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C'est ainsi que le décrit  Félix Guilloux dans son Histoire de la conquête du Marais breton-vendéen et du port de Bourgneuf  paru dans les années vingt. L'histoire de la Baye, le capitaine Lacroix, à l'occasion aussi à l'aise en mobylette sur les charreaux glissantes que sur le pont d'un navire, la racontait aussi à Jacquot-Jactar, l'écrivain bavard en villégiature à Bourgneuf. Rien de tel que le talent du romancier pour conter à sa façon cette histoire en la mettant dans la bouche d'un vieux saunier des temps de décadence.

"...La mer en veut à la terre; c'est comme une bataille qui dure depuis au moins Jésus-Christ. Et c'est pas fini, non!… on est quasiment comme en guerre. Dans le temps des païens, c'était que de l'eau par ici. Tiens, là où nous sommes. y avait la mer, et jusqu'au pied des collines la Baie, avec plus de bateaux dessus que de maisons à présent. Mais la terre voulait se mettre à l'aise. Elle est patiente, la vieille, alors que la mer remue toujours, s'en va et s'envient, avec des colères ou des embrassades. Quoi ! Comme si l'une avait  dit à l'autre: « Tu m'as pris trop de moi, l'amie; ça fait un trop grand creux. dans mes côtes. J'ai besoin de sol pour mes travailleurs. » Donc, les hommes de ce temps-là ont fait des levées, arrangé les étiers, peiné dans la bouillasse … Dame! La mer s'est un jour aperçu de ce qui arrivait. Elle s'est mise dans une sacrée colère, a voulu reprendre son espace.  Par malice seulement, car elle n'en a pas besoin pour nourrir ses poissons. Alors, coups de gueule et coups de poing. Mais la terre, avec ses garçons, n'a pas dit : « Bon, c'est fini comme ça, si tu veux. » Elle a eu de la résistance. Faut savoir aussi qu'en ce temps-là les gars n'étaient pas aussi avantagés que nous. sous le rapport des outils. Mais aussi avantagé de courage. Rendez-vous compte, mes bons amis, que d'ici jusque-là on ne trouvait que flotte et vase où il fallait patouiller pour tirer du convenable. Y a aussi les moines qu'en ont foutu un sacré grand coup, avec leur patron en tête, saint Philibert, celui qu'a sa statue à Beauvoir. Alors, on a eu doucement de la bonne terre  des prairies; des marais salants, à crier de joie. Oui, y en avait des œillets, jusqu'à Machecoul, des mille et des mille d'aires de sel. Tandis qu'au jour d'aujourd'hui, on n'en voit plus qu'un bout, et encore presque rien que des gâts. Oh ! C’est à pleurer! ..."

                                                                                                           Henry-jacques  La route du sel  éd. Marchal 1944

Tag(s) : #Raconter son village