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           Hilarion était un brave homme qui avait grandi parmi les cabanes de pêcheur qui bordaient le Grau du roi avant qu’il ne devienne une commune et que les touristes y affluent. Il allait aussi parfois rendre visite à ses cousins qui vivaient à Saint-Gilles sur les bords du Petit-Rhône, là où l’on cultive le riz, où l’on élève chevaux et moustiques.
           Il avait un peu d’instruction et Alexandre, son papa, marchand de vin et débitant de tabac, ferme républicain aussi, le fit entrer dans l’administration des Phares et Balises.
           Quand on construisit le phare de l’Espiguette, Hilarion en devint le gardien.
           On vivait là en famille puisque son frère Achille puis son beau-frère Adrien étaient ses compagnons de garde, et une ribambelle de gamins courait dans les dunes l’été, vendangeait la petite vigne que l’administration avait autorisée à l’automne mais regagnait le Grau l’hiver lorsque la mauvaise saison rendait  le phare  inabordable.
           Hilarion, qui avait été marin, et pêcheur, avait des qualités qui n’étaient pas nécessaires pour l’administration mais qui ravissaient sans doute ses enfants et ses neveux.
           C’était d’abord un excellent raseteur, il se plaisait à défier les taureaux camarguais le dimanche à la belle saison dans les rues du Grau que les étrangers commençaient à fréquenter.
           Les longues veilles dans le phare lui laissaient des loisirs. Parfois, il s’endormait et gare à lui si l’ingénieur en tournée de secteur voyait pâlir ou s’éteindre la lanterne !
            Lors de ses longues veilles, il repensait aux histoires que racontait jadis sa grand-mère camarguaise et à sa propre enfance de petit pêcheur.
            Lorsqu’à la fin de l’hiver il retrouvait enfants et neveux revenus du Grau où la mauvaise saison les éloignait du phare, il leur racontait à son tour des histoires.
            Hilarion devint un excellent conteur, sa réputation est parvenue aux petits enfants de ses petits enfants, c’est dire !
Une histoire plaisait particulièrement à ses auditeurs. C’était celle d’un petit pêcheur qui s’était pris d’amitié pour un cheval. Lui seul était parvenu à l’approcher malgré la méfiance que les hommes inspiraient à l’animal.
            C’est une histoire très belle et un peu triste car l’enfant et le cheval préfèrent se jeter dans les remous du Rhône pour disparaître dans la mer, déçus sont-ils par les promesses non tenues des hommes.
             L’histoire est parvenue aux oreilles de l’instituteur du Grau, les enfants sont si bavards. Il la recueillit de la bouche du conteur.
             On ne sait dans quelle mémoire elle s’inscrivit ensuite ni ce qu’elle devint pendant plus d’un demi siècle.

 

crin Blanc 1

             Dans les années 50, un personnage haut en couleur, Denys Caulomb de Daunant vit au mas de Cacharel aux Saintes-Marie. Il élève des chevaux depuis qu’il a hérité de la jumenterie du  marquis de Baroncelli dont il a épousé la petite fille.
             C’est un passionné de culture camarguaise, défenseur obstiné des traditions taurines. Il s’inscrit dans la tradition des Félibres de Provence à la suite de Folco de Baroncelli, ami de Mistral et de Roumanille. Comme lui, c’est un défenseur de la Camargue face aux assauts de la modernité.
            Eleveur de chevaux à la manade Cacharel, Caulomb de Daunant est aussi poète, écrivain, cinéaste et quand l’histoire du petit pêcheur et du cheval parvient à ses oreilles, il en fait un scénario de film qu’il co-réalise avec un jeune cinéaste, André Lamorisse.
            Le film est tourné en 1951 à la manade Cacharel avec les chevaux du scénariste. Le petit pêcheur s’appellera Folco.
            Ce sera Crin Blanc, film magnifique, récompensé à Cannes et aux Oscars.
            Avec Crin Blanc, l’histoire du tonton Hilarion a fait le tour du monde …

 

                                                                                                                                         PatBdM

 

      Merci aux cousins gardois de m’avoir fait découvrir les talents de raseteur et de conteur de l’oncle Hilarion

 Emery-DColomb de Daunant

                                     Alain Emery (Folco) et Denys Caulomb de Daunant sur le tournage de Crin Blanc (1951)