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Chercheurs et curieux   Bienvenue sur ce blog
 
"Raconter son village"vous fera découvrir par petites touches Le Bourg des Moutiers, aujourd'hui Les Moutiers en Retz sur la côte sud du "Pays de Retz" dernier village breton aux confins du Poitou.
 
"De l'histoire locale à la grande Histoire"vous fera partager l'intéret d'un "localiste" pour sa "petite province" et la trace de celle-ci dans l'Histoire.
 
"Vieux papiers et grimoires" vous proposera des textes inédits, documents d'archives, articles de presse issus de mes recherches.

Des "Notes de lecture" et des "Méditations"  vous ouvriront une petite porte sur mon univers.
                         
Bonne visite !            
                              Patbdm                                                                               
 
Vendredi 3 juillet 2009


              Aglaé Marie Léocadie Bocandé, épouse de Guillaume Tardif ancien percepteur et maire de Pornic, est la sœur de Stanislas Bocandé qui a occupé les mêmes fonctions que son beau-frère de 1852 à 1859. En janvier 1879, elle accompagne à Nantes son mari, grand électeur aux Sénatoriales. Dans son journal, l'abbé Baconnais raconte un déjeuner chez la bienfaitrice de l'hospice de vieillards dont il est l'aumônier à Chantenay. Il y est convié comme relation de la dame Tardif qui possède le château des Brefs au Clion et une antique demeure des Moutiers récemment achetée (que son frère et héritier baptisera de son prénom Manoir Stanislas LX). C'est l'embonpoint de la dame (monstrueuse dit Baconnais peu charitable) qui sera cause de cette acquisition, il lui fallait un endroit pour souffler et poser son panier les jours de marché au bourg !
              Les propos aigres-doux du bon abbé pour ses confrères réguliers de la rue Noire ont peut-être leur origine dans la concurrence faite auprès des pourvoyeuses de ses œuvres. La bourgeoisie nantaise, à l'instar de madame Tardif, s'est en effet enthousiasmée pour le retour des Capucins à Nantes cinq ans plus tôt. L'abbé Baconnais n'imagine cependant pas que la République, deux ans plus tard va le débarrasser des moines concurrents !

              Dimanche 5 janvier
              Un déjeuner au Bois-Hardi

              Mademoiselle Caroline de la Chevasnerie  est une excellente personne sous tous les rapports, pieuse comme un ange, charitable affectivement et effectivement, ne voyant jamais de mal en personne, excusant tout, même jusqu'aux défauts. Riche par le cœur, riche par la fortune, elle emploie admirablement les talents que le seigneur lui a confiés. Elle est la providence de son quartier. C'est elle, en grande partie, qui a fait construire  l'établissement de nos vieillards. Sa sœur et elle ont donné la chapelle qui coûte 25000 francs. Elle a toujours la bourse à la main pour la moindre infortune. Oui c'est vraiment une belle âme !
             Or ce jour cinquième de janvier, elle recevait à déjeuner une dame Tardif de ma connaissance, habitante de Pornic, venue à Nantes pour accompagner son mari qui, comme délégué, allait voter pour les sénateurs. Cette dame née Bocandé, est un caractère fantasque, nerveuse, altière, vive, d'une corpulence (monstrueuse)  extrême, elle pèse je pense deux cents . Son mari, un excellent chrétien est bien, sous tous rapports, calme, froid, compassé, il modère les caprices de sa chère moitié qui, parfois, est un peu excentrique, en fait de dévotion. Je ne l'avais pas vue depuis huit ans, elle est parfaitement conservée et porte gaillardement ses soixante trois années. Elle cause beaucoup, parle facilement, mais est un peu railleuse malgré sa piété affectée. Elle raffole des Capucins qui l'ont enrôlée comme sœur. Nous n'étions que quatre à table, mademoiselle Caroline de la Chevasnerie âgée de 84 ans, Madame la comtesse de Pimaudan veuve, cette dame Tardif et moi comme connaissance et ami. La demoiselle de céans cause peu, elle est moyennement spirituelle, puis fort âgée, mais parfaitement conservée, un cœur d'or – Madame de Pimaudan, est personne discrète, de bon goût, spirituelle, faisant attention à tout, mais sans mot dire pour le faire connaître. Elle aussi est fortement capucinée, et donne à Saint-Nazaire de gros revenus à la maison, c'est une femme distinguée. La conversation fut naturellement amenée sur le terrain religieux, et surtout sur les chers pères et parmi ces pères, un ou deux, dont on parlait avec plein de cœur. On a beau être religieux, religieuse, le cœur humain n'a point perdu toute sa sensibilité, et, bien qu'on aime sincèrement le bon Dieu, il y a aussi le révérend auquel on s'adresse qui a un petit coin de la sensibilité humaine. Les choses se sont toujours passées ainsi, nous ne pouvons pas nous dépouiller entièrement de notre humaine nature ! Les anges dans le ciel sont de purs esprits dégagés de la matière. Nous autres sur la terre vivons avec un corps pesant qui alourdit notre esprit. Et je pris congé de ces dames à midi, et je rentrai chez moi.

    Journal de l'abbé Baconnais Volume 3 (1879)


A propos de Capucinière


                 Le nom est quelque peu irrévérencieux, il est employé par les journalistes du Phare de la Loire à la fin de 1880, alors que l'affaire de l'expulsion des Capucins de leur couvent domine l'actualité nantaise.
La ville avait connu jadis deux couvents de Capucins, celui des Grands-Capucins dans le quartier de la Fosse et celui de l'Hermitage dit des Petits-Capucins. Chassés lors de la Révolution, où plusieurs d'entre eux périrent, les Capucins attendirent presque un siècle le retour souhaité par Monseigneur Fournier évêque de Nantes. Un terrain situé entre la rue Noire et la rue Haute-Roche est acheté en 1873, les bâtiments rapidement édifiés et le couvent consacré à la fin de 1874.
                Le 15 mars 1878, Jules Ferry dépose un projet de loi relatif à la composition des jurys devant lesquels les étudiants des Universités libres passent les examens. L'article 7 prévoit d'exclure d'enseignement les membres des congrégations non autorisées. C'est avant tout l'enseignement des Jésuites qui est visé. Voté à la Chambre majoritairement républicaine (juillet 1879) l'article 7 n'est que mollement défendu au Sénat par le président du conseil Freycinet et repoussé en janvier 1880. Les députés républicains ripostent en demandant l'application des lois relatives aux congrégations non autorisées, le gouvernement cède en promulguant le 29 mars 1880 un décret de dissolution et d'expulsion des Jésuites dans un délai de trois mois, et un autre obligeant toute congrégation non munie d'une autorisation à solliciter celle-ci sous peine de dissolution. Les "décrets", ce seul nom va longtemps suffire pour les désigner, marquent une date importante dans l'histoire de la République anti-cléricale. 
                 Trois mois plus tard, les jésuites sont expulsés à Nantes de leur établissement de la rue Dugommier comme ils le sont partout en France. La volonté de conciliation du président du conseil va se heurter aux intransigeants des deux bords à propos de l'application du second décret. Las, Freycinet démissionne en septembre et est remplacé par Jules Ferry. Dès lors, les monastères et couvents de France se préparent à soutenir de véritables sièges. Des barricades s'élèvent, des fidèles, parmi lesquels de nombreux notables, s'enferment avec les religieux.
                  Le 3 novembre 1880, l'expulsion des Capucins de la rue Noire est beaucoup plus dramatique que celle des Jésuites. Il ne faut pas moins de sept brigades de gendarmerie et un escadron de dragons pour expulser une douzaine de moines et leurs "défenseurs" barricadés dans les locaux.
                  Le préfet Herbette coordonne les opérations qui durent toute une journée. Le lendemain de l'expulsion, le président du Conseil général, baron de Lareinty vient saluer le père supérieur des Capucins au départ du vapeur de la Loire, l'ecclésiastique sur le chemin de l'exil bénit solennellement le responsable du département agenouillé.

 

Le couvent des Capucins à Nantes gravure de 1880 (vue prise du sud - à gauche la rue Noire, en arrière la rue Haute-Roche)

- Publié dans : Vieux papiers et grimoires - Communauté : Histoire et patrimoine
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Dimanche 28 juin 2009

            La bataille des Cardinaux gravure allemande (Le Thésée est repéré "D" en bas de la gravure)   


               Ce n'est pas un titre du dernier CD de Cabrel mais le nom de quelques rochers par le sud-est de l'île d'Hoedic qui reste attaché au souvenir d'une défaite navale qui scella en pleine tempête, voici un quart de millénaire, le destin de la marine française et coûta la vie de 4 à 500 paysans bretons de nos côtes.
                Mardi 16 juin 2009, plateau de l'Artimon par 47° --' --'' de latitude Nord, 02° --' --'' de longitude Ouest, par 20 mètres de fond, les sondes du croisicais Jean-Michel Eriau et de Jean-Michel Authie rencontrent un obstacle sous un mètre de vase.
                Le Thésée vaisseau de 74 canons, jaugeant 1500 tonneaux, un des fleurons de la flotte française de XVIIIe siècle, dernier des cinq grands navires français coulés aux Cardinaux vient d'être découvert sur le lieu de son naufrage au Nord-Est d'Hoedic, non loin de l'île Dumet au large de Piriac à l'ouest, de St Gildas de Rhuys au nord.
Voir ici le film de la découverte sur le site de la Société d'Archéologie maritime du Morbihan, SAMM.


