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Il n’est pas rare qu’à la belle saison, sur la place du Bourg des Moutiers, un randonneur ou un participant de ces rallyes de découverte interroge l’autochtone sur le lieu où Albert Camus acheva d’écrire la Peste. La question est récurrente et malgré leur parfum de légende, les faits sont exacts. Le château des Brefs sur l'ancienne commune du Clion est alors : « une très vaste et vieille maison meublée de beaux et vieux meubles, de tapisseries anciennes et de toiles d’ancêtres. Il n’y a pas d‘électricité, mais c’est un des châteaux de Vendée dont parle souvent Balzac… »[1] Le château où fut mis, le 20 août 1946 le point final de « ce livre bizarre, un peu monstrueux » est alors une bâtisse un peu plus que centenaire. Edifiée en 1826 par un magistrat originaire du Croisic : François Bocandé, maire légitimiste de la Plaine, elle succède à un manoir beaucoup plus ancien vendu en 1796 comme bien national.

 

(Extrait de P. Pipaud "La Seigneurie du Breffe des origines à 1789, sur les traces d'une seigneurie sans histoire" Bulletin des Historiens du Pays de Retz 2004

 

 

 

Propriétaires des Brefs depuis la Révolution

 

 

 

 

1796 Vente comme bien national à Jacques Varennes négociant à Nantes le manoir et la terre des Brefs appartenant au Prince de Condé. En réalité Condé avait déjà vendu "sous seing privé" la propriété au marquis de Juigné pour 150 000 livres en 1786. La famille de Juigné (Bois Rouaud) conservera après la Révolution les salines faisant partie de la propriété.

(date inconnue) Achat par François Alexis Bocandé (ou de Bocandé) (1790-1849) ancien magistrat (percepteur ?), propriétaire maire légitimiste de la Plaine (1816) fils de Jean François Bocandé interprète en langues étrangères originaire du Croisic et Renée Jeanne Victoire De Ruays de la Briandière.

1826 Reconstruction du "château" (plan et matrice cadastrale du Clion) à l'emplacement de l'ancien manoir. Une première "allée" est dessinée en direction du Clion. "L'allée des Brefs" telle qu'elle est connue (carte postale) sera aménagée ultérieurement en direction des Moutiers. La propriété comporte 4 métairies : La cour des Brefs près du château, la Douce Vie , la Bouette et la Masure.

1845 François Alexis Bocandé habite le château de Cohard à Ploumoguer

1849 Il meurt dans sa propriété de la Perrière à Pornic (les Grandes Perrières)

1850 Partage de la succession entre ses 5 enfants survivants et de Marie Marguerite Baconnais :

-Cécile Marie Françoise (1813-1863) rentière à Nantes veuve de Victor Malandain receveur principal des douanes.

-Aglaëe Marie Léocadie (1815-1885) qui hérite des Brefs, elle est la femme de Guillaume Tardif percepteur des contributions directes et maire de Pornic.

-Stanislas Louis Xavier (1816-1891) alors médecin à Porto Rico, plus tard à Pornic dont il devient maire après son beau frère.

-Albert Marie François (1822-1896) marin vivant alors à la Martinique où il a un fils Armand Napoléon °1848 Fort de France de Célestine Ribiere.

- Ferdinand Pierre Marie (1831-1867) né aux Brefs, mineur élève à St Cyr. (+ 1867 cap. Adjudant major au 8° Hussard à Clermont Ferrand)

Aglaë Bocandé et son mari Guillaume Tardif font le commerce de bois avec Noirmoutier, ils possèdent une estacade aux Moutiers (Pré Vincent) et des chattes. D'après l'abbé Baconnais, Mme Tardif "faisait bien ses 200 livres" elle achète une maison aux Moutiers pour y faire halte les jours de marché.

1885 Testament D'Aglaëe Bocandé, veuve de Guillaume Tardif, elle lègue sa propriété des Moutiers (futur "manoir Stanislas") acquise en 1882, et une rente annuelle de 4000F hypothéquée sur la terre des Brefs à son frère Stanislas, tous ses autres biens (dont les Brefs) à son autre frère Albert.

Albert Marie François Bocandé, dernier enfant survivant est capitaine au long cours (brevet 1857) Entre 1860 et 1870, il commande de nombreux vapeurs entre le Havre et New York. Chevalier de la légion d'honneur (1865) Inscrit au S/quartier maritime de Pornic en 1875, matricules des cap au LC. Lorsqu'il hérite des Brefs il est Chef du service commercial de la Compagnie Générale Transatlantique   (CGT) à Paris où il meurt en 1896. De sa 2ème épouse Marie Sophie Eugénie Sinson Saint Albin (+ aux Brefs 1917), il a au moins 4 enfants :

            -Eugène (1853-1905) qui hérite des Brefs

            - Anne Blanche Eugénie (°1855)

            - Auguste Louis René (1859-1922) qui hérite en 1905 de son frère Eugène

-Thérèse Marie Cécile (°1864) épouse de Léon Dorigny administrateur de la CGT, officier de la Légion d'Honneur.

