Des "Notes de lecture" et des "Méditations" vous ouvriront une petite porte sur mon univers.
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Histoire et
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Image de fond : Le Rat de bibliothèque (Der Bücherwurm) toile du peintre et poète allemand Carl Spitzweg (1850) Musée Georg Schäfer à Schweinfurt
Automne 1893; Victor Schoelcher écrit à
son ami Louis Herbette à Pornic. Il laisse percevoir la lassitude du vieil homme recru de fatigue.
… je ne suis plus bon à rien, je ne puis plus me tenir debout deux minutes sans souffrir un peu … contentons nous de cet état négatif, il a assez de
circonstances atténuantes pour un homme de 88 ans mais aucun droit de gémir.
Quand reviendrez vous ? il me tarde de vous revoir et reprendre nos bonnes longues conversations toujours trop courtes pour moi.
A vous avec tendre affection bien cher ami.
Devant cette mélancolie dont on a peine à se défendre au déclin de sa vie Louis Herbette répond par une longue dissertation où il souligne le rôle social du vieillard et la confiscation
de cette fonction par le livre. Cet objet tout puissant que le journal son rival semble devoir arrêter. Les deux interlocuteurs sont avant tout des journalistes (la plupart des ouvrages
de Schoelcher sont formés de recueils d'articles). Il me semble que cet aspect de l'œuvre de l'abolitionniste n'a pas été assez souligné.
Le texte d'Herbette est tout de même une curieuse charge contre le livre, il semble condamner les œuvres trop verbeuses de nombre de ses contemporains, et rendre ainsi hommage aux textes
directement utiles et pratiques de son correspondant. Car Schoelcher, par ses innombrables écrits, toujours extrêmement documentés, étayés de preuves et d'exemples est bien le chantre d'une
littérature utile, celle qui permet de faire avancer les causes en permettant au plus grand nombre l'accès à l'information.
Ce texte fut publié après la mort de Victor Schoelcher dans La Patrie journal libéral de Montréal.
M. Schoelcher, le sénateur français mort à une époque récente, celui qui s'était fait l'apôtre de l'abolition de l'esclavage, qui avait compté parmi les plus
vaillants dé¬fenseurs de la République de 1848, au prix même de l'exil, qui a été un des fondateurs de la troisième République, et qui a consacré ses efforts passionnés aux causes et aux œuvres
humanitaires, - a vécu, on le sait jusqu'à l'âge le plus avancé.
Bien qu'il eût gardé jusqu'à son dernier jour toute la vigueur et l'activité de son esprit, ainsi qu'en témoignent les ouvrages qu'il a écrits, un jour qu'il semblait ressentir cette mélancolie
dont on a peine à se défendre au déclin de la vie, son ami M. Louis Herbette lui adressa les pages suivantes, dont l'illustre vieillard le remercia vivement en lui demandant de les publier
à son intention.
Nous remercions M. Herbette d'avoir bien voulu nous communiquer ces pages réconfortantes et consolantes assurément pour ceux qui parviennent à la vieillesse.
La vieillesse, livre de la vie
Les enseignements écrits et les enseignements vécus
Au temps où les hommes ne savaient rien que par la tradition, il semble que les vieillards aient eu pour fonctions sociales d'emmagasiner et de transmettre les
connaissances reçues des générations précédentes avec ce qui s'y était ajouté de leur temps. C'était pour eux une façon de créer, et non pas moins féconde que celle des jeunes gens ; de créer
jusqu'aux limites de la caducité, que l'exercice même de ces fonctions pouvait d'ailleurs reculer.
L'écriture, en fixant les images par signes extérieurs, en donnant un corps aux idées en dehors du cerveau, est devenue le répertoire non vivant mais perpétuel des connaissances humaines, Et
quand, grâce à l'immense travail des siècles, elle a fini par se vulgariser, quand le livre est apparu, s'offrant à tous, les lecteurs s'instruisant ainsi par leurs propres yeux ont dû penser que
ce merveilleux révélateur leur permet¬tait de tout voir par eux mêmes en noir sur blanc. Ils ont prétendu tout prendre, tout apprendre, tout comprendre, même s'en s'être rien approprié par action
personnelle ; tout savoir, en un mot, sans avoir rien vécu.