               Fin 1758 : Nous sommes en pleine guerre de Sept ans. Louis XV décide d'éloigner les navires de la Navy omniprésents sur nos côtes, en provoquant un débarquement de nos troupes en Ecosse. Une flotte marchande affectée dans ce but est organisée à Nantes puis rejoint le golfe du Morbihan où doivent avoir lieu les principales opérations d'embarquement.
              Novembre 1759 : Le corps expéditionnaire est prêt, l'escadre d'escorte constituée des vaisseaux disponibles sur les côtes de l'océan, commandée par le Maréchal de Conflans (70 ans, l'âge du capitaine aura son importance) quitte Brest le 14 pour le golfe du Morbihan qu'elle n'atteint que le 20 au matin poursuivie par toute la flotte anglaise de l'Amiral Hawke ! 
              Les Cardinaux sont en colère, le vent est violent et les parages dangereux, le combat qui s'engage entre les deux flottes n'a rien de la classique rencontre en ligne, les manoeuvres sont confuses, l'habileté et la chance sont anglaises. Le Thésée, dans un viré de bord périlleux, sabords de la batterie basse ouverts, sombre d'un coup. Des 650 hommes à bord une vingtaine peut-être sera sauvée mais probablement aucun des 137 garde-côtes de Saint Pol de Léon et Morlaix qui avaient pris place sur le navire pour remplacer les marins manquants.
            Au total 2500 français périssent dans cette funeste journée. Un sur cinq est un garde-côte, c'est-à-dire un paysan d'une des paroisses du littoral assujetti par tirage au sort à un service de défense locale. Principalement affectés au service des canons, les hommes de la côte qui ont pour la plupart la mer en horreur, n'avaient aucune chance de se tirer d'un naufrage !

            En novembre prochain, une cérémonie réunira la Royale et la Navy dans un hommage aux marins disparus anglais (près de 500) et français. Je forme le souhait qu'il soit alors rappelé que de jeunes hommes, la fleur de leurs villages, qui n'étaient ni soldats ni marins, ont perdu la vie dans une affaire où leur inexpérience ne pouvait que les mener à leur perte.

           De nombreuses manifestations culturelles ponctuent cette année sur le littoral du Morbihan et de la Loire-Atlantique, la commémoration du 250e anniversaire de la bataille des Cardinaux.

Parmi les conférences :

Mardi 30 juin 18h à Guérande (salle de l'Athanor) :
Georges NARD La bataille des Cardinaux et la recherche d'épaves

Le 3 juillet 18h à Piriac (maison du Patrimoine) :
Olivier CHALINE Les impacts sociaux économiques de la bataille des Cardinaux

Le 20 novembre 18h au Croisic
Olivier CHALINE Quiberon Bay 20 novembre 1759 la bataille des Cardinaux victoire anglaise


Pour l'ensemble des manifestations voir le site de la commémoration

 

- Publié dans : De l'histoire locale à la grande Histoire
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Dimanche 21 juin 2009

 

Quelles traces pour la musique dans l'histoire ?

Au Bourg des Moutiers chaque mariée de l'année devait "une chanson nouvelle' et cependant "bien honnête" à Madame la Prieure. En 1828, c'est le garde-champêtre Louis Duval, ancien lieutenant des douanes qui anime de son violon les noces de village, il donne à l'occasion à domicile quelques leçons particulières d'écriture et d'arithmétique !

A Pornic, dans les années 1880, sur le chemin de la falaise, face à la mer, Victor Schoelcher chante Gluck d'une voix forte et sonore. Le soir au chalet Herbette, il se met au piano pour jouer quelque transposition du titulaire de l'orgue  de la Trinité (1) ou évoquer avec son ami Louis Herbette, tout aussi libre penseur et habile pianiste que lui, les voix célestes du Messie ou ses regrets de n'avoir pu, malgré l'appui de Gounod, sauver le budget des maîtrises de cathédrales. En 1881, il publie Modernité de la musique.

Classique, populaire, moderne, en ce jour de fête de la musique elle arrive sur ce blog !

 

(1) Félix-Alexandre Guilmant, 1837-1911, organiste de l'église de la Trinité à Paris, brillant concertiste, il met Haendel à son répertoire, compositeur il dédie sa 2e symphonie pour orgue et orchestre à Louis Herbette (1906).


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Vendredi 19 juin 2009

(Où il est encore question de la Suède)

             Joseph Fouché duc d'Otrante, le régicide ministre de la police de Napoléon né au Pellerin, avait un frère qui avait été officier de la Reine Hortense puis grand veneur de Bernadotte devenu le roi Charles-Jean XIV de Suède. Adine Brobant, sa petite nièce (poète nantaise connue sous le nom d'Adine Riom, et les pseudonymes comte de Saint-Jean ou Louis d'Isole) se souvenait d'avoir parcouru les forêts bretonnes, blottie dans les fourrures du grand-oncle lors de vertigineuses courses hivernales dans une voiture tirée à quatre chevaux. Le vieil homme aimait évoquer avec l'enfant les immensités neigeuses de la nouvelle patrie de Bernadotte.
            Devenue une des meilleures spécialistes de la poésie bretonne, Adine Riom collabora en  1884 à une Anthologie des poètes bretons du XVIIIe siècle à l'initiative de la Société des Bibliophiles bretons. L'article qu'elle y consacre à Catherine Descartes, nièce du philosophe, va évoquer à son tour l'hiver nordique, cette fois fatal au célèbre oncle.
            Quelques années plus tôt, l'abbé P. Grégoire avait consacré un article biographique (Bulletin Bretagne Anjou Vendée 1878) à Catherine Descartes (1637-1706) fille du frère aîné de René, Pierre, châtelain de Kerléau près de Vannes, petite fille de Joachim Descartes déjà évoqué ici à propos de son mariage avec la dame des Tréans aux Moutiers.

            "Catherine vivait le plus souvent à la campagne, absorbée par des études continuelles; cependant elle a laissé des souvenirs de ses voyages à Rennes, à Nantes et à Paris. Elle s'était liée d'amitié avec Mlle de Scudéri, la Sapho d'alors, et Mlle de la Vigne, qui l'appelaient l'immortelle Cartésie. Nous retrouvons une lettre de Mlle de Scudéri à Mlle Descartes, où après avoir parlé en prose d'une fauvette qui revenait chaque printemps à sa fenêtre, elle ajoute en vers :


Après cela, Cartésie,
Pour vous parler franchement,
Il m'entre en la fantésie
De vous gronder tendrement ;
De ma fauvette fidèle  
Vous avez tous les appas,
Vous chantez aussi bien qu'elle,
Mais vous ne revenez pas!


Il y avait loin alors des châteaux de Bretagne à Paris ! et rarement la muse de Kerleau allait
retrouver ses sœurs à l'hôtel de Rambouillet, ce centre de la préciosité ; elle n'y paraissait d'ailleurs qu'au second rang; son esprit sérieux, fortifié par la solitude, se sentait mal à l'aise dans les cercles excentriques de la Place Royale, et surtout dans l'atmosphère ambrée et pailletée de la chambre bleue. L'étoile de Mlle Descartes ne devait briller de tout son éclat que dans son propre ciel, c'est-à-dire dans les salons de Rennes, de Nantes et de Vannes ; c'est là que plusieurs esprits remarquables l'ont admirée. Ainsi, dans une lettre de Mme de Sévigné à sa fille, nous lisons :
« J'ai rencontré, à Rennes, une demoiselle Descartes, propre nièce de votre père, qui a de l'esprit
comme lui; elle fait très bien les vers. »

Et dans une autre lettre, toujours de Mme de Sévigné à Mme de Grignan :
« J'aime passionnément Mlle Descartes, elle vous adore, vous ne l'avez point assez vue à Paris...
... Voilà un impromptu qu'elle fit l'autre jour; mandez-moi ce que vous en pensez. Pour moi, il me plaît, il est naturel et point commun. »
On croit généralement que cet impromptu était le Triomphe de l'Amour, qui se termine ainsi :


Tous ont senti les traits de ce petit bourreau,
Et le sage d'Athène et celui de Corinthe,
Et du plus grand des Dieux il a fait un taureau l

 

Le climat de Stockholm dit-on fut fatal à René Descartes qui meurt d'une pneumonie au palais de la reine Christine le 11 février 1650.



La mort de M. Descartes.                                                                          


Christine jouissoit d'une éclatante estime ;
Sa beauté, son esprit, et son savoir sublime,
Des savants de l'Europe étoient l'étonnement,
Et des rois empressés le doux enchantement ;


Les langues d'Orient, et mortes et vivantes,
Celles de l'Occident, vulgaires et savantes,
Etoient dans sa mémoire, avec ce qu'elles ont
De savant, de poli, de rare et de profond.


Mais, quand sur la physique elle fut parvenue,
Jusqu'où n'arriva point sa pénétrante vue ?
Toutefois deux écueils, dans cette vaste mer,
Virent ce grand génie en péril d'abîmer :


L'aimant, dont les côtés aux deux pôles répondent,
Et qui l'esprit humain et la raison confondent,
L'un semble aimer le fer, et l'autre le haïr,
Si l'un sait l'attirer, l'autre le fait fuir ;


La mer, dont elle voit tantôt le sable aride,
Et tantôt inondé par l'élément liquide.
Ce réglé changement, écueil de la raison,
Indépendant des temps, des vents, de la saison,


De Christine épuisoit le merveilleux génie ;
Tout ce qu'en tous les temps dit la philosophie,
Aristote, Platon, Démocrite, Gassend,
Offrent à cette reine un secours impuissant;


Elle en connoît le foible, et sa recherche vaine
Augmente son ardeur et redouble sa peine.
Quel sort pour ce grand cœur, dans son espoir trompé,
Du désir de savoir sans relâche occupé!


