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Décembre 1905, la loi de séparation des Eglises et de l'Etat est promulguée. Quelque part au fond d'un ministère, un "rond de cuir au zèle imbécile"[1] ravive les plaies des catholiques abattus en rédigeant la circulaire fixant les modalités d'exécution du recensement des biens cultuels : "Les agents chargés de l'inventaire demanderont l'ouverture des tabernacles …". Il n'en faut pas plus pour déchaîner dans le pays la querelle des inventaires. Cinq mars 1906, un mois après la visite passée inaperçu de l'inspecteur des domaines à Pornic, 200 paroissiens des Moutiers entourent leur curé à la porte de l'église. Il lit une très noble protestation : "… depuis 800 ans, l'église des Moutiers se dresse imposante sur notre grève. C'est la maison de Dieu, c'est la maison des chrétiens, c'était la maison de nos ancêtres, c'est notre maison. De nombreuses générations sont venues y chercher consolation et courage. Les cérémonies religieuses y ont été célébrées, même aux plus mauvais jours de la Révolution…"[2]. Le surlendemain, les chrétiens du Clion et de Sainte Marie s'opposent à leur tour à l'inspecteur de l'Enregistrement aux cris de "Vive le pape !" "Vive la liberté !". Deux jours plus tard, les inventaires de Bourgneuf ne suscitent pas plus d'agitation que ceux de Pornic.

 

La dévolution des biens de la mense curiale à la commune des Moutiers va donner l'occasion aux édiles d'une protestation d'un grand courage politique, on en jugera : "Le conseil municipal … déclare qu"il tient à rester dans l'avenir, comme il l'a été dans le passé, étranger à cet acte et à ses conséquences, en laissant à qui de droit la responsabilité." [3]. Pour les élus de la côte il est bien temps en effet de laisser républicains et cléricaux à leurs querelles pour s'occuper enfin de la manne touristique. En cette "Belle époque" que la capitale exporte sur la côte à grands renforts de "trains de plaisir", il faut bâtir et faire "place nette". Aux Moutiers, le jardin de Monsieur le curé est trop grand, les ruines de l'église Madame trop inesthétiques pour ces experts en antiquités. Marc Elder, vingt ans plus tard, écrit avec amertume et un soupçon de prémonition : "La place, devant l'église, agrandie exagérément aux dépens de la cure, à seule fin d'assurer le triomphe des principes républicains, conserve encore – pour combien de temps ? – un caractère puéril et noble …"[4].

 

Patrice Pipaud  Extrait de "Entre Eglise et société civile, l’école en bas pays de Retz (1789 – 1905)

 

A lire dans la revue des Historiens du Pays de Retz (2005) N° consacré à la Séparation des Eglises et de l'Etat

 



[1] Oudin B., Aristide Briand, R. Laffont 1987.

[2] L'Espérance du Peuple du 7 mars 1906

[3]  Conseil municipal des Moutiers du 22 mai 1910.

[4]  Elder M., Pays de Retz, (1928).

Tag(s) : #De l'histoire locale à la grande Histoire