du corps préfectoral de ses éléments républicains. Un mois après sa mise en place, le maréchal de Mac-Mahon dissout l'Assemblée nationale avec l'assentiment du Sénat. La minorité républicaine du Sénat va alors prendre l'initiative de la résistance contre ce qu'elle appelle l'arbitraire. Les sénateurs de gauche, parmi lesquels Emmanuel Arago et Victor Hugo décident la formation d'un comité de surveillance chargé d'organiser les élections, il est secondé d'un comité de jurisconsultes dont la tâche est de contrôler la légalité des actes du nouveau pouvoir et de ses auxiliaires administratifs.
Louis Herbette, jeune préfet (il a 33 ans) tout juste démis de ses fonctions devient le secrétaire général du comité des gauches du Sénat, c'est un proche d'Emmanuel Arago. Quelques jours après les élections (14 et 28 octobre) qui voient la victoire des républicains, le comité des gauches clôt ses activités. Louis Herbette adresse aux sénateurs un rapport qui dresse le bilan de cinq mois de combat politique.
La première partie du texte établit pour l'essentiel la chronologie des évènements :

Comité des gauches du Sénat
Rapport de M. Herbette

Messieurs les sénateurs,
La Chambre des députés a été dissoute le 23 juin. Le 26, les bureaux des trois groupes des gauches du Sénat, par une déclaration solennelle, proclament le devoir, pour les citoyens soucieux des droits de la nation, d'assurer la réélection des 363 représentants qui s'étaient unis le 19 juin dans un vote de réprobation contre le ministère de Broglie-Fourtou et qui avaient annoncé le 25, par l'organe de leurs bureaux, leur ferme volonté de se présenter collectivement, au même titre, devant le suffrage universel.
Le 5 juillet, après une réunion tenue chez M. Arago, une note communiquée à la presse et faisant appel au concours, à la générosité du public pour la lutte et la propagande électorale, annonçait que vos bureaux se constituaient en comité ; et le 10, ce comité, établi 9. rue Louis-le-Grand, grâce à l'hospitalité d'un des groupes des députés de gauche, y commençait les opérations et les travaux dont je dois vous rendre compte aujourd'hui.
Le 12 juillet ont été inaugurées les séances générales, tenues depuis lors, dans l'après-midi de chaque jeudi, d'ordinaire sous la présidence de MM. Calmon et Hérold, auxquels s'associait M. Peyrat (1), sans préjudice des réunions faites, en toute occasion, sur convocations spéciales.
Je voudrais avoir le droit, ne fût-ce qu'à titre de témoin, de constater les services et les efforts qu'ont prodigués en votre nom, pour l'honneur et le succès du parti républicain, les maîtres éminents dont vous avez bien voulu me faire le collaborateur. Mais je connais trop votre pensée sur ce point pour me permettre de la devancer. Il ne m'appartient pas non plus d'apprécier le rôle qu'a pu jouer le comité dans les graves évènements où s'est trouvée la France, abandonnée aux mains des ministres du 16 mai, privée du secours des Assemblées, en face des partis menaçants, servis par le pouvoir. Mais je dois vous rappeler quelques dates, qui sont comme les étapes de cette route périlleuse au terme de laquelle le comité et, comme lui, les électeurs sont heureusement parvenus.
Dès le 18 août, vous avez protesté contre le retard des élections législatives, qui violait à tout le moins l'esprit de la Constitution, et contre le retard des élections départementales, qui allait mettre le désordre et l'illégalité dans les opérations des conseils généraux. Des indications étaient fournies aux membres républicains de ces assemblées sur la conduite qu'ils pouvaient désirer tenir à la session d'août.
Le 18, une nouvelle note ajoutait encore des conclusions précises.
Le 30 août, les poursuites commencées, puis abandonnées, à l'égard d'un de vos collègues, M. Chardon, vous donnaient l'occasion d'affirmer la persistance de l'immunité parlementaire qui vous couvrait, aux termes de la Constitution, puisque votre session ordinaire n'avait pas été et n'avait pu être close au moment où la dissolution de la Chambre des députés avait causé l'interruption des séances du Sénat. Une savante consultation rédigée par un d'entre vous faisait d'avance justice des prétentions arbitraires et de l'interprétation fausse que le ministère ne désavouait pas et qui compromettaient les libertés publiques.
Tout à coup, la France perdait son plus grand citoyen, M. Thiers. Le 4 septembre, vous publiez une adresse au pays, que la population de Paris allait si noblement représenter aux obsèques du premier président de la république : et le 9, une lettre de vous rendait au public hommage à la femme courageuse qui avait assuré à ces obsèques le caractère d'une manifestation vraiment grande et libre, et qui, forcée de lutter, elle aussi, contre le pouvoir, avait reçu de plusieurs d'entre vous les témoignages du dévouement le plus profond.
Le 27 septembre, pour répondre aux préoccupations de ceux qu'inquiétait la vague perspective d'illégalités violentes, vous constatiez l'atteinte portée aux lois constitutionnelles par le décret de convocation des électeurs. En fixant au 7 novembre l'ouverture d'une session ordinaire des Chambres, ce décret n'impliquait-il pas la clôture de la session ordinaire du Sénat, c'est-à-dire la suppression actuelle de l'inviolabilité des sénateurs ? Des démarches ont été faites auprès de M. le duc d'Audiffret Pasquier, et le 4 octobre, un procès-verbal constatait l'accord du président et des gauches du Sénat pour le maintien de l'immunité parlementaire, ainsi que les résolutions à prendre en cas de nécessité.
C'est aussi le 4 octobre que votre premier manifeste était adressé aux électeurs.
Dans la semaine qui a suivi, des avis ont été envoyés à tous les candidats, aux comités, aux principaux journaux, pour rappeler les précautions utiles avant le vote et les moyens de contrôle, de rétention ou de protestation à l'heure même du scrutin. Invitation était faite d'envoyer par dépêches les résultats du dépouillement pour chaque circonscription ; et le comité a pu ainsi, durant la nuit du 14 octobre, fournir à la presse de Paris et à ses correspondants des départements de prompts renseignements.
