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La place de l'église des Moutiers porte un joli nom. Elle le doit à une église aujourd'hui disparue, qui en occupait jadis une partie. J'emprunte ici à mon vieux complice l'abbé Henri Baconnais (1821-1897) la description de cet édifice.

L'église Madame était l'église de "Madame la prieure".

 

 

 

 

 

 

 

Manuscrit Henri BACONNAIS - PRIEURE NOTRE DAME (1889)

Page LIII

EGLISE MADAME ou Chapelle du Prieuré des soeurs.

"Bien que cette église ait été démolie en 1829, on se rappelle son souvenir : tant par deux pans de murs qui existent, qu’à cause de la rue qui traverse son plan par terre, nommée rue de l’église Madame. Nous nous rappelons parfaitement l’avoir vue debout et avoir joué dedans, elle était en face de notre maison.

Elle mesurait 95 pieds de longueur, sur 38 de largeur, les murs n’avaient que deux pieds d’épaisseur (sans contreforts), mais ils étaient faits avec une chaux tellement bonne, quelle valait un ciment. Pierres et chaux ou mortier ne faisaient qu’un seul corps. La nef était séparée par un rang de piliers de chaque coté, ils étaient larges et épais la base en granit, le reste en pierre de Chaume pour parements. Comme le sanctuaire s’avançait dans la nef, et que le clocher était également intérieur, on avait eu besoin d’établir seulement trois piliers de chaque coté, lesquels profilant avec les pilastres extérieurs du sanctuaire, et ceux qui soutenaient le clocher, semblaient former un ensemble de cinq de chaque coté. Ils formaient les bas cotés. Ils étaient hauts comme les murs extérieurs de 28 pieds. Le mur nord était percé de trois fenêtres plein cintre régulières bien faites, moyennement élevées, nous les avons vues. Y en avait-il du coté sud, nous en doutons, nous n’en avons pas vu : il est probable que le mur était borgne, comme celui de l’église paroissiale. Deux portes latérales, celle du nord donnant dans le Prieuré, celle du sud ouvrant dans le cimetière, étaient ni hautes ni larges. Au fond des trois absides voûtées en pierre, étaient trois croisées, une dans chaque, étroites, peu élevées, mais régulières. Au dessus de chaque autel bâti de pierre, avec large pierre pour tombeau, croix incrustées aux quatre angles et au milieu, elles étaient consacrées, c’était une espèce de marbre.

La voûte de la nef, ou des nefs devait être en sapin, ou lambris. Les trous que j’ai vus à la naissance ou plutôt au sommet des voûtes en pierre, faisant face à la nef, attestaient qu’ils avaient servi pour y soutenir de longues pièces de bois formant la charpente. Cette charpente qui sans doute devait être belle si on en juge par celle de l’église Saint Pierre a été vendue par le premier acquéreur, qui comme armateur s’entendait dans la valeur du bois. Portes, fenêtres, ferrures, rien n’a été épargné, les murs seuls ont été alors conservés.

Auparavant, pour aller à la cohue, il fallait passer par le cimetière enjamber de longues pierres ; le temps a amené des modifications ; d’abord on a fait une percée d’un mètre puis de deux puis de quatre une rue a été ouverte au milieu de cette ancienne église ; on a eu le bon esprit de lui donner le nom de rue de l’église Madame, c’est là, et non à la Bernerie, que s’étaient opérés anciennement de très nombreux et remarquables prodiges ... Qui pense aujourd’hui à ces merveilles quand il traverse cette rue ?

La fête patronale était le jour de l’Assomption."

 

 

 

 

 

 

 

 

Tag(s) : #Raconter son village