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            Jean-Pierre Raffarin, président du comité français d'organisation des célébrations du quatrième centenaire de la ville de Québec était ce matin sur France Culture. Faisant référence aux fêtes du tricentenaire en 1908, il affirmait que la France, en raison de sa politique religieuse de l'époque (nous sommes alors au lendemain de la séparation des Eglises et de l'Etat) ne fut pas invitée aux célébrations.
             L'affirmation est inexacte. Si dans la première moitié du XIXe siècle, le visiteur français n'est pas le bienvenu dans la Belle Province où les autorités britanniques répugnent à le voir débarquer, les choses s'améliorent après la guerre de Crimée où anglais et français sont alliés, ce qui a pour conséquence l'ouverture d'un consulat à Québec en 1859 (il sera transféré à Montréal en 1894). Dans la seconde partie du siècle, l'élaboration du Canada fédéral va faciliter de nouvelles relations avec la France, Hector Fabre devient agent général de Québec à Paris mais son statut n'est pas vraiment officiel. 
             Cette lente évolution voit son aboutissement en 1908 lorsque le gouvernement français est invité officiellement à envoyer des représentant aux fêtes du tricentenaire de la fondation de Québec.
            C'est alors, pour reprendre l'expression de l'abbé Armand Yon, la première "mission de la France au Canada".
             L'amiral Jauréguiberry, chef d'escadre, (il est qualifié de principal représentant de la France dans les notes du Ministère des Affaires étrangères) est accompagné du poète Gustave Zidler et du conseiller d'Etat Louis Herbette. L'amiral est protestant mais parfait gentilhomme et on lui pardonne. Il en va tout autrement du conseiller d'Etat, accusé de tous les maux de la République anti-cléricale. Herbette, qui fréquente depuis dix ans ce côté-ci de l'Atlantique a été en 1902 au centre d'une polémique déclenchée à propos de la création de la section montréalaise de la Ligue de l'Enseignement. L'accusation principale portée contre Herbette dans la presse catholique en 1902 comme en 1908 est l'appartenance à la Franc-Maçonnerie, ce que l'intéressé démentira. Après cette campagne de presse, l'accueil est un peu froid, Louis Herbette parle parfois devant des auditoires clairsemés et aucun des représentants ne reçoit la médaille commémorative du tricentenaire.
             La réapparition officielle de la France sur les bords du Saint-Laurent est donc effective en 1908 mais n'est pas exempte d'un certain malaise du au contexte politique de la France en ce début de siècle. 


Sources :  Armand Yon, Missions de la France au Canada (1908-1939)
  France-Amérique Magazine 1951
  Inventaire des archives Jauréguiberry (vente)
Ministère des affaires étrangères : correspondance politique (Paris) inventaire
Archives diplomatiques Nantes, archives du consulat de Montréal

Tag(s) : #De l'histoire locale à la grande Histoire