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Si vous flânez sur la jolie place des Moutiers, jadis dessinée par Stany Gautier, conservateur du château de Nantes, vous ne manquerez pas de remarquer, au pied du clocher de la vieille église Saint Pierre une grande maison que les artistes locaux ont maintes fois croquée. Cette grande bâtisse porte sur une plaque usée par les années, le pompeux nom de "MANOIR" complété d'un prénom et de deux initiales aux allures de chiffres romains : "STANISLAS L. X." Nombreux sont les passants qui s'interrogent sur ce Stanislas "60", l'historien lui-même est sceptique devant ce vocable mystérieux, il faut se pencher sur le passé de la demeure pour  en éclaircir le mystère.

Celui qui a laissé son nom à cette maison s'appelle  Stanislas (de) Bocandé. Né sans particule, il meurt avec, en illustrant ainsi l'attrait de ce petit appendice pour une société bourgeoise que la traversée politiquement mouvementée du XIX° siècle n'a pas découragée de ses aspirations aristocratiques. L et X ne sont que les initiales de ses second et troisième prénoms : Louis Xavier. Mais pourquoi donc notre homme éprouve-t-il le besoin de laisser ses initiales à la postérité ? Sous quels parrainages illustres ses parents ont-ils voulu placer la naissance de leur rejeton ? Interrogeons les archives : Stanislas Bocandé naît le 26 juillet 1816 à la Plaine sous le double auspice de la restauration triomphante et de sainte Anne patronne des bretons fêtée ce jour-la. Son père François Alexis, vingt six ans est le maire de la commune, mairie qu'il doit à ses convictions royalistes. Stanislas est le premier fils que lui donne son épouse Marie Baconnais de Sainte Marie, fille de marin. Le père donne alors à l'enfant les prénoms du roi Louis XVIII, Louis Stanislas Xavier de Bourbon, frère du roi "martyr",  en mémoire de qui on repeint les murs des manoirs en gris, couleur de cendre et de deuil.

La famille Bocandé , originaire du Croisic, s'est installée à la Plaine avec le grand-père de Stanislas : Jean-François, "interprète en langues étrangères" qui  épouse en 1787, Jeanne Victoire de Ruays de la Briandière. Le père de Stanislas exerce dès 1820 la fonction de percepteur des contributions directes à Pornic, achète la terre des Brefs au Clion et  rebâtit le château que l'on peut voir encore aujourd'hui. A partir de 1835, il est qualifié de propriétaire et partage son temps entre les Brefs, le château de Cohard dans le Finistère et Pornic où il fait construire sur la fin de sa vie à la Noëveillard la propriété de la Perrière, c'est là qu'il s'éteint en 1849. Son testament donne lieu à des complications que conte Carou dans son histoire de Pornic : le testateur fait un legs au profit de l'hospice de Pornic sous la condition que celui-ci y place six nouveaux lits en faveur de deux malades de Pornic, deux du Clion et deux de la Plaine. Cette disposition contraire aux volontés du fondateur de l'hospice, nécessite la construction d'une nouvelle salle, qui coûte cher à l'établissement !

Stanislas lui-même opte pour les études médicales qu'il suit à Paris où il obtient le doctorat en 1845 pour sa thèse "de l'inflammation en général". Il exerce son métier en Egypte puis à Porto-Rico, rejoignant ainsi aux Antilles son jeune frère Albert, officier de marine habitant la Martinique. De retour à Pornic vers 1850, Stanislas vient habiter la Perrière et devient le 17° maire de Pornic. Les deux mandats (1852-1866) du docteur Bocandé à la mairie de Pornic où il succède à son beau frère le percepteur Guillaume Tardif des Brefs, sont évoqués par Carou dans son histoire de Pornic et plus récemment par Dominique Pierrelée   (Pornic étoile et reine – Siloé 1998). Quinze ans à la tête de la ville dans une période de fortes mutations font de lui un maire important dont l'action reste encore à analyser. Ses options en matière d'urbanisme donnent la priorité au secteur de la Noëveillard où il demeure. Sensible aux avantages de l'afflux des baigneurs et autres parisiens en villégiature, il aménage pour eux des boulevards et des promenoirs et dans ce domaine, cède aux attraits de la matière "bretonne" alors très en vogue chez les intellectuels, pour reprendre les mots de Dominique Pierrellée : " .. il baptise et celtise à tour de bras …" : boulevard des druides, avenue de Velleda …

 C'est dans le même esprit qu'il aménage la grande bâtisse héritée de sa sœur Aglaé. La veuve de l'ancien maire Guillaume Tardif est une forte femme, l'abbé Baconnais, peu charitable à l'occasion, la trouve ".. fantasque, nerveuse, altière et d'une corpulence extrême … elle pèse je pense deux cents livres.."  La maîtresse des Brefs s'est offert ce petit pied à terre pour les jours où elle descend faire son marché au Bourg des Moutiers. Stanislas en hérite en 1885 et entreprend aussitôt de transformer l'antique demeure (construite en 1627) en un élégant manoir dans un style qui ne dément pas les aspirations bretonnes de l'ancien maire de Pornic. Stanislas n'habita jamais son manoir, il meurt en juillet 1891 dans une chambre au premier étage de sa maison de Pornic "aspectant la mer".

  Patrice Pipaud , septembre 2003

Texte paru dans le bulletin de liaison de l'association "Pornic Histaire" et dans le bulletin municipal des Moutiers

 

 

 

 

Tag(s) : #Raconter son village