De là peut-être cette toute-puissance du livre qui n'est pas encore passée, mais que le journal, son copiste devenu son rival, semble devoir arrêter ; d'abord parce qu'il vise à supplanter
son influence, ensuite parce qu'il mène à la dépréciation de l'imprimé par son extrême diffusion.
Il est temps lorsque nous affectons de braver toutes les superstitions et toutes les tyrannies, que l'écrit ne soit plus, comme chez les peuples primitifs, un talisman; qu'il n'ait plus sur les
cerveaux cette action presque machinale de l'image qui s'impose, ces effets de suggestion inconsciente.
Il faudra bien que le papier imprimé, dont le pouvoir a été tant exploité, soit ramené à sa valeur véritable. Et qu'est-elle sinon la valeur même de la personne qui écrit. L'écrit, cet instrument
prodigieux dont on a voulu faire une force pro¬pre et une puissance absolue, l'écrit, comme la parole, n'est qu'un instrument. Il vaut ce que vaut la force qui le dirige, ce que vaut la manière
dont on s'en sert.
Mais dans une civilisation primitive, le vieillard, c'est-à-dire le cerveau qui pouvait savoir le plus, était le véritable capital, le capital vivant de raison et d'expérience.
Il était mieux qu'une encyclopédie, une bibliothèque toujours ouverte ; il était l'âme même de la famille, de la tribu, de la race, l'âme souvenante et par là. consciente de1'être collectif et de
la destinée commune, héritière du passé, conseillère du présent, maîtresse de l'avenir, capable de prévoir et de prédire en se souvenant.
Il avait dû par un exercice incessant et par sa fonction même développer et garder la mémoire jusque dans l'âge le plus avan¬cé , il échappait mieux que l'on ne fait maintenant à cet
affaiblissement du souvenir qui fait perdre aux vieilles gens le plus clair de leurs avantages.
Que l'on se reporte aux témoignages d'affection et de respect des civilisations anti¬ques pour les vieillards, pour les anciens du peuple ; on concevra qu'ils ne fussent pas seulement dûs à
des sentiments de générosité, de délicatesse morale, tels que nous les admirons volontiers à l'égard des déshérités et des faibles. Le vieillard n'était pas honoré comme un faible, mais bien
comme représentant la plus indispensable force d'un peuple, celle du conseil, de l'intelligence éclairée, de l'expérience certaine.
Peu à peu, l'écriture a dispensé le cerveau des anciens de tout retenir pour que l'espèce pût savoir. Le livre a détrôné la vieillesse. Chaque individu, en lisant, croit s'infuser suffisamment ce
qu'a de meilleur la pensée des morts comme des vivants. Un jeune homme croit conquérir la maturité de l'auteur dont il absorbe l'ouvrage, croyance plus acceptable assurément que celle du sauvage
qui dévore le cœur d'un animal pour s'en donner le courage, ou qui se repaît d'un de ses ancêtres pour se péné¬trer de ses qualités.
Ainsi se produit, avec toutes les apparences de la certitude, la conviction qu'il n'est pas nécessaire de vieillir pour savoir, de vivre pour comprendre, d'avoir seulement un quart de siècle pour
pénétrer les secrets de la vie de longs siècles.
Peut - être agirait-on prudemment en exagérant moins cette confiance absolue dans l'assimilation des connaissances que l'on n'a pas acquises directement. 0n ne vit en réalité que de ce que l'on a
fait sien par sa propre peine. Verserait-on dans notre circulation du chyle artificiel, en se passant de la bouche pour mâcher, de l'estomac et de ses auxiliaires pour triturer les aliments
?
Les connaissances qu'on reçoit toutes faites ne sont pas celles qui fructifient vraiment. Pour posséder une science, il faut la saisir dans la réalité même de son objet ; il faut vivre en elle
pour la féconder.
Il serait puéril de croire que le livre puisse contenir et rendre la vie, - ce qui en nous a été senti, pensé et compris, ce qui en nous a pu sentir, penser et comprendre. Même la
souffrance, perception la plus nette de toutes, est si souvent impossible à rendre !
Un auteur ne donne de soi que la partie dont il a suffisamment acquis la conscience d'abord, l'intelligence ensuite, pour être en état de l'exprimer en dehors. Il ne fournit que ce dont il
lui convient pour soi de présenter l'image à tout le monde. Ce ne sont donc ordinairement pas des phénomènes natifs qu'il nous transmet, c'est un produit qu'il tire de ce sur quoi il lui a plu
d'opérer.
