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Jusqu’en janvier 2013 Antonio Canal dit «Canaletto » s’expose à Paris.
A l’occasion de cette actualité picturale je propose l’éclairage de l’histoire locale sur celui qu’on appelle parfois l’ultimo Canaletto.

 

Canaletto à Venise
musée Maillol Paris du 19 septembre 2012 au 10 février 2013

 

Canaletto – Guardi – les deux maîtres de Venise
 musée Jacquemart-André Paris du 14 septembre 2012 au 21 janvier 2013

 

 
Pierre Bellotti dit Canaletti
L’ultimo « Canaletto » à Nantes

 

 

P-Belloti_Le-porte-del-Dolo.jpg


    
                                                             Pierre Bellotti dit Canaletti (1725-v1800)
                                                                               Le porte del Dolo

 

                Le 30 août 1755, Pierre Bellotti, peintre vénitien, reçoit la permission d’exercer son art à Nantes « pendant le temps qu’il pourra trouver de l’occupation …» et de montrer au public « … un théâtre pittoresque de sa composition qu’il a apporté avec lui.»

                Dans les années 1950, l’historien de l’art Robert Mesuret découvre la présence à Toulouse au milieu du XVIIIe siècle d’un peintre vénitien disciple de Canaletto. Deux tableaux de ce Pierre Bellotti, des vues de la place Saint-Marc, sont alors exposés au musée des Augustins de Toulouse et au musée d’Art et d’histoire de Narbonne. L’historien toulousain ne fait pas le lien avec le Pierre Bellotti nantais signalé dès 1898 par le marquis de Granges de Surgères dans son étude sur Les Artistes nantais, information reprise dans une étude de J. Mathorez : Les italiens à Nantes et dans le Pays nantais en 1913. Il s’agit pourtant du même homme comme vont le montrer la comparaison des archives nantaises et toulousaines et l’apparition d’un tableau signé « Bellotti dit Canaletti » (en français). Cette signature permet d’identifier Pierre Bellotti comme le frère cadet du peintre Bernardo Bellotto (1720-1780) et le neveu de Giovanni Antonio Canal dit Canaletto (1697-1768).

 

                Les recherches récentes d’historiens de l’art spécialisés dans la peinture vénitienne autour de Canaletto et de son atelier, notamment celles de Bozena Anna Kowalczyk (commissaire de l’exposition Canaletto - Guardi au musée Jacquemart-André à Paris en 2012-2013), spécialiste de Bernardo Bellotto, Dario Succi et Charles Beddington (commissaire des expositions Canaletto en Angleterre à Londres en 2006, Canaletto et ses rivaux à Londres et Washington en 2011, membre du comité scientifique de l’exposition Canaletto à Venise au musée Maillol à Paris en 2012-2013) , permettent de faire le point sur la famille et l’activité picturale de Pierre Bellotti.

 

                Une approche du milieu où évolue Pierre Belloti est possible par l’examen des archives de Nantes et de Toulouse. Elle permet d’éclairer le terme de « théâtre pittoresque » employé par Bellotti dans sa demande d’agrément de 1755 et de le situer dans un environnement plus populaire que celui où exercent son oncle et son frère.

 

                 La peinture de Pierre Bellotti, de moindre qualité que celle de son entourage vénitien, n’a pas fait l’objet d’études exhaustives. Elle a pu cependant être comparée avec les œuvres de Canaletto et Bernardo Bellotto, vedutistes d’un autre acabit, dans plusieurs expositions récentes.

 

                 Le nom de Bellotti n’est pas inconnu dans le monde de la peinture. Pietro Bellotti, célèbre homonyme du siècle précédent né en 1625 dans la ville lombarde de Salò, mort en 1700 à Venise, est un portraitiste de talent également connu pour s’être essayé aux scènes historiques comme la destruction de la forteresse turque de Margarita commandée par Francesco Cornaro. A Venise, le tableau décore la sala dello scrutinio du palais des doges. Nicolas Ivanoff, dans le Dictionnaire biographique des italiens (1970) le donne pour ancêtre possible du Pierre Bellotti présent à Toulouse au XVIIIe siècle. En 1726, Michelangelo Bellotti est à l’origine de la première restauration de la Cène de Léonard de Vinci, opération dans laquelle Stendhal (Histoire de la peinture en Italie – 1817) veut voir l’expression de l’ignorance des moines milanais de Santa Maria delle Grazie :

 

               « Il était écrit que les soins de ces gens-là seraient aussi funestes à nos plaisirs que leur indifférence. En 1726, ils prirent la fatale résolution de faire arranger le tableau par un nommé Bellotti, barbouilleur, qui prétendait avoir un secret. Il en fit l’expérience devant quelques moines délégués, les trompa facilement, et enfin se fit une cabane couverte devant le Cénacle. Caché derrière cette toile, il osa repeindre en entier le tableau de Vinci ; il le découvrit ensuite aux moines stupides, qui admirèrent la puissance du secret pour raviver les couleurs. Le Bellotti, bien payé, et qui n’était pas peu charlatan, donna aux moines par reconnaissance, la recette du procédé. Le seul morceau qu’il respecta fut le ciel, dont apparemment il désespéra d’imiter avec ses couleurs grossières la transparence vraiment divine …»

 

                 Rien n’indique cependant une parenté entre le « barbouilleur » honni de Stendhal et Lorenzo Belloti, époux de Fiorenza Domenica Canal, lui-même père de Bernardo (1720) et de Pietro (1725). ( à suivre)

 

 

 

Margarita.jpg

 

                                                                       Pietro Bellotti (1625-1700) 
                                                          Destruction de la forteresse de Margarita

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tag(s) : #De l'histoire locale à la grande Histoire