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             Dominique Pierrelée raconte (Pornic, étoile et reine, Siloë 1998) comment Jean Sarment, après la Seconde guerre mondiale anima à Pornic un cercle de relations littéraires. Bernard Roy, Armel de Wismes, Henry-Jacques (le Jacquot-Jactar déjà rencontré ici) y côtoyaient les auteurs de romans policiers Thomas Narcejac et Serge Laforest.
             Pierre Ayraud, alias Narcejac s'est installé en 1947 à Sainte Marie. Jeune professeur de lettres débarqué au lycée Clemenceau à la rentrée de 1945, promis à un bel avenir dans la littérature policière avec son ami Boileau, il ne néglige pas ses amitiés nantaises qu'il va contribuer à lancer dans la carrière. Le futur Serge Laforest, de son vrai non Serge Arcouët né à Nantes en 1916, est son cadet de quelques années. Il est le fils d'un pianiste renommé mais se verrait plutôt marin, l'école d'hydrographie sera l'antichambre d'une carrière littéraire si prolifique qu'elle pourrait bien avoir contribué à l'œuvre la plus importante (en nombre de volumes publiés) pour un écrivain nantais. Les 143 ouvrages recensés ici (l'Almanach de Bretagne chez Larousse en dénombre 131), même avec une pagination moindre (entre 200 et 250 pages par volumes) font bonne figure près de 66 volumes de Jules Verne ou des quelques 80 de Narcejac lui-même.

Les premières œuvres de Terry Stewart

              En 1946, les éditions Athénée Le Portulan publient un premier roman de Narcejac (Confidences dans ma nuit). L'année suivante, Cynthia devant la mort d'un certain Terry Stewart (titre original : Death has many faces) parait dans une traduction de Serge Arcouët. Dans l'immédiat après-guerre le roman noir venu d'Amérique est à la mode. Mais d'américain point, le nouvel auteur, comme le rappelle l'excellent site Polar Hardboiled consacré au roman policier noir, est un frenchie à l'écriture si maîtrisée qu'un critique ne doute pas un instant de la provenance outre-Atlantique de l'écrivain qui n'est autre on s'en doute que notre nantais ! Arcouët et Narcejac publient chacun trois livres au Portulan. En 1948, les deux hommes co-signent Faut qu'ca saigne  aux éditions du Scorpion. La revue Temps noir, dans sa dernière livraison, en donne une première version. Au Scorpion Arcouët et Narcejac côtoient Boris Vian, qui, sous le pseudo de Vernon Sullivan publie plusieurs livres dont Et on tuera tous les affreux et J'irai cracher sur vos tombes dont mon père faisait grand cas. De 1946 à 1952, Serge Arcouët, alias Terry Stewart, exploite la veine du roman noir chez plusieurs petits éditeurs. La série verte de Morgan, La Maîtrise du livre, Le Condor ou Le Trotteur dans la collection noire nord-américaine l'accueillent avant que la consécration le rejoigne avec la célèbre Série Noire.

 Terry Stewart à la Série Noire

              En 1945, Marcel Duhamel avait convaincu Michel Gallimard d'accueillir dans la maison d'édition que dirigeait son oncle une nouvelle collection consacrée au roman policier anglo-saxon qui va se révéler très vite par sa popularité un excellent choix. Ce n'est pas la moindre des qualités de l'ami d'Albert Camus que de ne négliger aucune forme de littérature, et s'il rentre dans sa politique éditoriale des contingences commerciales dont la grande maison n'aura pas à se plaindre, il n'est pas non plus douteux que pour Michel Gallimard patron de la prestigieuse Pléiade, promoteur de la collection Connaissance de l'Orient de son maître Etiemble, il n'y a pas de littérature mineure.
              La Série Noire inaugure ses publications avec l'anglais Peter Cheyney. James Hadley Chase et l'américain Horace Mac Coy vont suivre. Le 18e volume de la série, en 1949 est du à Terry Stewart. La Mort et l'ange est la très sombre histoire d'un condamné à mort dans une prison américaine. Le chroniqueur d'Hardboiler  n'hésite pas à parler à propos de Serge Arcouët  du "premier auteur français de roman noir, mettant en parallèle ses récits avec le contexte politique et social de l'immédiat après-guerre avec une dureté et une violence certainement héritée des années noires de la guerre". En tout état de cause, Arcouët est le premier auteur français de la Série Noire où il va publier cinq titres de 1949 à 1955.