Les impressions et les idées ne sont pas toujours à l'état transmissibles par l'écrit, ni même par la parole. Toute lumière n'est pas toujours à l'état rayonnant ; toute source de chaleurs ne se
révèle pas au thermomètre, Ce sont précisément par¬fois les essais de création, de révélation les plus profonds qui échappent à la mise en valeur et en monnaie courantes par l'écrit et
l'imprimé.
Un livre se compose comme se fait une œuvre d'art. Or dans le moral plus encore qu'ailleurs, ce sont les élément, d'obser¬vation directe qui servent le plus pour qui veut travailler à fond.
Combien d'esquisses ont une puissance, reçue au contact de la nature en jaillissant de l'âme de l'artiste, que le tableau une fois confectionné ne rendra plus ! Combien d'auteurs, en faisant leur
livre, défont ce qu'ils devaient y mettre, ce qui en constituait la raison d'être !
La préméditation seule de composer un livre est dangereuse pour les vérités qu'on prétend y insérer. Ou grossit, on modifie, on déplace ses propres perceptions et les constatations
positives qu'on avait recueillies et cela, sans s'en aviser parfois, rien que pour obtenir le volume voulu.
Quoi de plus étrange que cet asservissement de la production intellectuelle à des conventions et à des intérêts mesquins? Il faut qu'un livre ait telle grosseur de dos, et telle largeur de
ventre. Il faut qu'il se présente de telle façon, en lignes, alinéas et pages ; en divisions, chapitres, préfaces, tables des matières, et le reste. - "On ne peut faire autrement," - vous dit
tout le monde ; et comme c'est pour tout que vous désirez être lu, vous ne songez pas à agir autrement. On se fait, on de¬meure machinal, jusque dans ce que l'on prétend placer au dessus de
tout machinisme, la pensée.
Et comment ne pas faire un livre sur telles matières que l'on traite ? C'est à l'importance du sujet qu'on mesure ce qu'on prétend donner au public, non à la valeur de ce qu'on possède. A tel
sujet, il faut au moins trois cents pages ; si vous avez en vous le volume de dix pages, vous en ferez tout de même trois cents, malheureusement ; et quand vous aurez une fois profité de cette
terrible facilité, vous secréterez aisément un remplissage cérébral quelconque pour combler des vides quelconques.
Bien pis. en construisant un édifice autre que le comportent vos matériaux, vous les faussez, vous détruisez la part d'utilité qu'ils procureraient. Vous n'arrivez pas à la vérité générale que
votre présomption vous a fait poursuivre après coup, et vous perdez les vérités particulières résultant de votre expérience. Vous perdez la portion de vie dont vous pouviez faire profiter
vos semblables.
Pascal méditait un livre sur la religion, qui aurait été sûrement insuffisant malgré son génie. Car tout ce qui est d'un système vieillit vite et périt vite. Il n'a laissé que des éléments
simples, des notes saisies au vol, en pleine sincérité d'impression, et non composées, Dieu merci ! Ce sont les vibrations de son cerveau et de son cœur qu'il a consignées telles qu'elles
passaient en lui, - et ce n'était guère facile, on l'avouera. Si grand peintre qu'on soit, il n'est pas aisé de dessiner un éclair sur nature.
C'est ainsi que nous avons eu ces pensées, qui seront toujours vraies, toujours incomparablement précieuses dans la suite des siècles ; Car elles ont la vie même d'un grand esprit à telle période
du développe¬ment humain et de la civilisation. Grâce à ce qu'il n'a pu faire un livre, Pascal a légué à ses semblables le fond de son être ; et c'est en pleine liberté que se sont formées ses
conceptions, pour naître après sa mort, Il est vrai, mais immortelles.
Après un petit tour aux Moutiers cet été, l'exposition sur la défense des côtes Atlantiques sera visible durant ce mois d'octobre aux Archives Nationales à Paris.
Les concepteurs ne sont pas peu fiers de voir leur "bébé" monter à la capitale et sont heureux de vous faire part de cette présentation au CARAN.
Quelques exemplaires de la brochure (80 pages) éditée à l'occasion de ce travail, sont encore disponibles, qu'on se le dise…
Ou les mésaventures polychromes de l'amiral Leray (2)
Nous avons signalé il y a deux ans l'étrange mise en couleur de la statue de l'amiral Leray, à Pornic, dont on avait fait un bonhomme en chocolat.
