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Ne boudons pas notre plaisir, la présence du cardinal de Retz sur le petit écran n'est pas si fréquente. Il me souvient, voici un an d'un colloque au château des ducs de Bretagne à Nantes, consacré à un nouveau regard sur les Mémoires de Retz. Madame Simone Bertière, grande biographe de Retz, d'Anne d'Autriche et plus récemment de Mazarin, semblait attacher son regard au mien, un sourire aux lèvres qui n'était pas dû qu'aux propos du conférencier. A la pose, alors que je lui présentais les hommages d'un petit localiste pour une si grande historienne, elle m'éclaircit sur les raisons qui m'avaient valu cette bienveillante vigilance. Visitant le château jadis séjour forcé de Retz, on lui avait présenté un portrait de Paul de Gondi, pas encore cardinalisé, sans rochet ni camail. En me voyant, elle voyait Retz ! et laissait ses pensées s'envoler à l'idée de cette improbable rencontre avec le mémorialiste. Je n'ai pas manqué d'être inquiet de cette ressemblance, ayant encore à l'esprit les mots de Chateaubriand paraphrasant Tallemant des Réaux :


Le cardinal de Retz était petit, noir, laid, maladroit de ses mains; il ne savait pas se boutonner.

En parlant de portraits, il me rassurait à peine :

Les portraits du cardinal de Retz n'offrent pas ces difformités: dans l'air du visage il a quelque chose de froid et d'arrogant de M. de Talleyrand, mais de plus intelligent et de plus décidé que l'évêque d'Autun.

L'histoire d'amour d'Anne d'Autriche et du Mazarin sert de prétexte, dans la première partie du téléfilm de Marc Rivière à une présentation succincte de quelques acteurs de la Fronde : Condé, mais il était laid ! sa sœur Mme de Longueville et le petit Armand, la Chevrette et sa fille la bonne amie du coaduteur, la Montbazon et son amant Gaston l'indécis oncle du roi, Broussel, par qui tout a commencé et Retz qui a toujours le mauvais rôle !
L'amour d'Anne et de Giulio, magnifique Alessandra Martines, subtile Torreton que l'on aurait préféré cependant avec l'accent du facchino. Et la petite Marie de la seconde partie, unique amour Louisquatorzien ? Romances bien sûr, mais c'est aussi à ce prix que le français aime l'histoire.

Chers lecteurs, préférez "Le maître du jeu" de Simone Bertière, pour qui, les relations de la reine et du cardinal  prennent "la forme d'une de ces amitiés amoureuses dont nos ancêtres du XVIIe siècle savaient adoucir l'automne de leur vie" et pour la petite Marie, les pages que lui a consacrée Françoise Mallet-Joris.


Simone Bertière MAZARIN, le maître du jeu, éd. de Fallois 2007



Françoise Mallet-Joris, Marie Mancini, le premier amour de Louis XIV, éd. Pygmalion / Gérard Watelet 1998


Mais de grâce laissons le dernier mot au cardinal de Retz dont la gloire n'est que mots et survit :

Le cardinal Mazarin était d'un caractère tout contraire. Sa nais¬sance était basse et son enfance honteuse. Au sortir du Colisée, il apprit à piper, ce qui lui attira des coups de bâtons d'un orfèvre de Rome appelé Moreto. Il fut capitaine d'infanterie en Valteline; et Bagni, qui était son général, m'a dit qu'il ne passa dans sa guerre, qui ne fut que de trois mois, que pour un escroc. Il eut la noncia¬ture extraordinaire en France, par la faveur du cardinal Antoine, qui ne s'acquérait pas, en ce temps-là, par de bons moyens. Il plut à Chavigny par ses contes libertins d'Italie, et par Chavigny à Richelieu, qui le fit cardinal, par le même esprit, à ce que l'on a cru, qui obligea Auguste à laisser à Tibère la succession de l'Empire. La pourpre ne l'empêcha pas de demeurer valet sous Richelieu. La Reine l;ayant choisi faute d'autre, ce qui est vrai quoi qu'on en dise, il parut d'abord l'original de Trivelino Principe . La fortune l'ayant ébloui et tous les autres, il s'érigea et l'on l'érigea en Richelieu. mais il n'en eut que l'impudence de l'imitation. Il se fit de la honte de tout ce que l'autre s'était fait de l'honneur. Il se moqua de la religion. Il promit tout, parce qu'il ne voulut rien tenir. Il ne fut ni doux ni cruel, parce qu'il ne se ressouvenait ni des bienfaits ni des injures. Il s'aimait trop, ce qui est le naturel des âmes lâche ; il se craignait trop peu, ce qui est le caractère de ceux qui n'ont pas de soin de leur réputation. Il prévoyait assez bien le mal, parce qu'il avait souvent peur; mais il n'y remédiait pas à proportion, parce qu'il n'avait pas tant de prudence que de peur. Il avait de l'esprit, de l'insinuation, de l'enjouement, des manières ; mais le vilain cœur paraissait toujours au travers, et au point que ces qua¬lités eurent, dans l'adversité, tout l'air du ridicule, et ne perdirent pas, dans la plus grande prospérité, celui de fourberie. Il porta le filoutage dans le ministère, ce qui n'est jamais arrivé qu'à lui ; et ce filoutage faisait que le ministère, même heureux et absolu, ne lui seyait pas bien, et que le mépris s'y glissa, qui est la maladie la plus dangereuse d'un État, et dont la contagion se répand le plus aisément et le plus promptement du chef dans les membres.

        Mémoires du cardinal de Retz

La reine et le cardinal, un téléfilm de Marc Rivière, France 2, 10 et 11 février 2009

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