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Georges Toudouze, qui a consacré de longs chapitres de son "Monsieur de Vauban" (1) à l'œuvre de celui qu'il nomme "le dictateur de la défense des côtes de France, pour l'honneur" avait, à la fin du XIXe siècle en préparant sa thèse sur la défense des côtes (2), pris la mesure de l'importance des carnets de l'ingénieur du roi. Il raconte dans son Vauban (3), comment ces documents, au cours de la seconde guerre mondiale, avaient échappé aux recherches actives de l'armée d'occupation grâce au dévouement et à l'adresse d'un bibliothécaire du génie. Deux siècles et demi après leur rédaction, les notes et les croquis de Vauban, premier concepteur d'un "mur de l'Atlantique" justifiaient encore les prospections tenaces des officiers et ingénieurs de l'Organisation Todt. Mais l'action de Vauban ne s'est pas limitée dans ce domaine, à l'élaboration de fortifications. En donnant l'occasion aux paysans bretons de s'illustrer dans l'anse de Camaret, face aux velléités de débarquement d'une armada anglo-hollandaise, il réactive les réflexes de l'habitant du littoral prêt à défendre sa paroisse et les siens au sein d'une nouvelle institution : les milices garde-côtes. Vauban, à la fin du XVIIe siècle, est l'âme de la défense des côtes du royaume. Les conflits du siècle suivant, les évolutions techniques, particulièrement les progrès de l'artillerie et l'appropriation grandissante du littoral par l'état au travers notamment de l'organisation militaire de ses habitants, vont décider des orientations de la défense des côtes jusqu'à la fin de l'Ancien Régime.

 

 

 

 

 

 

 

La défense des côtes atlantiques de Vauban à la Révolution

L'exemple du comté nantais

Stéphane Perréon et Patrice Pipaud

Avec la collaboration de Jean-François Caraës et Maurice Legault

Avant propos du général Jean-Pierre Tesan

Préface du professeur Jean-Pierre Bois

80 pages

Pornic Histoire 2007

Imprimerie Grand Large

Prix : 15€

 

Contribution de l'association "Pornic Histoire" à la célébration de l'année Vauban, cet ouvrage dont la sortie est prévue le 16 juin prochain a pour ambition de tirer de l'oubli un aspect très méconnu de notre histoire, celui de la défense de nos côtes. Une étude ici limitée au dernier siècle de l'ancien régime, mais qui fait la part belle à l'histoire d'une institution quelque peu ignorée,  celle des milices garde-côtes.

Un avant propos du général Jean Pierre Tesan, commandant de l'école supérieure et d'application du Génie rappelle les réalisations du grand ingénieur de Louis XIV sur les côtes du royaume. Le professeur Jean Pierre Bois de l'Université de Nantes, après avoir constaté la faible part que tient "l'interface terre-mer" dans les études historiques et stratégiques entre histoire de la Marine et réflexions sur "l'art de la guerre", établit, dans sa préface, le constat d'un littoral resté finalement inviolé par un ennemi potentiel, l'anglais, pour lequel une rancune tenace persiste dans la population bretonne.

L'historien Stéphane Perréon (on lui doit une histoire de L'armée en Bretagne au XVIIIe siècle aux Presses Universitaires de Rennes 2005), dans un premier texte intitulée : "Des pierres, des canons et des hommes" tente de définir le degré d'efficacité de la défense littorale au travers de ses aspects stratégiques, en établissant la part qu'y prennent les fortifications et les hommes.

Patrice Pipaud (patbdm) dresse un portrait du "garde-côtes" au travers de l'abondante réglementation (plus de 150 textes sous l'ancien régime) qui lui est consacrée.

Dans la "défense des côtes du pays nantais" il établit le constat d'une défense qui coûte proportionnellement beaucoup plus cher que les attaques réellement supportées par la côte notamment en absence d'objectifs militaires. Une première partie,  Les Hommes, le temps et l'espace passe successivement en revue les enjeux politiques, militaires et commerciaux des conflits du XVIIIe, le rôle dévolu à la contrescarpe insulaire et l'organisation des capitaineries garde-côtes, exemple rare d'une organisation militaire imposée à la population civile. La seconde partie, Les moyens d'une défense rappelle le rôle initial dévolu à la marine royale dans la croisière littorale, puis les installations défensives mises en œuvre sur la côte du comté nantais de l'estuaire de la Vilaine aux confins du Bas Poitou, Dresser le garde-côte enfin, essaie de reconstituer la réalité d'un service qui pèse très lourd sur le quotidien des habitants des paroisses côtières.

Jean-François Caraës , dans sa conclusion, fait le bilan d'un siècle de défense de cette "frontière particulière" que représentent les côtes du royaume. Il précise ensuite les adaptations que le système subit durant la période révolutionnaire et l'Empire et les priorités différentes du XIXe siècle. Il rappelle enfin le mur de l'Atlantique voulu par l'occupant en 1940-1945, "ligne de défense démesurée" qui n'est pas sans rappeler les travaux de Vauban mais qui substitue le béton aux installations anciennes des garde-côtes.

En fin d'ouvrage, les repères chronologiques et l'orientation bibliographique permettront au lecteur curieux de poursuivre la réflexion.

Cette publication est aussi l'occasion de livrer au public des textes inédits tirés pour la plupart des archives du Service historique de la défense ou des Archives nationales par les recherches de Maurice Legault. C'est le cas d'un courrier de 1692, faisant état d'un bruit d'attaque sur Nantes, ou d'un autre de Vauban dissertant en 1694 sur les canons de fusils. La somme d'archives consultées permet ainsi à Maurice Legault de faire le point sur les défenses de l'île du Pilier et sur les dessous de l'affaire des Cardinaux et du bombardement du Croisic en 1759. Le récit du combat naval entre deux frégates garde-côtes et des corsaires de Jersey aux abords de l'île Dumet, rappelle par sa dimension dramatique les tragédies humaines que génère chaque conflit.

 



[1] Ed. Berger-Levrault 1954

[2] "La défense des côtes de France de Dunkerque à Bayonne au XVIIe", Thèse, Université de Paris Sorbonne 1897.

[3] "Monsieur de Vauban" op. cité p 84

Tag(s) : #De l'histoire locale à la grande Histoire