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Le nom est joli, lors de sa découverte dans un aveu du début du XVIIe siècle, je me pris à rêver de je ne sais quelle antique académie de musique dirigée jadis par une "chantrelle" de village (la fonction de chantre bien sûr réservée à des hommes bénéficiait d'un prestige certain dans les paroisses rurales). Elle cachait en fait une réalité aujourd'hui oubliée, celle de la féminisation des noms de famille, problème qui contribua à égarer plus d'un généalogiste.
 
 Vers 1540, le notaire Jehan TREHAN, probablement d'une très ancienne famille du Bourg des Moutiers, ayant donné son nom à la Seigneurie du "Bois des Tréhans" au moyen âge, possède une grande maison couverte d'ardoises dans le quartier de la COHUE qui s'étend à l'est du bourg depuis le chemin de PRIGNY jusqu'à BOULINE. Il y a tout lieu de croire que cette maison correspond à l'emplacement situé à l'angle de la place de l'église Madame et de la rue du Manoir.
 En 1589, Maître Hugues MERCEREAU également notaire est veuf de julienne TREHAN, et rend aveu à  la Prieure du Bourg des Moutiers, pour une grande maison près de la cohue (1) .
 En 1598, l'année de l'Edit de Nantes (2) , la Prieure rend aveu au duc de Retz et déclare que le notaire Jehan CHANTREAU, époux de Jehanne MERCEREAU, fille et héritière de Hugues MERCERAU lui doivent : "... dix sols monnoie au terme de Noël sur une grande maison couverte d'ardoizes appartenant à ladite Mercereau ... qui fut autrefoys à feu Jehan Trehan sise en la cohue du dict Bourg entre ayral et jardin à Bernardin Michel et à ladite Mercereau, le chemin qui conduit de la maison d'Ollivier Priou aux marais salands et le jardin de la Godinière ..." Nous apprenons alors que le notaire CHANTREAU demeure à Pornic et que son épouse possède deux autres maisons couvertes d'ardoises à la cohue pour lesquelles elle doit 4 sols 6 deniers.
 En 1627, le notaire Jehan LE JAU, fermier général et procureur de la prieure du Bourg des Moutiers fait construire sa maison (le Manoir), et dès 1635, il rend aveu pour sa "tenue". Nous apprenons alors que celle-ci comprend outre la maison : "..qu'il a faict bastir à neuf en l'an 1627 .., une boulangerie couverte de thuilles au pignon vers le nord nordest, un vieux logix couvert d'ardoizes appelé la CHANTRELLE en suyvant ladite boulangerie ..." Le rôle rentier de cette année-là (3) , précise que ce : "...grand vieux logix ayant plancher et grenier couvert d'ardoizes ..." a été acquit de Epiphaine COURONNé (famille de marchands Pornicais), veuve de Sébastien GUYHARD, héritière de Jean JANVIER et Marie CHANTREAU fille de Jehanne MERCEREAU. C'est donc vers 1630 que la "CHANTRELLE" qui a pris le nom de son ancienne propriétaire, rentre dans la propriété du notaire LE JAU qui se constitue vers cette époque un domaine important. Parmi les nombreuses pièces qui le compose est un jardin situé près de la Chapellenie Saint Hervé (4) appelé : "la planche de la Chantrelle". Vers la fin de la vie de LE JAU (5), la Chantrelle fait toujours partie de sa tenue.
 Jean LE JAU, né en 1569, fut un personnage important du Bourg des Moutiers : procureur fiscal des deux Seigneuries laïques, le Bois des Tréhans, et Vieillevigne et Machecoul entre les deux chateaux, cette dernière déjà évoquée ici à propos du prieuré Saint Pierre. Le Jau fut également greffier de la Prieure des Moutiers, son procureur et son fermier général. Il joua aussi un rôle de mécène pour la paroisse en offrant des tableaux pour l'église et peut-être même en étant à l'origine du projet de retable. Le sieur de la Psaudière mourut en 1660 à l'âge fort respectable de 91 ans et fut enterré dans l'église Madame.   
 Un aveu de 1665 (6) nous apprend qu'à la mort de Le JAU, un partage eut lieu entre ses héritiers puisque plusieurs personnes sont redevables conjointement de la rente qu'il payait, à savoir 19 sols 6 deniers sur l'ensemble de sa tenue. David (Ier) MARCHESSE, marchand et sa femme Louise GABLIER possèdent une portion du logis neuf, Michel (II) MARCHESSE et Gabriel RIVALAN possèdent l'autre partie. Il y a tout lieu de croire que David et Michel MARCHESSE sont deux frères, enfants de Michel (Ier) et Marguerite le JAU sœur du sieur de la Psaudière, et Gabriel RIVALAN époux de Gabrielle MARCHESSE, leur neveu.
En 1670, Pierre DAVIAUD rend aveu pour la maison située entre le logis de Jehan Le JAU appartenant à David MARCHESSE et la Chantrelle appartenant à la fille mineure de feu Jean DUDOIT, les trois propriétaires payent toujours solidairement la même rente. Cette Julienne DUDOIT est probablement la petite fille de Julien et Jehanne Le JAU autre sœur du notaire.
Michel (II) MARCHESSE sera le successeur de Jehan Le JAU dans la fonction de procureur fiscal de la prieure, il meurt en 1669, son neveu David (II) fils de David (Ier) MARCHESSE, et propriétaire de l'ancienne maison Le JAU, lui succède à son tour.
A la fin du 17ème siècle, la Chantrelle, puisqu'elle est toujours appelée ainsi, aboutit par mariage dans cette famille MARCHESSE, Olivier notaire et fils de Michel (II) est dit en 1689 veuf de Julienne DUDOIT que l'acte de précédent qualifiait de fille mineure en 1670.
  

 Liste des Propriétaires de la Chantrelle (Vers 1540-1700) :

vers 1540 Jehan TREHAN notaire
vers 1570 Julienne TREHAN sa fille épouse de Hugues MERCEREAU notaire
vers 1590 Jehanne MERCEREAU leur fille épouse de Jehan CHANTREAU notaire
vers 1610 Marie CHANTREAU leur fille épouse de Jean JANVIER
vers 1620 Epiphaine COURONNé héritière
vers 1630 Jehan Le JAU acquéreur
vers 1660 Jean DUDOIT héritier
vers 1680 Julienne DUDOIT sa fille épouse de Olivier MARCHESSE notaire.


Beaucoup plus tard, au XIXe siècle, la maison appartenant alors à une famille de douaniers  sera louée à l'administration des douanes pour abriter les bureaux du receveur. Celui-ci, Romain Paumier habitait la maison contiguë (l'ancienne Tenue Le Jau).

 (1)  Archives départementales de Loire Atlantique , H363
  (2) Voir Patrice Pipaud "le Bourg des Moutiers au temps de l'édit de Nantes" dans le bulletin de la Société des  Historiens du Pays de Retz 1999.
  (3) ADLA, H374
  (4) Site actuel de la boulangerie Mellerin
  (5) Aveu de 1654
  (6) ADLA, H367

lanterne1887.jpg
Sur une photographie de la fin du XIXe siècle, à droite de la lanterne des morts, la Chantrelle devenue bureau des douanes

Tag(s) : #Raconter son village