Le 11 octobre, avait été inséré dans les journaux votre deuxième manifeste, en même temps le document présidentiel auquel il répondait et dont l'effet n'a pas pu être réservé, comme on l'avait souhaité peut-être, pour la veille même du scrutin, au moment où toute réponse devait être rendue impossible. Le 13, avis tout officieux était donné de l'intention qu'avaient nombre des élus républicains de demeurer jusqu'aux élections départementales dans leurs circonscriptions, où l'action était plus opportune et plus mesurée qu'à Paris.
Le 16, une note appuyée de chiffres précis déterminait toute la valeur du vote du 14 octobre en faveur des républicains contre la coalition des partis hostiles, des candidats officiels et des ministres mêmes de la république. Des prévisions sur le résultat possible des élections avaient été établies, publiées même par le comité, au début de ses opérations, avant que la mort de M. Thiers, l'action combinée des fonctionnaires et agents de tout ordre, l'intervention du chef du pouvoir, les actes d'arbitraire, les abus de pouvoir, les dernières manœuvres eussent pu produire leur effet. D'après ces prévisions, les républicains pouvaient, au commencement d'août, espérer le succès dans 378 circonscriptions. Les causes ci-dessus mentionnées, agissant avec une sorte de fureur pendant plus de deux mois et demi, ont seulement diminué (2) ce succès, au premier tour de scrutin, d'une quantité que les élections à venir restitueront aux républicains, lorsqu'ils seront assurés de l'égalité devant la loi, de la liberté et de la sûreté des votes. Faut-il rappeler encore que les candidats officiels, s'étant ralliés aux institutions auxquelles M. le président de la république doit le pouvoir, les suffrages recueillis par eux ne peuvent être en réalité mis au passif de la république ni surtout à l'actif de quelque autre forme de gouvernement ?
C'est aussi le 16 octobre que l'adresse de MM. Les sénateurs des colonies à leurs concitoyens a reçu l'unanime approbation de vos bureaux.
Le lendemain, 17, des protestations ont été rédigées contre la suppression de bulletins légalement valables et donnant la majorité à trois candidats républicains que l'administration a prétendu soumettre à un scrutin de ballottage. Ces candidats, ou plutôt ces députés, pourront être proclamés par la Chambre, qui n'aura pas à tenir compte d'un ballottage auquel ils ont refusé de prendre part.
Le 23 octobre, un dernier manifeste a préparé les électeurs au scrutin du 28, où les suffrages républicains se sont sensiblement accrus, tant qu'aux élections de conseillers généraux et de conseillers d'arrondissement, dont l'importance est grande pour vous, messieurs, et pour l'avenir de nos institutions.
Enfin, le 25 octobre, les candidats, les comités, les électeurs ont été invités à recueillir tous les témoignages et les documents propres à mettre en lumière les procédés de l'administration et de ses candidats ; car il faut une sanction au droit et satisfaction à la conscience politique.
Vous me permettrez bien, messieurs, et M. Hérold ne m'interdira pas, j'espère, de parler d'un autre comité, qui comptait aussi des sénateurs, qui a donné à celui-ci un concours tout fraternel, qui même est son aîné – car il est né le 3 juillet – mais qui s'est voué aux questions, d'ordinaire plus calmes, de droit et de jurisprudence. Je parle du comité de jurisconsultes, qui a imprimé à la cause libérale et républicaine le caractère le plus noble et tout à la fois le plus redoutable, celui de la résistance légale à l'arbitraire, - bien précieux, hélas : pour préserver notre parti de la contagion des passions brutales et des goûts de fraude qu'étalaient et propageaient ses adversaires.
Songez, messieurs, de quel prix étaient les avis, les conseils, les consultations de ces maîtres éminents, pour les pauvres électeurs ballottés et, comme on l'a dit bousculés par ce débordement d'arbitraire, ne trouvant plus la loi et n'osant plus chercher justice. Qui les a rassurés, si ce n'est ce comité judiciaire, qui se saisissait vaillamment de toutes les questions mises en litige : retard des élections politiques ou départementales et d'une élection sénatoriale ; session des conseils généraux ; immunité parlementaire ; liberté du commerce de la librairie ; libre vente des journaux sur la voix publique ; protection des citoyens contre les calomnies déversées dans les publications dites officielles ; suppression sans motif des débits de boissons ; annulation de bulletins portant un nom écrit ou collé sur un autre, combien d'autre questions encore, sous toutes les formes renaissant chaque jour, dans toutes les parties de la France ?
Laissez moi vous dire qu'à voir M. Hérold siéger tour à tour ici et rue de Rennes, je l'ai cru infatigable. Je sais maintenant qu'il bravait seulement la fatigue ; mais elle ne l'a accablé que le lendemain du 14 octobre.
Je voudrais, messieurs, vous fournir quelques indications sur la besogne et la tâche propre du comité, celles qui incombent en tous temps à tous les comités électoraux, mais qui ont pris, cette fois, des proportions à coup sûr très insolites. La coalition de tous les gouvernements passés contre le gouvernement présent, la lutte du pouvoir et de tous ses agents contre toute une Assemblée, l'union étroite des 363, leur candidature collective et simultanée, l'identité des moyens d'attaque et de défense sur tout le territoire, ont donné à la lutte une étendue, une unité, un retentissement qu'elle n'avait jamais eue peut-être. Il a fallu improviser des moyens d'action et de propagande proportionnés à ceux qui avaient été savamment préparés contre les républicains.
Inutile de dire que ce n'était pas des questions de personnes, ni du choix des candidats à la députation que le comité des sénateurs pouvait s'occuper. Il n'a eu que bien rarement l'occasion de rappeler le principe de la réélection des 363, accepté sans hésitation et comme par instinct, sauf en une circonscription ou le ballottage a d'ailleurs assuré par un accord unanime le succès du député sortant. L'entente la plus sympathique s'est maintenue toujours entre votre comité et les comités locaux qui lui demandaient concours.
Un seul regret s'est produit, c'est de n'avoir pu donner satisfaction à toutes les demandes dignes d'intérêt. Encore ne pourra-t-on méconnaître, messieurs, que les membres des gauches du Sénat ont payé de leurs deniers aussi largement que de leur personne, et qu'en abandonnant une part de l'indemnité parlementaire ils se sont spontanément condamnés à subir un peu comme les députés les effets de la dissolution.

