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Le Salvator Mundi aux JMJ


Du 9 juillet au 12 octobre le musée des Beaux-arts de Rio de Janeiro accueille l’exposition « L'héritage du sacré : chefs-d'œuvre du Vatican et des musées italiens » organisée à l’occasion de la 28e Journée mondiale de la Jeunesse dont les manifestations se déroulent du 23 au 28 juillet à Rio en présence du pape François.
Cette exposition rassemble des œuvres principalement issues des musées italiens et du Vatican, mais aussi de collections privées. C’est le cas pour le Salvator Mundi de l’ancienne collection de Ganay rarement exposé.
J’ai évoqué ici cette œuvre et son parcours nantais a été raconté plus longuement dans le bulletin 2012 de la Société Archéologique et Historique de Nantes et de Loire Atlantique.(1)
Donné à un couvent nantais par la duchesse Anne de Bretagne vers 1499, ce tableau est devenu au XIXe siècle la propriété du baron de Lareinty, futur président du Conseil Général de la Loire Inférieure. Une première exposition de cette œuvre a lieu à Paris en mai 1866 au palais des Champs-Élysées. Elle a lieu en marge du Salon annuel, lors d’une manifestation inédite appelée Exposition Rétrospective de tableaux anciens rendue possible par les prêts consentis par les galeries particulières dont celles des grands financiers du Second Empire (la famille de Rothschild et les frères Péreire notamment).


Le professeur Carlo Pedretti et le collectionneur et érudit américain Elmer Belt sont à l’origine de la seconde exposition publique du Salvator Mundi. Elle a lieu au Castello dei Conti Guidi dans la cité natale de Léonardo à Vinci d’avril à juillet 1980. La collection Léonardesque de la comtesse de Béhague à laquelle il appartient alors, y est présentée dans son intégralité : Le Traité de la peinture de Léonard (un des quatre manuscrits connus), La Théorie de la figure humaine de Rubens (une de deux copies du XVIIe siècle connues du manuscrit, elles comportent des reproductions de La Cène et de la Bataille d’Anghiari), des études de draperies (aujourd’hui au Louvre) et le Salvator Mundi. Le catalogue (2) de l’exposition de Vinci présente des textes de Carlo Pedretti et Elmer Belt ainsi qu’une prestation de Joane Snow-Smith historienne de l’art Américaine auteur en 1982, d’un ouvrage consacré à ce tableau (3) . L’année suivante, l’exposition est présentée aux États-Unis sous les auspices de l’université de Berkeley Californie et de l’Institut culturel italien de San Francisco.


A ma connaissance, ce tableau, qui a quitté la France en 1999, n’a pas été exposé depuis cette date.


Les différentes présentations de cette exposition comme ici sur un site brésilien, semblent attribuer le tableau à Léonard de Vinci bien que cette affirmation soit contestée par plusieurs spécialistes après la découverte d’une autre version présentée lors de la grande exposition londonienne de l’automne 2011 (4) .
Au-delà des querelles d’expert, j’aime à penser que cette œuvre a sa place dans une manifestation dédiée à la jeunesse et placée par le pape sous le signe de l’attention aux plus pauvres. Je ne sais comment cette œuvre est présentée sur le catalogue de l’exposition ni si le pape François aura connaissance du destin de cette image proposée pendant trois siècles à la contemplation des pauvres Clairettes de Nantes, ces filles oubliées du Poverello dont il a voulu prendre le nom.
La dévotion au Sauveur du monde semble ainsi indissociable dans ce cloître disparu de la « contemplation » d’une physionomie divine révélée autour d’un regard par le génie léonardesque.

(1) P. PIPAUD Salvator Mundi, l’histoire nantaise d’un tableau de Léonard de Vinci. Bulletin SAHNLA 2012 p.235-276
(2) On peut le consulter à la Bibliothèque Départementale de Loire Atlantique à la Garenne Lemot.
(3) SNOW-SMITH, Joane, The Salvator Mundi of Leonardo Da Vinci, Seattle, Henry Art (4) Gallery/University of Washington, 1982.
(4) Léonard de Vinci, peintre à la cour de Milan, National Gallery, Londres du 9 novembre 2011 au 5 février 2012.