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Le musée Fabre de Montpellier présente jusqu'au 12 octobre 2008 une œuvre exceptionnelle "Vénus et Adonis" de Nicolas Poussin. Exceptionnelle par ses qualités picturales pourtant atypiques dans l'œuvre de Poussin, au point qu'on a douté longtemps de son attribution au maître normand. Exceptionnelle est aussi l'histoire de ce tableau qui participe de l'actualité artistique de cet été.




                                                                                                                                                                                                  Commandée par Cassiano dal Pozzo, mécène de Poussin, cette grande toile d'un format inhabituel (0.75 x 2.00m environ) fut séparée en deux à la fin du XVIIIe siècle par un marchand peu scrupuleux. Dès lors, jusqu'en 1980 on connut deux toiles, Vénus et Adonis léguée par François Xavier Fabre au musée de Montpellier en 1825 et Paysage au satyre endormi, de longueur plus petite acquis vers 1863 en Italie par Hippolyte Flandrin. Cette seconde partie appartient à la collection de Patti Cadby Birch galeriste américaine récemment décédée. Les deux toiles dont la parenté est découverte en 1980 par Clovis Withfield, ont été présentées ensemble pour la première fois au Métropolitan Muséum of Art de New-York, elles le sont aujourd'hui en France.
Hippolyte Flandrin, premier possesseur français de Paysage au satyre endormi, est le représentant le plus connu d'une famille lyonnaise qui se distingue dans les arts. Maître de la peinture religieuse et du portrait, Hippolyte Flandrin est un des grands noms de la peinture académique du XIXe siècle. La peinture d'Histoire (c'est-à-dire la représentation de thèmes religieux, mythologiques ou littéraires) entraîne alors seule une reconnaissance officielle. Hippolyte Flandrin qui s'y distingue  est lauréat en 1832 du prix de Rome et séjourne à la villa Médicis.
 
Paul Flandrin (1811-1902)

Son frère cadet, Paul, spécialiste de la peinture d'Histoire le rejoint dans la ville éternelle et y séjourne jusqu'en 1838. Paul n'a pas la technique de son frère. Elève d'Ingres comme lui, il nourrit une admiration sans borne pour le maître du portrait et du paysage. Le travail sur le paysage historique amène naturellement les deux frères à s'intéresser aux œuvres de Nicolas Poussin. En 1838, bien avant l'acquisition par l'aîné de la partie amputée du Vénus et Adonis, Paul peint une Promenade de Poussin (l'œuvre est perdue) où il célèbre à son tour la campagne romaine, Son neveu écrit en 1902 : "La campagne de Rome est triste et désolée, mais elle a sa grandeur et sa beauté. Cette solitude sauvage, ces ruines poétiques, ces troupeaux errants de bœufs et de chevaux, cette chaude couleur, ces belles ondulations de terrain, tout cela parla à son imagination comme autrefois à celle de Poussin".
Hippolyte Flandrin, alors directeur de l'Académie de France à Rome acquiert la toile de Poussin vers la fin de sa vie, son frère Paul en hérite en 1864. La possession de l'œuvre de Poussin est à rapprocher des observations de Cyrille Sciama, commissaire de l'exposition consacrée l'an dernier au musée des Beaux-Arts de Nantes à l'œuvre des frères Flandrin, pour qui l'œuvre du plus jeune délivre un hommage persistant à Ingres et un conservatisme assumé : "Son art apparaît ainsi plus polémique qu'on ne le pense : affirmer si haut et si longtemps la prééminence du paysage historique hérité de Poussin induit un message politique certain à une époque où l'exposition au salon est une occasion publique d'illustrer un art officiel".
En 1870, Paul Flandrin découvre Pornic et sa campagne qu'il parcourt muni de son carton à dessin. 54 feuilles sont le fruit de ses errances à la recherche de petits coins de terre gracieux et riants, elles composent le carnet de Pornic, acquis en 1996 par le musée des Beaux-Arts de Nantes. Adepte tout à la fois de la peinture de plein air et des procédés académiques (ce qui n'est pas, pour Cyrille Sciama, le moindre de ses paradoxes) Paul Flandrin et ses œuvres ont vite sombré dans l'oubli où les ont relégué les lumières impressionnistes. Emilie Hamon-Lehours nous rappelle son œuvre dans le dernier bulletin de Pornic Histoire, en l'insérant parmi celles d'autres artistes ayant trouvé leur inspiration dans la petite cité balnéaire. 

A lire : Bulletin N° 3 (2008) Pornic Histoire, Emilie Hamon-Lehours : Carnets entre terre et mer,
Pornic "croquée" par deux artistes

                                                                  Cyrille Sciama :  Hippolyte et Paul Flandrin Paysages et portraits
                                                                                                Musée des Beaux-Arts de Nantes
                                                                                                Ed du Panama 2007