     
 (A suivre)

(1) C'est-à-dire,  les représentants  respectivement du Centre Gauche, de la Gauche républicaine et de l'Union républicaine du Sénat.
(2) Les républicains ont 318 députés dans la nouvelle chambre, les conservateurs 208.

  Le maréchal de Mac-Mahon
                              Emmanuel Arago
         
publié dans : De l'histoire locale à la grande Histoire
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Dimanche 23 mars 2008

Que les croyants n'y voient pas offense, mais il est des circonstances où l'espérance ne semble plus être de mise face aux évènements dans leur brutalité.
Ce 19 mars, le Pays de Retz vous a perdu qui aviez élevé au rang de sacerdoce la Mémoire, la Culture, l'Histoire de notre petite province. Que l'on me dise que les cimetières sont pleins de gens irremplaçables, que l'on me dise qu'un instant de folie a gâché tant d'espérances, n'y changera rien, les faits sont là et sont insupportables. Vous n'êtes plus là. Le doute "face à l'adversité à laquelle on ne peut s'habituer" (1), "l'obsession blanche (2)", cette douleur d'écrire que vous aviez confié à plusieurs d'entre nous, où ce coup, bas sans doute, que vous n'avez pas vu venir, vous ont enlevé à nous. Vous en vouloir n'aurait pas de sens mais comprenez notre désarroi devant le chantier dévasté par cette catastrophe imméritée. Lorsque nous aurons séché nos larmes et ravalé notre colère, nous mesurerons la tâche accomplie et nous savons bien que le fléau de la balance s'inclinera pour saluer l'œuvre accomplie et les trésors de générosité déployés pour cela.

Le 20 mars 2008, Marie-Françoise Charonnat, présidente de la Société des Historiens du Pays de Retz, nous a quitté.
Ici, sa "Lettre ouverte à un automobiliste pressé d'arriver à Pornic" et quelques vues de son cher Haut-Moulin

(1) Comme l'écrit Stéphane Rouzeau dans le Courrier du Pays de Retz, reprenant une de vos lettres
(2)  Valérie Valère Stock 1981, jeune fille qui jadis en mourut.