Eugène Bocandé est ingénieur à Paris en 1896, puis capitaine au long cours, inspecteur des services commerciaux de la CGT à Paris. Il a publié en 1879 un rapport sur le commerce des Etats-Unis adressé au président de la CGT (109 pages + tableaux). Il a un fils agent de la CGT à Cardiff (1878). Directeur commercial de la CGT, il meurt à Philadelphie (EU) en juin 1905 (Echo de Paimboeuf du 18/06/1905, un service funèbre aux Moutiers réunit sa famille, ses amis, ses fermiers).

Auguste Bocandé, maire des Moutiers (1919-1922) et sa femme Anne Marie Flour de Saint Genis

Auguste Louis René Bocandé son frère cadet hérite des Brefs en 1905 (?, sa mère y vit jusqu'en 1917). En 1890-91 il est sous chef de service à la CGT, en 1896 il est dit industriel à Paris. D'après le journal "le Pays de Retz" dont il est une "tête de turc" il aurait été révoqué de la CGT et mis "au vert" par sa famille aux Brefs. Il a une réputation de bon vivant faisant le coup de poing dans les caboulots de Bourgneuf (le Pays de Retz), perturbant à la tête des "apaches" de Jules Galot les réunions électorales des "blocards"(juillet 1904), faisant banquets chez le régisseur du Bois Rouaud ou à l'auberge du cheval Blanc (Eloi Guitteny). En 1903, il habite les Moutiers (manoir Stanislas) président du comité de la fête des Moutiers, lors de celle-ci la musique fait une aubade devant sa maison. Conseiller municipal des Moutiers (le Pays de Retz du 25/02/1906) puis maire 1919-1922. Il meurt le 3/12/1922. Sans enfant de son épouse Anne Marie Henriette Léontine Danielle Flour de Saint Genis (+1917), Auguste Bocandé teste en 1918 en faveur de sa nièce Yvonne Blanche Marie Louise Eugénie Dorigny fille de Léon et Thérèse Bocandé qu'il a recueilli aux Moutiers avec sa mère.

Yvonne Dorigny (1889-1983) est née à Alger, elle épouse aux Moutiers le 26/08/1908 Raymond Gallimard ingénieur, Gaston Gallimard son frère "homme de lettre" est présent. Il fonde en 1911 avec Gide et Schlumberger les Editions de la NRF dont il devient le seul propriétaire en 1913. Raymond Gallimard est le financier de la maison d'édition. Yvonne Dorigny et Raymond Galimard ont 2 enfants : Michel (1917-1960) et Nicole, ils divorcent en 1927. Entre les deux guerres, le château des Brefs aurait servi de maison de vacances à quelques écrivains, on parle de Saint Exupéry dont le biplan se serait posé dans la prairie jouxtant le château (légende ?), on dit aussi qu'il survolait la plage des Moutiers pour avertir de sa présence Mme Gallimard qui allait le chercher à Nantes (elle serait la première femme en France ayant possédé le permis de conduire ?). En 1945 Raymond (directeur de la collection de la Pléiade reprise en 1933) et Michel Gallimard forment avec Gaston et son fils Claude le noyau dur du "clan" et redonnent souffle aux éditions. Pendant la guerre, la jeune génération Gallimard s'est liée avec Albert Camus, en particulier Michel et sa femme Janine Thomasset : "mes Urbi et Orbi". En aout 1946, Albert Camus vient finir "la Peste" aux Brefs, il y vient en famille et y fait du cheval (lettres à Patricia Blake citées par Olivier Todd : Albert Camus une vie p. 416). Dans son journal, Camus reprend une anecdote familiale racontée par Mme Gallimard, native d'Algérie comme lui. Le 4 janvier 1960 la voiture pilotée par Michel Gallimard quitte la route et percute un arbre, Camus est tué sur le coup, Michel Gallimard meurt quelques jours plus tard.

Jusqu'à la fin des années 60, le château des Brefs est habité par Nicole Gallimard sœur de Michel, elle a laissé aux Moutiers le souvenir d'une cavalière émérite. Mme Gallimard dont le souvenir est très vivant aux Moutiers où elle habitait une partie de l'année, est décédée à Pornic en 1983.

En 1988 est crée aux Brefs une association "Compagnie Nicole Gallimard" animée par Eric Chartier. Il y donne vie à des textes littéraires tirés de grands auteurs : Flaubert, Maupassant, Proust, Michelet, Marcel Aymé, Céline, Balzac, Tocqueville, Hugo, Saint Simon, Retz, Bossuet, Julien Gracq.                                                                               

Patrice Pipaud décembre 2005

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                                                                                  

 

 

 

 



[1] Lettre à Patricia Blake, 12 août 1946. Citée par Olivier Todd « Albert Camus une vie » NRF Galimard 1996

Tag(s) : #Raconter son village