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"Le prince de Guéméné était un homme de beaucoup d'esprit, et encore plus Anne de Rohan, sa femme, fille de Pierre, prince de Guéméné, frère aîné de son père. Lui, elle et Mme de Chevreuse toute leur vie ne furent qu'un, et avec eux en quatrième leur belle-mère, seconde femme de leur père, qui avait autant d'esprit et d'intrigue qu'eux ; et, ce qui peut passer pour un miracle, toutes trois parfaitement belles et fort galantes, sans que leur beauté ni leur galanterie ait formé le moindre nuage de galanterie ni de brouillerie entre elles."

                                   Saint Simon "Mémoires" Tome 1, 1698 p.508 (Ed. de la Pléade)

 

            Voici présentées de belle manière nos trois "duchesses". Le recours à un arbre généalogique s'avèrera utile pour éclaircir les relations matrimoniales des Rohan et des Bretagne-Avaugour dont sont issues ces trois dames. Vous le trouverez ici.

            Anne et Marie de Rohan sont à la fois cousines germaines et belles-sœurs, Marie de Bretagne-Avaugour, leur jeune belle-mère est la nièce d'Antoinette de Bretagne, dame du Breffe, belle-mère d'Anne. Voir ici la généalogie des seigneurs du Breffe.

Quant au cardinal de Retz, cousin d'Anne et Marie de Rohan, il est successivement l'amant de la première et de la fille de la seconde !

 

Anne de Rohan, née en 1604, est la fille de Pierre, prince de Guéméné et de Madeleine de Rieux. Pierre est seigneur du Breffe par sa seconde femme Antoinette de Bretagne-Avaugour. Il rend aveu au duc Henri de Retz, cousin du cardinal, en 1619. Anne de Rohan est connue sous le nom de princesse de Guéméné, titre qu'elle transmet à son cousin et mari. A la mort de son beau-père Hercule de Rohan, elle succède à sa seconde femme dans le titre de duchesse de Montbazon. J'ai déjà évoqué ici, le destin de celle que La Rochefoucauld appelait "la fondatrice du Jansénisme" et qui fut, outre la maîtresse du futur cardinal de Retz, la Gélinte du dictionnaire des Précieuses.

Marie de Rohan, née en 1600, est la fille d'Hercule de Rohan et de Madeleine de Lénoncourt. Successivement duchesse de Luynes par son mariage avec Charles d'Albert, connétable de France et favori de Louis XIII puis duchesse de Chevreuse par son union avec Claude de Lorraine, Madame de Chevreuse est la plus célèbre des trois. Elle est à l'origine de nombreuses intrigues sous le règne de Louis XIII et lors de la Fronde où elle contribue à obtenir pour Retz le chapeau de cardinal. Mazarin dit d'elle : "La France n'a été calme que quand elle n'était pas la". En racontant à La Rochefoucauld l'affaire des ferrets de la reine où elle joua un rôle, elle fournit à Alexandre Dumas la matière des Trois Mousquetaires.

 

 

Marie de Bretagne-Avaugour, fille de Claude de Bretagne, baron d'Avaugour et de Catherine Fouquet, est née en 1612 et mariée très jeune à Hercule de Rohan, gouverneur de Paris. Elle rivalise d'intrigues durant la Fronde avec ses aînées devenues ses belles-filles. Maîtresse du duc de Beaufort, elle se refuse à Retz mais peut-être pas à Saint-Simon. C'est au réformateur de la Trappe qu'elle doit par sa mort l'apothéose consacrée aux amants séparés et chantés par Aragon dans le "Regard de Rancé".

 

 

 

 

 

Quant à l'abbé de Retz, futur cardinal et mémorialiste, il trouva la "chevrette" (surnom de Mme de Chevreuse), trop vieille, n'osa pas conquérir l'égérie de la Fronde et de son ami Rancé, mais se mit en ménage avec l'impétueuse princesse de Guéméné, dévote et libertine.

Tag(s) : #De l'histoire locale à la grande Histoire