Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Durant le siècle qui s'écoule entre la publication de la carte de l'Académie (1693), fruit des travaux sur le terrain de Jean Picard et de Philippe de la Hire et à Paris du premier des Cassini, et la présentation devant la convention (1790) de la carte dite "de Cassini", les campagnes de relevés utilisant pour l'essentiel la méthode de triangulation se succèdent sur le terrain. La délimitation précise des côtes précède celle des frontières de l'est du royaume. César-François Cassini de Thury (Cassini III pour les spécialistes) arrive à Nantes en 1736 avec son cousin G.D. Maraldi pour débuter les opérations nécessaires à la détermination des points de la côte de Nantes à Bayonne.

Les deux géographes sont au préalable sollicités par le commissaire général de la marine et les négociants de la ville pour reconnaître le cours de la rivière de Loire. Une fois celui-ci réalisé, les marchands nantais s'avisant qu'en cette période de paix la sécurité de leurs navires à l'approche de l'estuaire est davantage menacée par les nombreux récifs qui rendent hasardeux leur passage, ce dont se plaignent les officiers de marine, que par les corsaires de Jersey, demandent aux deux hommes de reconnaître la position de ces écueils et de déterminer les routes permettant de les éviter à partir d'alignements sur les points de rive déjà reconnus. Ceci est fait en 1737, de petites embarcations munies de sondes sont positionnées à la verticale des récifs, leurs mats servant de repère, "ayant observé les angles entre ces différent mats… nous eumes par ce moyen la position exacte de ces écueils, que l'on pourra dorénavant éviter en se dirigeant à différents objets de la côte, que nous eumes aussy soin de déterminer".

Lors des conflits maritimes franco-britanniques qui suivent, guerre de Succession d'Autriche (1740-1748) et guerre de Sept ans (1756-1763) l'estuaire de la Loire est particulièrement menacé et avec lui le trafic commercial nantais. Pourtant, s'il subit à certains moments un quasi blocus, il reste inviolé, tout autant en raison des batteries de Saint Nazaire et de Mindin qui peuvent croiser leur tir que de la crainte qu'inspire aux officiers anglais les récifs de la Loire. Le secret des routes Cassini d'entrée en Loire ne tombera pas aux mains des britanniques (les militaires considérant la cartographie comme hautement stratégique voyaient d'un mauvais œil les travaux des Cassini), les navires nantais, informés des passages, pourront même quelquefois échapper à la "Navy " et rejoindre au large les convois protégés. Quelques années plus tard, le comte d'Hérouville, visitant les défenses des côtes du comté nantais constatait encore : "La Rivière de Loire est déffendue par la difficulté de son entrée", il poursuivait en faisant part de ses craintes liées à la présence de petites unités ennemies ne craignant pas les hauts fonds :"… cependant un ennemi entreprenant pourroit à la faveur de quelques chaloupes armées et de l'obscurité réussir à bruler tous les navires marchands à Paimboeuf…" 

 Leur tâche accomplie dans l'estuaire, Cassini et Maraldi entreprennent la détermination d'une méridienne passant au large des côtes. Les observations astronomiques préalables sont effectuées à partir des tours de la cathédrale de Nantes, mais les mesures sur le terrain restent déterminantes et les contraintes de la triangulation déterminent les deux hommes à se rendre sur les îles "qui se voient depuis la côte et réciproquement". Dernière île bretonne au sud, le Pilier, ancien repère des corsaires ennemis, sécurisé par la présence d'un fort construit en 1714 que l'on répare cette année-la et d'une garnison, est la première à recevoir leur visite. Ils se rendent ensuite à Noirmoutier, Bouin, l'île d'Yeu, l'île de Ré, Oléron, en établissant les mesures qui leur permettent de trianguler la côte jusqu'à l'estuaire de la Gironde.

 

Sources :

 

S. Débardat et S. Dumont "Le rôle des astronomes français dans la cartographie des côtes aux XVIIe et XVIIIe siècles" Défense des côtes et cartographie historique, colloque Europe et défense CTHS 2000

 

Cassini de Thury "Sur les opérations géométriques faites en France dans les années 1737 et 1738" Mémoires de l'Académie pour 1739-1741

 

M. Pelletier "la carte de Cassini : l'extraordinaire aventure de la carte de France" Paris Presses de l'Ecole nationale des Ponts et chaussées, 1990

    

César-François Cassini de Thury

 

 

Tag(s) : #De l'histoire locale à la grande Histoire