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              Comme dit le poète, "si vous y tenez tant parlez-moi des affaires publiques - bien que ce sujet me rende un peu mélancolique".
               Parlons-en donc puisque tout compte fait l'identité du Pays de Retz apparaît en filigrane de cette affaire.
               A ma droite, Monsieur le député, maire de Pornic et président de la communauté de commune du même nom. Sa qualité de maire de la ville "la plus sportive des Pays de Loire" ne semblait pas le désigner pour être le champion de la culture locale, mais bon, avec l'aide de quelques collègues de la côte, il fait le pari que le touriste n'est pas seulement un adepte du bronzage idiot, portons cette opinion à son crédit.
               A ma gauche, le maire des Moutiers en Retz, le vieux Bourg des Moutiers, l'une des communes les plus riches en patrimoine architectural et artistique, haut lieu de l'histoire économique avec l'épopée du "sel de la Baie". Monsieur le maire, ce n'est un secret pour personne, n'est pas un adepte de ces questions culturelles qu'il juge de second ordre pour ne pas dire économiquement inutiles. Elles ont aussi dans ce cas le fort désavantage de ne pas concerner autrement que budgétairement sa commune mais la voisine !

               Le sujet de désaccord porte sur le projet de Centre de ressources porté par la Société des Historiens du Pays de Retz, fédération des sociétés d'histoire disséminées sur l'ensemble du territoire du Pays de Retz historique. Ce centre, dont l'actuelle Maison de l'Histoire de La Bernerie, siège de la société, serait le noyau, aurait pour but de mettre à la disposition du public une documentation non exclusivement historique mais basée sur la notion plus large de culture liée à un territoire. L'idée est séduisante pour qui sait l'attraction du terroir originel ou choisi chez beaucoup de nos contemporains. Permettre une réflexion sur des questions aussi importantes que le devenir économique, environnemental, touristique, et plus généralement politique d'un territoire, en utilisant les outils de l'histoire et de la géographie, paraît-il aussi déraisonnable et inutile que le laissent entendre les mauvais prophètes d'une mondialisation imbécile ?
               Le Pays de Retz a fait depuis longtemps l'expérience de la mondialisation. Elle nécessite de mettre en évidence les richesses propres d'un territoire. Le Bayensalz cher aux Hanséates et aux Anglo-saxons, même si la notion s'est généralisée à l'ensemble du sel atlantique, est un concept né ici, il a dominé les échanges commerciaux européens pendant des siècles. N'est-il pas légitime de recenser, répertorier, mettre en scène, faire connaître les richesses patrimoniales, artistiques, iconographiques, littéraires d'un territoire qui n'a pas vocation exclusive de mémoire, mais l'ambition de montrer son savoir-faire, de révéler ses atouts ?

              Un vote interne de la Société des Historiens du Pays de Retz a désigné La Bernerie, commune d'ancrage de l'association, pour être le lieu proposé d'implantation du Centre de ressources et le lieu l'ancienne gare propriété de la commune. Un autre dossier porté par la commune de Machecoul avait l'ambition de s'appuyer sur le socle ancien d'un Pays de Retz plus rural. L'ancienne ville de résidence des Seigneurs de Retz proposait l'ancien couvent des Calvairiennes de la ville, un lieu prestigieux mais un bâti digne du concours des chef-d'œuvres en péril. Malgré un dossier financier qui paraissait plus avancé, et à l’issue d’un vote du conseil d’administration, la candidature n'a pas été retenue.

              La situation actuelle est la suivante :
              Le coût estimé de la dépense est de 729 000 € (octobre 2011), la Région s'est engagée pour 300 000 € mais les adversaires du projet doutent qu'elle honore ses promesses (?). Devant l'ampleur des frais restant à la charge de la commune, celle-ci a demandé à la Communauté de commune de Pornic de porter cette charge financière. Dans un premier temps, le bureau de celle-ci s'est opposé au projet mais début octobre, les élus de la communauté ont désavoué le bureau et voté majoritairement en faveur du soutien au Centre de ressources (18 voix pour, 13 contre et 4 abstentions). Face à cette situation, le maire des Moutiers a indiqué, dans un entretien rapporté par le journal Presse Océan du 16 novembre, qu'il ne voterait pas le budget 2012 de la communauté de communes si le centre de ressources continue d'y figurer. Notons au passage qu'il préside la commission des finances communautaires. Le vote aura lieu le 5 décembre. Interrogé par le Courrier du Pays de Retz vendredi 2 décembre, notons au passage que le coût annoncé par le maire des Moutiers a subi une inflation rapide, près de 20 000 € en 2 mois, l’édile a persisté dans ses menaces. L’affaire apparaît également comme un bras de fer entre le député président de la communauté de commune épaulé par les élus de sa propre commune et le maire d’une commune périphérique plus concerné par les dépenses communautaires que par des équipements mis en œuvre loin de ses propres administrés.
             Le maire des Moutiers ne se dit pas opposé au centre de ressources mais à son financement, subtilité verbale coutumière aux « politiques », personne n’est dupe. Sur quoi repose son argumentaire ?

1/ le projet est cher
2/ Il ne devrait être supporté par une seule communauté de communes lorsque le Pays de Retz en comporte 6.
3/  Il est d’un moindre intérêt communautaire.

             Je ne reviens pas sur le 3e point, les arguments présentés plus hauts disent assez que je ne partage pas les opinions de M le maire des Moutiers pour qui les Masters de pétanque et les concentrations de Solex participent des valeurs prioritaires à l’avancement d’une société, mais pas la mémoire d’un territoire communal régulièrement menacé par les tempêtes et les raz-de-marée.

             Sur les deux premiers points l’honnêteté commande d’être plus nuancé.
            Oui, le projet est cher, et l’argument qui consiste à souligner les retombées économiques pour l’artisanat local (contrairement aux grands projets comme le centre de traitement des ordures ou le lycée qui bénéficient à des groupes nationaux) n’est pas suffisant. Le coût du projet, excessif dans le contexte économique actuel, doit être revu à la baisse. Près de 5 millions de francs (qu’on me pardonne cet archaïsme, il est plus parlant et on ne sait jamais …) pour la restauration et l’équipement d’un bâtiment de 300m², sans foncier ni gros œuvre, c’est trop.
            Oui, il n’est pas normal que ce projet soit porté par une seule communauté de communes.
            L’élaboration du projet, on peut le regretter, n’a pas permis de dégager un consensus sur l’ensemble du territoire du Pays de Retz historique. Deux projets ont été portés par deux communes distinctes La Bernerie et Machecoul. Passé dans le giron de la communauté de commune à laquelle appartient la lauréate, il est difficile de demander à la communauté dont le projet a été repoussé de financer celui de sa concurrente ! Mais quid des autres ?

 

            Que le Centre de ressources soit confirmé ou qu’il perturbe durablement les assemblées pornicaises, les historiens comme les élus n’économiseront pas un débat sur cette question. Dans un cas, la question du financement du fonctionnement ne pourra être éludée, dans l’autre et c’est à mon sens souhaitable, le dossier doit être repensé afin que ce projet soit plus économique et plus représentatif du Pays de Retz  dans son ensemble, de son territoire comme des structures associatives culturelles qui s’en réclament.

 

La-Bernerie---La-gare.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

Tag(s) : #Raconter son village