Nos observations paraissent, après deux ans, avoir touché l'édilité de cette ville. On a commencé à badigeonner en vert, mais en vert perroquet, la statue en question.
Nous espérons que l'on ne s'arrêtera pas en si bon chemin, car en ce moment, la statue attaquée de divers côtés par le pinceau des badigeonneurs, présente le singulier spectacle d'une série
d'archipels an chocolat, flottant sur une mer d'émeraude.
A moins que ce badigeonnage n'ait pour but de satisfaire à la fois ceux qui regrettent l'ancienne teinte et ceux qui en souhaitent une nouvelle.
Ce serait un excellent moyen de ne contenter personne. Si le parti des verts l'emporte sur la nuance cacao, serait-il indiscret de demander du vert bouteille au lieu du vert
pomme ? l'amiral n'en serait pas plus ressemblant, mais le métal finirait du moins par se ressembler à lui-même, c'est-à-dire à du bronze.
Le Phare de la Loire du 18, 19 mai 1880
Suite des aventures polychromes : Amiral, dis quand reviendras-tu ? (en attendant l'épisode précédent)
Qui se souvient encore que voici 130 ans le Bourg des Moutiers élisait à la tête de la commune un futur député ?
Jules Galot, dont la famille possède la propriété du Collet, a 39 ans. Né au Havre en 1839, il avait fait ses études au Lycée de
Nantes avant de passer dix ans dans l'administration des douanes où son père avait fait carrière. Reconverti dans les affaires maritimes et coloniales après son mariage (il épouse Hortense
Sageran, nièce du négociant Gabriel Lauriol), il amorce sa carrière politique en entrant au Conseil municipal des Moutiers, dont il est élu maire à la mort d'Alexandre Baconnais. Domicilié à
Nantes, rue de la Bastille, il devient la même année (1878) consul d'Italie dans cette ville. Il est administrateur de la compagnie des charbons de Blanzy-Ouest (d'abord installées près de la
gare sur le site futur des usines LU, les installations de la compagnie vont immigrer vers Chantenay) et vice-président de la Compagnie nantaise de navigation à vapeur.
En 1880, il devient conseiller d'arrondissement de Bourgneuf. Le Conseil d'arrondissement n'a aucun pouvoir décisionnaire (sauf pour
la répartition entre communes de certains impôts) mais il est encore électif, se réunit une fois par an à la sous-préfecture de Paimboeuf et est surtout un tremplin vers le Conseil général. Pour
Jules Galot, c'est l'occasion de s'intéresser au petit port du Collet et à son écluse nouvellement établie.
A partir de 1883, Jules Galot et sa belle famille les Sageran entreprennent des opérations immobilières de lotissements à Nantes
et dans le quartier de Gourmalon à Pornic-le Clion. En 1886, et après avoir acheté quelques années plus tôt la propriété de la Mossardière (il achète en 1894 celle de la Tocnaye sur la même
commune de Sainte-Marie où il établit un hippodrome inauguré en septembre 1904), il choisit de se présenter à la mairie de
Sainte-Marie dont il va rester le magistrat suprême jusqu'à sa mort. Conseiller général du canton de Pornic la même année, il est élu en 1898 député de la circonscription de Paimboeuf où il
succède au comte de Juigné pendant deux mandats. En mai 1906, Jules Galot laisse la place au petit cousin de son prédécesseur, le marquis de Juigné, en août, le "petit train" Pornic-Paimboeuf dont il a particulièrement suivi le dossier au Conseil général, effectue son voyage inaugural. Il s'éteint
dans sa propriété de la Mossardière le 10 septembre 1908.
Le 20 septembre, le Courrier de Paimboeuf rend compte des obsèques de l'ancien député, le corps emporté depuis sa
demeure jusqu'à l'église de Sainte Marie sur un char tiré par quatre bœufs, le service dans une église trop petite pour contenir l'assistance. Au cimetière, les discours se succèdent, M. Guillou
son adjoint à Sainte Marie, l'instituteur M. Lecoq, le député de Juigné et le président du Conseil général M. Jamin.
Le sociologue René Bourreau, ancien élève d'Emmanuel Le Roy-Ladurie, a donné dans son ouvrage Monarchie et modernité (l'utopie
restitutionniste de la noblesse nantaise sous la IIIe République) aux éditions de la Sorbonne, une analyse précise et pertinente de la carrière politique de Jules Galot, j'y reviendrai.
