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En ces temps de commémoration, je m'en voudrais de ne pas dire quelques mots du poète centenaire. Je ne dirai rien de son œuvre que l'on dit ardue et qui de toute façon ne m'est pas familière mais qu'il me faudra bien explorer pour évoquer les amitiés de qui vit en René Char "le seul poète aujourd'hui qui ait osé défendre la beauté"[1].

Pour Olivier Todd[2] Char, c'est l'amitié complémentaire de celle de Janine et Michel Gallimard, avec eux "dans les moments de grande confiance, il cherche la gaieté, avec Char, il adopte aisément un ton grave, parfois grandiloquent …".

L'amitié d'Albert et Michel, qui eut aussi pour cadre mon cher Pays de Retz, n'est pas de celles qui naissent d'une confraternité de créateurs. Dionys Mascolo écrit peu après la mort des deux amis: "Michel Gallimard ne s'est pas expliqué en ce sens (c'est-à-dire comme un écrivain s'explique dans son œuvre). Ce qu'on réserve d'ordinaire à une œuvre, il l'a donné à l'amitié. L'amitié était son œuvre."[3]

Au Panelier, où aux Brefs, lieux de "la Peste", à Sorel-Moussel, Albert et Michel cultivent une fraternité facétieuse que l'écrivain et le poète surent aussi partager au-delà de l'œuvre. En témoigne cette anecdote contée par Etiemble (ancien précepteur de Michel Gallimard)[4] :

            Vers le temps où Pierrot le fou tenait en haleine la police et son grand public, Camus nous conta comment le patron d'un hôtel rupin pour nouveaux riches du marché noir, voyant descendre chez lui, d'une traction avant non moins noire, deux mecs à la redresse un peu négligés comme tenue, mais l'un d'eux une vraie armoire normande, après leur avoir loué une taule quand même et s'être expédié quelques apéros derrière la cravate, comme pour se donner du courage, était venu apporter aux durs les deux fiches de police :

"Vous comprenez, on est surveillé. Mais vous pouvez mettre ce que vous voudrez, vous deux."

L'armoire normande s'inscrivit comme industriel ; l'autre mec comme journaliste, puis, s'adressant au généreux patron :

"Ca vous va, comme ça ?

-         L'essentiel, c'est que vous ne mettiez pas Pierrot-le-fou."

Et voilà pourquoi certains amis d'Albert Camus reçurent à ce moment-là des lettres signées Pierrot. Le vrai faux industriel s'appelait René Char.

 

 

 



[1] Lettre Camus à Char 30/6/1947 NRF Gallimard 2007

[2] Camus, une vie Biographies NRF Gallimard 1996 p 487

[3] La Nouvelle Revue française 1960

[4] La Nouvelle Revue française 1960, Olivier Todd (p 487-488) donne une autre version tirée de la correspondance avec Janine et Michel Gallimard.

Tag(s) : #Notes de lectures