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(Où l'on voit que tous les chemins partent de Rome)

A une suédoise de l'année, disciple d'Erasme et future diplomate européenne, la note promise sur la reine et le cardinal, deux Monstres sacrés du XVIIe siècle. (je mesure l'ambiguïté de l'expression)

                 Rome, mai 1666, Il y a presse à la sortie du palais Farnese où réside la reine Christine de Suède, pas moins de 18 cardinaux, chacun d'eux dans un carrosse tiré par six chevaux, pour accompagner l'ex souveraine (elle a abdiqué en 1654) dans sa sortie de la ville éternelle. Anticipant prudemment sur les embouteillages romains (déjà une réalité au Grand Siècle !) les prélats ne sont plus que trois pour l'attendre au-delà du Ponte-Mole, de l'autre côté du Tibre : l'ambassadeur de Venise, le cardinal Azzolini, grand nom du Sacré-Collège et son ami le cardinal de Retz, représentant officieux de Louis XIV auprès du pape. Christine prend la route de Stockholm qu'elle n'atteindra d'ailleurs pas, apprenant lors de son étape de Hambourg qu'on ne lui accorderait pas l'exercice du culte catholique auquel elle s'était ralliée, elle revient à Rome.
                 Le pape Alexandre VII qui mettait à son crédit la conversion de la reine de Suède (son abjuration eut lieu en novembre 1655 à la cathédrale d'Innsbruck) donne à Retz, mémorialiste l'occasion d'une réflexion qui prend plus d'intérêt lorsqu'on sait qu'il est à Rome en 1666 pour discuter de l'Infaillibilité du pape. "Il ne vous sera pas difficile de concevoir que ces manières de Sa Sainteté ne me devaient pas donner une grande idée de ce que je pouvais espérer de sa protection ; et je reconnus de plus, en peu de jours, que sa faiblesse pour les grandes choses augmentait à mesure de son attachement aux petites".
                  Retz est à Rome depuis juin 1665, il rend compte régulièrement auprès du Secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères, Hugues de Lionne, des missions diplomatiques que le roi lui a confié. Ses lettres, conservées aux archives du ministère, ont été publiées dans les éditions de ses œuvres complètes (Tome 7 de l'édition de 1882 présentée par Régis Chantelauze).
                  A son arrivée à Rome, après avoir contribué à résoudre un conflit sérieux avec la papauté (affaire de la Garde corse) Retz est d'abord interdit de visite chez la reine Christine, coupable aux yeux de Louis XIV d'un soutien trop voyant à Alexandre VII dans l'affaire. Retz était chagrin de cet interdit, ne pouvant aussi rencontrer son ami le cardinal Azzolini, chef de l'Escadron volant qui "faisait" volontiers les papes, mais gouvernait aussi les affaires temporelles de la reine. Les choses s'améliorant, Retz put enfin rendre visite puis fréquenter assidûment la reine.        
                 Pouvait-il en être autrement pour ces deux figures parmi les plus originales de leur siècle ? Régis Chantelauze, dans son histoire des missions diplomatiques de Retz, avance que ces deux libres esprits devaient s'entendre à demi mots et se priser à leur juste valeur tout en précisant que la reine, qui s'envisageait aussi mémorialiste ne bénéficia pas des conseils du cardinal : On voit bien que ni Retz ni La Rochefoucauld n'ont passé par là !
                 Les affaires publiques et le théâtre rapprochent les deux presque exilés. On imagine que dans les premières, le diplomate domina, chez Retz, le polémiste des Mémoires ; dans le second, le goût partagé pour les spectacles de planche (Retz, après avoir goûté en Hollande les spectacles de marionnettes, entretenait à Commercy une petite troupe de théâtre) prenait aussi parfois des allures d'affaire d'Etat. La reine voulant faire jouer le Tartuffe dans son théâtre du palais Farnèse fit demander à Versailles le texte de M. Molière. Lionne lui-même lui répondit fort logiquement : Le roi ne peut employer son autorité à faire voir cette pièce après en avoir lui-même ordonné la suppression …
                  Christine partie, Rome perdit un peu de son éclat et Retz se consacra sous la chaleur étouffante de l'été romain aux affaires de l'église. Il repartit mi septembre pour Commercy, mais retrouva Christine à Rome après la mort d'Alexandre VII lors du conclave de 1667 où l'on vota pour lui et où il fit un pape !

 

 

Tag(s) : #De l'histoire locale à la grande Histoire