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Joseph Pétard était un brave abbé, un peu roublard, qui avait des idées de grandeur. Ayant fait ses premières armes comme vicaire du Clion dans les années 1840, il s'attacha au pays et y revint sur ses vieux jours dans la propriété qu'il fit construire en bordure du chemin des douaniers. Cette "folie" de curé[1] que l'on appelait par dérision la Pétardière est devenue "Monval" propriété de l'évêché de Nantes. Le poète Joseph Rousse figurait parmi les visiteurs assidus du brave abbé. L'abbé Pétard se targuait lui aussi de poésie. Les deux hommes fréquentaient dans les années 1890 un des derniers salons littéraires de Nantes, celui de Adine Riom boulevard Delorme. "Presque tous les hommes de lettre de notre cité et plusieurs écrivains célèbres de Paris et de province en ont franchi le seuil et sont venus s'asseoir dans le salon pour causer et réciter leurs vers"[2]  . Joseph Pétard (il est alors vicaire à Saint Nicolas) tient le rôle d'abbé traditionnel, figure incontournable de ce dernier avatar des salons du XVIIIe siècle. "Mr l'abbé Pétard est un très saint prêtre de 80 ans, joyeux poète à ses heures et qui appelle volontiers ses œuvres ses pétarades". Les vers du brave abbé ne sont pas immortels mais son fichu caractère lui inspirait parfois quelques alexandrins bien acides dont la lecture dut faire frémir les invités bien pensants de madame Riom.

 

 

 

                        Les Héritiers

 

            Il n'est rien de si vite oublié qu'un mort gras !

 

            Mais avant que la cloche ait sonné son trépas

 

            Sa famille à l'envi s'affiche et se désole.

 

            De son lit on écarte une mouche qui vole

 

Et qui pourrait venir pour troubler son repos    !

 

Chacun veut de sa main lui donner des sirops,

 

On mande le docteur, on le suit, l'interroge ;

 

A ses prescriptions en rien on ne déroge ;

 

Partout l'on va, l'on vient des larmes dans les yeux.

 

Faut-il pour le guérir violenter les cieux !

 

On arrive en courant à l'autel de la Vierge ;

 

On se jette à genoux, on allume un beau cierge !

 

On quitte ses enfants, ses amis, son repos ;

 

Enfin que ne fait-on ou que ne fait-on pas,

 

Pour montrer au mourant l'intérêt qu'on lui porte

 

Et quand son dernier souffle arrive vers la porte,

 

Et qu'un miroir a dit qu'il était vraiment mort,

 

Vite on le plante là pour chercher son trésor !

 

                                   Abbé Pétard

 

 

 



[1] Emile Boutin "Châteaux et manoirs en Pays de Retz" Siloë 1995

[2] Dominique Caillé secrétaire de la Société des bibliophiles bretons, "Le salon de Mme Riom" Revue de Bretagne et de Vendée 1891

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