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Resté malgré tout sur ma faim après les trop rares éblouissements des lettres du romancier et du poète, je restai méfiant envers ces échanges valant plus pour l'information que pour l'émotion. L'édition discrète (l'information circula quand même en Pays de Retz !) dans la petite collection Arcades, chez Gallimard des Lettres à Germaine Lucas-Championnière de John Dos Passos m'intéressait néanmoins ne serait-ce qu'à cause de l'intérêt que je porte à la famille Brainoise (de Brains) de la discrète Germaine.
Je dis la discrète, car Mathieu Gousse si talentueux soit-il (et il l'est, sa préface situe remarquablement le contexte de la correspondance) a eu le mauvais goût de refuser la parole à notre héroïne paydrette. Non que je prête à Germaine un talent égal à celui de son pendant épistolier, mais il me semble que ses mots à elle, si simples doivent-ils être, manquent cruellement face à ceux de Dos Passos qui écrit "là où on ne l'attend pas" précisément en référence à ce que peut représenter le monde de la petite française. 

 "…Votre France que j'aime tant est trop civilisée pour moi au moment. L'imprévu n'existe pas. Peut être il n'existe nulle part. La vie française est une belle cérémonie dont toutes les actions s'accomplissent selon un rituel établi par les anciennes générations. Tout – pour nous autres barbares hommes d'un rite inachevé – est d'une douceur indicible …" (27 juillet 1920)

Que n'a-t-il relu les mots de Germaine, étrangère aux mondanités lorsqu'elle navigue en barque dans les marais de l'Acheneau ou sur l'étang du Plessis où vogua peut-être déjà le cousin Jules Verne jadis familier des lieux :
 
"Je trempe mes pieds dans l'eau. Il y a de drôles de reflets sur l'eau. Il semble qu'on y voit une île mystérieuse avec des arbres étranges et un grand feu" (18 juin 1920)

Pas de politique, assez peu de littérature, mais des rêves parfois déçus par les constatations du voyageur (l'illusion de la géographie), un va et vient de croquis émerveillés et de réflexions amères, de jugements définitifs et de maximes qui ne sont jamais tant noires que liées à l'écriture :

 "N'embusquez jamais sur le fleuve morne de la littérature, la barque n'a pas de rames. Il faut se laisser traîner par le courant, et si on regarde dans l'eau, on ne voit dans le miroir que la grimace d'un singe." (9 octobre 1920)

          …/…

Tag(s) : #Notes de lectures