 John Silver Lee et les aventures de Slim

               En 1949, Terry Stewart donne un premier titre (Cet homme va mourir) à la collection l'As de Pique chez Amiot-Dumont, il récidive la même année (Et puis on s'en fout), cette fois sous le pseudonyme de Russ Rascher, mais il s'agit du seul livre sous cette signature. Enfin, toujours cette même année 1949 paraissent 5 volumes d'une nouvelle série, il s'agit cette fois-ci d'espionnage : les aventures de Slim. Serge Arcouët s'est à nouveau associé avec Thomas Narcejac  donnant naissance à un troisième pseudonyme : John Silver Lee. On connaît 7 titres à la série (1949-1950) mais l'un d'eux est attribué sous le même pseudonyme au duo Narcejac – Léo Mallet. Certains catalogues donnent plusieurs Slim comme écrits par le trio Laforest – Mallet – Narcejac.
Le Slim des deux nantais est un petit frère de Nestor Burma !
              Parallèlement à sa production pour la Série Noire, Arcouët-Stewart rentre en 1951 chez l'autre grand éditeur de littérature policière : Fleuve Noir avec De la viande à pas cher ! dans la collection noire.

 Serge Laforest et le Fleuve Noir

             C'est en 1953, qu'apparaît le quatrième et dernier pseudonyme de Serge Arcouët, il a cette fois-ci, abandonné la veine américaine et francisé son nom breton. Il investit d'un coup les deux grandes collections du Fleuve Noir, la collection Spécial police (couverture colorée) avec Danger public et la collection Espionnage (couverture noire et blanche) avec Choc sans merci.
 Serge Laforest publie 35 policiers jusqu'en 1969 et 80 romans d'espionnage jusqu'en 1975.

              Les aventures, au plus fort de la guerre froide, de Paul Gaunce, de son épouse Tamara transfuge de la Yougoslavie de Tito et de sa fille adoptive Delphina Nitaka, tous les trois agents de la CIA ont marqué mes lectures d'adolescence où les séries avaient ma préférence. Entre Angélique des époux Golon, les Pardaillan de Zévaco, l'Arsène même revu par Narcejac, et en attendant les Thibaud ou les Rougon-Macquart, je m'encanaillais de ces aventures yankee aux saveurs nantaises si rassurantes. Paul Gaunce n'allait-t-il pas se reposer entre deux missions dans sa propriété des bords de l'Erdre : la Haugardière à Sucé, y taquinant le brochet avec le matériel de pêche acheté chez son ami Michel Lognon tenant boutique cours des Cinquante otages ? C'est à Sucé qu'il marie Delphina avec un agent de la DST, histoire de rassurer le public français.
              A un franc le livre, revendu la semaine suivante 0.50F au même étal du marché de la Bernerie, le budget était raisonnable, que nous serrions encore en nous repassant l'objet d'une génération à l'autre. Alors il n'était pas rare, en attendant la mer, d'observer grand-père, père et petit-fils, plongés côte à côte dans quelque aventure de Gaunce, Coplan ou Mr Suzuki. Qui disait que les vacances familiales sont d'un mortel ennui ?

             Comment s'étonner alors que le succès fut au rendez-vous ? Plus de 10 millions d'exemplaires vendus, traduits dans 19 langues, les romans de Serge Arcouët, alias Laforest prennent authentiquement place dans une littérature populaire de qualité. En 1962, il reçoit les palmes d'or du roman d'espionnage des mains de Catherine Langeais.

