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A Marie-Anne et Gilles

        Camille, personnage campé par Agnès Jaoui, dans le film d'Alain Resnais On connaît la chanson, "Césarisé" en 1997, ne se fait pas d'illusion sur l'intérêt du public pour le sujet de sa thèse :
         Les Chevaliers paysans de l'an mil au lac de Paladru.
         L'extraordinaire de l'histoire, est l'éclairage justement apporté par le film sur un sujet qui allie l'intérêt historique et celui pour l'évolution des techniques de recherches archéologiques (en particulier les fouilles subaquatiques). Voir ici les pages passionnantes du Ministère de la Culture sur le sujet.

 

        A la recherche de quelques ancêtres ayant vécu au Moyen-âge dans cette région de l'Isère, je visitai en août 2000 les rives du lac de Paladru, le chantier de fouilles et le musée du lac à Charavines.

Mais me direz vous, quel rapport avec notre histoire locale, particulièrement celle du Pays de Retz, qui fait le fond de commerce de ce blog ?
        J'y viens :

        En mai 1875, l'archéologue Ernest Chantre (1) envoie à Fortuné Parenteau directeur du musée archéologique de Nantes (alors situé dans la chapelle de l'Oratoire) une brochure intitulée Les Palafittes (2) ou constructions lacustres du lac de Paladru relatant les fouilles qu'il a réalisées en 1869 sur le site des Grands-Roseaux. Parenteau fait tout de suite le rapprochement entre le site de Paladru et celui du Lac de Grand-Lieu. Dans le compte-rendu publié dans le bulletin de la Société Archéologique de Nantes (1875), il avoue son rêve de fouiller un jour le lac de Grand-Lieu. En 1868, il avait obtenu l'autorisation du comte de Juigné, propriétaire du lac de débuter ces fouilles, projet hélas abandonné au moment de la défaite de 1870.
        Les deux lacs possèdent une légende de ville engloutie. Ars, dans le cas de Paladru, Herbadilla (Herbauges) dans celui de Grand-Lieu. Si, dans le cas d'Ars, la présence d'une localité pourvue d'une église (incendiée au XIIe siècle – voir le site mentionné plus haut) est attestée et le site localisé, la légende d'Herbadilla court toujours  sous une forme ou une autre (3).  Ars est aujourd'hui un des sites de fouilles du lac de Paladru, la présence de pieux décrits comme les pilotis d'une cité   lacustre par G. Vallier dès 1865 rappela à Parenteau ces pieux dont les pêcheurs du lac de Grand-Lieu se chauffent depuis des siècle dans lesquels il voit les pilotis qui soutenaient jadis Herbadilla. 
         Pour notre archéologue nantais, la notion d'habitation lacustre, ces phalanstères du passé à la moralité douteuse, ne paraît pas incompatible avec la légende de Saint Martin de Vertou et le lessivage de ce haut lieu d'immoralité par le feu du ciel et les eaux du lac. Nul doute que Fortuné Parenteau rêvait de faire coïncider légende et réalité historique. Se basant sur les découvertes archéologiques faites dans les environs du lac de Grand-Lieu (bracelets d'or et fibule à Saint Aignan, épée de bronze de Saint Philbert) il espérait trouver entre les pilotis d'Herbadilla céramique gallo-romaine et monuments païens même obscènes !
        L'étude des structures architecturales des trois sites du lac de Paladru a démontré plus récemment qu'il ne s'agissait pas de cités lacustres mais de constructions littorales, assises en milieu humide sur des presqu'îles de craie, en communication d'un côté avec la terre ferme, de l'autre avec le lac. La montée des eaux du lac, peut-être responsable du départ des chevaliers – paysans vers 1040, transforma dans l'imaginaire leur habitat en cités lacustres.
        Qu'elle fut lacustre ou terrestre, Herbadilla gît toujours au fond du lac, de temps à autre une fille en sort, l'ami Gilles le sait bien :


- C'est bien, ton pays, lui dit-il.
- En dessous, c'est Herbauges … Herbadilla, la cité engloutie tu connais ?
Elle lui raconta la cité sous le lac et il jugea qu'elle contait merveilleusement bien car sa voix savait caresser les mots et jouer des silences.
- Tu viens de là ? conclut-il.
Ils rirent puis il plongea son index dans l'eau et le passa sur les joues de la jeune fille qui se laissa entraîner vers le fond rugueux de la barque. Le ciel tanguait doucement au-dessus de leurs têtes et l'eau du lac faisait un léger babil sur la coque. Cela était doux.


Gilles Perraudeau La fille d'Herbadilla


 (1) Ernest Chantre 1843-1924 archéologue et anthropologue lyonnais sous-directeur du Muséum, ses relations avec Parenteau s'inscrivent dans un véritable réseau d'archéologues, dépassant le cadre national.
 (2) Constructions lacustres du néolithique dont la découverte au XIXe siècle sur les rives du lac de Zurich entraîna un engouement pour l'intérêt archéologique de certains lacs.
 (3) Voir le recueil de nouvelles de Gilles Perraudeau La Berge aux vierges de Grand-Lieu aux éditions du Petit Pavé  - 2004

 

 

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