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              Le 12 février 1760, mon ancêtre Yves Jolly, métayer de la Bouette marie dans l'église du Clion, sa fille Jeanne avec Mathurin Graton, fils du fermier voisin du Plessis Bel-Essor.
             Si les habitants des métairies dépendant de la seigneurie du Breffe (aujourd'hui le château des Brefs) fréquentent l'église du Clion pour les naissances, mariages et sépultures, ils le font par obligation. L'éloignement de l'église paroissiale et l'état des chemins une partie de l'année leur fait préférer pour la messe dominicale l'église de Prigny toute proche. Mais à la fin du XVIIIe siècle, l'existence de la petite paroisse est menacée, l'effectif des fidèles est bien clairsemé. Les revenus de son recteur sont très faibles. C'est à l'initiative du procureur fiscal de la terre du Breffe, Pierre Mourain de Bourgneuf, avocat en parlement, qu'est menée à partir de 1761, une enquête auprès des habitants de quelques métairies du Clion afin d'envisager leur rattachement à la paroisse de Prigny : "…Ce qui comprend les maisons villages et métairies du Breffe, la Boëte, la Douce Vie, le Chesne, la Rabelière, le Plessis Bel Air, Bel Essort, la Carouère, la Morandière, la Salmondière, la Perrinière, le Champion …" (Extrait de l'ordonnance de Pierre Mauclerc de la Muzanchère évêque de Nantes le 24 octobre 1768. Archives paroissiales de Saint Pierre des Moutiers.)
              Ce rattachement est entériné en 1768 par une ordonnance épiscopale confirmée la même année par ordonnance royale. L'opposition du curé du Clion est peut-être la raison de la non application de cette mesure. L'abbé Baconnais, qui traite longuement de cette question dans son manuscrit (1ère partie concernant Prigny - 1886) dit en ignorer les causes. La paroisse de Prigny sera supprimée sous l'Empire en 1811. Au milieu du XIXe siècle, une démarche similaire visant à intégrer les mêmes métairies dans la paroisse Saint Pierre du Bourg des Moutiers n'aura pas plus de succès.

 

              A l'heure où le Pays de Retz s'interroge sur son identité, disons un mot du rôle de ces deux paroisses dans l'origine chrétienne de ce territoire. Pour le professeur Noël-Yves Tonnerre, le Clion, dont le terroir primitif englobait tout le sud-ouest du Pays de Retz, aurait vu l'implantation d'un vicus, siège d'une église paroissiale primitive. C'est la thèse qu'il développe dans son ouvrage "Naissance de la Bretagne" (Presses de l'Université d'Angers 1994). Les vici du Pays de Retz qu'il distingue sont Machecoul, Saint Père en Retz, Port-Saint-Père, Le Clion, Cheméré et Déas. Pour M. Tonnerre, les vici, agglomérations rurales situées au carrefour d'axes routiers voient entre le VIe et le XIe siècle l'installation des premières églises rurales à l'instigation des évêques. C'est la situation qui prévaut dans les zones de population dense et fortement romanisées, celle qu'il semble retenir prioritairement pour le Pays de Retz. A l'inverse, dans les zones moins peuplées et plus isolées, le centre religieux donne naissance à la paroisse. Dans cette perspective, le rôle du monachisme est primordial, mais pour M. Tonnerre, les monastères, qui sont à l'origine de sanctuaires secondaires, ne donneront pas forcément des paroisses. Emile Boutin, dans ses ouvrages (en particulier "Histoire religieuse du Pays de Retz" Siloë 1999) défend la thèse inverse et privilégie l'évangélisation monastique du Pays de Retz. L'historien de Prigny considère en particulier Martin de Vertou comme le vrai fondateur des premières paroisses rurales du Pays de Retz, (c'est à lui qu'il prête d'ailleurs la création de Prigny), rôle que lui dénie absolument Noël-Yves Tonnerre qui s'oppose ici aux thèses développées par Léon Maitre au XIXe siècle
           Alors, le Clion ou Prigny ? les évêques où les moines ? Querelle d'érudits ou question d'identité ? Ce que les explications et hypothèses avancées ne pourront nous dire sur l'ancienneté et la réalité du peuplement, en particulier à l'époque gallo-romaine, il faudra que l'exploration des sites repérés nous l'apporte. Les vici et villae du Pays de Retz n'ont pas livrés tous leurs secrets.

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Tag(s) : #Raconter son village