Jules Galot (Archives G. Viot)
Le musée Fabre de Montpellier présente jusqu'au 12 octobre 2008 une œuvre exceptionnelle "Vénus et Adonis" de Nicolas Poussin. Exceptionnelle par ses qualités picturales pourtant
atypiques dans l'œuvre de Poussin, au point qu'on a douté longtemps de son attribution au maître normand. Exceptionnelle est aussi l'histoire de ce tableau qui participe de l'actualité artistique
de cet été.
Commandée par Cassiano dal Pozzo, mécène de Poussin, cette grande toile d'un format inhabituel (0.75 x 2.00m environ) fut séparée en deux à la fin du XVIIIe siècle par un marchand peu scrupuleux.
Dès lors, jusqu'en 1980 on connut deux toiles, Vénus et Adonis léguée par François Xavier Fabre au musée de Montpellier en 1825 et Paysage au satyre endormi, de longueur plus
petite acquis vers 1863 en Italie par Hippolyte Flandrin. Cette seconde partie appartient à la collection de Patti Cadby Birch galeriste américaine récemment décédée. Les deux toiles
dont la parenté est découverte en 1980 par Clovis Withfield, ont été présentées ensemble pour la première fois au Métropolitan Muséum of Art de New-York, elles le sont aujourd'hui en France.
Hippolyte Flandrin, premier possesseur français de Paysage au satyre endormi, est le représentant le plus connu d'une famille lyonnaise qui se distingue dans les arts. Maître de la
peinture religieuse et du portrait, Hippolyte Flandrin est un des grands noms de la peinture académique du XIXe siècle. La peinture d'Histoire (c'est-à-dire la représentation de thèmes religieux,
mythologiques ou littéraires) entraîne alors seule une reconnaissance officielle. Hippolyte Flandrin qui s'y distingue est lauréat en 1832 du prix de Rome et séjourne à la villa
Médicis.
Paul Flandrin (1811-1902)
Son frère cadet, Paul, spécialiste de la peinture d'Histoire le rejoint dans la ville éternelle et y séjourne jusqu'en 1838. Paul n'a pas la technique de son frère. Elève d'Ingres comme lui, il
nourrit une admiration sans borne pour le maître du portrait et du paysage. Le travail sur le paysage historique amène naturellement les deux frères à s'intéresser aux œuvres de Nicolas Poussin.
En 1838, bien avant l'acquisition par l'aîné de la partie amputée du Vénus et Adonis, Paul peint une Promenade de Poussin (l'œuvre est perdue) où il célèbre à son tour la
campagne romaine, Son neveu écrit en 1902 : "La campagne de Rome est triste et désolée, mais elle a sa grandeur et sa beauté. Cette solitude sauvage, ces ruines poétiques, ces troupeaux
errants de bœufs et de chevaux, cette chaude couleur, ces belles ondulations de terrain, tout cela parla à son imagination comme autrefois à celle de Poussin".
Hippolyte Flandrin, alors directeur de l'Académie de France à Rome acquiert la toile de Poussin vers la fin de sa vie, son frère Paul en hérite en 1864. La possession de l'œuvre de Poussin est à
rapprocher des observations de Cyrille Sciama, commissaire de l'exposition consacrée l'an dernier au musée des Beaux-Arts de Nantes à l'œuvre des frères Flandrin, pour qui l'œuvre du plus jeune
délivre un hommage persistant à Ingres et un conservatisme assumé : "Son art apparaît ainsi plus polémique qu'on ne le pense : affirmer si haut et si longtemps la prééminence du paysage
historique hérité de Poussin induit un message politique certain à une époque où l'exposition au salon est une occasion publique d'illustrer un art officiel".
En 1870, Paul Flandrin
découvre Pornic et sa campagne qu'il parcourt muni de son carton à dessin. 54 feuilles sont le fruit de ses errances à la recherche de petits coins de terre gracieux et riants, elles
composent le carnet de Pornic, acquis en 1996 par le musée des Beaux-Arts de Nantes. Adepte tout à la fois de la peinture de plein air et des procédés académiques (ce qui n'est pas, pour
Cyrille Sciama, le moindre de ses paradoxes) Paul Flandrin et ses œuvres ont vite sombré dans l'oubli où les ont relégué les lumières impressionnistes. Emilie Hamon-Lehours nous rappelle son
œuvre dans le dernier bulletin de Pornic Histoire, en l'insérant parmi celles d'autres artistes ayant trouvé leur inspiration dans la petite cité balnéaire.