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Dimanche 24 février 2008

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              Avant de poursuivre le récit des aventures de Monseigneur l'évêque de Nantes et de son chef l'archevêque de Bordeaux, revenons un instant sur l'œuvre historique d'Eugène Sue.
              Ce dandy "sorti des cercles aristocratiques pour monter au Socialisme" comme l'écrit son ami Victor Schoelcher (Le gouvernement du 2 décembre – Londres 1852) partageait avec lui le goût de l'Histoire (dès 1832, Sue confie à Schoelcher son projet d'histoire de la marine). L'abolitionniste prônait une histoire militante au détriment parfois de la vérité historique, comme dans son Toussaint Louverture évoqué ici. Le jugement sur l'histoire est beaucoup plus nuancé chez Sue, et surtout il est constamment étayé par l'établissement de la preuve qui apporte en  cette première moitié du XIXe siècle une nouveauté jugée alors parfois incongrue. Théophile Gautier ne déclare t'il pas à propos de l'Histoire de la Marine que "des documents entassés pêle-mêle ne sont pas plus une histoire qu'un tas de moellons n'est un palais" ?
              Ce texte est cité par Marcel Graner, le seul à ma connaissance qui se soit intéressé récemment à cette facette du romancier. C'était dans Le Tapis-franc (revue du roman populaire) en 1990 et plus récemment dans Le Rocambole.
               Dans ce dernier article, il décrit la genèse de L'Histoire de la Marine Française, projet très vaste qui devra finalement se limiter au règne de Louis XIV (soit le tiers de la matière qui devait être initialement traitée) dans l'édition entre 1835 à 1837 de 5 forts volumes (10 livres) représentant 2800 pages. N'effectuant pas toutes les recherches (Paulin Richard de la Bibliothèque Royale le fournissait en documents) Eugène Sue les orientait et, après sélection organisait les documents pour les utiliser sous forme de notes (quelquefois envahissantes), dans le corps du récit ou en fin de chapitre. 
              La tiédeur du public n'a pas rendu les biographes de Sue très magnanimes, Jean-Louis Bory (Eugène Sue, le roi du roman populaire Hachette 1962) prend cette tentative à la légère, reprenant de ses devanciers le reproche facile (mais vrai) du mélange des genres entre histoire et roman, exercice où personne ne se retrouve.
               Marcel Graner souligne les trois grandes lignes de force de l'œuvre historique de Sue :
               Raconter le passé en se rapprochant de la forme romanesque, on pourrait penser que c'est dans cet exercice que Sue est le plus à l'aise, mais il est alors freiné par sa seconde ambition, faire œuvre authentique d'historien, qui ne se prête pas aux mêmes facilités, mais à laquelle il s'efforce de se plier, avec bonheur me semble t-il. Marcel Graner émet le vœu que "les exigences modernes en la matière doivent lui faire rendre meilleure justice que ne le firent ses contemporains". On aimerait, en effet qu'un historien du XXIe siècle se penche sur cette œuvre autrement qu'en utilisant la richesse documentaire réunie par Eugène Sue (et en ne l'avouant pas forcément car Sue, lui, cite ses sources, ce qui est à la fois faire preuve d'une grande modernité, et bien pratique pour le chercheur pressé). Car c'est bien en cela que consiste le troisième volet du travail de celui qui veut faire œuvre scientifique d'historien, s'effaçant derrière la preuve "… Je ne suis pour rien dans ce que je vous vante et qui fait la véritable et irrécusable valeur du livre" écrit-il ; tout en adhérant au propos on se dit avec M. Graner qu'Eugène Sue est ici (contrairement à son habitude ?) bien modeste.
              Je livre aux amateurs de Sue qui mieux que moi en goûteront la pertinence par la connaissance de l'œuvre les dernières lignes de l'article du Rocambole :
"De cette empoignade avec l'histoire et ses matériaux, il est évident que Sue le romancier conservera la conviction qu'aux moyens de persuasion de la fiction, il faut ajouter, dans le roman militant, le poids de la pièce probante, de l'ouvrage spécial que l'on utilise, non seulement pour construire d'après lui, et secrètement, sa fiction, mais qu'on cite et qu'on commente : en somme le culte du fait".
              L'œuvre historique de Sue occupe l'essentiel de son temps de 1832 à 1841 (de 28 à 37 ans). Après le relatif échec de l'Histoire de la Marine française (échec de la souscription mais qui demande à être peut-être relativisé puisque dès 1845 une nouvelle édition en 4 volumes reprenant les dix livres initiaux est publiée que l'on peut aujourd'hui consulter en ligne (ici le volume 1) permettant ainsi de se rendre compte de l'énorme travail accompli par le romancier). Eugène Sue va s'effacer plus encore derrière son œuvre documentaire avec la Correspondance d'Henri Escoubleau de Sourdis publiée en 1839. Le choix d'Eugène Sue comme collaborateur du prestigieux comité mis en place en 1835 par François Guizot auprès du ministère de l'Instruction publique pour publier les Documents inédits sur l'histoire de France est un gage de la confiance que l'écrivain, ici presque anonyme, ne va pas décevoir. Sous l'autorité d'Abel-François Villemain ministre de l'instruction publique, successeur de Guizot, qui allie, comme chez notre auteur, goûts et compétences littéraires et historiques, les trois volumes de la Correspondance d'Escoubleau de Soudis (2000 pages couvrant la période 1636-1642) permet alors d'utiliser une partie de la documentation réunie pour le grand dessein de Sue sur une histoire universelle de la Marine. Le texte est moins dense que dans l'Histoire de la Marine, mais la remarquable continuité de commentaires, établissant en tête de chaque chapitre la chronologie des évènements, dégageant les enseignements essentiels d'une correspondance, soulignant l'intérêt de tel ou tel mémoire, ne permet pas de douter de la qualité d'historien authentique d'Eugène Sue, qui ajoute à cette qualité, celle d'un critique clément jugeant de l'expression littéraire de ses témoins. Que cette qualité ait été employée avec plus de bonne foi que de jugement raisonné chez ce jeune homme passionné est une autre affaire dont les conclusions appartiennent aux historiens.
Si besoin en était, l'œuvre historique est fixée par un exposé qui s'intitule ici De la marine française sous le ministère du cardinal de Richelieu, où près de cent pages sont consacrées à une œuvre qui a peu intéressé les biographes d'Armand du Plessis, mais qui prépare sur le fond  et malgré les carences de l'ère Mazarin, les fastes de la marine Colbertienne. Dans cette œuvre de renouveau, Richelieu est assisté du cardinal d'Escoubleau de Sourdis, qui, avec le titre de Chef des conseils du roi en l'armée navale fait figure pour les historiens qui ont lu Sue de quasi ministre de la Marine et pour les plus récents de pittoresque et coléreux personnage, plus à l'aise sur le pont d'un navire qu'en chaire. Reconnaissons que Sue, qui insiste longuement sur les querelles d'Escoubleau est peut être aussi pour quelque chose dans cette vision limitée de son héros.
Le texte suivant est extrait de l'exposé d'Eugène Sue sur la marine de Richelieu. Ce développement du cas de l'Amirauté de Bretagne montre la connaissance assez précise que l'écrivain possède de la question, sa facilité d'écriture est bien ici au service de l'Histoire.
  
"Mais ce fut la vieille et dure Armorique qui résista le plus long-temps et avec l'opiniâtreté la plus énergique à cette centralisation de pouvoir. Les ducs de Bretagne, quoique grands vassaux de la couronne, avaient d'abord exercé dans leurs Etats  le droit régalien d'amirauté, comme princes souverains, en vertu d'un traité conclu, en 1231, par Saint-Louis et Pierre de Dreux. Mais après la réunion de cette province à la monarchie, bien que le seigneur de Ia Tremouille, amiral de Guienne, eût été aussi investi de l'amirauté de Bretagne, le gouverneur général de l'Armorique et ses successeurs, avaient toujours refusé d'abdiquer leur autorité. Seulement, par convention du 6 août 1584, M. Ie duc de Mercoeur, gouverneur général de Bretagne, avait consenti à céder a M. Ie duc de Joyeuse, amiral de France, une partie des droits d'amirauté auxquels il prétendait. Mais ce traité ayant été annulé par lettres patentes d'Henri III, Ie 7 août 1588, Ie même conflit de juridiction continua de subsister entre la Guienne et la Bretagne, jusqu'au ministère de Richelieu.
Ce furent donc ces pouvoirs si divisés, si rivaux, que le cardinal voulut impérieusement réunir et centraliser dans sa charge de grand-maître de la navigation. Quoique ce titre semble plus modeste que celui d'amiral de France, jamais aucun de ces grands-officiers n'eut une pareille et si complète puissance. Aussi, en engageant plus tard Louis XIV a confier la charge d'amiral de France (nouvellement rétablie) a M. Ie comte de Vermandois, alors enfant, Colbert voulut sans doute perpétuer et rendre cette concentration d'autorité plus inviolable encore, en la mettant sous la sauvegarde d'un prince du sang royal, dont le ministre de la marine faisait d'ailleurs la charge. Mais chose digne de remarque et d'étude, l'Armorique osa seule continuer de résister opiniâtrement aux volontés de Colbert et de Louis XIV, comme elle avait résisté aux gouverneurs de Guienne et à Richelieu car ce dernier avait aussi en vain voulu absorber dans sa charge l'amirauté de Bretagne. Mais malgré les sièges d'amirauté établis dans cette province, par édit de janvier 1641, le cardinal était mort sans avoir pu faire reconnaître son autorité dans ce pays indomptable. Après Richelieu, il faut le dire, Mazarin, Colbert, Louis XIV ne furent pas plus heureux. Car M. le comte de Toulouse ayant succédé à M. de Vermandois comme amiral de France, le roi trouva dans cette province, représentée par M. le duc de Chaulnes, une résistance si continue que pour en triompher il fallut remplacer M. de Chaulnes par M. de Toulouse, qui se trouvant de la sorte amiral de France et gouverneur général de Bretagne, put confondre ces deux pouvoirs en un seul."   

