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Le vingt janvier 1946 le général de Gaulle annonce aux français son retrait des affaires publiques. La décision est prise quelques jours plus tôt, en "méditant devant la mer" au cours d'un séjour au cap d'Antibes. Là, il nourrit sa réflexion à la relecture de Saint Simon et du cardinal de Retz,  convoquant dans l'intimité de sa pensée ses grands aînés en Mémoires sinon en politique.

 

 

 

            Les deux mémorialistes représentent pour l'homme du 18 juin, qui forge son expérience et puise son inspiration dans l'histoire de la France, la grande monarchie du dix septième siècle au sommet de sa puissance en Europe. Est-ce la modernité d'une pensée politique tempérée, même ponctuée par l'échec, est-ce le génie de l'écrivain, profession respectée entre toutes, ou la démarche mémorialiste de Paul de Gondi qui fascine l'homme d'état ? La réponse est peut-être contenue dans les derniers mots des Mémoires de guerre que n'aurait pas reniés le solitaire de Commercy :

 

 "Vieil homme, recru d'épreuves, détaché des entreprises, sentant venir le froid éternel, mais jamais las de guetter dans l'ombre la lueur de l'espérance !"

 

Pour un autre regard sur Paul de Gondi,  cardinal de Retz, mémorialiste.

 

Le cardinal de Retz traîne derrière lui une réputation d'homme ambitieux, sans scrupules ni moralité, animé jusqu'à l'obsession par le désir du "chapeau" et du poste de premier ministre. La réalité, sans doute plus nuancée, doit être recherchée en examinant le mémorialiste dans l'histoire de son temps.

 

Les historiens locaux ont peu parlé de Retz, le considérant, un peu vite comme étranger à leur histoire. Emile Boutin, dans un article intitulé "Le cardinal et les trois ducs"[1] rectifie un peu cette impression en évoquant les rapports du mémorialiste avec les ducs de Retz et de Brissac effectivement engagés au coté du coadjuteur, comme on l'appelle alors, dans le parti des frondeurs. Mais là, c'est le machiavélisme supposé[2] de "l'enfant terrible des Gondi" qui prévaut, seulement excusé par les espoirs contrariés d'un adolescent certes intelligent, mais indiscipliné et révolté. L'impression laissée par le récit de son premier séjour à Machecoul en 1633, ne dément pas ce jugement.

 

Les Mémoires du cardinal de Retz sont un monument de la langue française. C'est cette oeuvre qui doit témoigner du génie de son auteur et non la réputation sulfureuse que lui ont faite, à la suite de Chateaubriand, les auteurs du XIXe siècle. Retz, par son histoire, sa parenté, ses théories politiques, est le témoin d'un autre génie du christianisme, celui de la réforme catholique. C'est par cet esprit qu'il est proche de l'histoire locale. Nantes fut le lieu de son incarcération, mais elle est surtout en ce premier XVIIe siècle[3], celui des saints, la ville de la réforme catholique issue du Concile de Trente, où, comme à Machecoul, les solidarités de la Ligue perdurent dans la noblesse. Une ville ou se joue aussi le combat entre la monarchie tempérée chère à Retz et l'absolutisme royal que préparent l'un après l'autre, les cardinaux ministres. Vingt ans après son premier passage, le cardinal fugitif met, en 1654 à Machecoul, le point final aux espoirs des derniers héritiers de la Ligue.                                                                               

 

Extrait de P. Pipaud "Le cardinal de Retz à Machecoul"  Bulletin de l'Association Machecoul Histoire 2005

 

 

 



[1] Bulletin de la société des historiens du Pays de Retz 1994.

 

[2] Retz cite deux fois Machiavel dans les mémoires, mais il se défend d'en appliquer la maxime "qu'il ne faut point être tyran à demi" volonté que lui prête pourtant Madame de Motteville et qu'il prête, lui aux partisans de Mazarin.

 

[3] Si l'on ose ordonner ainsi ce siècle qui n'est pas que celui de Louis XIV.

 

 

 

Tag(s) : #De l'histoire locale à la grande Histoire