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Lorsque je passe dans la rue Urvoy de Saint-Bedan, mon regard se tourne toujours vers une vieille boutique, à la devanture aux volets délavés, clos depuis longtemps.
Là était l'épicerie que mon arrière grand-mère Anne-Marie Philomène Daniel veuve Loüet tenait avant la guerre de 14. Ma grand-mère y est née, comme son jeune frère Paul le 27 février 1898.


Le 2 mai 1917

Ma chère Marie,
Je reçois ta gentille lettre ce soir, donc elle n'a mis que trois jours à venir, je t'en remercie j'aurais sans doute le colis demain soir.
Je ne vous ai pas dit que dans la nuit du 28 au 29, les boches ont attaqué six fois sans aucun résultat, ils ont pourtant essayé de nous asphyxier car je puis t'assurer que les obus de très gros calibre à gaz tombaient par milliers, l'un d'entre eux a éclaté à l'entrée des gourbis où nous nous trouvions, et je suis sorti aussitôt ne voyant absolument rien, tombant à moitié asphyxié et cela depuis 9 heures le soir jusqu'au matin, la plupart des hommes a du aller à l'échelon se reposer, nous avons tiré presque toute la nuit, épuisés nous nous sommes arrêtés ce qui nous a valu une citation par une division de chasseurs, nous l'avons bien méritée et je te jure que les chasseurs ne donnent pas des citations à n'importe qui, le lieutenant nous a donc félicité et nous a lu la citation qui dit : que la 2e batterie du 33e sous un violent bombardement de gros obus asphyxiants de gros calibre a tiré et ne s'est arrêtée que complètement épuisée, ça fait plaisir car nous nous sommes donné beaucoup de mal.
Je vous dirai si le contenu du colis est bon.
Où nous sommes, le temps est magnifique, mais qu'est ce que nous recevons, des obus de tous calibres, tous les jours de légères blessures font évacuer des poilus, mais quel bruit et bombardement, enfin espérons nous approchons de la fin.
N'en parlez pas de trop à Maman car le moral ne se remonte pas de trop et il ne faut l'inquiéter, ce n'est pas la peine.
Je ne vois plus rien pour le moment à te dire, surtout ne vous en faites pas de trop pour moi.
Bons baisers à tout le monde.

Paul
 

Le 6 mai 1917, à 18 heures, mon oncle Paul Loüet, deuxième canonnier conducteur à la 2e batterie du 33e régiment d'artillerie de campagne (18e division) est tué au Bois de Beau Marais, près de sa batterie. Il avait dix neuf ans.


L'historique de l'artillerie de la 18e division note :

Dans la nuit du 30 avril, un bombardement en obus toxiques s'abat sur la forêt avec la densité d'une averse de grêle. De 7 heures du soir à 9 heures du matin, il dure sans arrêt. Le masque au visage, les téléphonistes s'enfoncent à tâtons dans l'atmosphère empoisonnée et réparent les lignes littéralement hachées.
De toute l'artillerie soumise à cette épreuve, nos groupes restent à peu près seuls en état de tirer et peuvent répondre aux appels de l'infanterie inquiète à bon droit.
Cette résistance est due à la discipline du port du masque, à la volonté de remplir la mission coûte que coûte.
Elle mérite à la batterie Souchon, la plus éprouvée, une belle citation à l'ordre de la division.


La bataille du Chemin des dames va bientôt s'achever, près de 200 000 jeunes français y sont morts.

 

 

 

Tag(s) : #Méditation