Où l'on voit que le riche "amélioré" mérite notre indulgence d'avoir évité à la côte de Pornic la démolition du paysage, mais que le "nouveau riche" est dangereux qui le mite.
"On danse, on roule, on bâtit. La guerre, qui ruina le pays en enrichissant les individus, bouleverse les terrains, soulève les pierres. Il n'est si mince boutiquier qui "n'assaille l'entrepreneur. D'avoir pu vivre jusque-là sans prendre l'air de la mer semble miracle et l'on se hâte d'avaler l'Océan avant de mourir. Une folie de spéculation agite
Par bonheur les messieurs qui jouent au polo et qui vous demandent, sans rire, la situation de votre père avant de vous tendre une main gantée, - « Passe-moi le dollar, voici le sterling, » - ont épargné à la côte de Pornic la démolition du paysage, en tenant ferme dans leurs parcs, sur
Mais par delà cette oasis, en amont et en aval de Pornic, d'un côté jusqu'à la Loire, de l'autre jusqu'au marais maudit dans sa tristesse, croît une banlieue de carton-pâte, aux tuiles trop rouges, qui n'a d'autre excuse que de contribuer au relèvement économique - quand le bâtiment va, tout va, - et de réjouir le cœur des philanthropes. Chacun a son lopin, sa porte, sa fenêtre. L'enseigne reluit sur le linteau : Mon repos, Mon rêve, Mon désir ... Trois carottes, un rang d'oignons et le bouquet de persil font pendant au carré de pommes de terre : on est pratique en France! Ainsi les arbres, à bas! Pouvez-vous me dire à quoi servent les arbres, sinon à manger la terre, ronger les toitures et entretenir l'humidité ?
Les propriétaires argumentent contre le communisme en maniant la bêche, le pinceau. A chaque saison je les revois tailler, sarcler, repeindre. La mode étant au clair, ils répandent le rouge, le bleu, le vert, le jaune. Les murs s'égaient d'un badigeon, le seuil d'une touffe d'hortensias, l'allée de galets blancs. Il y a un tonneau sous la dalle, de l'huile aux serrures: la grille tourne sans gémir.
Hélas! j'entends partout le grignotement sourd des rouilles, des eaux, des herbes, du soleil ou du vent de mer. Tu poses une pierre, le taret de la mort est dedans. Il semble que la maison soit une chose contre nature. Veille, efforce-toi, épaule, elle te tombera sur l'échine au premier répit car les éléments ne soufflent jamais. Cette poussée sans fin, inextinguible, des sèves ennemies qui submergent mon jardin, me cause un horrible malaise. De partout l'armée innombrable des végétaux, des insectes, me traque, me ligote. Huit jours et je ne vois plus mon œuvre. Tu peux trousser tes manches, pauvre homme, et rafraîchir tes quatre murailles! Je te dis qu'elle t'aura, la gueuse! "
Marc ELDER "Pays de Retz" 1928
Je vous le disais bien qu'il ne l'avait pas volé son Prix Goncourt !!
Pour une approche culturelle des paysages du Pays de Retz :
Le dernier numéro des Historiens du Pays de Retz à lire pour pleins de raisons parmi lesquelles le cri d'alarme de Jean Renard à propos de la disparition des paysages agraires du Pays de Retz que redoutait déjà Marc Elder.
Jean Renard qui nous rappelait récemment (Ouest-France du 12 juillet) "Que l'on a pas attendu Estuaire 2007 pour découvrir et faire découvrir l'estuaire, ses paysages, et la complexité de son fonctionnement".
Si l'envie vous prend de ne pas cautionner le machin de l'estuaire, retrouvez les paysages de l'estuaire dans le bulletin des Historiens du Pays de Retz : le marais de Loire des cisterciens de Buzay ou la perception à travers les dessins de Lambert Doomer (1646) du paysage "très plaisant" de la rivière de Loire avant la grande emprise de "ces Messieurs de Nantes".