L'inégalité de la qualité de la production historique d'Eugène Sue ne peut être remise en cause, Marcel Graner en fait une analyse pertinente. Il me semble pourtant que ces carences dues essentiellement à l'hybridation du projet entre rédaction romanesque et présentation scientifique de l'Histoire, sont plus perceptibles dans l'Histoire de la marine que dans la Correspondance d'Henri Escoubleau de Sourdis. Il est vrai que l'auteur revendique cette manière de faire dans le premier ouvrage : "Ainsi vous aurez à la fois un récit à la manière de Walter Scott et un récit à la manière de Froissart ; le fait coloré, animé, raconté enfin, et le fait tout nu, tout simple ; l'histoire et la chronique à la fois …" (prospectus de novembre 1834). Eugène Sue se rapproche par ses aptitudes narratives d'Augustin Thierry, historien de sa génération pour qui le récit est tout, mais est tout aussi à l'aise à l'école de François Guizot qui, se basant sur les travaux érudits qui donnent, à l'époque romantique, une plus grande consistance à la science historique, développe les idées générales en gommant les faits pour y puiser la justification des évolutions politiques de son temps. Nul doute qu'Eugène Sue se soit inscrit aussi dans cette perspective.


                                                                                      A lire : Marcel Graner, Eugène Sue, historien de la Marine
                                                                                     Le Rocambole (Association des amis du roman populaire)
                                                                                                              N° 28/29 automne/hiver 2004

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Dimanche 17 février 2008

La 25e chronique portuaire de Nantes   mise en ligne par "Grapheus tis", lecteur nantais en son jardin, évoque Gabriel de Beauvau évêque de Nantes en signalant sa présence à la tête d'une flotte de combat destinée à reprendre les Iles de Lérins aux Espagnols en 1636.
J'avais déjà rencontré son chef hiérarchique Henri d'Escoubleau de Sourdis, archevêque de Bordeaux, grand artisan de la nouvelle Marine de Richelieu, inspectant les défenses des côtes de Bretagne, organisant l'artillerie du siège de la Rochelle. Mais l'évêque de Nantes commandant de galères, voilà qui n'était point commun !
La correspondance de Monseigneur de Sourdis, publiée en 1839 par Eugène Sue dans la collection des documents inédits sur l'histoire de France, consultée à la médiathèque de Nantes, (cet ouvrage est aujourd'hui consultable en ligne ici) , est la principale source de renseignement sur cette affaire.
S'il fut l'un des chefs de file du roman populaire, Eugène Sue est moins connu, et même complètement ignoré dans le rôle d'historien. Cette méconnaissance, dommageable à mon sens, n'était pas partagée par ses contemporains, qui tout en lui reprochant la pratique du mélange des genres (avec son activité principale de conteur) ou une analyse politique par trop contemporaine, découvraient à travers lui une autre façon de raconter l'histoire en l'étayant sur des documents authentiques, attitude alors novatrice. La correspondance d'Escoubleau de Sourdis comme son Histoire de la Marine de Louis XIV, procèdent de cette manière de faire. Auguste Bussière, dans la Revue des deux mondes (1838), écrit ainsi à propos de ce dernier ouvrage :

"En résumé, on peut distinguer dans l'histoire de M. Eugène Sue deux parties: l'une qui est l'histoire de la marine proprement dite, l'autre qui est tout-à-fait l'histoire de Louis XIV et de son siècle. La première, en l'isolant par la pensée, nous semble un livre très nourri, très substantiel, qui comble une lacune peu honorable dans les fastes de la nation. L'autre n'est ici que pour représenter un système que, pour notre part, nous nous refusons à accepter, et nous estimons assez le travail de M. Eugène Sue pour nous être cru obligé de justifier notre opinion en réfutant les siennes. Cependant ce système a eu cela de bon que, forçant l'auteur à se couvrir toujours de l'autorité d'un témoignage quelconque, il l'a conduit à produire toutes ces pièces où l'on peut suivre dans les détails les principales affaires du temps. Cela sort, nous l'avons dit, des formes habituelles de l'histoire"