Serge Arcouët, académicien

              L'Académie de Bretagne (et des Pays de Loire ajoutés en 1987) n'était en 1956 que l'Académie Régence du nom d'un restaurant de la rue Kervégan où les académiciens faisaient bombance de mets et de mots. Thomas Narcejac, présent à l'Académie dès son origine, y accueille cette année-là son collègue en littérature policière. Pour faire bon poids, deux historiens, Armel de Wismes et Pierre de la Condamine rejoignent également la petite assemblée culturelle nantaise. Le côtoiement de ces derniers inspira t-il Serge Arcouët ? En 1964, Serge Laforest publie Les Hommes de fer, roman historique consacré aux soldats de la Première guerre mondiale.
Serge Arcouët est mort à Nantes, le 28 janvier 1983.
 


BIBLIOGRAPHIE DE SERGE ARCOUËT

1/ Sous le pseudonyme de Terry Stewart  (18)

Editions Athéné / Le Portulan
collection La mauvaise Chance :

1947 Cynthia devant la Mort (Death has many Faces (!))

1948 La Mort est dans le Coup (Death and I (!))

1949 La Morte scandaleuse

Editions du Scorpion
collection Les Gants noirs :

1948 Faut qu'ca saigne (écrit avec Thomas Narcejac)

Série Blanche (ou Collection Romans noirs ?) :

2 ouvrages non publiés ?

(1949 Race de Chiens - suite de faut qu'ca saigne ? avec J Thinus et T Narcejac)

(?       L'araignée dans sa toile)

Editions La Maîtrise du livre
Collection L'Empreinte Police

1949 Je vais mourir ce Soir  (Dear old Death (sic)) (traduction Arcouet S. G.)


Editions Amiot-Dumont
Collection l'As de Pique

1949 Cet Homme va mourir

Editions Morgan
Série Verte

1952 A la Prochaine (écrit avec C. Higgins)
1952 Ni Fleurs, ni Couronnes (écrit avec C. Higgins)
1952 Rhapsodie pour les Anges noirs

Editions Le Condor
Hors collections

1952 De l'Or sur nos Carcasses
1952 Une Fille pourrie

Editions Le Trotteur
Collection noire franco américaine (2e série)

1952 C'est dans la Poche

Editions Gallimard
Série Noire

1948 La mort et l'ange
1950 La belle vie

1953 Pas de vieux os
1953 La soupe à la grimace
1955 La sueur froide

Editions Fleuve noir
Collection Noire

1951 De la viande à pas cher !...


2/ Sous le pseudonyme de Russ Rasher (1)

Editions Amiot-Dumont
Collection l'As de Pique

1949 Et puis on s'en fout

3/ Sous le pseudonyme de John Silver Lee (6 ?)

(romans d'espionnage)
Pseudonyme commun de T. Narcejac et Serge Arcouët  ?
T. Narcejac et Léo Mallet utilisent aussi ce pseudonyme ?
(Slim a le cafard 1949 est cité dans la biblio de Léo Mallet)

Editions Amiot-Dumont
Collection l'As de Pique

1949 La Colère de Slim
1949 Le Ciel est avec Slim
(1949 Slim a le Cafard)
1949 Slim entre en Scène
1949 Slim et les Soucoupes volantes
1949 Slim n'aime pas le Mélo
1950 Slim chez Tito


3/ Sous le pseudonyme de Serge Laforest (118)

Editions Fleuve noir
Collection Spécial Police  (35)

