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"De tous mes enfants, je n'ai de mécontentement que de la part d'un seul. Faut-il que j'aie mis au monde un fils assez ridicule pour se faire relier en veau !"

Ainsi s'exprime Joachim Descartes qui apprécie semble-t-il moyennement l'intérêt de son fils René pour la philosophie et sa propension à écrire des livres[1].

 Jehan MORIN, seigneur du Bois des Tréhans maire de Nantes et historien

 

            La seigneurie du Bois des Tréhans, au Bourg des Moutiers, fut jadis possédée par Gilles de Rais. A la fin du XVIe siècle, son propriétaire est membre d'une famille nantaise bien représentée dans la marchandise et l'administration de la ville.

           Il s’appelle Jehan MORIN, et vit à l’époque troublée des guerres de Religion.  Il naît à Nantes en 1506, sous le règne de la duchesse Anne. Son père Bertrand, Sieur de la Marchandrie, est chargé des comptes de la communauté. Tout naturellement, ce fils d’une des plus grandes familles de marchands et magistrats de la ville en devient en 1570 le cinquième maire. La mairie de Nantes est de création récente (1559), ses privilèges sont considérables : le maire porte l’épée et la charge est anoblissante, on emploie le terme de "noblesse de cloche"[2]

           Jehan MORIN, après avoir débuté comme avocat du roi au Présidial de Nantes, devient  premier président de la Chambre des Comptes de Bretagne, fonction pour laquelle il prête serment le 9 mars 1574, il résigne en 1584. En 1581 et 1582, la Chambre des Comptes l'envoie défendre ses prérogatives auprès du roi, à propos de délicates questions de compétence avec le Parlement de la province.

            Jehan Morin possède aussi dans ses attributions  « La principale charge et garde des chartes du dit pays ». Il est donc bien placé pour faire oeuvre d’historien, ce qu’il fait puisqu’il laisse un ouvrage intitulé : "Mémoires et recherches touchant les antiquités et singularités de la Bretagne Armorique par Jehan de Morin ... gentilhomme breton, président de la Chambre des Comptes de Bretagne "[3]. Je n'ai pas trouvé trace de ce document, mais il doit s'agir de cette "longue et fort érudite épître en prose, suivie d'une pièce en vers, que l'on trouvera dans les liminaires de l'Otium semestre de Jean de Langle" dont parle Sigismond Ropartz[4].

            Vers 1575, Jehan MORIN achète la Seigneurie du Bois « d’Estréans »  à la célèbre famille Protestante des d’AVAUGOUR, et c’est peut-être dans ce vieux manoir des Moutiers, dominant la « Baie de Bretagne », qu’il fait oeuvre d’historien.  Il arborait dans ses armoiries: un sanglier ou porc-épic embroché sur le fût d’un arbre, sa devise en forme de jeu de mot, était : «mori ne timéas » (La mort, ne crains pas), et en effet, en ces temps troublés, la mort l’épargna longtemps puisqu’il mourut à l’âge fort respectable pour cette époque, de quatre vingt ans. 

             Sa veuve Françoise RHUYS (d’une célèbre famille de marchands d’origine Espagnole) rend aveu à la Prieure du Bourg des Moutiers en 1598, pour une maison qu’elle possède au village de Villeneuve. Elle put exercer grâce au prestige de son mari, une certaine influence sur le duc de MERCOEUR, chef de la ligue et maître de la capitale Bretonne , dans les années précédant l’édit de Nantes, puisqu’elle réussit à faire libérer son frère André, ami du roi Henri IV, un instant enfermé dans les geôles de la ville. Les Nantais les plus anciens se souviennent de cette « maison des tourelles » située sur la fosse, à Nantes, elle appartenait à cet André RHUYS, il y reçut le roi, et la tradition locale en fait même le lieu de signature de l’édit de Nantes. La maison fut détruite lors des bombardements de 1943, mais une carte postale en garde le souvenir.

               Parmi les enfants de Jehan Morin et Françoise Rhuys, je citerai: Jean qui fut président du Présidial de Vannes et fondateur des Carmes de cette ville, André qui fut comme son père maire de Nantes (1617), Rolland président de la chambre des comptes, tous seigneurs des Tréhans et enfin Anne qui épousa vers 1600 un certain Joachin DESCARTES dont la première épouse avait laissé orphelin un petit garçon de un an : René, le futur Mathématicien et philosophe. Pour une généalogie simplifiée de la famille DESCARTES voir ici.

Le père de Descartes est choisi (avec le père de Fouquet) parmi les magistrats chargés de juger le comte de Chalais exécuté à Nantes en août 1626.

Sur la conspiration de Chalais et le rôle de Joachim Descartes, voir le mémoire de Pierre Chotard : "L'affaire Chalais, culture politique et raison d'Etat" une intéressante démonstration sur la vision politique des "grands" du royaume au XVIIe siècle et la naissance du procès politique. Comme le rappelle l'auteur dans sa conclusion, ce procès "était aussi, après l’Edit de Nantes et avant l’arrestation de Nicolas Fouquet, une énième incursion de la grande Histoire sur les bords de Loire".

           Joachin Descarte et Anne Morin ont une fille : Anne, née à Rennes en 1611 qui, en épousant en 1628 Louis d’Avaugour, demeurant en sa terre du Bois de Kergrois en Carquefou,  fait repasser dans cette famille le Bois des Tréhans. S’il est avéré que DESCARTE fut présent plusieurs fois à Sucé où résidait sa famille, rien n’indique qu’il fit un jour le voyage des Moutiers, néanmoins sa demi-soeur Anne Descarte petite fille de Jehan MORIN le premier historien des Moutiers, fut bien elle aussi la « dame des Tréhans ».



[1] S. Ropartz, " La famille Descartes en Bretagne 1586-1763", Rennes 1877

[2] Alexandre de la NICOLLIERE-TEIJEIRO," le livre doré de l’hôtel de ville de Nantes" Nantes 1873. Le terme de « Noblesse de cloche » est employé pour désigner la noblesse conférée par les fonctions de maire ou d’échevin, elle est ainsi appelée parce que les assemblées municipales étaient convoquées au son de la cloche du beffroi.

[3] KERVILLER, répertoire de biobibliographie

[4] S. Ropartz, " La famille Descartes en Bretagne 1586-1763", Rennes 1877

Tag(s) : #Raconter son village