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Cette année, la commémoration de l'abolition de l'esclavage a pris, avec la présence de deux présidents, un lustre particulier. Une des lignes de fracture entre Jacques Chirac et son successeur s'établit sur les notions si débattues de mémoire et de repentance. On sait que le cadet bien informé des questions historiques, rejette les culpabilités nées du passé sans que l'on sache très bien pour l'instant si cette attitude doit être mesurée à l'aune de la réalité historique, d'un sentiment d'anachronisme ressenti ou du pragmatisme politique.

 

           La journée du 10 mai fut cette année politique et médiatique, elle ne fera pas oublier dans la mémoire de beaucoup les cérémonies du centenaire voulues par le général De Gaulle et l'entrée de l'abolitionniste au Panthéon en 1949. Surtout, elle n'effacera pas des mémoires cathodiques, un certain 21 mai où, dans le même lieu, trois roses furent déposées, l'une pour Jean Moulin la seconde pour Jean Jaurès, la troisième pour Victor Schoelcher.

 

            Victor Schoelcher, grand oublié médiatique des récentes cérémonies, (seulement quelques articles de fond de la presse écrite relayés par leurs sites Internet) retombe doucement dans l'anonymat d'où l'avait sorti le geste spectaculaire du président Mitterrand. Janine Alexandre-Debray, dans une biographie récemment rééditée[1], essaye d'expliquer la méconnaissance de l'homme par la consonance de son nom : "Un nom trop difficile à écrire et à prononcer pour être jamais célèbre ?" ou par la crainte que "les français s'intéressent si peu à ces problèmes d'esclavage, à ces préjugés de couleur, au racisme ?".

 

            Le président élu, grand pourfendeur de repentances, est donc venu saluer l'œuvre de Schoelcher. Ce geste que d'aucuns lui reprochent, n'est pourtant pas étranger à un pragmatisme qui fait la part entre la dénonciation forte du racisme et les réalités économiques, sociales, commerciales que n'ignorait pas Victor Schoelcher. Celui qui ne fut qu'un éphémère ministre de la Seconde République , "le temps nécessaire à accomplir son grand ouvrage", était en effet un défenseur de la réalité coloniale. Intraitable sur les questions raciales, il combat les écrits racistes de son collègue sénateur le baron de Lareinty, élu de Saint-Père-en-Retz, mais soutient sa candidature au conseil supérieur des colonies en raison de ses compétences.

 

            Convaincu comme Jules Ferry et beaucoup de leurs contemporains de l'œuvre coloniale de la France, Victor Schoelcher ne remet pas les réalités économiques en questions lorsqu'elles sont à ses yeux facteurs de progrès sociaux. Il consacre de préférence son énergie à de grandes causes, l'abolition de la peine de mort, de l'esclavage, ou l'égalité politique entre hommes et femmes. L'Echo de Paimboeuf du 1er novembre 1885 ne s'y trompe pas, pour qui  Mr le sénateur Schoelcher qui vient d'arriver à Pornic, "…par son dévouement à toutes les grandes causes philanthropiques, a su conquérir l'estime de tous à quelque parti qu'ils appartiennent".

 

A lire dans le prochain bulletin de "Pornic Histoire"

 

Le sénateur, le préfet et le baron

Victor Scoelcher à Pornic 1885-1892

 

Contact Association : 02 40 82 94 80


[1] Victor Schoelcher, l'homme qui a fait abolir l'esclavage, Perrin 1983 puis 2006.
Tag(s) : #De l'histoire locale à la grande Histoire