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              Apprendre la langue russe en trois mois n’est pas donné au premier venu, même si elle est la septième et que l’on a 60 ans. C’est un des souvenirs qu’Emile Boutin raconte dans l’article consacré à son ami  André de Cayeux (1). Ce grand scientifique qui a donné son nom à un des cratères de la lune aimait notre village où il aimait se reposer et dont il ne négligeait pas d’examiner le sable et les cailloux !
             Son fils Gérard propose à la bibliothèque des Moutiers en Retz une rétrospective de l’homme et de l’œuvre tirée des archives familiales : André de Cayeux, homme de sciences

            Après son décès en 1986, les Annales de géographie  lui ont consacré un article, le géographe Fernand Verger, lui-même grand connaisseur de la morphologie des littoraux français y rappelle la carrière et l’œuvre d’André de Cayeux. Il donne aussi dans ce texte un aperçu des méthodes de cet historien de la terre. Surtout, il accrédite l’idée que la rigueur scientifique contenue dans l’introduction de la mesure « honnête » n’est pas exempte d’humanisme.

 

           André Cailleux (1907-1986)

 

           André de Cayeux de Sénarpont est né à Paris le 24 décembre 1907, et fit des études supérieures marquées du souci d’ouverture pluridisciplinaire qui allait caractériser toute son œuvre. Licencié ès Sciences Physiques (1931), ès Sciences Naturelles (1932) et ès lettres (1933), il fut agrégé des Sciences Naturelles (1936) puis soutint une thèse de doctorat ès Sciences Naturelles en 1942, avant de franchir les Pyrénées pour participer comme officier aux campagnes d’Italie, de France et d’Allemagne.
         Sa carrière universitaire elle-même fut marquée de la même diversité puisque, après trois postes occupés dans l’enseignement secondaire à Varsovie, à Brest et à Saint-Maur, il fut chef de travaux de géographie physique à la Faculté des Lettres de Paris, maître de conférences au laboratoire de géomorphologie de l’Ecole Pratique des Hautes Etudes, Professeur à la Faculté des Sciences de Paris et à l’Université Laval de Québec. Il eut partout une audience considérable et les chercheurs qu’il a conseillés furent très nombreux.
          Son œuvre scientifique, pour laquelle il choisissait en général le pseudonyme d’André Cailleux, se fonde d’abord sur une expérience personnelle acquise sur des terrains aussi variés que l’Antartique, le Groenland, le Canada, l’Islande, le Sahara, le Brésil ou la Guyane. Grâce à ce don exceptionnel d’observation disciplinée, il en tira une connaissance approfondie des mécanismes élémentaires de la géomorphologie.
         Sa thèse de doctorat fut consacrée à l’étude des actions périglaciaires quaternaires en Europe, essentiellement à partir de l’observation des grains de sable et de cailloux. La morphoscopie des sables a donné lieu à de très nombreux autres travaux et à des analyses statistiques très nourries tout au long de sa carrière. Les processus liés au gel et à la dessication, les formes qu’il engendrent actuellement ou qu’ils ont engendrées lors de climats anciens ont toujours, par la suite, retenu son attention : fentes en coin, festons, sols polygonaux, mares et mardelles, pingos, dunes nivroéoliennes et taffonis. Ce goût pour l’observation des processus élémentaires s’étendait à l’observation de l’écoulement dans les environs de Dourdan, où était née, dans son enfance, sa vocation naturaliste.
         Les observations minutieuses, et les mesures précises qui les accompagnaient toujours, étaient ensuite classées et confrontées à une documentation intelligemment répertoriée que la connaissance de sept langues vivantes – français, anglais, allemand, russe, polonais, espagnol et italien – lui rendait d’accès facile. A partir de la collecte de faits fondant une diagnose le plus possible quantitative, A. Cailleux construisait une synthèse statistique. Les catalogues qu’il avait réunis et publiés lui servaient à bâtir des théories générales et pertinentes comme celle de la biogéographie quantitative où il avait exploité l’augmentation du nombre d’espèces sur une superficie territoriale donnée en fonction de la température.
         Ce goût qui le conduisait à lier l’observation et la mesure du détail significatif aux synthèses les plus vastes se traduit dans la place importante qu’il a occupée pendant de nombreuses années dans la politique éditoriale de la Science. Soucieux de diffuser les observations, il fonda, avec Jean Tricart, la Revue de géomorphologie dynamique, et assura la co-direction du Zeitschrift für Geomorphologie. Mais surtout, il entreprit, avec Jean Tricart, la publication d’un volumineux Traité de géomorphologie. Il ajouta à ces publications spécialisées des ouvrages plus didactiques pour un large public, où, dans une langue toujours précise et claire, il apporta des mises au point souvent personnelles sur l’Histoire de la Terre, la géologie, l’Histoire de la géologie, les planètes …
         Homme de science qui disait être resté tel qu’en son enfance « un petit garçon bûcheur », André Cailleux laisse une œuvre écrite considérable ; il laisse aussi un message scientifique qui est l’encouragement à introduire la mesure dans les observations chaque fois qu’on le peut. La mesure était pour lui une marque d’honnêteté. Respect pour les faits, respect pour les hommes, tels étaient les fondements essentiels de l’œuvre et de la personnalité d’André Cailleux.
       
                                                                                                                             Fernand Verger

 

                                                                                            Annales de Géographie 1987 T87 N° 537 pp 601-604


 
La bibliographie complète d’André de Cayeux alias André Cailleux comprend près de 600 références.
On en retrouvera les titres les plus importants sur la base Persée des revues scientifiques

 


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(1) L’Ami André de la lune, Bulletin municipal des Moutiers, automne 1998

Tag(s) : #Raconter son village