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Image de fond : Le Rat de bibliothèque (Der Bücherwurm) toile du peintre et poète allemand Carl Spitzweg (1850) Musée Georg Schäfer à Schweinfurt
Salvator Mundi (ancienne collection du marquis de Gamay)
Le 22 juin 2011, le magazine en ligne ARTnews annonçait la découverte d'une œuvre de Léonard de Vinci jusqu'ici
présumée perdue. Le 8 juillet, Robert Simon représentant des propriétaires américains du tableau confirmait l'information et affirmait que le Salvator Mundi en leur possession depuis
2005 avait été authentifié comme une œuvre originale.
En 1982, Joane Snow-Smith (+2009) de l'Université Washington de Seattle, spécialiste reconnue de la peinture de la Renaissance italienne, publiait The Salvator Mundi of Léonardo da
Vinci dans lequel elle identifiait un tableau appartenant alors au marquis de Gamay comme l'original de cette œuvre considérée comme perdue mais connue par des copies d'élèves de
Léonado et par une gravure de Venceslas Hollar (1650) portant l'annotation secundum originale (conformément à l'original). Dans cet ouvrage, elle citait une copie attribuée à Giovanni
Antonio Boltraffio élève de Léonardo qui se révèle aujourd'hui, après une importante restauration et de l'avis de plusieurs spécialistes, l'original supposé annoncé en juillet dernier.
Les deux tableaux présentent de grandes similitudes. Il s'agit de deux panneaux de noyer de même dimension d'une exécution très soignée conforme aux techniques utilisées dans l'atelier de
Léonardo (couches successives de peinture à l'huile). L'identité de dessin est beaucoup plus affirmée entre eux qu'avec les autres copies connues du Salvator Mundi. La seule différence notable
concerne la couleur de la tunique du Christ, bleue comme le manteau pour le premier tableau cité, rouge avec manteau bleu pour le Gamay couleurs qui rappellent la Cène.
Au-delà de ces faits, il n'est pas question de prendre parti entre le trait trop précis de l'un (le Gamay) et le sfumato supposé de l'autre sur des clichés de qualité insuffisante, c'est
affaire de spécialiste.
Réapparu récemment, le Salvator Mundi révélé par ARTnews a une histoire confuse, qui ne remonte pas dans la connaissance de ses propriétaires au-delà du début du XXe siècle, encore
son destin au cours de ce siècle est-il incertain. On le dit avoir fait partie de la collection du roi Charles Ier d'Angleterre en 1649, on verra que cette affirmation sans élément probant
établit un point commun à l'itinéraire des deux tableaux.
L'histoire supposée du Salvator Mundi de la collection de Gamay présente plus de consistance grâce aux travaux de Joane Snow-Smith. Elle a pu, en se basant sur les indications du baron
de Lareinty, son propriétaire au XIXe siècle, établir des conjectures quant au parcours nantais d'une œuvre qui trouve son origine au travers du destin d'une des plus célèbres enfants de cette
ville, la duchesse Anne de Bretagne. L'étude de madame Snow-Smith présente l'indéniable avantage de pouvoir être étayé par l'histoire de Nantes.
Commandé en 1507 à Milan par le roi Louis XII de France, époux de la duchesse Anne, le Salvator Mundi aurait été donné au monastère des Clarisses de Nantes au moment du décès de la
duchesse (1514). Fondé par Françoise d'Amboise femme du duc Pierre II en 1457, c'est le plus ancien monastère de femme de la ville et jusqu'à sa disparition en 1793 il renferme une importante
collection de tableaux dont témoigne l'inventaire et la vente de janvier 1793. Parmi les œuvres dispersées la présence d'un tableau de bois est avérée, ce qui correspond au témoignage du baron de
Lareinty qui signale son tableau comme issu de la dispersion d'un couvent nantais.
Grand amateur d'art, le baron prête en mai 1866 trois tableaux issus de ses collections dans une exposition rétrospective de tableaux de maîtres présentée au palais des Champs-Élysées en
parallèle au Salon. Le N° 178 du catalogue Le Christ bénissant le monde, y est attribué à Lionardo da Vinci, il est précisé la mention : Gravé par Hollar.
La gravure de Venceslas Hollar est datée de 1650 et dite copiée de l'original. Par sa très grande identité avec les tableaux évoqués ici, elle est l'élément probant majeur des thèses en faveur
d'une authentification des œuvres. Le roi Charles Ier d'Angleterre est exécuté en 1649. Depuis 1644, son épouse Henriette de France, sœur de Louis XIII vit en France. Elle est identifiée par
Joane Snow-Smith comme la commanditaire de la gravure dont elle connaît donc l'original. Là encore, l'histoire nantaise vient à l'appui des dires de l'historienne de l'art américaine qui ignore
l'anecdote suivante.
Le 12 août 1644, la reine d'Angleterre est à Nantes, elle demeure dans un hôtel dont le jardin communique avec le couvent des Clarisses. C'est là qu'elle découvre le Salvator Mundi. Et
c'est là peut-être que l'histoire de ce tableau se mue en une double destinée …
Le Salvator Mundi de la collection de Gamay a été vendu 332 500 $US en 1999 chez Sothebys, la plupart des spécialistes ne suivaient pas Joane Snow-Smith et l'attribuaient alors à Marco d'Oggiono, élève de Vinci. Le Salvator Mundi identifié en juillet sera présenté à la National Gallery de Londres du 9 novembre 2011 au 5 février 2012 dans le cadre de l'exposition Léonardo da Vinci – Painter at the Court of Milan. En cas de vente, son prix pourrait atteindre 200 millions $ US.
PatBdM
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