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Lettres à Mme et Mr Louis Herbette
(cet article est paru dans le N° 4 de Pornic Histoire 2009)

 

La correspondance privée d'un homme public
               Les biographes de Victor Schoelcher ont souligné la difficulté de percer à jour l'homme privé. Tout se passe comme si, s'effaçant devant la tâche qu'il s'est assigné, il refusait d'accorder à sa propre vie une importance quelconque. Les souvenirs de son ami Legouvé (1) ou les lettres qu'il lui adresse (2), un article de sa secrétaire Anna Lampérière (3) en dévoilent cependant quelques aspects, notamment pour la dernière, certains détails des vacances pornicaises du vieux sénateur. Les dix lettres publiées ici grâce à la famille de leur destinataire, Louis Herbette ; apportent un éclairage intime sur les dernières années de Victor Schoelcher. En grande partie inédite (4), cette correspondance nous révèle les trésors d'affection et de tendresse que le vieil homme dispense à ses amis, à mille lieues d'une réputation de raideur et d'indifférence hautaine qui sied si mal à l'œuvre accomplie. 

 

1- Paris (ND)

Cher Mr L'Herbette (5)

Je suis bien fâché que vous soyez souffrant – mais j'espère bien que ce ne sera rien. Il est convenu que  ce dîner est remis à un autre jour.
Salut et fraternité

V Schoelcher

 

2- Paris 20 décembre 84 

Chère et toute gracieuse Madame Herbette (6)

La maison Brian (7) semble bien pouvoir me convenir si ce n'est pas abuser de votre obligeance permettez moi de vous prier de demander au notaire de Pornic quel est exactement l'état de la maison, la grandeur du jardin et un petit plan de la propriété. Je crois comme vous que c'est un bon moyen de se rendre compte et de pouvoir prendre une décision à distance.
Mille respectueuses et affectueuses salutations d'un vieux homme qui est tout à vous

V Schoelcher

Une poignée de main à notre ami Herbette je lui envoie le n° de la Justice dont je lui ai parlé. J'ai souligné ce qui peut le toucher mais il est bien entendu qu'il ne fera de tout cela que ce qu'il voudra. La vérité pour moi sera la sienne.

 

3- Paris 3 janvier 85

Chère aimable Madame Herbette

Vous êtes toujours la bonne grâce incarnée. Mille fois merci de votre éblouissant bouquet, mais je suis presque fâché que vous en soyez séparée, vous et la fleur vous allez si bien ensemble.
A vous respectueusement et tendrement avec leur plein de compliments.

V Schoelcher

 

4- Paris (ND - fin janvier ou début février 85)

Très cher Mr Herbette

Merci de me donner tout de suite la bonne nouvelle (8) personne ne pouvait s'y intéresser plus que moi, je félicite de tout mon cœur et la gracieuse mère et l'excellent homme de père. Vous me direz quand je pourrai aller porter mon compliment à domicile.
 Je n'ai pas entendu parler du notaire de Pornic, m'a-t-il oublié? J'en aurais regret.
 A vous bien affectueusement avec de tendres respects pour cette charmante Madame Herbette. Je souhaite qu'elle n'ait pas trop souffert.

V Schoelcher
 
5- Pornic 30 avril 87

Mon cher ami

J'ai reçu votre lettre avec grand plaisir. Vous avez raison de penser à moi car moi je pense à vous. Quoiqu'il fasse à Pornic aussi froid qu'en Sibérie je voudrais bien y reprendre nos bonnes excursions de l'année dernière.
 Je vois pauvre homme, que vous êtes toujours écrasé d'occupation, heureusement le courage ne vous manque pas et pour y aider vous avez la conscience de faire du bien en travaillant à la moralisation de la terrible population que vous gouvernez.
 Quant à moi je pioche avec acharnement ma vie de Toussaint Louverture (9)  mais je n'avance pas autant que je le voudrais. Ah que n'ai-je votre merveilleuse facilité d'écrire.
 A vous de tout cœur et à bientôt avec tout plein de respect pour la bonne Madame Baresville (10)

V Schoelcher

 Je serai à Paris le 10 pour l'ouverture des Chambres. Le devoir avant tout.

 

schoelcher-musee.gif


(1) Ernest LEGOUVE 60 ans de souvenirs 1886-1887
(2)  La correspondance de Victor Schoelcher lettres publiées par Nelly Schmidt dont un choix de lettres échangées avec la famille Legouvé ,   Paris, Maisonneuve et Larose 1995.
(3)  Le Temps du 6 janvier 1894, 

(4)  La lettre du 3 septembre 1893 fut partiellement publiée par Le Rappel après la mort de Schoelcher, le 28 décembre 1893
(5)  L'Herbette est le nom d'un député de l'Assemblée Nationale sous la Monarchie de Juillet, Victor Schoelcher le connaissait car il avait participé en 1845 au débat sur la loi Mackau, qui se voulait préparatoire à l'abolition de l'esclavage. La confusion entre les deux noms laisse à penser que les deux hommes se connaissent encore peu, et permet de dater cette lettre des débuts de leur correspondance.
(6)  Jeanne Barreswil, épouse de Louis Herbette,
(7)  Cette maison n'a pu être localisé malgré une recherche dans les archives de maître Landreau pour toute l'année 1885;
(8)  Il s'agit de la naissance de François Herbette le 25 janvier, Jeanne Barreswil est décédée onze mois plus tard, le 27 décembre 1885.
(9)  Victor Schoelcher travaille toute l'année à ce dernier ouvrage qui sera édité à Paris en 1889 (éd. Paul Ollendorff). Les éditions Karthala l'ont réédité en 1982. La bibliothèque municipale de Nantes possède un exemplaire dédicacé par l'auteur en marque de gratitude le 21 avril 1889. Dans sa préface, Victor Schoelcher rend hommage à Louis Herbette : "Nous devons aussi beaucoup à notre ami M. Louis Herbette, le philanthropique directeur des pénitenciers de France ; en relisant notre manuscrit avec une affectueuse attention, il nous a indiqué de très utiles corrections à faire".
(10)  Madame Barreswil belle-mère de Louis Herbette, veuve du savant chimiste d'origine suisse Charles-Louis Barreswil et mère de Jeanne Barreswil l'épouse décédée de Louis Herbette. Après la mort de sa fille, madame Barreswil s'est installée au domicile de son gendre pour superviser l'éducation de ses petits enfants.

Tag(s) : #Vieux papiers et grimoires