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    Nantes, Toulouse, Paris, la vie française du dernier Canaletto

         « Barbe, fille de Pierre Belloty peintre et de Françoise Lacombe mariés, née le 23 de mars 1749, a été baptisée le 24 du même mois, elle a eu pour parrain Jean Lacombe qui a signé avec le père et nous en foy de quoy … signé Lacombe, Pierro Bellotti »
          Ainsi apparaît le nom de Bellotti sur le registre de la cathédrale Saint-Etienne de Toulouse, il a 24 ans. Le mariage n’a pas été retrouvé sur cette paroisse dans les années qui précèdent, et rien ne certifie qu’il ait eu lieu à Toulouse. La présence du parrain Lacombe pourrait cependant indiquer que la famille maternelle de l’enfant est originaire de la ville.
 
         Six ans plus tard, Bellotti arrive à Nantes où il demande l’autorisation d’exercer son art : Requête du sieur Pierre Belotti, peintre vénitien, nouvellement arrivé en cette ville pour y exercer sa profession « et luy en permettre l'exercice pendant le temps qu'il pourra trouver de l'occupation, et luy permettre encore de faire voir au public un théâtre pittoresque de sa composition qu'il a apporté avec luy. » Permis accordé le 30 août 1755.   La mention du théâtre rappelle le souvenir de Bernardo Canal, le grand père de Pietro Bellotti. Elle donne aussi une indication sur les conditions d’exercice de la profession d’artiste peintre. La même année, il présente son théâtre à Paris sur la plus importante foire de France, la Foire Saint-Germain :


         « M. Canalety, peintre vénitien, invite les amateurs d'art de voir sa peinture et le théâtre sans précédent. Composé des plus belles vues de l'Europe, telles que Venise, Rome, Florence, Milan, Turin, Londres, Versailles, Strasbourg, ports maritimes et divers autres exemples de l'architecture ancienne et moderne. » Le passage de Pierre Bellotti est aussi avéré à Besançon et Lille.

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Canaletto : La Commedia dell’arte piazza San Marco v 1720-1723 (Londres)


         De 1755 à 1790, le nom de Bellotti apparaît dans les catalogues d’exposition de l’Académie Royale de Peinture, Sculpture et Architecture de Toulouse. En 1765, le peintre expose 20 petits tableaux. L’année suivante, il marie dans la même ville sa fille Elisabeth avec René Toscane dentiste de Castelnaudary, fils de feu Charles, aussi dentiste. Barbe Bellotti, agée de 16 ans assiste au mariage de sa sœur et signe en bas de l’acte. En 1768, Bellotti est encore présent à Nantes où il est le parrain dans l’église Saint-Nicolas de la fille d’un compatriote :


        « L’Onzième de janvier 1768 a été baptisée par moi vicaire soussigné Marie née ce jour fille de Sieur Gaspard Montiventi dentiste italien et de Dlle Gertrude Badin son épouse, arrivés en cette ville depuis six semaines et demeurant en cette paroisse. Leur mariage constaté par acte à nous présenté. Parrain a été le sieur Pierre Belloty dit Canaletty peintre vénitien et maraine Dlle marie des Percieux épouse de sieur jean Sienne operateur italien lesquels ont signé ainsi que le père présent.» 


         Outre la présence de Bellotti à Nantes, l’acte apporte de nouvelles précisions sur le peintre et son environnement. A  l’instar de son frère Bernardo Bellotto, il choisit de faire figurer dans sa signature, la référence à l’oncle Canaletto dont il va hériter prochainement (Canaletto meurt à Venise le 19 avril 1768). C’est ainsi qu’il signe le tableau Le Porte del Dolo, la signature permettant de l’identifier formellement au peintre exerçant à Toulouse et à l’opérateur de théâtre de la Foire Saint-Germain. Une autre indication sur le milieu dans lequel évolue Bellotti à Nantes comme à Toulouse est donnée par la présence, après celle de son gendre, d’un second dentiste dans son environnement familial. Je reviendrai sur cette particularité.


         En 1769, un jeune artiste identifié comme le fils de Pierre Bellotti, reçoit un prix pour des dessins anatomiques exposés au Capitole. Le père, quinquagénaire, paye toujours de sa personne pour améliorer ses revenus sans doute modestes. En 1776, affiches et billets circulent à Toulouse :
        «Messire Bellotti, peintre vénitien déjà connu dans cette ville, a composé une optique du plus curieux, qu’il se propose de présenter au public. » On pense naturellement à la chambre optique dont une reconstitution est présentée lors de l’exposition du musée Maillol. Son utilisation est avérée par Canaletto pour ses esquisses vénitiennes.

 

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                                                                                             La Chambre optique


        Pierre Bellotti disparaît dans les premières années du XIXe siècle. En 1818, un catalogue du musée des Augustins de Toulouse lui attribuant une vue du Pont du Rialto évoque sa mort « il y a quelques années en France ».

 

       On sait donc bien peu de choses sur la vie du « dernier Canaletto ». Il convient cependant, avant d’examiner son œuvre possible, d’enquêter sur la profession de dentiste si présente dans son environnement et sur les raisons d’une telle présence.

                                                                                                                             PatBdM   (à suivre)