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La Défense des côtes au Bourg des Moutiers

Jean Le Jau, procureur fiscal du Bourg des Moutiers fit graver en 1627, pour l'achèvement de la construction de sa maison, la plaque que l'on peut voir dans la salle d'honneur de la mairie.
En 1596, il a 26 ans, est receveur de la prieure des Moutiers et présente les comptes :
Cette année là Mme la Prieure a décidé de refaire le clocher de son église (la fameuse église Madame disparue aujourd'hui) pour cela elle fait acheminer depuis Nantes les ardoises et la chaux, des clous. Les matériaux sont embarqués au Port Maillard après avoir payé les droits à la Poterne de la ville et descendent "la rivière de Loire" à destination de l'estuaire pour redescendre le long des côtes, ils sont attendus au port du Collet.
Le "galion" de Mme la prieure n'est jamais arrivé au port. Il est arraisonné sur la Loire par des "pirates de mer" (il peut s'agir de pirates dits "biscayens" c'est-à-dire espagnols) qui s'emparent de 10000 clous à ardoise et de 3000 clous à latte (le fer est alors recherché).
Cette anecdote illustre l'insécurité de la "frontière" nord du Pays de Retz (considéré comme une presqu'île) et de la côte (les pirates ont leur repère sur l'île du Pilier)
Cette insécurité va amener le premier semblant d'organisation de défense des côtes du sud du comté nantais. En 1630, le duc de Retz a investi un capitaine Garde-côte de cette défense depuis le Pellerin jusqu'au village de l'Epoids à Bouin. L'organisation va évoluer au gré des conflits des XVIIe et XVIIIe.
 
En 1696, le Bourg des Moutiers (la Bernerie) subit une des rares tentatives de débarquement en Pays de Retz, les hollandais pillent le village.

Le paysage des côtes de la Bretagne sud (ici le comté nantais) a peu gardé de traces des défenses du XVIIIe siècle (quelques corps de garde), les forts du XIXe siècle qui ont remplacé les infrastructures voulues par le duc d'Aiguillon ont eux-mêmes souvent disparus sous le béton du mur de l'Atlantique. Mais lorsque nous empruntons le sentier dit "des douaniers" (les douaniers ne l'ont parcouru que 67 ans de 1793 à 1860 pour la surveillance du littoral) c'est un chemin bâti par nos ancêtres pour faciliter la défense de leurs côtes que nous parcourons, ce chemin qui du Bois de Céné à Paimboeuf en passant par la Pointe de Retz (voir la carte) réunissait l'ensemble des postes où les guetteurs surveillaient la mer, et où les "pédons" du duc d'Aiguillon transmettaient les ordres.

Car la défense c'est surtout une affaire d'hommes. A l'aube du XVIIIe siècle la grande idée de Vauban est de confier la première ligne de défense côtière aux habitants des paroisses littorales. A Versailles on hésite à armer ces "cul-terreux", mais lorsque la Royale de Colbert aura perdu de sa superbe, que les navires garde-côtes ne croiseront plus devant l'estuaire pour protéger les pêcheurs et caboteurs des pirates de Jersey tapis en face, sur l'île du Pilier, les hommes seront les derniers remparts pour protéger les leurs, n'hésitant pas comme les garde-côtes de Bouin à prendre d'assaut le corsaire anglais piégé dans les vases complices du fond de la baie.

Les milices garde-côtes du XVIIIe siècle, élément central de cette étude sont considérées parfois comme étant à l'origine de la conscription. Elles bénéficient de l'antiquité de la fonction de guetteur, et d'une acceptation liée à la revendication du privilège de se défendre soi même. Revendication particulièrement forte dans les îles (Notamment à Bouin qui jusqu'à la fin de l'ancien régime défend ainsi son statut d'île de mer). Ce particularisme littoral a été d'abord habilement utilisé, et avec l'aide de la réputation de sauvagerie que l'ennemi anglais prête volontiers aux habitants des côtes et campagnes bretonnes (l'habitant du marais de Bouin n'est pas en reste), il s'est révélé efficace pour dissuader l'anglais, ennemi héréditaire de prendre pied sur notre sol.
Au gré des menaces et des progrès de l'artillerie, les garde-côtes vont voir leur statut évoluer, se militariser. Par tirage au sort, certains d'entre eux constitueront des compagnies détachées armées et entraînées pour le combat. Ainsi, à la veille de la guerre de Sept ans (1756), 28 hommes de Bourgneuf, 2 de Prigny, 14 des Moutiers et 6 d'Arthon forment la compagnie de Bourgneuf, l'une des dix de la capitainerie de Pornic qui recouvre l'ensemble des côtes du Pays de Retz. Le tirage au sort et les contraintes du service (on les envoie dans des écoles de canon, parfois jusqu'à Rochefort) amorcent un rejet de l'institution par les intéressés. A la fin de l'ancien régime, l'utilisation des canonniers garde-côtes sur les navires de la Royale consacre le divorce entre le peuple du littoral et les autorités.
En 1789, le cahier de doléances des Moutiers exprime l'horreur qu'inspire l'inconnu de la mer aux habitants des campagnes, mêmes littorales, en réclamant "L'abolition des milices, matelots, et canonniers garde-côtes, dont l'enrôlement ne produit que la désolation des villes et des campagnes ; ne donne que des soldats qui désespèrent de leur sort, des marins qui, entrés dans un vaisseau, n'ont d'autre idée que celle de la mort."

