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Popularisée auprès du grand public par Emile Boutin, président honoraire de la Société des Historiens du Pays de Retz, la question du sel et de sa production, qu'elle soit ignifère ou solaire, est une donnée primordiale de l'histoire de notre région, et un thème majeur d'études historiques.

 

 

 

Ancienneté de l'exploitation du sel   La présence d'une industrie préhistorique du sel est attestée sur les côtes du Pays de Retz à la fin de l'âge du Bronze. La technique d'obtention du sel peut être résumée ainsi : 1/ ramassage et séchage, pendant l'été, de sable ou de boues marines  2/ élaboration de saumure en versant de l'eau de mer sur ces matériaux 3/ cuisson lente de cette préparation contenue dans des augets. La cuisson s'effectuait dans des fours, les plus élaborés (fours à grille) pouvaient produire 50kg de sel à partir de 300 litres d'eau concentrée à 200 grammes de sel par litre.

 

 

Dans les premiers siècles de notre ère, les salines solaires issues de la technologie romaine, supplantent progressivement les salines ignigènes protohistoriques. Les aménagements humains accompagnent le retrait progressif de la mer qui libère dans la Baie un espace restant soumis au jeu des marées. L'apport énergétique inépuisable de la mer, du soleil et du vent assure aux marais salants leur pérennité durant deux millénaires. Le moindre coût de ce type de production en fait le succès, malgré l'assujettissement à un climat océanique capricieux.

La "Baie "  L' abbaye de Noirmoutier fondée par Saint Philbert au 7e siècle possède dès cette époque des salines. Elle produit et commercialise le sel, indispensable pour la conservation des poissons et des viandes. L’abbaye devient la "Baya ", la baye, "le havre et port de mer nommé la Bae qui est l’un des plus beaux havres de notre païs". On emploie encore au 18ème siècle l’expression les "salines de l ‘abbaye" pour désigner les marais salants de la baie de Bretagne devenue baie de Bourgneuf. Des Moutiers à Beauvoir, les salines cernent la Baie, complétées par celles des îles de Bouin et Noirmoutier.

 

 

Le milieu et les techniques   Façonnées dans les estrans argileux, les salines de la façade ouest de la France, aux dimensions modestes, se caractérisent par plusieurs points communs parmi lesquels trois types de bassins : réservoirs, surfaces de concentration et cristallisoirs appelés dans la Baie "aires saunantes" (de 30 à 35m²) puis, sous l'influence guérandaise, œillets (de 50 à 70m²). L'eau y circule par gravitation et la récolte du sel s'effectue en milieu humide par des moyens essentiellement manuels. L'essentiel des techniques semblent être en place dans la Baie dès le moyen-âge, sans qu'il soit possible de dire si leur élaboration est due à l'apport initial romain (indémontrable à ce jour), aux connaissances techniques des moines présents dans les abbayes et prieurés possesseurs de salines, ou au savoir-faire des sauniers.

 

 

Les hommes et l'histoire   La production salicole du haut moyen-âge est suffisamment importante pour attirer vers 800 les Normands qui s'installent dans les hauts lieux de production : Bouin, Noirmoutier, Prigny, et ravagent le pays. A partir du 9e siècle, la renaissance féodale s'amorce dans la Baie partagée entre le Pays de Retz devenu breton et le Poitou. Les sauniers sont assujettis au système seigneurial et sont les tenanciers des seigneuries féodales et des grandes abbayes. Ils sont soumis aux multiples redevances dont le "cens de sel" équivalent à 1/10 de la production. A la fin du moyen-âge, sous l'influence du succès économique, s'amorce un morcellement de la propriété foncière des salines et l'apparition d'un nouveau statut du saunier dépendant financièrement des propriétaires. Parmi ceux-ci apparaissent des membres de la bourgeoisie marchande ou des officiers de justice.

 

La production et le commerce   Dans une de leurs plus grandes phases d'extension (vers 1340), les salines de la Baie contiennent 350 000 aires, formant ainsi une véritable "usine à sel". Au XVIII° siècle, alors que le déclin est amorcé, 191 000 aires sont encore identifiables pour une production annuelle moyenne de 12 000 charges (40 000 tonnes). La production est écoulée pour une part vers le marché intérieur par la route fluviale Tenu, Falleron, Loire mais à partir du XIVe  siècle, ce marché n'est plus libre et subit le monopole royal de la Gabelle. La commercialisation s'effectue, pour une autre part, vers le marché étranger par l'intermédiaire du trafic maritime, cette filière est beaucoup plus importante. Aux Irlandais et Bretons du haut moyen-âge, succèdent les Anglais et les Flamands, puis les marchands Allemands de la ligue Hanséatique qui font connaître, en raison de leur industrie harenguière, un nouvel âge d'or à la Baie au XVIe siècle. Le "baiensalz" désigne alors une qualité de sel produite sur l'ensemble de la côte ouest du royaume. Le caractère essentiellement passif du rôle joué par les acteurs locaux ne permet pas à la Baie de tirer tout le bénéfice de sa richesse salicole.

 

Le déclin et l'avenir  La Baie va subir dans la seconde moitié du XVI° siècle une série de tempêtes culminant à l'hiver 1598 par un terrible vimer ou le marais est tout entier submergé, les tas de sel balayés et la production perdue. Mais c'est à l'envasement progressif des chenaux et des ports d'embarquement que la Baie doit le déclin qui s'amorce au XVIIe siècle. Le XVIIIe voit la suppression de nombreuses aires pour augmenter les surfaces d'échauffement, puis l'introduction de la technologie guérandaise des œillets. Rien n'y fait et en 1833, la Baie de Bourgneuf ne représente plus avec ses 5000 tonnes annuelles, que 10% de la production du département. Une politique fiscale favorable aux salines du midi va porter au XIXe siècle, le coup fatal aux marais salants de la Baie. Ils vont progressivement disparaître au milieu du XXe siècle. Les sauniers de Noirmoutier, à l'instar des paludiers de Guérande, maintiennent cependant vivante la tradition salicole. Après Bouin et Beauvoir, le Pays de Retz avec Bourgneuf et les Moutiers (3 salines) renoue à l'aube du troisième millénaire avec son histoire. L'industrie salicole ne retrouvera pas sa splendeur d'antan causée par une demande exceptionnelle, mais elle peut, au travers d'une réelle activité économique créatrice d'emplois, en s'appuyant sur un tourisme culturel de qualité, contribuer à l'attrait du Pays de Retz et de toute la Baie.

 

Tag(s) : #De l'histoire locale à la grande Histoire