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Vendredi 18 mai, premier conseil des ministres.

 

 

Extraits d'une dépêche d'agence rendant compte de l'arrivée des membres du gouvernement pour leur premier conseil. On notera, l'arrivée plutôt sobre de ces Messieurs et les qualités impressionnantes que laissent présager l'intitulé de leurs ministères. Pour les dames, sans doute des invitées car on ne nous dit pas toujours à quel titre elles sont là, le rédacteur a opté pour le défilé de mode …

 

Etonnant, non ?

 

Mais, me direz-vous, la cravate de Mr Bertrand !

 

Roger Karoutchi, secrétaire d'Etat chargé des relations avec le Parlement, est entré le premier

Eric Besson, secrétaire d'Etat chargé de la Prospective et de l'Evaluation des politiques publiques, lui a succédé, suivi de Brice Hortefeux (Immigration) et Dominique Bussereau, secrétaire d'Etat aux Transports, arrivés ensemble.

 

Le socialiste Bernard Kouchner, ministre des Affaires étrangères, paraissait tendu et n'a pas consenti un sourire aux photographes.

 

Souriante, à l'inverse, Christine Boutin, ministre du Logement et de la Ville, a ouvert le ballet féminin de ce premier conseil, pantalon noir et veste blanche.

 

Le ministre d'Etat Alain Juppé, catégorie meilleur second rôle dans ce défilé aux fausses allures de montée des marches cannoises, est arrivé souriant,

 

Il a alors attendu le Premier ministre François Fillon. Eric Woerth, ministre du Budget, des Comptes publics et de la Fonction publique, les a rejoints en haut du perron.

 

La révélation de ce nouveau gouvernement, Rachida Dati, 41 ans, s'est présentée très souriante dans un tailleur-pantalon noir

 

Christine Albanel, ministre de la Culture et de la Communication, s'est avancée ensuite timidement

 

La benjamine du gouvernement, Valérie Pécresse, 39 ans, a foulé les graviers intimidée, veste bleue et pantalon blanc.

 

Christine Lagarde a fait son entrée tout sourire, dans un tailleur-jupe bleu piscine.

 

Roselyne Bachelot, tailleur noir souligné d'un liseret blanc, a joué le jeu des photographes, posant sourire aux lèvres.

 

Xavier Bertrand, ministre du Travail, des Relations sociales et de la Solidarité, a apporté une touche d'éclat à cet après-midi pluvieux, arborant une cravate fuschia sur un costume gris.

 

Puis vinrent Xavier Darcos (Education nationale) et Jean-Pierre Jouyet (Affaires européennes),

 

Michèle Alliot-Marie, saharienne crème et jupe bleu marine, étrennait ses nouvelles fonctions de ministre de l'Intérieur et de l'Outre-Mer avec contentement.

 

L'UDF Hervé Morin, ministre de la Défense a fermé la marche, chaperonné par Jean-Louis Borloo, ministre de l'Economie, des Finances et de l'Emploi.

 

 

Revenons-en à un temps où les femmes n'étaient pas ministres, pas mêmes électrices, et où les hommes (même de gauche) se demandaient encore s'il serait bien prudent de leur donner des droits !

 

 

Le droit du vote

 

 

"L'étranger non naturalisé n'est pas français, … c'est pourquoi nous ne le comprenons pas dans la population servant de base à la proportionnalité de députés à élire dans chaque département. Mais les françaises, veuves célibataires ou mariées sont comptées dans le nombre des personnes représentées par les députés élus. Si l'épouse est considérée avec plus ou moins de raison, comme l'esclave de son associé, si elle n'est pas au yeux de la loi, l'égale de son mari, les filles majeures n'ont pas aliéné leur liberté, recouvrée par les veuves. Est-il juste que l'homme puisse traiter la mère de ses enfants, comme autrefois, avant 1789, le seigneur en usait à l'égard du manant et de la "femelle" comme disait Montaigne, affirmant que "celle-ci", aussi bien que le "mâle", est jetée dans le même moule ? Ne parlons pas du "droit du seigneur …" Cependant, nous, républicains, nous nous arrogeons un droit aussi peu rationnel, puisque nous sommes les maîtres absolus et que la devise égalitaire est toujours interprétée dans un sens défavorable à celles sans lesquelles nous n'existerions point.