A lire : Bulletin N° 3 (2008) Pornic Histoire, Emilie Hamon-Lehours : Carnets entre terre et mer,
Pornic "croquée" par deux artistes
Cyrille Sciama : Hippolyte et Paul Flandrin Paysages et portraits
Musée
des Beaux-Arts de Nantes
Ed du Panama 2007
La Défense des côtes au Bourg des Moutiers
Jean Le Jau, procureur fiscal du Bourg des Moutiers fit graver en 1627, pour l'achèvement de la construction de sa maison, la plaque que l'on peut voir dans la salle d'honneur de la mairie.
En 1596, il a 26 ans, est receveur de la prieure des Moutiers et présente les comptes :
Cette année là Mme la Prieure a décidé de refaire le clocher de son église (la fameuse église Madame disparue aujourd'hui) pour cela elle fait acheminer depuis Nantes les ardoises et la chaux,
des clous. Les matériaux sont embarqués au Port Maillard après avoir payé les droits à la Poterne de la ville et descendent "la rivière de Loire" à destination de l'estuaire pour redescendre le
long des côtes, ils sont attendus au port du Collet.
Le "galion" de Mme la prieure n'est jamais arrivé au port. Il est arraisonné sur la Loire par des "pirates de mer" (il peut s'agir de pirates dits "biscayens" c'est-à-dire espagnols) qui
s'emparent de 10000 clous à ardoise et de 3000 clous à latte (le fer est alors recherché).
Cette anecdote illustre l'insécurité de la "frontière" nord du Pays de Retz (considéré comme une presqu'île) et de la côte (les pirates ont leur repère sur l'île du Pilier)
Cette insécurité va amener le premier semblant d'organisation de défense des côtes du sud du comté nantais. En 1630, le duc de Retz a investi un capitaine Garde-côte de cette défense depuis le
Pellerin jusqu'au village de l'Epoids à Bouin. L'organisation va évoluer au gré des conflits des XVIIe et XVIIIe.
En 1696, le Bourg des Moutiers (la Bernerie) subit une des rares tentatives de débarquement en Pays de Retz, les hollandais pillent le village.
Le paysage des côtes de la Bretagne sud (ici le comté nantais) a peu gardé de traces des défenses du XVIIIe siècle (quelques corps de garde), les forts du XIXe siècle qui ont remplacé les infrastructures voulues par le duc d'Aiguillon ont eux-mêmes souvent disparus sous le béton du mur de l'Atlantique. Mais lorsque nous empruntons le sentier dit "des douaniers" (les douaniers ne l'ont parcouru que 67 ans de 1793 à 1860 pour la surveillance du littoral) c'est un chemin bâti par nos ancêtres pour faciliter la défense de leurs côtes que nous parcourons, ce chemin qui du Bois de Céné à Paimboeuf en passant par la Pointe de Retz (voir la carte) réunissait l'ensemble des postes où les guetteurs surveillaient la mer, et où les "pédons" du duc d'Aiguillon transmettaient les ordres.
Car la défense c'est surtout une affaire d'hommes. A l'aube du XVIIIe siècle la grande idée de Vauban est de confier la première ligne de défense côtière aux habitants des paroisses littorales. A Versailles on hésite à armer ces "cul-terreux", mais lorsque la Royale de Colbert aura perdu de sa superbe, que les navires garde-côtes ne croiseront plus devant l'estuaire pour protéger les pêcheurs et caboteurs des pirates de Jersey tapis en face, sur l'île du Pilier, les hommes seront les derniers remparts pour protéger les leurs, n'hésitant pas comme les garde-côtes de Bouin à prendre d'assaut le corsaire anglais piégé dans les vases complices du fond de la baie.
Les milices garde-côtes du XVIIIe siècle, élément central de cette étude sont considérées parfois comme étant à l'origine de la conscription. Elles bénéficient de l'antiquité de la fonction de
guetteur, et d'une acceptation liée à la revendication du privilège de se défendre soi même. Revendication particulièrement forte dans les îles (Notamment à Bouin qui jusqu'à la fin de l'ancien
régime défend ainsi son statut d'île de mer). Ce particularisme littoral a été d'abord habilement utilisé, et avec l'aide de la réputation de sauvagerie que l'ennemi anglais prête volontiers aux
habitants des côtes et campagnes bretonnes (l'habitant du marais de Bouin n'est pas en reste), il s'est révélé efficace pour dissuader l'anglais, ennemi héréditaire de prendre pied sur notre
sol.