Un jour, l'esprit rempli de ce dépit funeste,
Elle crut voir paroître une femme modeste,
D'un air sombre et rêveur et d'un teint décharné,
Puis elle entend ces mots : "Vois l'illustre René !


Seul entre les mortels, il peut finir ta peine ;
« Connu chez les Bretons, il naquit en Touraine;
« Aujourd'hui près d'Egmont, et le jour et la nuit,
« Il médite avec moi, loin du monde et du bruit.


« Entends-le, c'est l'ami de la philosophie. »
Elle dit et s'envole ; et Christine ravie,
Avide de savoir, ne croit pas que jamais
Elle puisse assez tôt l'avoir en son palais.


Cependant, enchanté du plaisir de l'étude,
Jouissant de lui-même et de sa solitude,
Le sage en ce repos voudroit bien persister;
Mais aux lois d'une reine il ne peut résister.


Tu quittes pour jamais ta charmante retraite,
Grand homme, ainsi le veut du Ciel la voix secrète.
Pour instruire une reine, il s'avance à grands pas,
Croit aller à la gloire, et court à son trépas.


Il arrive, et déjà l'attentive Christine
Reçoit avidement sa solide doctrine,
Écoute avec transport le système nouveau,
S'en sert heureusement de guide et de flambeau,


Et, pour avoir le temps de l'écouter encore,
Retranche son sommeil et devance l'aurore.
Enfin, par des sentiers inconnus Jusqu'alors,
Elle voit la nature, et connoît ses ressorts.


On dit qu'en ce moment la Nature étonnée,
Se sentant découvrir, en parut indignée :
« Téméraire mortel, esprit audacieux,
« Apprends qu'impunément on ne voit pas les dieux ! »


Telle que dans un bain, belle et fière Diane,
Vous parûtes aux yeux d'un trop hardi profane,
Quand cet heureux témoin de vos divins appas,
Paya ce beau moment par un affreux trépas:


Telle aux yeux de René, se voyant découverte,
La Nature s'irrite et conjure sa perte,
Et d'un torrent d'humeurs, qu'elle porte au cerveau,
Accable ce grand homme, et le met au tombeau.


Catherine Descartes

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Samedi 13 juin 2009

               Lorsque Dominique Caillé entreprend dans la Revue de Bretagne et Vendée (1890) d'évoquer la vie et l'œuvre de Joseph Rousse, il explore trois sources pour comprendre le cheminement politique et littéraire de ce républicain catholique et breton : les articles que l'homme politique publie dans l'éphémère journal républicain modéré de Nantes L'Indépendance de l'Ouest fondé en 1871 par Paul Perret, autre acteur de la scène politique et littéraire du Pays de Retz, les articles qu'il consacre dans la Revue de Bretagne et Vendée à la critique des œuvres poétiques de son temps, enfin les préfaces de ses propres volumes de poésie.
               Le premier de ses "avertissement au lecteur" publié ici a souligné son attachement à ce Pays de Retz, pays natal souvent chanté et résolument inscrit dans une patrie bretonne dont il est nostalgique. Le second, mis en exergue à ses Poèmes italiens et bretons, témoigne d'une pensée poétique modeste. L'évocation des jouissances intimes procurées par l'écriture poétique y côtoie une lucidité triste envers l'édition de son temps. Le républicain y épingle les rimeurs titrés que le mérite des ancêtres exempte de talent.

 

…/…
A moins d'avoir du génie comme Laprade ou Mistral, un poète qui vit en Province et qui se sent peu de goût pour l'intrigue, doit se contenter d'être lu par quelques amis. La poésie discrète et simple n'a jamais plu à la foule. Et même combien sont rares ceux qui savourent la beauté pure des élégies grecques et de églogues de Virgile !
 La mort d'André Chénier a fait à ses chefs-d'œuvre la moitié de leur célébrité. Quant à Brizeux, l'Académie française n'a pas daigné lui offrir un fauteuil, elle qui accueillait à bras ouverts M. Viennet et qui couronne sans rire certains rimeurs titrés. Pourtant, je dirais volontiers des vrais poètes ce qu'Euripide dit des méchants : "Le temps les dévoile, lorsque le moment est venu, comme un miroir reproduit les traits de la jeune fille qui s'y contemple."
 Il faut aimer la poésie pour elle-même et pour les jouissances intimes qu'elle procure. Je me souviens qu'en passant à Vérone sur un pont, j'entendis une voix de femme chanter dans un des moulins flottants qui couvrent l'Adige. L'orage grondait, et sur le ciel d'un noir sinistre se découpaient les clochers de la ville, les tours rouges du Castel-Vecchio, et dans le lointain d'âpres montagnes encore chargées de neige. Les roulements du tonnerre étaient continus ; par instants, ils éclataient avec un bruit formidable, mais le chant ne cessait point, et je prenais un plaisir singulier à écouter cette voix invisible d'une âme qui semblait oublier ce qui l'entourait. L'âme du poète est ainsi. Lorsqu'elle chante, elle n'entend plus les bruits du monde, elle oublie tout, jusqu'à ses douleurs, si la douleur n'est pas le sujet de son chant.
…/…
        Pornic 1869

 

 

Le Tombeau de Virgile

A M. Octave de Rochebrune

Nous montâmes longtemps par des marches croulantes,
Au milieu d'un jardin, où des vignes flottantes
A d'antiques figuiers suspendaient leurs rameaux.
Un clair soleil dorait les feuillages nouveaux,
Et nos pieds, en froissant les herbes de la terre,
Eveillaient dans l'air pur une senteur amère.
Parvenus au sommet de ce riant jardin,
Nous vîmes, sous l'éclat du ciel napolitain,
Naples avec ses clochers et ses palais rougeâtres,
Le Vésuve fumant, et sur le bord des eaux,
Des villages groupés comme de blancs oiseaux.
Plus loin, c'était Sorrente et l'île de Caprée,
Fermant à l'horizon cette baie azurée.

Mais mon guide bientôt, d'un geste dédaigneux,
Sous de vieux chênes verts me fit baisser les yeux.
Tout près, le Paussilippe ouvrait sa grotte sombre,
Et parmi les rochers je vis, blotti dans l'ombre,
Un humble mausolée, au toit couvert de fleurs.
Le pavot, la jacinthe y mêlaient leurs couleurs
Aux chardons argentés, au lierre pâle et tendre.
Doux Virgile, c'est là que repose ta cendre !
Pour le sublime amant des champs et des bergers,
Où pourrait-on choisir une tombe plus belle ?
Chaque saison lui donne une beauté nouvelle.

Dieu, qui fit à Virgile un cœur rempli d'amour
Pour le charme des nuits et les splendeurs du jour,
Peut-être lui permet, à lui dont l'âme est pure,
De revenir parfois admirer la nature.
Peut-être que la nuit, sous les étoiles d'or,
Du haut de ce jardin son ombre vient encor
Contempler le miroir des ondes lumineuses,
Qui brisent en riant leurs vagues écumeuses.
Il écoute les voix lointaines des pêcheurs;
Les orangers fleuris lui jettent leurs senteurs,
Et, pour s'évanouir, il n'attend que l'Aurore
Sur les monts violets se lève et les colore !

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Samedi 6 juin 2009


(Où l'on voit que tous les chemins partent de Rome)

A une suédoise de l'année, disciple d'Erasme et future diplomate européenne, la note promise sur la reine et le cardinal, deux Monstres sacrés du XVIIe siècle. (je mesure l'ambiguïté de l'expression)