                                  
L'exposition :

Panneau 1
En Bretagne méridionale, qui ne possède pas d'installations militaires sensibles (arsenaux Brest, Lorient) la sécurité du commerce (sécurité des navires à l'entrée de l'estuaire) et des activités côtières (cabotage, pêche) justifie une défense.
les types de menaces :
1/ bombardements depuis la mer (le Croisic 1759)
2/ petites (razzias comme à la Bernerie en 1696) et grandes descentes (prise à revers et points de fixation)
Cette menace (on craint surtout pour le Croisic) ne se concrétisera pas
3/ Blocus (estuaires) mais jamais complet pour la Loire.

Panneau 2
Organisation réglementaire de la garde des côtes
L'adaptation du système nécessitera plus de 150 textes

Panneau 3
Organisation : capitaineries, adaptation des délimitations et des effectifs aux circonstances
Navires Garde-côtes, l'une des fonctions originelles de la Royale sous Richelieu, elle n'existe pratiquement plus au XVIIIe, sinon par des expédients (navires privés, chaloupes canonnières)

Panneaux 4 à 6
les moyens humains (les garde-côtes)
Le capitaine Joubert du Collet prête sa cuisine pour établir un corps de garde

Panneaux 7 et 8
Les moyens matériels
L'île du Pilier, elle fait alors partie de la Bretagne. C'est le point le plus fortifié. L'occupation de l'île dissuade les pirates de s'y réfugier.
Fortifications et artillerie
Modestie des fortifications, quelques batteries et des corps de garde
Artillerie : les petits canons de 6 livres de la pointe des Corbejaux (le Collet) seule artillerie sur le Bourg des Moutiers même si à la fin du XVIIe le notaire de la Bernerie (les Carrés) réclame une batterie

Panneaux 9
Limites et dysfonctionnements
Armement modeste et encadrement insuffisant des milices garde-côtes
Les garde-côtes embarqués dans l'escadre de Conflans (défaite des Cardinaux)

Panneau 10
La Révolution
Rejet de l'institution des canonniers garde-côtes (cahiers de doléances)
La garde nationale surveille les côtes, la guerre revient sur les côtes (débarquement de Quiberon, Charrette à Noirmoutier)


Les cartes

Une vision stratégique de la côte (vue depuis la mer)
L'estuaire point central de la défense des côtes du comté nantais

L'évolution des défenses après les inspections du duc d'Aiguillon.

                                                                                                        
Le Bourg des Moutiers dans l'organisation de la défense des côtes (XVIIe –XVIIIe)

En 1630, le sieur Gotreau de la Rouillière est pourvu par le duc de Retz de la défense des côtes depuis le "Pellerin jusque le long de la côte de Bouin, au village de Lepoz". Les côtes sont alors réputées s’étendre tout au long de la « rivière de Loire ».

Le règlement de 1676 fixe l'étendue des capitaineries "garde-côtes", c'est une des premières apparitions du mot. Au sud de la Loire, les côtes du comté nantais  « du pont du Hydan au village de l'Espoy » forment la première capitainerie du Poitou, appelée capitainerie de Nantes.
Une modification s’opère en 1692, lorsque le roi, supprimant les 15 commissions de capitaines garde-côtes de Bretagne, les remplace par 26 nouvelles parmi lesquelles prennent place les 7 du comté nantais :
N° 1 de l’Ile de Bouin comprise à Bourgneuf exclu, capitaine le Sr de Biecherel
N° 2 de Bourgneuf inclus au ruisseau de la paroisse Sainte Marie, capitaine le Sr de Boishoran dont fait partie le Bourg des Moutiers.
N° 3 du ruisseau de Sainte Marie à Saint Brévin, capitaine le Sr de la Guerche
N° 4 de Saint Brévin au Boive, capitaine le Sr d’Espinoze

En 1726, les côtes de Bretagne sont à nouveau divisées, en 29 capitaineries, le comté nantais en 8, Bouin disparaît des capitaineries bretonnes pour rejoindre celles du Poitou.
La 25° dite de Paimboeuf comprend Paimboeuf et les paroisses de Corsept, St Brévin, St Père en Retz et Ste Opportune en Retz.
La 26° dite de Pornic comprend Pornic et les paroisses de Chauvé, St Michel, la Plaine, Ste Marie et le Clion.
La 27° dite de Bourgneuf comprend Bourgneuf et les paroisses du Bourg des Moutiers, Prigny, St Cyr en Retz, Cheméré, Arthon, St Hilaire de Chaléons, Ste Pazanne, St Même et Fresnay.
La 28° dite de Machecoul comprend en plus de Machecoul "ville et campagne" les paroisses de la Trinité, Ste Croix, Bois de Cené, Paulx et la Marne.

La réforme de 1756 réduit enfin le nombre de capitaineries à 20 pour l'ensemble de la Bretagne, le comté nantais n'est plus doté que de 3 capitaineries dont une seule pour le sud-Loire :
La capitainerie de Pornic qui regroupe les anciennes capitaineries de Pornic, Machecoul et Bourgneuf et une partie de celle de Paimboeuf.
 Les dix "compagnies détachées" de la capitainerie forment un bataillon de 500 hommes.
28 hommes de St Cyr et Bourgneuf, 2 de Prigny, 14 des Moutiers et 6 d'Arthon forment la compagnie de Bourgneuf.

 1778 Suppression des capitaineries garde-côtes

 

 

 

 

 

 

 

 

                                                                          

Tag(s) : #Raconter son village