            Dans une République, "Res Publica", chose publique, le gouvernement de cette chose, appartient évidemment à tous les intéressés sans distinction de sexe : dans les Etats-Unis d'Amérique, deux provinces se gouvernent depuis plusieurs années, en accordant aux femmes le droit électoral et celui d'éligibilité. Personne ne s'en plaint : au contraire.

            Il serait facile de prouver que les femmes sont aussi intelligentes que nous, que si, en France, les écoles de filles étaient aussi nombreuses que celles de garçons, ceux-ci ne seraient pas les plus capables. (Exemple tiré du Petit Phare session de juillet 1885 du Brevet supérieur, 23 inscrites, 12 à l'oral, 11 reçues). Le droit de vote étant refusé aux femmes, une question se pose d'elle-même à l'esprit de ceux et celles qui revendiquent l'exercice de ce droit … Que gagneraient les femmes à exercer leurs droits politiques ? … Dans le budget de 1885 les femmes sont frustrées : Une loi sur l'instruction secondaire des filles a été votée ; cette loi est restée lettre morte. 10 lycées et 13 collèges sur toute la France ne peuvent suffire aux besoin de développement intellectuel du sexe féminin … A Nantes il y a 12 écoles communales de garçons et seulement 8 de filles …

            Si les femmes ne votent pas, il ne leur est pas défendu de pétitionner : aussi, le 26 mars dernier, le "cercle du suffrage des femmes" a adressé au Sénat et à la Chambre des députés une pétition ayant pour objet de ne plus compter la population, y compris les femmes, comme base de la nomination des députés. Ceux-ci naturellement ont fait la sourde oreille : "aures habent eut non audiunt"

 

            La raison du plus fort est toujours la meilleure, comme dirait la Fontaine. Cependant le plus fort n'est pas toujours heureux d'avoir abusé de sa force virile, parce que, dans son désespoir, la victime emploie quelque fois des armes comme le pétrole ou le révolver.

 (Quinze ans plus tôt, durant la commune, le nom de "pétroleuse" avait été donné aux femmes qui allumaient des incendies, le nom commençait à être donné aux femmes qui manifestaient plus ou moins violemment)

 

           

(Mise à l'ordre du jour du jour du vote des femmes au comité central des Radicaux socialistes de la Seine avec :

1/ La révision égalitaire des codes.

2/ La reconnaissance des droits civils de la femme, l'égalité civile de l'enfant, légitime, nature, ou reconnu ;

3/ La recherche de paternité.)

…/…

            Tant que la femme ne sera pas avec nous, elle sera contre nous et avec nos adversaires, les ennemis de la lumière et du progrès, ceux qui voudraient le retour du bon vieux temps, le règne des Jésuites et Jésuitesses dans toute sa splendeur monarchique.

            En résumé, nous devrions inviter "expressément", soit par des affiches, soit par des notes dans les journaux républicains, les femmes à assister à nos réunions électorales. On emploierait la formule habituelle : "les dames (femmes ou citoyennes) sont instamment priées d'assister à la réunion". Les femmes étant privées de leurs droits civiques, elles ne sont pas citoyennes, dans toute l'acception du mot : cependant cette qualification est préférable aux deux autres, en général, à toutes les personnes du sexe féminin."   

            Il est à désirer qu'un contradicteur veuille bien publier les raisons qui militent peut-être en faveur du "statu quo". C'est de la discussion que jaillit la lumière !

                                              

                                                                                  Goron

 

La Démocratie de l'Ouest, journal des intérêts ouvriers de Paimboeuf et Saint-Nazaire, N° 88 du 26 juillet 1885   

 

 

 

La conclusion du journaliste de La Démocratie de l'Ouest, organe radical, semble appeler à un débat sur la question du vote des femmes dont on sait qu'il ne sera acquis qu'en 1945. Les radicaux au pouvoir vingt ans plus tard, se garderont bien de remettre cette question à l'ordre du jour, car leurs priorités seront alors toutes autres, pour lesquelles le vote des femmes serait loin d'être favorable aux idées du "Petit père Combes", ce que leurs prédécesseurs de 1885 savent déjà.

 

 

 

 

Tag(s) : #Vieux papiers et grimoires