                 Rome, mai 1666, Il y a presse à la sortie du palais Farnese où réside la reine Christine de Suède, pas moins de 18 cardinaux, chacun d'eux dans un carrosse tiré par six chevaux, pour accompagner l'ex souveraine (elle a abdiqué en 1654) dans sa sortie de la ville éternelle. Anticipant prudemment sur les embouteillages romains (déjà une réalité au Grand Siècle !) les prélats ne sont plus que trois pour l'attendre au-delà du Ponte-Mole, de l'autre côté du Tibre : l'ambassadeur de Venise, le cardinal Azzolini, grand nom du Sacré-Collège et son ami le cardinal de Retz, représentant officieux de Louis XIV auprès du pape. Christine prend la route de Stockholm qu'elle n'atteindra d'ailleurs pas, apprenant lors de son étape de Hambourg qu'on ne lui accorderait pas l'exercice du culte catholique auquel elle s'était ralliée, elle revient à Rome.
                 Le pape Alexandre VII qui mettait à son crédit la conversion de la reine de Suède (son abjuration eut lieu en novembre 1655 à la cathédrale d'Innsbruck) donne à Retz, mémorialiste l'occasion d'une réflexion qui prend plus d'intérêt lorsqu'on sait qu'il est à Rome en 1666 pour discuter de l'Infaillibilité du pape. "Il ne vous sera pas difficile de concevoir que ces manières de Sa Sainteté ne me devaient pas donner une grande idée de ce que je pouvais espérer de sa protection ; et je reconnus de plus, en peu de jours, que sa faiblesse pour les grandes choses augmentait à mesure de son attachement aux petites".
                  Retz est à Rome depuis juin 1665, il rend compte régulièrement auprès du Secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères, Hugues de Lionne, des missions diplomatiques que le roi lui a confié. Ses lettres, conservées aux archives du ministère, ont été publiées dans les éditions de ses œuvres complètes (Tome 7 de l'édition de 1882 présentée par Régis Chantelauze).
                  A son arrivée à Rome, après avoir contribué à résoudre un conflit sérieux avec la papauté (affaire de la Garde corse) Retz est d'abord interdit de visite chez la reine Christine, coupable aux yeux de Louis XIV d'un soutien trop voyant à Alexandre VII dans l'affaire. Retz était chagrin de cet interdit, ne pouvant aussi rencontrer son ami le cardinal Azzolini, chef de l'Escadron volant qui "faisait" volontiers les papes, mais gouvernait aussi les affaires temporelles de la reine. Les choses s'améliorant, Retz put enfin rendre visite puis fréquenter assidûment la reine.        
                 Pouvait-il en être autrement pour ces deux figures parmi les plus originales de leur siècle ? Régis Chantelauze, dans son histoire des missions diplomatiques de Retz, avance que ces deux libres esprits devaient s'entendre à demi mots et se priser à leur juste valeur tout en précisant que la reine, qui s'envisageait aussi mémorialiste ne bénéficia pas des conseils du cardinal : On voit bien que ni Retz ni La Rochefoucauld n'ont passé par là !
                 Les affaires publiques et le théâtre rapprochent les deux presque exilés. On imagine que dans les premières, le diplomate domina, chez Retz, le polémiste des Mémoires ; dans le second, le goût partagé pour les spectacles de planche (Retz, après avoir goûté en Hollande les spectacles de marionnettes, entretenait à Commercy une petite troupe de théâtre) prenait aussi parfois des allures d'affaire d'Etat. La reine voulant faire jouer le Tartuffe dans son théâtre du palais Farnèse fit demander à Versailles le texte de M. Molière. Lionne lui-même lui répondit fort logiquement : Le roi ne peut employer son autorité à faire voir cette pièce après en avoir lui-même ordonné la suppression …
                  Christine partie, Rome perdit un peu de son éclat et Retz se consacra sous la chaleur étouffante de l'été romain aux affaires de l'église. Il repartit mi septembre pour Commercy, mais retrouva Christine à Rome après la mort d'Alexandre VII lors du conclave de 1667 où l'on vota pour lui et où il fit un pape !

 

 

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Vendredi 5 juin 2009

 
             Dominique Pierrelée raconte (Pornic, étoile et reine, Siloë 1998) comment Jean Sarment, après la Seconde guerre mondiale anima à Pornic un cercle de relations littéraires. Bernard Roy, Armel de Wismes, Henry-Jacques (le Jacquot-Jactar déjà rencontré ici) y côtoyaient les auteurs de romans policiers Thomas Narcejac et Serge Laforest.
             Pierre Ayraud, alias Narcejac s'est installé en 1947 à Sainte Marie. Jeune professeur de lettres débarqué au lycée Clemenceau à la rentrée de 1945, promis à un bel avenir dans la littérature policière avec son ami Boileau, il ne néglige pas ses amitiés nantaises qu'il va contribuer à lancer dans la carrière. Le futur Serge Laforest, de son vrai non Serge Arcouët né à Nantes en 1916, est son cadet de quelques années. Il est le fils d'un pianiste renommé mais se verrait plutôt marin, l'école d'hydrographie sera l'antichambre d'une carrière littéraire si prolifique qu'elle pourrait bien avoir contribué à l'œuvre la plus importante (en nombre de volumes publiés) pour un écrivain nantais. Les 143 ouvrages recensés ici (l'Almanach de Bretagne chez Larousse en dénombre 131), même avec une pagination moindre (entre 200 et 250 pages par volumes) font bonne figure près de 66 volumes de Jules Verne ou des quelques 80 de Narcejac lui-même.

Les premières œuvres de Terry Stewart

              En 1946, les éditions Athénée Le Portulan publient un premier roman de Narcejac (Confidences dans ma nuit). L'année suivante, Cynthia devant la mort d'un certain Terry Stewart (titre original : Death has many faces) parait dans une traduction de Serge Arcouët. Dans l'immédiat après-guerre le roman noir venu d'Amérique est à la mode. Mais d'américain point, le nouvel auteur, comme le rappelle l'excellent site Polar Hardboiled consacré au roman policier noir, est un frenchie à l'écriture si maîtrisée qu'un critique ne doute pas un instant de la provenance outre-Atlantique de l'écrivain qui n'est autre on s'en doute que notre nantais ! Arcouët et Narcejac publient chacun trois livres au Portulan. En 1948, les deux hommes co-signent Faut qu'ca saigne  aux éditions du Scorpion. La revue Temps noir, dans sa dernière livraison, en donne une première version. Au Scorpion Arcouët et Narcejac côtoient Boris Vian, qui, sous le pseudo de Vernon Sullivan publie plusieurs livres dont Et on tuera tous les affreux et J'irai cracher sur vos tombes dont mon père faisait grand cas. De 1946 à 1952, Serge Arcouët, alias Terry Stewart, exploite la veine du roman noir chez plusieurs petits éditeurs. La série verte de Morgan, La Maîtrise du livre, Le Condor ou Le Trotteur dans la collection noire nord-américaine l'accueillent avant que la consécration le rejoigne avec la célèbre Série Noire.

 Terry Stewart à la Série Noire

              En 1945, Marcel Duhamel avait convaincu Michel Gallimard d'accueillir dans la maison d'édition que dirigeait son oncle une nouvelle collection consacrée au roman policier anglo-saxon qui va se révéler très vite par sa popularité un excellent choix. Ce n'est pas la moindre des qualités de l'ami d'Albert Camus que de ne négliger aucune forme de littérature, et s'il rentre dans sa politique éditoriale des contingences commerciales dont la grande maison n'aura pas à se plaindre, il n'est pas non plus douteux que pour Michel Gallimard patron de la prestigieuse Pléiade, promoteur de la collection Connaissance de l'Orient de son maître Etiemble, il n'y a pas de littérature mineure.
              La Série Noire inaugure ses publications avec l'anglais Peter Cheyney. James Hadley Chase et l'américain Horace Mac Coy vont suivre. Le 18e volume de la série, en 1949 est du à Terry Stewart. La Mort et l'ange est la très sombre histoire d'un condamné à mort dans une prison américaine. Le chroniqueur d'Hardboiler  n'hésite pas à parler à propos de Serge Arcouët  du "premier auteur français de roman noir, mettant en parallèle ses récits avec le contexte politique et social de l'immédiat après-guerre avec une dureté et une violence certainement héritée des années noires de la guerre". En tout état de cause, Arcouët est le premier auteur français de la Série Noire où il va publier cinq titres de 1949 à 1955.

 John Silver Lee et les aventures de Slim

               En 1949, Terry Stewart donne un premier titre (Cet homme va mourir) à la collection l'As de Pique chez Amiot-Dumont, il récidive la même année (Et puis on s'en fout), cette fois sous le pseudonyme de Russ Rascher, mais il s'agit du seul livre sous cette signature. Enfin, toujours cette même année 1949 paraissent 5 volumes d'une nouvelle série, il s'agit cette fois-ci d'espionnage : les aventures de Slim. Serge Arcouët s'est à nouveau associé avec Thomas Narcejac  donnant naissance à un troisième pseudonyme : John Silver Lee. On connaît 7 titres à la série (1949-1950) mais l'un d'eux est attribué sous le même pseudonyme au duo Narcejac – Léo Mallet. Certains catalogues donnent plusieurs Slim comme écrits par le trio Laforest – Mallet – Narcejac.
Le Slim des deux nantais est un petit frère de Nestor Burma !
              Parallèlement à sa production pour la Série Noire, Arcouët-Stewart rentre en 1951 chez l'autre grand éditeur de littérature policière : Fleuve Noir avec De la viande à pas cher ! dans la collection noire.

 Serge Laforest et le Fleuve Noir

             C'est en 1953, qu'apparaît le quatrième et dernier pseudonyme de Serge Arcouët, il a cette fois-ci, abandonné la veine américaine et francisé son nom breton. Il investit d'un coup les deux grandes collections du Fleuve Noir, la collection Spécial police (couverture colorée) avec Danger public et la collection Espionnage (couverture noire et blanche) avec Choc sans merci.
 Serge Laforest publie 35 policiers jusqu'en 1969 et 80 romans d'espionnage jusqu'en 1975.

              Les aventures, au plus fort de la guerre froide, de Paul Gaunce, de son épouse Tamara transfuge de la Yougoslavie de Tito et de sa fille adoptive Delphina Nitaka, tous les trois agents de la CIA ont marqué mes lectures d'adolescence où les séries avaient ma préférence. Entre Angélique des époux Golon, les Pardaillan de Zévaco, l'Arsène même revu par Narcejac, et en attendant les Thibaud ou les Rougon-Macquart, je m'encanaillais de ces aventures yankee aux saveurs nantaises si rassurantes. Paul Gaunce n'allait-t-il pas se reposer entre deux missions dans sa propriété des bords de l'Erdre : la Haugardière à Sucé, y taquinant le brochet avec le matériel de pêche acheté chez son ami Michel Lognon tenant boutique cours des Cinquante otages ? C'est à Sucé qu'il marie Delphina avec un agent de la DST, histoire de rassurer le public français.
              A un franc le livre, revendu la semaine suivante 0.50F au même étal du marché de la Bernerie, le budget était raisonnable, que nous serrions encore en nous repassant l'objet d'une génération à l'autre. Alors il n'était pas rare, en attendant la mer, d'observer grand-père, père et petit-fils, plongés côte à côte dans quelque aventure de Gaunce, Coplan ou Mr Suzuki. Qui disait que les vacances familiales sont d'un mortel ennui ?