Revenons en à Monsieur de Nantes.
Il appartient à une famille angevine qui a donné deux évêques à Nantes. Le premier, Gabriel, notre "héros" est le moins connu, son successeur et parent (voir ici une généalogie simplifiée des 3 prélats qui se sont succédé à Nantes de 1636 à 1717) est Gilles de la Baume le Blanc, de la compagnie de Jésus, oncle de Louise de la Vallière. Le neveu de Gilles, également de la famille de Beauvau, est le plus connu des trois. Ce second Gilles, doit sa relative notoriété à ses démêlés avec les Jansénistes nantais. Le musée Dobrée  donne à son propos une intéressante notice.
Gabriel de Beauvau est issu d'une branche cadette des comtes de Beauvau, celle des seigneurs de Rivarennes, petite seigneurie proche d'Azay le Rideau. Il semble bien que le jeune Gabriel suive d'abord les traces guerrières de son oncle François, tué à Jarnac, et de son père compagnon d'Henri IV, mais on en sait pas beaucoup plus. Dom Morice dans son histoire de l'église de Bretagne, précise qu'après une carrière militaire, il devint abbé de Turpenay, abbaye tourangelle proche de Rivarennes, célébrée par Balzac dans les comtes drolatiques. Le doyenné de Nîmes est plus mystérieux, on sait par contre que celui qui n'est encore que l'abbé de Beauvau est présent à Toulouse avec la cour en 1632 au moment de l'exécution du duc de Montmorency et qu'il y "tomba malade d'une fièvre continüe si violente , que les médecins en eurent fort mauvaise opinion." La décence de ce blog m'empêche d'en dire plus sur la guérison du jeune abbé. Il suffira de dire que la cure appliquée a pu inspirer Brassens dans une histoire de Gorille. C'est bien sûr l'irrévérencieux Tallemant de Réaux qui compte l'historiette. Il poursuit :
"… C'est un terrible evesque que ce sire là. Quoyque grand jureur, grand desbauché, grand batteur et le plus meschant voisin du monde, le cardinal de Richelieu l'a fait evesque, parce qu'il est son parent et qu'il est de bonne maison. Il a chez luy une fille bastarde, mariée avec tout le mesnage, et il consulte les advocats pour faire légitimer un bastard qu'il a encore.
A Nantes, un jour il poursuivit en calleçon, ses tenailles à la main, un cordelier contre lequel il s'estoit mis en colère, et le poussa jusques dans le marché de Nantes, qui est proche de l'evesché…"
 
(Historiettes tome 1 La Pléiade p 214).
Les sources du XIXe siècle sont plus élogieuses, sans être plus sûres. "Ce fut un prélat remarquable par sa piété et sa vaste érudition" pour l'érudit de la de la Société d'agriculture sciences et arts d'Angers (1854) mais il paraphrase Dom Morice qui lui-même le trouve "…remarquable par sa piété, son amour des pauvres et ses abondantes aumônes". On sait toutefois qu'il eut maille à partir avec les réguliers de son diocèse et qu'il fit ériger en séminaire la maison dite de la "Malvoisine" en 1642 lui donnant un règlement en 1658 (Ange Guépin, Histoire de Nantes). Il ne fit pas de difficultés pour signer le formulaire contre les cinq propositions, mais l'abbé Travers, dans son Histoire des évêques de Nantes laisse entendre qu'il n'y entendait rien. Il paraît que la générosité excessive de notre évêque précipita sa perte. Son frère et héritier, inquiet de sa prodigalité, le fit interdire de la gestion temporelle de l'évêché avant d'obtenir des lettres de cachet pour le faire enfermer dans son propre prieuré de Grammont près de Tours, c'était vers 1666. Forcé de remettre sa démission, il resta enfermé jusqu'à sa mort en 1688. Mystère des lettres de cachet, l'homme un temps bien en cour avait t-il déçu ? Etait t-il temps de laisser la place à l'oncle jésuite de la favorite, alors enceinte d'un futur Amiral de France ? Peut-être faut-il voir dans cette fin la simple manifestation du "danger des gouvernements de bon plaisir", comme l'écrit Guépin, on ne peut cependant s'empêcher de comparer cette disgrâce avec celle de son ancien chef et confrère en prélature l'amiral archevêque de Sourdis dont l'exil doit plus à la cabale qu'à l'incompétence supposée de l'intéressé.

A suivre ….

laValliere.jpg      Louise de la Vallière et son fils Amiral de France

 

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Samedi 26 janvier 2008

J'ai une tendresse particulière pour Ursule Mirouët, à cause peut-être de la petite tailleuse de Dai Sijie, plus sûrement par compassion pour la victime de ce "crime caché" qu'est la destruction d'un testament.
La grande perte que vient de subir l'héroïne de son parrain Minoret se double de terreurs nocturnes lorsque le bonhomme vient la visiter en ses rêves, lui lançant des regards suppliants, la laissant en pleurs le matin. L'abbé Chaperon, confesseur de la jeune fille lui conseille alors la lecture de la vie du fameux duc de Montmorency, décapité à Toulouse en 1632. Balzac interrompt alors son récit pour une longue citation du biographe du duc, l'abbé du Cros :

"Le siège de Privas fut remarquable par la perte de quelques personnes de commandement : deux maréchaux de camp y moururent, à savoir le marquis d'Uxelles … et le marquis de Portes, d'une mousquetade à la tête. Le jour qu'il fut tué il devait être fait maréchal de France. (je continue le récit en utilisant le texte de du Cros dont Balzac s'éloigne un peu). Environ le temps de sa mort, le duc de Montmorency, dormant dans sa tente, fut éveillé par une voix semblable à celle du marquis qui lui disait tristement adieu. L'amour qu'il avait pour une personne qui lui était si proche, fit qu'il attribua l'illusion de ce songe à la force de son imagination, et le travail de la nuit qu'il avait passée, selon sa coutume, dans les tranchées, fut cause qu'il se rendormit sans aucune crainte. Mais la même voix qui avait troublé son sommeil l'interrompit encore un coup et le fantôme qu'il n'avait vu qu'en dormant le contraignit de s'éveiller et d'ouïr distinctement les mêmes mots qu'il avait prononcés et qu'il répéta avant que de disparaître. Alors, il se ressouvint qu'un jour qu'ils entendaient discourir le philosophe Pitart sur la séparation de l'âme d'avec le corps, ils s'étaient promis de se dire adieu l'un a l'autre si le premier qui viendrait à mourir en avait la permission et, ne pouvant s'empêcher de craindre la vérité de cet avertissement, il envoya promptement un de ses domestiques au quartier du marquis qui était assez éloigné du sien. Avant que son homme fût de retour, on vint le quérir de la part du roi qui lui fit dire par des personnes propres à le consoler l'infortune qu'il avait appréhendée. Je laisse à disputer aux doctes sur la raison de cet évènement que j'ai plusieurs fois ouï réciter au duc de Montmorency et dont j'ai cru que la merveille et la vérité étaient également dignes de mon histoire "
(S. du Cros, Mémoires d'Henri, dernier duc de Montmorency, Paris 1666, pp. 175-176.)

