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          Paul Perret est aujourd'hui bien oublié de nos bibliothèques. Historien, géographe, romancier fécond, critique dramatique, il est né à Paimboeuf en 1830 et mort à Pornic lors de l'été 1904. De ses débuts en 1854 à la Revue de Paris, jusqu'à son poste attitré de critique dramatique du journal La Liberté, à la fin de sa vie, Paul Perret publie régulièrement dans la presse parisienne des comptes-rendus d'ouvrages qui lui valent parfois le courroux de leurs auteurs.
          Parmi les écrivains trouvant grâce à ses yeux, son ami d'enfance Jules Verne avec qui il débarqua à Paris en 1848 : Te souviens tu, quand nous demeurions ensemble rue Louis-Le-Grand, lui écrit son aîné de deux ans en 1896, et n'a-t-on pas voulu nous mener chez le commissaire de police sous l'accusation d'avoir cassé les carreaux de la vitrine de notre cour !  …/…
Nul doute que l'ami Jules Verne soit présent à son esprit lorsqu'il signe ce papier dans le Moniteur Universel  à la fin de l'année 1877.

 

Les livres illustrés

Les beaux livres ont leur saison comme les hirondelles ; ce n'est point la même. Le renouveau des libraires arrive à la fin des années. Alors on voit paraître les reliures dorées des ouvrages de gala. Texte, dessin, papier, caractères et impression, tout est sans reproche. C'est une fête pour les yeux et une chaude occasion pour la bourse. N'importe ; les beaux livres sont passés dans nos mœurs de décembre, qui ne sont pas celles des onze autres mois. Tout le monde doit traverser ces jours somptuaires, chacun se faisant autant d'honneur qu'il peut, et il n'y a point d'étrennes plus sages. D'abord, elles sont utiles, ce qui est assez évident pour n'avoir pas besoin de démonstration ; et puis elles sont commodes. Le livre est le présent intermédiaire entre le jouet et le bijou. Mademoiselle était une enfant, et pour elle il y avait la poupée : objet charmant et corrupteur, qui se présente en une toilette tapageuse que les honnêtes mamans n'oseraient porter, fussent-elles coquettes ; la poupée, dangereuse conseillère de colifichets, première tentatrice, premier démon aux yeux peints.
 Le livre sera bien nécessaire pour remettre un peu d'équilibre dans les appétits de mademoiselle, qui est désormais une fillette ; d'autant que les séductions du bracelet ne tarderont point à détruire l'heureux apaisement qu'il aura causé. Mademoiselle persévère dans sa bonne intention de grandir encore afin de devenir bientôt, le plus tôt possible, une parfaite fille d'Eve. En ce temps-là, elle dédaignera le livre plus ou moins secrètement, car elle ne saurait toujours le dire ; cependant elle n'en sera pas délivrée. La mode de la chose imprimée et illustrée va croissant ; on ne la donne point qu'aux enfants, il y a de beaux livres même pour les femmes, même pour les hommes.
…/…

    Paul PERRET
Le Moniteur Universel du dimanche 2 décembre 1877

Tag(s) : #Vieux papiers et grimoires