             Comment s'étonner alors que le succès fut au rendez-vous ? Plus de 10 millions d'exemplaires vendus, traduits dans 19 langues, les romans de Serge Arcouët, alias Laforest prennent authentiquement place dans une littérature populaire de qualité. En 1962, il reçoit les palmes d'or du roman d'espionnage des mains de Catherine Langeais.

Serge Arcouët, académicien

              L'Académie de Bretagne (et des Pays de Loire ajoutés en 1987) n'était en 1956 que l'Académie Régence du nom d'un restaurant de la rue Kervégan où les académiciens faisaient bombance de mets et de mots. Thomas Narcejac, présent à l'Académie dès son origine, y accueille cette année-là son collègue en littérature policière. Pour faire bon poids, deux historiens, Armel de Wismes et Pierre de la Condamine rejoignent également la petite assemblée culturelle nantaise. Le côtoiement de ces derniers inspira t-il Serge Arcouët ? En 1964, Serge Laforest publie Les Hommes de fer, roman historique consacré aux soldats de la Première guerre mondiale.
Serge Arcouët est mort à Nantes, le 28 janvier 1983.
 


BIBLIOGRAPHIE DE SERGE ARCOUËT

1/ Sous le pseudonyme de Terry Stewart  (20)

Editions Athéné / Le Portulan
collection La mauvaise Chance :

1947 Cynthia devant la Mort (Death has many Faces (!))

1948 La Mort est dans le Coup (Death and I (!))

1949 La Morte scandaleuse

Editions du Scorpion
collection Les Gants noirs :

1948 Faut qu'ca saigne (écrit avec Thomas Narcejac)

Série Blanche (ou Collection Romans noirs ?) :

1949 Race de Chiens
 ?       L'araignée dans sa toile

Editions La Maîtrise du livre
Collection L'Empreinte Police

1949 Je vais mourir ce Soir  (Dear old Death (sic)) (traduction Arcouet S. G.)


Editions Amiot-Dumont
Collection l'As de Pique

1949 Cet Homme va mourir

Editions Morgan
Série Verte

1952 A la Prochaine (écrit avec C. Higgins)
1952 Ni Fleurs, ni Couronnes (écrit avec C. Higgins)
1952 Rhapsodie pour les Anges noirs

Editions Le Condor
Hors collections

1952 De l'Or sur nos Carcasses
1952 Une Fille pourrie

Editions Le Trotteur
Collection noire franco américaine (2e série)

1952 C'est dans la Poche

Editions Gallimard
Série Noire

1948 La mort et l'ange
1950 La belle vie

1953 Pas de vieux os
1953 La soupe à la grimace
1955 La sueur froide

Editions Fleuve noir
Collection Noire

1951 De la viande à pas cher !...


2/ Sous le pseudonyme de Russ Rasher (1)

Editions Amiot-Dumont
Collection l'As de Pique

1949 Et puis on s'en fout

3/ Sous le pseudonyme de John Silver Lee (6 ?)

(romans d'espionnage)
Pseudonyme commun de T. Narcejac et Serge Arcouët  ?
T. Narcejac et Léo Mallet utilisent aussi ce pseudonyme ?
(Slim a le cafard 1949 est cité dans la biblio de Léo Mallet)

Editions Amiot-Dumont
Collection l'As de Pique

1949 La Colère de Slim
1949 Le Ciel est avec Slim
(1949 Slim a le Cafard)
1949 Slim entre en Scène
1949 Slim et les Soucoupes volantes
1949 Slim n'aime pas le Mélo
1950 Slim chez Tito


3/ Sous le pseudonyme de Serge Laforest (116)

Editions Fleuve noir
Collection Spécial Police  (35)

N°36 - Danger public 1953
N°47 - Sans pardon 1954
N°60 - Une poigne de fer  1954
N°66 - Du sel dans la plaie 1955
N°69 - Jeux de chiens 1955
N°74 - L'ange infernal
N°79 - Tête baissée
N°89 - Poison en mer 1956
N°98 - Un enfant de choeur
N°112 - Tirées aux faisans 1957
N°120 - Sales mômes
N°133 - Feux de mort
N°149 - En gros et en détail 1958
N°159 - Nocturnes mortels
N°172 - Sang pour sang
N°184 - Haine contre haine 1959
N°208 - Flambée de colère
N°218 - Les mains propres 1960
N°231 - De main morte
N°248 - Les félons 1961
N°268 - L'homme de trop
N°288 - Le paniquard 1962
N°312 - Sans un cri
N°335 - Le noeud de laine
N°364 - L'anse de la tuée
N°396 - La croix de cire
N°422 - Pomme de discorde
N°442 - Coup de soleil
N°473 - Marché blanc
N°495 - Pavé glissant
N°530 - Un pas en enfer
N°571 - Malemort
N°612 - Le mort revient
N°638 - Quand le vin est tiré
N°721 - Trois coups pour un 1969


Collection Espionnage  (80)

N°39 - Choc sans merci 1953
N°46 - Objectif secret
N°51 - Place nette
N°57 - Mort en vue
N°66 - Sol brûlant
N°70 - Torpilles folles
N°76 - Bombes en main
N°82 - Visages de la nuit
N°91 - Double souricière
N°96 - Torche au poing
N°106 - Opération éclair
N°113 - Coup d'arrêt
N°119 - Fuite sans espoir
N°127 - Cartes truquées
N°133 - Reprise en mains
N°140 - Contrechoc
N°146 - Coups de griffes
N°149 - Périmètre interdit
N°155 - Saut dans l'abîme
N°163 - Destruction totale
N°172 - Traite sur l'inconnu
N°177 - Secousses sous la mer
N°183 - Bluff contre bluff
N°190 - Duel sur l'océan
N°198 - Cercle de mort
N°210 - Plan bleu
N°216 - Mort blanche
N°224 - Peur panique
N°232 - Ondes meurtrières
N°248 - Survivants : un
N°256 - Fumées maudites
N°270 - L'oeil glacé
N°280 - Trafic triangulaire
N°292 - Jour de colère
N°300 - Le temps des sorciers
N°314 - La mort en soi
N°325 - Une dent contre Gaunce
N°337 - Les rats font la loi
N°348 - Escamotages
N°364 - Sur champ de boue
N°378 - Gaunce engage le fer
N°395 - Les murs ont des yeux
N°417 - Le plus dur chemin
N°423 - Lumière empoisonnée
N°440 - Distorsions
N°454 - L'heure de la peur
N°456 - Instantanés
N°480 - Gaunce prend le balai
N°494 - La guêpe dans le guêpier
N°503 - La peur aux doigts
N°511 - Les hommes sans visage
N°528 - A bout de patience
N°543 - La longue nuit de Gaunce
N°555 - Poussée de fièvre
N°572 - Point chaud
N°606 - Gaunce joue l'atout
N°616 - Gaunce crève l'abcès
N°633 - Gaunce... mort ou vif
N°645 - L'otage de Gaunce
N°660 - Gaunce désamorce la bombe
N°675 - Gaunce pimente la sauce
N°687 -Gaunce charge à fond
N°711 - Implacable Gaunce
N°742 - La trahison de Tamara
N°762 - L'escalade de Gaunce
N°776 - La diplomatie de Gaunce
N°811 - Gaunce et les longs couteaux
N°831 - Gaunce ne marchande pas
N°845 - Gaunce et les calibres
N°853 - Traquenard pour Gaunce
N°899 - La peur de Gaunce
N°928 - Le coup mortel de Gaunce
N°949 - Gaunce et la main du diable
N°990 - Gaunce se pique au jeu 1972
N°1021 - Gaunce et les voleurs de cerveaux
N°1078 - Les parapluies de Gaunce
N°1113 - Les filles de Gaunce
N°1147 - Gaunce et le triangle de la mort
N°1170 - Gaunce et l'écorché vif
N°1199 - Le cirque de Gaunce 1975

Editions Fleuve noir
Collection Grands romans (1)

1964 Les hommes de fer


TOTAL : 143 livres

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Vendredi 29 mai 2009

 

 

Joseph ROUSSE (1838-1909)

En août 1880, Joseph Rousse, conseiller général du canton de Pornic, républicain proche des milieux catholiques, ne souhaite pas le renouvellement de son mandat à l'assemblée départementale. Il laisse la place au maire de Pornic M. Chollet qu'il recommande à ses électeurs. Le Phare de la Loire (4 août 1880) rappelle, qu'élu grâce à son influence personnelle, il avait toujours fait à un point de vue religieux des réserves qui l'avaient parfois séparé de ses amis républicains.
En 1882, il publie un recueil intitulé Poésies bretonnes, dans lequel prend place Au pays de Retz, un ensemble de poésies de jeunesse. L'avertissement au lecteur donné par le jeune poète proclame son attachement à ce Pays de Retz qu'il inscrit résolument dans sa démarche de Celtitude.
 