La communication qu'évoque Balzac entre l'âme du disparu et celle d'un vivant est inspirée des théories formulées dans Louis Lambert quelques années plus tôt. Elle va contribuer dans le cas d'Ursule Mirouët à déjouer les malversations des parents malhonnêtes et contribuer à un dénouement fort romanesque, ce qu'on ne manquera pas de reprocher à l'auteur !

Laissons là Balzac et son héroïne pour évoquer les deux compères du siège de Privas.


Henri de Montmorency, deuxième du nom, est né en 1595, des œuvres d'Henri Ier et de sa seconde épouse Louise de Budos. On a beaucoup jasé sur cette union d'un "grand" avec une représentante de si petite noblesse. Saint-Simon, neveu de la veuve remariée du marquis de Portes (Louise de Crussol épousera en 1634 Charles, marquis de Saint-Simon gouverneur du fort et saline de Peccais près d'Aigues-Mortes et capitaine du château de Chantilly) se fera l'écho des circonstances étranges de ce mariage dans ses Notes sur le duché-pairie de Montmorency. Les Mémoires mentionnent aussi ce mariage ainsi que la première union du père du mémorialiste avec l'une des filles du marquis de Portes :

 "… la cadette belle et agréable au possible, avec une douceur une bonté et des agréments qui ne firent que rehausser sa vertu, et qui la firent aimer de tout le monde. Ce fut elle que mon père choisit…".
Saint-Simon Mémoires I, éd. de la Pléiade p76-77

Antoine-Hercule de Budos, marquis de Portes est un jeune frère de Louise de Budos, il n'a que six ans de plus que son neveu Henri de Montmorency et est élevé à la cour d'Henri IV. A vingt ans, il assiste sa nièce Charlotte-Marguerite lors de son mariage avec le prince de Condé, mariage de complaisance dit-on au bénéfice de ce "vieux barbon" d'Henri IV.
hercule2.jpg  Antoine-Hercule de BUDOS

En 1613, Henri II de Montmorency, titulaire de l'Amirauté de France donne à son oncle la charge de vice-amiral. C'est vers cette époque qu'Antoine-Hercule de Budos remanie son château de Portes situé près d'Alès sur la voie Régordane, il lui donne alors avec une proue spectaculaire unique en Europe, des allures de vaisseau de pierre bien digne de cet amiral des Cévennes.

En juillet 1615, le jeune Henry a vingt ans et est depuis un an le nouveau duc de Montmorency, il va se prendre de querelle avec le duc de Retz, le marquis de Portes va être son témoin comme le marquis de Vitry va être celui d'Henry de Gondi. Redonnons la plume à l'abbé du Cros :

"Le duc de Retz, ayant épousé l'héritiere de Chemilly et depuis s'étant rendu amoureux d'une femme Que le duc de Montmorency avait aimée, souffrait impatiemment la raillerie sur le mot de Restes. En effet, un jour que le duc de Montmorency la voulut continuer, il s'en offensa de telle sorte qu'il envoya le lendemain le marquis de Vitry pour lui faire un appel de sa part. Comme il s'approchait de lui, le duc de Montmorency se douta de son dessein, de sorte que, s'écartant un peu de sa suite, il se mit entre lui et ses gentilshommes pour empêcher qu'ils ne prissent garde à leurs discours. La chose fut conduite avec tant de secret que sa femme n'en eut pas même le soupçon, et la gaîté qui paraissait sur le visage de son mari la fit mettre au lit sans aucune méfiance. Le duc de Montmorency, faisant semblant de vouloir écrire, se retira dans son cabinet et sortit bientôt après sans empêchement. Comme il fut hors du Louvre, il rencontra le marquis de Portes qui le devait servir et tous deux suivis de deux valets de pied furent contraints de sortir par une secrète ouverture qu'il y avait entre l'Arsenal et la Bastille, parce que la porte de Saint-Antoine était fermée. Apres avoir passé le reste de la nuit dans un petit cabaret, ils se rendirent tous quatre sur le lieu. Le combat ne fut pas long parce que le duc de Montmorency, ayant saisi l'épée du duc de Retz, se jeta sur lui et l'ayant porté par terre, leurs amis qui étaient aux prises s'accordèrent pour les aller séparer. Ce qu'il y eut de fort remarquable en ce duel fut la franchise du procédé et la condition des personnes qui le firent"
(S. du Cros, op. cit. pp. 13-14.)