N°36 - Danger public 1953
N°47 - Sans pardon 1954
N°60 - Une poigne de fer  1954
N°66 - Du sel dans la plaie 1955
N°69 - Jeux de chiens 1955
N°74 - L'ange infernal
N°79 - Tête baissée
N°89 - Poison en mer 1956
N°98 - Un enfant de choeur (réédité en 1974 N° 1111)
N°112 - Tirées aux faisans 1957
N°120 - Sales mômes
N°133 - Feux de mort
N°149 - En gros et en détail 1958
N°159 - Nocturnes mortels
N°172 - Sang pour sang
N°184 - Haine contre haine 1959
N°208 - Flambée de colère
N°218 - Les mains propres 1960
N°231 - De main morte
N°248 - Les félons 1961
N°268 - L'homme de trop
N°288 - Le paniquard 1962
N°312 - Sans un cri (réédité en 2002 aux Ed; La Découvrance sous le titre : La bouée de la Basse-Rouge )
N°335 - Le noeud de laine
N°364 - L'anse de la tuée
N°396 - La croix de cire
N°422 - Pomme de discorde
N°442 - Coup de soleil
N°473 - Marché blanc
N°495 - Pavé glissant
N°530 - Un pas en enfer
N°571 - Malemort
N°612 - Le mort revient
N°638 - Quand le vin est tiré
N°721 - Trois coups pour un 1969

N° 1174 - L'ange infernal 1974

N° 1172 - Feux de mort 1975


Collection Espionnage  (80)

N°39 - Choc sans merci 1953
N°46 - Objectif secret
N°51 - Place nette
N°57 - Mort en vue
N°66 - Sol brûlant
N°70 - Torpilles folles
N°76 - Bombes en main
N°82 - Visages de la nuit
N°91 - Double souricière
N°96 - Torche au poing
N°106 - Opération éclair
N°113 - Coup d'arrêt
N°119 - Fuite sans espoir
N°127 - Cartes truquées
N°133 - Reprise en mains
N°140 - Contrechoc
N°146 - Coups de griffes
N°149 - Périmètre interdit
N°155 - Saut dans l'abîme
N°163 - Destruction totale
N°172 - Traite sur l'inconnu
N°177 - Secousses sous la mer
N°183 - Bluff contre bluff
N°190 - Duel sur l'océan
N°198 - Cercle de mort
N°210 - Plan bleu
N°216 - Mort blanche
N°224 - Peur panique
N°232 - Ondes meurtrières
N°248 - Survivants : un
N°256 - Fumées maudites
N°270 - L'oeil glacé
N°280 - Trafic triangulaire
N°292 - Jour de colère
N°300 - Le temps des sorciers
N°314 - La mort en soi
N°325 - Une dent contre Gaunce
N°337 - Les rats font la loi
N°348 - Escamotages
N°364 - Sur champ de boue
N°378 - Gaunce engage le fer
N°395 - Les murs ont des yeux
N°417 - Le plus dur chemin
N°423 - Lumière empoisonnée
N°440 - Distorsions
N°454 - L'heure de la peur
N°456 - Instantanés
N°480 - Gaunce prend le balai
N°494 - La guêpe dans le guêpier
N°503 - La peur aux doigts
N°511 - Les hommes sans visage
N°528 - A bout de patience
N°543 - La longue nuit de Gaunce
N°555 - Poussée de fièvre
N°572 - Point chaud
N°606 - Gaunce joue l'atout
N°616 - Gaunce crève l'abcès
N°633 - Gaunce... mort ou vif
N°645 - L'otage de Gaunce
N°660 - Gaunce désamorce la bombe
N°675 - Gaunce pimente la sauce
N°687 -Gaunce charge à fond
N°711 - Implacable Gaunce
N°742 - La trahison de Tamara
N°762 - L'escalade de Gaunce
N°776 - La diplomatie de Gaunce
N°811 - Gaunce et les longs couteaux
N°831 - Gaunce ne marchande pas
N°845 - Gaunce et les calibres
N°853 - Traquenard pour Gaunce
N°899 - La peur de Gaunce
N°928 - Le coup mortel de Gaunce
N°949 - Gaunce et la main du diable
N°990 - Gaunce se pique au jeu 1972
N°1021 - Gaunce et les voleurs de cerveaux
N°1078 - Les parapluies de Gaunce
N°1113 - Les filles de Gaunce
N°1147 - Gaunce et le triangle de la mort
N°1170 - Gaunce et l'écorché vif
N°1199 - Le cirque de Gaunce 1975

Editions Fleuve noir
Collection Grands romans (1)

1964 Les hommes de fer


TOTAL : 143 livres

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