AU PAYS DE RETZ

Ne bois que dans une coupe de pur cristal.
    Hebbel.
(1)

Après avoir parcouru la Bretagne et visité les tombeaux de Chateaubriand, de Brizeux (2), de Boulay-Paty (3) , je traversais la Loire pour rentrer au Pays de Retz. C'était un soir de Printemps, et je rêvais, en regardant l'horizon vers l'embouchure du fleuve. Le ciel était couvert d'un immense manteau violet dont le bord, au couchant, se rayait de bandes de pourpre. Ces bandes pâlirent peu à peu et prirent des teintes orangées ; puis le soleil, qui était caché derrière les nuages, parut comme un globe d'or dont les rayons s'allongeaient sur les eaux grises.
Tout en admirant le ciel et ses couleurs, je songeais aux contrées que je venais de parcourir, et, leur comparant mon pays natal dont j'apercevais les rives, je me disais qu'il n'était pas indigne des autres pays bretons.
Je voyais ces bords de Loire, si frais en avril, quand les peupliers et les saules se parent de leur feuillage, si mélancoliques en hiver, quand l'air est chargé de sombres nuées ; l'imagination me montrait les côtes de l'océan bordées de dunes où j'avais passé tant d'heures charmantes à suivre des cours d'eau sinueux et limpides, à travers des vallées sablonneuses toutes fleuries d'œillets, de thlaspi blanc, d'euphorbes veloutés, de chardons bleus, de giroflées qu'on dirait poudrées avec une poussière de cristal. Je croyais revoir les grèves immenses, les rochers couverts de goémons et d'algues vertes, habités par des oiseaux plaintifs, la pointe de Saint-Gildas avec son magnifique horizon, la baie de Bourgneuf et ses falaises, les salines qui étincellent comme des miroirs parmi les champs de fèves aux fleurs parfumées, les vallons boisés et les plaines arides, les rives monotones du lac de Grand-Lieu, dont les eaux recouvrent une ville engloutie. Puis embrassant d'un souvenir tout ce pays de Retz, parsemé de débris celtiques, de vieux donjons et de jeunes églises, pensant à ces populations, toujours fidèles aux croyances et aux chansons d'autrefois, comptant ses jolis bourgs et ses petites villes pittoresques, Machecoul, la vieille capitale, Pornic, aimé des artistes et chanté par Brizeux, Paimboeuf, la ville silencieuse et déchue, je me répétais qu'il ne déparait pas la Bretagne, que Nominoë avait eu bon goût en désirant l'adjoindre à son royaume, et que les bretons de Retz, au temps où la patrie bretonne était libre, avaient bien le droit de placer leur écusson, d'or à la croix de sable, au quatrième rang parmi les armes des neuf anciens barons de Bretagne.
Cette pensée m'occupait encore, quand le bateau qui me portait aborda aux quais de Paimboeuf, déjà voilés de la brume du soir.
Depuis ce jour, la maladie m'ayant fait des loisirs, j'ai essayé de rendre la poésie des sites et des mœurs au milieu desquels j'ai vécu. Ce petit livre est né de mes rêveries. La vue d'un beau paysage adoucit la souffrance, mais ceux qui aiment la nature sont bien tentés d'exprimer les joies qu'elle leur donne, et "la beauté, comme l'a dit Jean-Paul Ritcher (4), est un rocher sur lequel tous les hommes cherchent à échouer, car il abonde de perles."

      Pornic, 1866


(1)  Friedrich Hebbel (1813-1863) poète et dramaturge danois d'expression allemande, il vécut longtemps à Vienne. L'année où Joseph Rousse publie ses Poésies bretonnes (1866) est aussi celle de la première édition des œuvres complètes de Hebbel.
(2)  Auguste Brizeux (1803-1858) poète breton romantique dont Rousse se reconnaissait le disciple. Il est inhumé à Lorient, où un monument sera élevé à sa mémoire en 1888 en présence d'Ernest Renan
(3)  Evariste Boulay-Paty (1804-1864) est également poète, fils d'un Représentant du peuple originaire de Paimboeuf, il est bibliothécaire du Palais Royal et devient l'ami de Lamartine.  Sa poésie romantique et patriotique est couronnée en 1837 par l'Académie française avec son Ode à l'Arc de Triomphe. Mort à Paris, il est inhumé à Donges. A lire, Yves Lostanlen : D'une rive à l'autre de l'estuaire : les Boulay-Paty Bulletin des Historiens du Pays de Retz 1993.
(4)  Ecrivain allemand (1763-1825) connu sous le pseudonyme de Jean-Paul.


Une des poésies de ce recueil chante la Lanterne des morts du Bourg des Moutiers


LA LANTERNE DES MORTS

Le vent pleurait ce soir dans la tour funéraire,
Où le cierge des morts s'allumait autrefois :
A l'écouter gémir, on eût dit une voix
Regrettant ce flambeau, symbole de prière,
Qui veillait dans la nuit, au milieu des tombeaux,
Tandis que les vivants se livraient au repos.

Sur le toit de l'église où brillait la rosée
Les étoiles jetaient leurs vacillants rayons,
Et, flottant dans les airs, une brume irisée
Voilait la haute flèche et ses blancs clochetons.
Le bourg silencieux dormait au bruit des vagues.

Ombres des noirs cyprès balancés par le vent,
Qu'on eût prises de loin pour des Bénédictines
Revenant dans la nuit visiter ces ruines,
Qui furent autrefois les murs de leur couvent.

O Lanterne des morts, tourelle poétique,
L'étranger curieux s'arrête devant toi.
Il demande aux vieillards pour quel usage antique
Tu fus construite ainsi dans les siècles de foi ;
Puis ils s'en va rêvant à ta pâle lumière,
Plein d'un doux souvenir de ce vieux cimetière.

 

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Mercredi 20 mai 2009

 

Stéphane de la Nicollière-Teijeiro est archiviste de la ville de Nantes de 1871 à 1900, il a succédé à Hippolyte Etiennez (1848-1871) qui a effectué le classement des archives municipales et qui a lui-même succédé à Chevas (1847-1848) dont il est question dans le document présenté. Il est l'auteur de nombreuses études d'histoire locale, particulièrement d'histoire maritime.
L'abbé Henry Baconnais, à qui est adressé cette lettre a alors 55 ans, il est depuis 1875 aumônier des Petites sœurs des Pauvres de Chantenay. A ses moments de loisir, il effectue des recherches sur l'histoire du Bourg-des-Moutiers, paroisse dont il est originaire et dont il va écrire une histoire restée manuscrite (datée de 1886-1889). L'abbé Baconnais a mauvais caractère, l'archiviste de Nantes lui reproche une méchante réponse assez bien dans les manières de l'ecclésiastique. Ce dernier travaille alors sur l'histoire de Prigny et interroge de la Nicollière-Teijeiro sur l'origine du nom de Prigny. Dans la partie de ses Etudes historiques sur la Baie de Bourgneuf consacrée à l'ancienne ville, il donne à Prugnyé, Prégnyé, Prégny, Prigny (les différentes formes françaises du nom) une origine celtique, et la signification de Bois-épais. Jean Mounès dans Rivages oubliés, publié en 1960 reprend cette hypothèse en précisant que le vieux mot français de Prun, signifiant halliers, lieux épineux n'aurait été donné à Prigny qu'au XIe siècle lors de sa redécouverte après les destructions normandes du IXe siècle. Pour le nom d'origine de la cité, il propose le nom de Brillac, proche de celui de l'étier de Millac qui, partant de Prigny, rejoint le port du Collet. Emile Boutin dans son ouvrage sur Les Moutiers en Retz (Siloë 1998) rejette les explications de Baconnais et Mounès pour leur préférer la forme classique Pruniacus composée de la désinence acus qui suit le nom d'un propriétaire de domaine de l'époque latine, ici, Prunus.
L'abbé Baconnais de méfiait beaucoup des écrits de Chevas, il est juste aussi de dire que Chevas avait été un pro-bernérien dans les luttes mémorables du vieux Bourg des Moutiers et de sa fillette
La Bernerie.

 

