Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Lundi 23 mars, café Flesselles à Nantes, un "café-Histoire", formule nouvelle, réunit à l'initiative de l'association Nantes-Histoire deux historiens, Nelly Schmidt, biographe de Victor Schoelcher, spécialiste reconnue de l'histoire de l'esclavage, elle vient de publier (Perrin, janvier 2009) La France a-t-elle aboli l'esclavage ? essai historique au titre un peu "provoc." Et Oruno D. Lara, historien guadeloupéen, directeur du centre de recherches Caraïbes-Amériques.

 

 



























Je publie ici les notes prises à l'occasion de cette soirée :

Guadeloupe, Antilles : comment en est-on arrivé là ?

O. Lara :

Rappel de quelques notions historiques : Concerne une histoire qui n'est pas enseignée (explique l'actualité)

Le système colonial (1635-1848) repose sur 2 piliers 

1/ Le système esclavagiste 2/ la traite négrière

2 points importants :

-La libération des esclaves (1848) se fait sous certaines conditions, indemnités pour les "propriétaires", l'esclave dit "nouveau libre", "nouveau citoyen" ne reçoit rien. S'il quitte le domaine il perd son logement et est visé par le décret sur le vagabondage (risque la prison). Les maîtres ne veulent pas de leurs anciens esclaves (coût main d'œuvre trop important) et font pression pour faire venir une main d'œuvre étrangère.

-1848-1870 période très dure du Second Empire, gouverneurs militaires, le pouvoir contrôle par gendarmerie, armée, marine, église ... Priorité : faire des agriculteurs …

1946 Départements français (on ne parle pas d'outremer). Contexte international favorable aux décolonisations (ONU). La France à l'encontre de cette politique (De Gaulle, Soustelle ministre des colonies)

On "chambre" le jeune Césaire qui ne connaît rien à la politique et on en fait le rapporteur de la loi sur la départementalisation.

 

N. Schmidt :

N'a pas choisi le titre de son livre (éditeur) mais le trouve finalement justifié.

Il faut poser les questions à l'histoire et les renouveler sans cesse.

Cette histoire semblait réglée. Toujours revenir à la période 1848/70 fondamentale, c'est la période de l'industrialisation, celles des banques, des usines centrales et de l'orientation des économies vers la monoculture sucrière (alors que dès 1830, la betterave suffit à la consommation française)

1960-70 fermetures des usines aux équipements devenus obsolètes et plus nécessaires.

1880-1950 les délégués des planteurs cherchent toujours à interdire la culture de la betterave.

1848-1954 montée du chômage et de l'exil des jeunes

1960-75 exil, entre 4000 et 10000 jeunes quittent par an Guadeloupe et Martinique (pas de renouvellement des générations, problème démographique)

 

O. Lara :

Lobbies des békés depuis le 17e

1635 Dubuc presque sous-ministre de la Marine

Ils sont très forts ! ils ont le vrai pouvoir, vont directement à l'Elysée depuis toujours

Mais ne s'investissent pas dans la vie locale

Le pouvoir français centralise de plus en plus : gouverneurs, préfets

 

N. Schmidt :

Dans la longue durée, l'évolution coloniale est au rebours des évolutions communes

Peut-on parler de longue évolution vers l'abolition ?

Non : en 1830 le ministre de la Marine et des colonies à contre-courant recompose une réglementation esclavagiste

La politique est très franco-centrée, s'occupe peu des colonies voisines, ça n'a fait qu'empirer : aujourd'hui très mauvaise connaissance dans le monde diplomatique.

Sclérose économique. Socialement un ensemble de mauvais choix et de paradoxes exemple: le recours à la main d'œuvre étrangère.

Sorte de mépris manifesté par l'indifférence aux rapports accablants des observateurs de l'époque qui restent sans effets.

 

Manipulation historique, politique d'oubli du passé dès 1848 dans le but de rehausser le prestige colonial (1935 expo commémorant le 300e anniversaire) simplification des phénomènes historiques.

 

Quelques réflexions des historiens à partir des interventions du public :

 

Pour certains guadeloupéens il ne faut pas réveiller les consciences

Une chape de plomb : terreur une des causes de l'abstention

Les élus n'ont pas de prise, pas un ne s'est investi dans la transmission de l'histoire

Mais Césaire ? les écrivains ? :

Ils écrivent pour vous ! les guadeloupéens ne les lisent pas, les gens ne lisent pas

Analphabétisme, les gens apprennent le français mais le perdent, ne le lisant pas et parlent créole

 

Oruno Lara (1879-1924) grand-père d'OL journaliste, écrit un livre d'histoire, son petit fils envisage un petit livre nécessaire

 

On ne nous a jamais demandé Pardon malgré la reconnaissance (difficile – C. Tobira) du crime contre l'humanité.

Les békés racistes, ne se marient qu'entre eux

Réflexion d'un béké, pourrait avoir honte de son histoire, les descendants d'esclaves honte de leur histoire ? pourquoi ?

 

Question nouvelle : montée de la créolité ? concrétisée par le mouvement de la Guadeloupe ?

 

Il faut rappeler qu'il y a des différences entre Guadeloupe et Martinique:

Origine, le peuplement africain différent.

Les navires négriers arrivent en droiture d'Afrique en Martinique : nègres de "commande" dociles, beaux, plus cultivés … ensuite Jamaïque, Barbade

Les "queues de cargaisons" nègres belliqueux, laids … pour la Guadeloupe

Les békés payent en nature (mélasse) transformé en rhum en nouvelle angleterre (pas de commerce triangulaire)

 

La France investit surtout en Martinique (capitale – même à l'époque de St Domingue)

La France n'a jamais compris l'intérêt stratégique de la Guadeloupe

Les békés martinicais très riches, possèdent 25% du territoire guadeloupe

 

Evènements de 1967

Le massacre des algériens en 61 à Paris connu, pas celui des guadeloupéens en 67

Le conseiller de De Gaulle aurait donné l'ordre de tirer

 

Les blancs et les noirs seules distinctions (cf Obama aux EU)

Métis, mulâtres distinctions par les blancs

 

La question de la honte ?

Les békés disent qu'ils ont honte pour se dédouaner

 

N. Schmidt :

La Mémoire est une source d'histoire parmi d'autres, et pas fiable !

Devoir d'histoire plutôt que de Mémoire

Les békés sont le pied au mur, l'histoire cogne à leur porte, ils en ont pris conscience et se réfugient derrière le terme de honte

1830-1848 multiplication plaintes d'esclaves contre des békés conduisent à des non-lieux des acquittements ou de faibles amendes

Les derniers évènements, la remontée en direct de cette histoire de 1848

 

Essayer d'imposer un devoir d'histoire.

Tag(s) : #Notes de lectures