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Stéphane de la Nicollière-Teijeiro est archiviste de la ville de Nantes de 1871 à 1900, il a succédé à Hippolyte Etiennez (1848-1871) qui a effectué le classement des archives municipales et qui a lui-même succédé à Chevas (1847-1848) dont il est question dans le document présenté. Il est l'auteur de nombreuses études d'histoire locale, particulièrement d'histoire maritime.
L'abbé Henry Baconnais, à qui est adressé cette lettre a alors 55 ans, il est depuis 1875 aumônier des Petites sœurs des Pauvres de Chantenay. A ses moments de loisir, il effectue des recherches sur l'histoire du Bourg-des-Moutiers, paroisse dont il est originaire et dont il va écrire une histoire restée manuscrite (datée de 1886-1889). L'abbé Baconnais a mauvais caractère, l'archiviste de Nantes lui reproche une méchante réponse assez bien dans les manières de l'ecclésiastique. Ce dernier travaille alors sur l'histoire de Prigny et interroge de la Nicollière-Teijeiro sur l'origine du nom de Prigny. Dans la partie de ses Etudes historiques sur la Baie de Bourgneuf consacrée à l'ancienne ville, il donne à Prugnyé, Prégnyé, Prégny, Prigny (les différentes formes françaises du nom) une origine celtique, et la signification de Bois-épais. Jean Mounès dans Rivages oubliés, publié en 1960 reprend cette hypothèse en précisant que le vieux mot français de Prun, signifiant halliers, lieux épineux n'aurait été donné à Prigny qu'au XIe siècle lors de sa redécouverte après les destructions normandes du IXe siècle. Pour le nom d'origine de la cité, il propose le nom de Brillac, proche de celui de l'étier de Millac qui, partant de Prigny, rejoint le port du Collet. Emile Boutin dans son ouvrage sur Les Moutiers en Retz (Siloë 1998) rejette les explications de Baconnais et Mounès pour leur préférer la forme classique Pruniacus composée de la désinence acus qui suit le nom d'un propriétaire de domaine de l'époque latine, ici, Prunus.
L'abbé Baconnais de méfiait beaucoup des écrits de Chevas, il est juste aussi de dire que Chevas avait été un pro-bernérien dans les luttes mémorables du vieux Bourg des Moutiers et de sa fillette
La Bernerie.

 

 Henry Baconnais (1821-1897)
Nantes 9 octobre 1877

Monsieur l'abbé,
Deux lettres pour avoir une méchante réponse c'est assurément trop, Monsieur et je regrette que vous n'ayiez pas voulu monter jusqu'à mes archives, vous m'eussiez assurément fait plaisir. Lorsque l'ami Viaud me parla d'avoir des renseignements sur Prigny, je luis répondis que j'étais à votre disposition. Il ne me donna point votre adresse et votre première lettre est bien datée du 27 8bre mais sans la désignation de Chantenay, de sorte que ne sachant pas où vous faire parvenir ma missive j'attendais à voir M. Viaud. Voilà mon excuse. Cependant Monsieur, j'ai quelques pièces sur Prigny, communiquées il y a 8 ou 10 ans à une personne à laquelle je les ai faits redemander à votre intention. Je ne les ai pas encore, mais vous voyez que je n'ai pas perdu de vue votre première demande.
 Si l'emplacement de Prigny est peu important aujourd'hui, il est incontestable qu'autrefois il n'en était pas ainsi. J'ai vu et étudié Prigny qui mérite à tous égards la plus grande attention. Son nom est incontestablement mérovingien et vous savez qu'en 1064, l'évêque et comte de Nantes Quiriac y tint un concile ou tout au moins un synode diocésain. Dans un acte un peu postérieur, et dont je pourrai vous communiquer une copie, il y avait alors à Prigny, des parcs à huîtres. (Vous le voyez rien de nouveau sous le soleil) Au XIIe siècle un ou deux des membres de la puissante maison baronale de Rais prennent le titre de seigneurs de Prigny.
 Prigny est je crois le premier établissement, le lieu ancien auquel succédèrent les Moutiers, de même que Bourgneuf a remplacé ceux-ci, et n'est plus aussi lui qu'à une certaine distance de la mer. Je ne sais trop Monsieur, que penser de Prugné ; vous me donnez à réfléchir. Cette forme que je connaissais, je la prenais pour une variante de Prigny.
 Tant qu'à M. Chevas, il est loin de pouvoir être cité avec autorité. Son premier volume sur l'arrondissement de Paimboeuf, (les autres n'ont jamais parus) fourmille de fautes et d'erreurs.
 Ce petit coin de terre m'intéresse vivement Monsieur, quand vous aurez un moment à perdre faites moi donc le plaisir de venir aux Archives, j'aurai l'avantage de faire votre connaissance et nous causerons de Prigny, d'une façon bien plus complète qu'en échangeant quelques lignes.
 Vous connaissez sans nul doute le registre que possède le sacristain du Bourg-des-Moutiers, qui n'est au fond qu'un inventaire sommaire des titres du prieuré ?…
 Prigny a existé postérieurement aux invasions normandes, mais il a du exister aussi bien antérieurement. Quelle est la cause de sa ruine ?… probablement son éloignement de la mer, par suite de l'extension des vases de la baie, dite de Bourgneuf ; et qui en 1460 ou 1465 est simplement désignée sous le nom de la Baye.
 Veuillez agréer, Monsieur, la considération distinguée avec laquelle j'ai l'honneur de vous saluer.

    S. de la Nicollière-Teijeiro

Tag(s) : #Raconter son village