 Henry Baconnais (1821-1897)
Nantes 9 octobre 1877

Monsieur l'abbé,
Deux lettres pour avoir une méchante réponse c'est assurément trop, Monsieur et je regrette que vous n'ayiez pas voulu monter jusqu'à mes archives, vous m'eussiez assurément fait plaisir. Lorsque l'ami Viaud me parla d'avoir des renseignements sur Prigny, je luis répondis que j'étais à votre disposition. Il ne me donna point votre adresse et votre première lettre est bien datée du 27 8bre mais sans la désignation de Chantenay, de sorte que ne sachant pas où vous faire parvenir ma missive j'attendais à voir M. Viaud. Voilà mon excuse. Cependant Monsieur, j'ai quelques pièces sur Prigny, communiquées il y a 8 ou 10 ans à une personne à laquelle je les ai faits redemander à votre intention. Je ne les ai pas encore, mais vous voyez que je n'ai pas perdu de vue votre première demande.
 Si l'emplacement de Prigny est peu important aujourd'hui, il est incontestable qu'autrefois il n'en était pas ainsi. J'ai vu et étudié Prigny qui mérite à tous égards la plus grande attention. Son nom est incontestablement mérovingien et vous savez qu'en 1064, l'évêque et comte de Nantes Quiriac y tint un concile ou tout au moins un synode diocésain. Dans un acte un peu postérieur, et dont je pourrai vous communiquer une copie, il y avait alors à Prigny, des parcs à huîtres. (Vous le voyez rien de nouveau sous le soleil) Au XIIe siècle un ou deux des membres de la puissante maison baronale de Rais prennent le titre de seigneurs de Prigny.
 Prigny est je crois le premier établissement, le lieu ancien auquel succédèrent les Moutiers, de même que Bourgneuf a remplacé ceux-ci, et n'est plus aussi lui qu'à une certaine distance de la mer. Je ne sais trop Monsieur, que penser de Prugné ; vous me donnez à réfléchir. Cette forme que je connaissais, je la prenais pour une variante de Prigny.
 Tant qu'à M. Chevas, il est loin de pouvoir être cité avec autorité. Son premier volume sur l'arrondissement de Paimboeuf, (les autres n'ont jamais parus) fourmille de fautes et d'erreurs.
 Ce petit coin de terre m'intéresse vivement Monsieur, quand vous aurez un moment à perdre faites moi donc le plaisir de venir aux Archives, j'aurai l'avantage de faire votre connaissance et nous causerons de Prigny, d'une façon bien plus complète qu'en échangeant quelques lignes.
 Vous connaissez sans nul doute le registre que possède le sacristain du Bourg-des-Moutiers, qui n'est au fond qu'un inventaire sommaire des titres du prieuré ?…
 Prigny a existé postérieurement aux invasions normandes, mais il a du exister aussi bien antérieurement. Quelle est la cause de sa ruine ?… probablement son éloignement de la mer, par suite de l'extension des vases de la baie, dite de Bourgneuf ; et qui en 1460 ou 1465 est simplement désignée sous le nom de la Baye.
 Veuillez agréer, Monsieur, la considération distinguée avec laquelle j'ai l'honneur de vous saluer.

    S. de la Nicollière-Teijeiro

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Vendredi 8 mai 2009

             En 1865, le baron de Lareinty est à la fois conseiller général de la Loire-Inférieure pour le 2e canton de Nantes, ville dont il est aussi conseiller municipal, propriétaire du Passage  Pommeraye et l'un des plus gros propriétaires de plantations sucrières à la Martinique. Il est un pionnier des usines centrales de traitement de la canne, et le puissant délégué de cette colonie au Conseil impérial. Elu en 1861 à ce poste par le Conseil général de la Martinique, il a l'oreille du ministre de la Marine et des colonies. Le gouverneur de la Martinique, le capitaine de vaisseau François-Théodore de Lapelin le craint et va devoir se justifier en 1866 auprès du ministre, des accusations de frilosité dans le soutien aux usines centrales.
             Dans les années 1860, l'Empire ayant des velléités plus "libérales" quelques concessions sont faites aux représentants des colonies, ainsi le délégué de la Martinique est-il admis au Conseil d'Etat, alors tout puissant pour la discussion des intérêts qu'il représente. Mais le baron de Lareinty ne se contente pas de si peu, il entraîne 1717 habitants  de l'île dans une demande d'intégration véritable de la colonie à la France et l'instauration (Victor Schoelcher lui fera remarquer en 1873 qu'il s'agissait alors de restauration et non d'instauration puisque les noirs avaient votés dans les élections de la Seconde République de 1848-1851) du suffrage universel pour tous, y compris pour la population noire des anciens esclaves.
            Huit ans plus tard, lorsque le baron aura freiné ses aspirations démocratiques et laissé libre court aux tendances naturellement racistes qu'il partage avec la majorité des colons blancs, il manifestera le désir de restreindre l'accès au suffrage universel pour les noirs. Victor Schoelcher critiquera vertement cette volte-face. Qu'importe, lorsque le Conseil général de la Martinique refera cette demande en décembre 1874 et qu'il rappellera la pétition de Lareinty, Schoelcher lui-même relaiera dans la presse métropolitaine le vœu si admirablement motivé du Conseil général.
             Aimé Césaire lui-même ne craindra pas de citer longuement la profession de foi du baron au lendemain de la seconde guerre mondiale, lorsque le débat sera rouvert sur la départementalisation des quatre vieilles colonies.
La pétition de Lareinty relaie une partie des idées de Schoelcher ! La très officielle Revue des colonies qui précise que partout est écartée, pour les élections des Conseils généraux des colonies, l'idée du recours au suffrage universel "comme incompatible avec l'extrême ignorance des anciens esclaves et de leurs enfants" est très étonnée de cette initiative. "Dans cette démonstration que rien ne laissait prévoir, faut-il voir une patriotique inspiration, où un habile calcul ? l'un et l'autre probablement …" Cette pétition est cependant aussitôt retirée sous la pression prévisible des amis politiques du baron. Mais en Martinique, Lareinty n'en reste pas là et transforme son projet en véritable fronde contre l'administration. Pétitions et manifestations se succèdent, enfreignant le courroux du gouverneur Lapelin qui révoque le conseil municipal de Fort de France et finit par écarter le baron lui-même des fonctions de délégué de la colonie en 1867. L'affaire se termine en duel entre les deux hommes !
               Lorsque les noirs martiniquais retrouvent le chemin des urnes en 1871, ils élisent Victor Schoelcher pour les représenter, mais le comité électoral qui avait proposé sa candidature avait aussi demandé au baron de Lareinty de s'y porter conjointement avec lui ! La pétition de 1865 n'était pas oubliée, mais l'ancien délégué de la colonie, royaliste et ancien propriétaire d'esclaves n'avait d'autre choix que de rejeter une alliance contre nature. Le radical Schoelcher souffla mais les martiniquais avaient manifesté dans l'affaire un esprit de conciliation que l'abolitionniste souligna.
              Le baron de Lareinty, ardent royaliste, ne reniera pas son attachement au suffrage universel, candidat malheureux à la députation à Nantes en 1869, il se distingue lors de la campagne par une opposition farouche au gouvernement personnel et un attachement remarqué à la représentation nationale issue du suffrage universel.


