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                      Il y a un peu plus d'un siècle et demi, au début de l'année 1858, l'architecte Henri Gilée écrivait à propos de l'église des Moutiers : "Le Bourg des Moutiers situé au bord de la mer possède une vieille église qui non seulement n'offre aucun intérêt artistique, mais est encore dans un état avancé de délabrement. Une charpente ayant la forme d'un vaisseau renversé offre seule quelque curiosité, et une flèche neuve a été élevée il y a quelques années sur le chevet de l'église…"  Il concluait : "Une reconstruction serait évidemment nécessaire, mais les ressources de la paroisses sont plus qu'insuffisantes …"

                Notre vieille église a donc échappé à la pioche des démolisseurs et à la frénésie de constructions neuves qui s'emparait alors des paroisses du Pays Nantais. Le renouveau de l'Eglise catholique au XIXe siècle se traduisait aussi par ces constructions néo-gothiques ou néo-baroques dont les modèles étaient respectivement l'église Saint Nicolas de Nantes et celle de Notre-Dame de Bon-port, achevées en 1852 et 1858. La pauvreté a du bon me direz-vous, qui nous permet d'admirer encore notre antique église, mais le temps faisant aussi son œuvre de dégradation, il était temps qu'une campagne de restauration soit engagée. L'édifice perdra peut-être pendant quelques années un peu de son caractère antique, avant qu'une patine nouvelle revête les vieux murs. C'est le prix à payer pour la pérennité d'un ouvrage qui la mérite.
             

               Avec une pudeur de jeune épousée, avec la lenteur calculée qui sied si bien à une renaissance esthétique, le beffroi émerge de sa gangue hivernale de toile et d’acier. Depuis quelques jours, les cloches retentissent à nouveau, nous sortons enfin du silence angoissant d’un ciel vide aux étoiles éteintes.

IMG 2845

                           

 

 

                      "Lorsque, avec le chant de l’alouette, vers le temps de la coupe des blés, on entendait au lever de l’aurore les petites sonneries de nos hameaux, on eût dit que l’ange des moissons, pour réveiller les laboureurs, soupirait, sur quelque instrument des hébreux, l’histoire de Séphora et Noémi. Il nous semble que si nous étions poète, nous ne dédaignerions point cette cloche agitée par les fantômes dans la vieille chapelle de la forêt, ni celle qu’une religieuse frayeur balançait dans nos campagnes pour écarter le tonnerre, ni celle qu’on sonnait la nuit, dans certains ports de mer, pour diriger le pilote à travers les écueils. Les carillons des cloches, au milieu de nos fêtes, semblaient augmenter l’allégresse publique …" 

          Chateaubriand,  Le Génie du Christianisme1802

Tag(s) : #Raconter son village