Le duc de Retz, Henri de Gondi, a 25 ans, il est marié depuis 1610 avec Jeanne de Scepeaux, fille du comte de Chemilly et de Beaupreau. Tallemant des Réaux nous informe qu'Henri de Montmorency avait été précédemment  …

"accordé, et mesme marié, mais sans coucher, avec l'héritière de Beaupréau, mais la Reyne-Mère fit rompre le mariage pour luy donner une de ses parentes de la maison des Ursins qu'elle fit venir exprès. Depuis, M. de Retz espousa Mlle de Beaupreau, et M. de Montmorency, au lieu de duc de Retz, l'appela duc de mon reste."
(Historiettes I p 363-364)

Antoine Adam, dans l'édition de la Pléiade des Historiettes ne retient pas le mariage manqué pour cause de cette querelle et voit en Malherbe l'inspirateur de Tallemant :

  "II y dix ou douze jours qu'il y eut doute de quelque brouillerie entre M. de Montmorency et M. de Retz, pour quelque chose qui s'était passé chez MIle de Choisy, mais cela n'éclata point. La reine les fit tout aussitôt embrasser en sa presence. La veritable bpnfxba rfgblg (occasion était) que zbafxrhe qr zbagzbenapl (M. de Montmorency) parlant du qhp qr" ergm ynhblg nccryyr qhp qr erfgr (duc de Retz l'avait appelé duc du Reste), et quelques autres choses sur le même sujet voulant dire qu'il avait eu fba erfgr (son reste)"
Malherbe Œuvres complètes (Ed. L. Lalanne Paris 1862-1869 p. 511

L'historiette de Tallemant ayant été rédigée avant 1659 (année de la mort du duc Henri de Retz) comme le précise une note de l'auteur, Il ne peut avoir connaissance du texte de Du Cros qui semble bien associer lui aussi les fiançailles avortées de  Mlle de Scépeaux et la concurrence des deux ducs dans le cœur de Mlle de Choisy comme causes de leur duel. Mais qui est donc cette demoiselle de Choisy ? Louis Monmerqué, spécialiste au XIXe siècle des Mémoires du XVIIe, et Paulin Paris historien de la littérature l'identifient avec une des filles de Jacques de l'Hospital marquis de Choisy, ce qui en ferait fort opportunément une parente de Nicolas de l'Hospital, marquis puis duc de Vitry, le propre témoin du duc de Retz. Ajoutons pour la grande histoire, que ce personnage sera deux ans plus tard le capitaine des gardes du corps du jeune Louis XIII, et qu'il devra sa fortune et un titre de duc à l'arrestation très vite suivie de l'assassinat de Concini. Lorsqu'il fut question de remplacer le maréchal d'Ancre près du roi, certains se tournèrent alors vers Vitry : "le meurtrier de Concini semblait tout désigné, mais il n'était qu'un soudard plein de prétention et de commerce peu agréable" (Louis Chevallier – Louis XIII Fayard 1979)

Le journal d'Arnaud d'Andilly est un peu plus précis sur les causes immédiates de la dispute et les circonstances du duel :

"Combat de MM. de Montmorency et de Portes contre MM. de Retz et de Vitry. Leur querelle fut pour une écharpe chez la Choisy. Paroles: accoutumé d'avoir mon reste. M. de Vitry fit l'appel le samedi soir. Le dimanche matin, M. de Montmorency va si matin que le portier ne veut ouvrir la porte. II quitte ses chevaux, passe l'eau à pied et à gué. M. de Montmorency tirant une estocade à M. de Retz, M. de Retz pare si fort que l'epee de M. de Montmorency lui tombe. En même temps, il saisit de la main gauche l'epee de M. de Retz, et se jette sur lui et le passe par terre. Ainsi, M. de Retz étant dessous et M. de Montmorency n'ayant point d'épée, comme ils virent qu'ils ne pouvaient que faire l'un à 1'autre, ils s'accordèrent et furent séparer les seconds qui étaient aux prises. Puis, M. de Retz baille son cheval à M. de Montmorency et monte en trousse, et ainsi vinrent déjeuner à l'hôtel de Montmorency et dîner à l'hôtel de Retz"
 : A. et E. Halphen. Journal inédit d'Arnauld d'Andilly, 3 vol., Paris, 1857-1891, t. I (1614• 1620), pp. 95-96 (août 1615).

La lecture des Mémoires de Pontchartrain confirme les "amourettes" concurrentes mais évoque aussi les manipulations de quelques fauteurs de troubles.

"Le premier jour du mois d'aout 1615, il se passa un combat qui mérite d'être su. Il y avait (dé)ja temps qu'il y avait quelques riottes entre M. de Montmorency et M. Ie Duc de Retz à cause de quelques amourettes. Sur ce que la reine avait été avertie qu'ils étaient pour en venir aux mains, elle les avait fait embrasser. Mais comme il y a des gens à la cour qui sont toujours désireux de nouveautés et qui sont bien aises de voir quelques désordres, l'on fait des rapports au désavantage de l'un ou de l'autre. Enfin. M. de Retz persuade qu'il y allait de son honneur, fait appeler M. de Montmorency par M. de Vitry. Led. sieur de Montmorency se trouva avec beaucoup de peine au lieu assigné et mène avec lui le sieur de Portes, son oncle. Ils se trouvent sur le champ deux contre deux, mettent pourpoint bas. l'épee seule. Le bonheur voulut qu'ils se colettent tous et se mettent par terre, sans se blesser autrement. Ils s'éclaircissent des faits, s'accordent sur-le-champ à la confusion de ceux qui avaient tramé cette division, se promettent amitié, s'en retournent dîner ensemble chez M. de Montmorency et le soir souper chez M. de Retz, et ainsi se passa ce combat."
Pontchartrain. Memoires concernant les affaires de France sous la régence de Marie de Médicis, ed. Michaud et Poujoulat, Paris. 1837, p. 345.


Ainsi finit cette histoire qui concerna comme le dit Du Cros, des personnes de bonnes conditions, deux ducs et deux marquis dont l'un ne dut qu'à une "mousquetade dans le front" (Le Mercure François tome XV 1629) de n'être pas maréchal de France ;  et l'autre son titre de duc à être le bras armé d'un coup d'Etat.

A lire en complément sur cette curieuse affaire :
Emile Boutin et Véronique Mathot : "Comment le duc de Retz devint le duc du Reste" Bulletin de la Société des Historiens du Pays de Retz 2004.
Sur la famille du marquis de Portes, l'ouvrage remarquablement documenté de Jean-Bernard Elzière :
"Histoire des Budos" Ed. Renaissance du château de Portes 1978.

 

 

publié dans : Vieux papiers et grimoires
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Dimanche 20 janvier 2008