Clément Gustave Henri Baillardel baron de Lareinty

REGIME COLONIAL
PETITION AU SENAT

Messieurs les sénateurs, l'intérêt des colonies françaises est essentiellement du ressort du Sénat, puisque la Constitution du 14 janvier 1852 lui a transféré les attributions de l'Assemblée législative relativement aux possessions d'outre-mer. La confiance de l'Empereur a, d'ailleurs, appelé au sein de cette assemblée les défenseurs les plus autorisés des colonies. La demande que nous avons l'honneur de vous soumettre ne peut donc rencontrer de juges plus compétents et plus éclairés ; nous osons ajouter plus bienveillants.
Nous demandons l'assimilation des colonies à la Métropole, en ce qui concerne le régime politique et administratif.
L'opportunité d'une discussion à ce sujet, Messieurs les Sénateurs, ne paraît pas contestable ; depuis que le Sénat s'est occupé des questions coloniales, un événement considérable s'est produit ; dans une lettre, à la date du 16 juin dernier, S. Exc. M. le Ministre de la Marine, a provoqué les délibérations des Conseils généraux des trois grandes colonies sur les modifications à introduire dans l'exercice du droit du suffrage et sur la part d'influence que les mandataires des colonies auront sur la direction de leurs propres affaires ; nous ne faisons donc autre chose qu'entrer dans la voie ouverte par l'Administration elle-même.
Seulement, dans cette voie, nous allons plus loin qu'elle et nous croyons que la situation exige des mesures autres que celles auxquelles s'arrête manifestement la pensée de l'Administration.
En elles-mêmes, ces mesures sont mauvaises ; considérées par rapport au but à atteindre, elles sont insuffisantes.
La lettre ministérielle du 16 juin 1864, reconnaît que le mode d'élection en vigueur aux colonies est vicieux et qu'il y a des inconvénients graves à constituer des assemblées délibérantes dont les membres n'ont pas une origine commune. – A cet égard, les faits ont donné raison à M. le Ministre : on a vu récemment, à la Martinique, un membre du Conseil général, nommé par le gouverneur, travestir odieusement les sentiments des hommes les plus considérés de la colonie, et injurier publiquement ses collègues, sans que ceux-ci trouvassent auprès de l'autorité la protection à laquelle ils avaient droit. Comment ce fonctionnaire n'aurait-il pas été indulgent pour celui qu'il avait fait le représentant de ses idées au Conseil général , Comment le Conseil général, tout en gardant des sentiments de respect pour le gouverneur, pourrait-il avoir confiance en celui qui se donne un tel représentant ? Le système qui engendre ces conflits est condamné : il faut que les représentants du pays soient les élus du pays ; que les mandataires de la colonie tiennent leurs pouvoirs du corps électoral et non d'un administrateur dont ils ont à contrôler la gestion.
Mais quel sera ce corps électoral ? y aura-t-il un suffrage restreint et privilégié ?
Le suffrage restreint et privilégié, proposé lors de la rédaction du sénatus-consulte du 3 mai 1854, a été écarté comme contraire aux principes de la Constitution du 14 janvier 1852 et des actes constitutionnels antérieurs ; bien plus, comme devant être, sur certains points au moins, la source d'une irritation extrême et la semence de discordes qui pourraient conduire à la guerre civile.
Il ne faut pas, a-t-on dit, un corps électoral qui, ménagé par le pouvoir et suspect aux masses, flotterait sans dignité entre des éléments qu'il était destiné à concilier et qu'il ne ferait que diviser.
Et cependant, c'est à un tel système que l'Administration songerait à revenir !
Pour nous, qui pensons que les motifs regardés en 1854 comme décisifs et reproduits devant vous en 1862 ,n'ont rien perdu de leur force, nous supplions le Sénat de prévenir cette faite par une mesure dont il lui appartient de prendre l'initiative.
Les colons sont français ; aux termes de la constitution, tous les français âgés de vingt et un ans et jouissant de leurs droits civiles et politiques sont électeurs sans condition de cens. Tels sont les principes ; quelles raisons pourraient donc empêcher d'en déduire les conséquences légitimes ?
Le calme, la modération, la dignité dont les assemblées existant aux colonies ont fait preuve depuis 1854 ne sont pas à démontrer. Il y a eu des difficultés, sans doute ; des conflits se sont élevés entre les gouverneurs et les Conseils généraux ; mais qu'on donne au plus paisible et au plus affectionné des départements français l'organisation que subissent les colonies ; qu'au lieu d'un administrateur civil, initié aux intérêts locaux, on lui impose un officier supérieur, étranger au pays, à son industrie, à son agriculture, transportant dans l'exercice de ses fonctions des habitudes contractées ailleurs ; qu'on ait soin, en grandissant la situation et l'autorité de ce fonctionnaire, de l'isoler de plus en plus des intérêts qu'il devrait comprendre pour les protéger, des conflits seront alors inévitables, et il est permis de douter que les corps délibérants, qui s'y trouveront engagés, conservent toujours le respect de l'autorité et d'eux-mêmes, comme l'ont fait les Conseils généraux des colonies.
Quant aux lumières et aux talents des membres des Conseils généraux, il suffit de rappeler ce que disait l'éminent M. Hubert-Delisle au Sénat, le 10 avril 1862 : "Dans les délibérations des Conseils coloniaux, où l'on traitait les questions en dehors de celle de l'esclavage, quand il s'agissait d'un sujet considérable d'économie politique et d'administration, la somme de lumières qui se répandait était un sujet d'étonnement." Donc, ici encore, les colonies ne sont point, à l'égard de la métropole, dans un état d'infériorité.
Nous savons bien d'où viendra l'objection ; on répondra, comme toujours, que cette modération, ces talents sont le privilège d'une classe éclairée ; qu'il y a derrière elle la multitude, et que permettre le suffrage universel, c'est livrer à cette multitude l'influence et le gouvernement. Qu'on prenne garde, cependant de trop prouver, et qu'on songe aux conséquences de cette manière de raisonner sous l'empire de la Constitution du 14 janvier 1852. Quant à nous, comme nous nous faisons une autre idée de l'esprit des populations, les dangers qu'on entrevoit ne nous effraient point, et, d'ailleurs, nous sommes entraîné par la logique de la nécessité.
Le régime actuel a fait son temps ; nous avons dû le défendre quand on n'a proposé que des réformes sans portée ; mais aujourd'hui, quelques services qu'il ait rendus, nous voyons sans regret les efforts de l'Administration pour le détruire et, par des motifs différents peut-être, nous reconnaissons que sa conservation n'est pas possible. Le suffrage restreint préconisé par le département de la marine et des colonies n'est pas une solution admissible ; Que reste-t-il donc, si ce n'est le suffrage universel ?
Dans la métropole, comme aux colonies, n'a-t-on pas longtemps soutenu que la reconnaissance du droit de tout citoyen de prendre part à la gestion des affaires publiques ne pouvait que conduire à l'anarchie ; l'expérience est venue qui a démontré, au contraire, que, dans des circonstances solennelles, le sentiment conservateur des masses dominait les passions des classes moyennes.
Il est vrai que, dans quelques occasions, on s'est irrité ou étonné des résultats du suffrage universel ; alors, au lieu de songer à perfectionner l'éducation politique du peuple, on a, par une vaine précipitation, voulu lui retirer le droit que tout citoyen tient de sa naissance ; puis, bientôt, il a fallu revenir sur ces mesures imprudentes. L'expérience enseigne que l'usage rationel et modéré des droits politiques ne s'acquiert que par la pratique même des institutions libres ; elle conseille donc de profiter des temps de calme où nous vivons pour accorder ce qui est de droit aux colonies comme ailleurs ; l'avenir est à ce prix.
A nos yeux, en effet, le suffrage universel est le gage de la concorde entre les classes diverses de la société coloniale.
Le 10 avril 1862, l'honorable M. Hubert-Delisle a pu dire au Sénat, sans rencontrer de contradiction, que, à la Réunion, ces classes, représentées comme profondément divisées, vivent en harmonie et avec un tel accord qu'on peut se demander si quelque autre société présente ces conditions de vitalité et de sécurité.
Mais, à supposer que les passions ne soient point partout également apaisées, ne voit-on pas que le moyen de perpétuer l'antagonisme des classes serait d'établir des distinctions d'autant plus dangereuses qu'elles seraient contraires à la loi constitutionnelle ?
Le premier résultat de ces distinctions serait de mettre sans cesse en présence ces classes, que l'on regarde comme animées de sentiments hostiles ; en organisant le suffrage restreint, on leur prépare une sorte de champ-clos où elles auront à se disputer l'influence et la direction des affaires locales, et, il ne faut pas en douter, dans toute lutte, dans toute compétition, les questions de race auraient leur part et viendraient passionner et envenimer les discussions.
Si, au contraire, on renonce à des combinaisons factices, les querelles perdront leur raison d'être ; une seule émulation restera possible, celle du bien public.
Ainsi, l'antagonisme cesserait si la même part était faite à tous ; si toutes les classes étaient appelées à nommer les représentants du pays : il suffit, pour reproduire une expression célèbre, de replacer la pyramide sur sa base ; on fera disparaître les craintes et les agitations, en confondant toutes les classes dans l'unité féconde du suffrage universel.
Que veut-on dire, d'ailleurs, lorsqu'on parle d'oppression d'une classe par telle ou telle autre ? Il ne dépend point dans un département français, d'une catégorie de citoyens d'en opprimer une autre. Le voulût-elle, que des garanties légales de toute nature l'en empêcheraient ; mais, aux colonies moins qu'ailleurs, il serait nécessaire de mettre ces garanties en action, parce que les corps délibérants ne sauraient avoir la prétention d'influer sur la politique générale, et qu'ainsi la principale cause de trouble et d'animosité serait écartée ; tout se résumerait dans l'étude et la solution des questions locales qui intéressent au même degré tous les colons, et cette mission, étant conférée par l'universalité des électeurs, appartiendrait à ceux que leur situation et leurs aptitudes désigneraient comme les véritables représentants des intérêts communs à tous, à l'exclusion des brouillons et des anarchistes, représentants d'une minorité prétentieuse et turbulente, auxquels le régime actuel n'a pas toujours fermé les portes des Conseils coloniaux.
C'est ainsi qu'on permettrait aux hommes les plus distingués d'utiliser pour les colonies et pour eux-mêmes leur valeur propre, et qu'on sortirait de l'ère des luttes stériles pour entrer dans cette nouvelle période où les colonies, ayant tout à attendre d'elles-mêmes, acquerront, comme il est juste, la liberté et l'entier exercice de leurs droits, en échange de la responsabilité qu'on leur laisse toute entière.
On répète sans cesse que les colonies sont françaises par leurs sentiments, par leur territoire, par leurs idées et par leur esprit de nationalité ; rien n'est plus vrai ; elles sont unies à la France par tout ce qui peut créer un lien indestructible ; la patrie leur est d'autant plus chère qu'elles ont fait plus de sacrifices à sa cause et à son drapeau ; mais, si on le reconnaît, qu'on n'hésite donc plus à proclamer que les colons doivent jouir des droits attachés à la qualité de citoyens français, et vivre sous les institutions qui sont en France l'un des éléments les plus puissants de la nationalité.
La première et la plus importante est à coup sûr le suffrage universel ; la conséquence nécessaire de cette première conquête est l'assimilation aux départements de la métropole.
Il est aisé d'entrevoir les conséquences secondaires : cessation d'un régime exceptionnel aux colonies comme en France, représentation des colonies, simplification des rouages administratifs, restitution aux divers départements ministériels des services qui leur appartiennent, économie pour la métropole et pour les colonies, rapports directs entre les services locaux et les diverses administrations centrales, possibilité assurée aux colonies de défendre par elles-mêmes, et suivant leurs propres vues, leurs plus chers intérêts. C'est là ce qui leur manque ; des institutions surannées élèvent entre la France et les Colonies, qui sont aussi la France, une barrière qu'il est temps d'abaisser.
A la dernière session d'un Conseil général des colonies, un membre s'écriait avec douleur que la voix du Conseil s'était perdue en traversant les mers, et n'était pas arrivée au chef de l'Etat ; nous comprenons ce sentiment pénible, mais nous croyons que l'honorable conseiller-général se trompait sur la nature de l'obstacle ; la distance est presque supprimée par la rapidité des steamers, et le Souverain qui, en ce moment, visite une colonie française, n'aura l'oreille fermée aux plaintes d'aucun de ses sujets ; mais tout manque aux français d'outre-mer, jusqu'à la faculté de donner une expression régulière à leurs vœux et à leurs espérances. C'est pour acquérir une faculté si précieuse qu'ils réclament leur admission définitive au sein de la patrie commune et l'assimilation des colonies françaises aux départements français.

Paris, le 1er juin 1865

      Baron DE LAREINTY.
       Délégué de la Martinique
.
    

Archives nationales d'outremer, Aix en Provence
FM Généralités carton 277 dossier 1868

 

 

 

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