Au gré des menaces et des progrès de l'artillerie, les garde-côtes vont voir leur statut évoluer, se militariser. Par tirage au sort, certains d'entre eux constitueront des compagnies détachées
armées et entraînées pour le combat. Ainsi, à la veille de la guerre de Sept ans (1756), 28 hommes de Bourgneuf, 2 de Prigny, 14 des Moutiers et 6 d'Arthon forment la compagnie de Bourgneuf,
l'une des dix de la capitainerie de Pornic qui recouvre l'ensemble des côtes du Pays de Retz. Le tirage au sort et les contraintes du service (on les envoie dans des écoles de canon, parfois
jusqu'à Rochefort) amorcent un rejet de l'institution par les intéressés. A la fin de l'ancien régime, l'utilisation des canonniers garde-côtes sur les navires de la Royale consacre le divorce
entre le peuple du littoral et les autorités.
En 1789, le cahier de doléances des Moutiers exprime l'horreur qu'inspire l'inconnu de la mer aux habitants des campagnes, mêmes littorales, en réclamant "L'abolition des milices, matelots, et
canonniers garde-côtes, dont l'enrôlement ne produit que la désolation des villes et des campagnes ; ne donne que des soldats qui désespèrent de leur sort, des marins qui, entrés dans un
vaisseau, n'ont d'autre idée que celle de la mort."
L'exposition :
Panneau 1
En Bretagne méridionale, qui ne possède pas d'installations militaires sensibles (arsenaux Brest, Lorient) la sécurité du commerce (sécurité des navires à l'entrée de l'estuaire) et des activités
côtières (cabotage, pêche) justifie une défense.
les types de menaces :
1/ bombardements depuis la mer (le Croisic 1759)
2/ petites (razzias comme à la Bernerie en 1696) et grandes descentes (prise à revers et points de fixation)
Cette menace (on craint surtout pour le Croisic) ne se concrétisera pas
3/ Blocus (estuaires) mais jamais complet pour la Loire.
Panneau 2
Organisation réglementaire de la garde des côtes
L'adaptation du système nécessitera plus de 150 textes
Panneau 3
Organisation : capitaineries, adaptation des délimitations et des effectifs aux circonstances
Navires Garde-côtes, l'une des fonctions originelles de la Royale sous Richelieu, elle n'existe pratiquement plus au XVIIIe, sinon par des expédients (navires privés, chaloupes canonnières)
Panneaux 4 à 6
les moyens humains (les garde-côtes)
Le capitaine Joubert du Collet prête sa cuisine pour établir un corps de garde
Panneaux 7 et 8
Les moyens matériels
L'île du Pilier, elle fait alors partie de la Bretagne. C'est le point le plus fortifié. L'occupation de l'île dissuade les pirates de s'y réfugier.
Fortifications et artillerie
Modestie des fortifications, quelques batteries et des corps de garde
Artillerie : les petits canons de 6 livres de la pointe des Corbejaux (le Collet) seule artillerie sur le Bourg des Moutiers même si à la fin du XVIIe le notaire de la Bernerie (les Carrés)
réclame une batterie
Panneaux 9
Limites et dysfonctionnements
Armement modeste et encadrement insuffisant des milices garde-côtes
Les garde-côtes embarqués dans l'escadre de Conflans (défaite des Cardinaux)
Panneau 10
La Révolution
Rejet de l'institution des canonniers garde-côtes (cahiers de doléances)
La garde nationale surveille les côtes, la guerre revient sur les côtes (débarquement de Quiberon, Charrette à Noirmoutier)
Les cartes
Une vision stratégique de la côte (vue depuis la mer)
L'estuaire point central de la défense des côtes du comté nantais
L'évolution des défenses après les inspections du duc d'Aiguillon.
Le Bourg des Moutiers dans l'organisation de la défense des côtes (XVIIe –XVIIIe)
En 1630, le sieur Gotreau de la Rouillière est pourvu par le duc de Retz de la défense des côtes depuis le "Pellerin jusque le long de la côte de Bouin, au village de Lepoz". Les côtes sont alors réputées s’étendre tout au long de la « rivière de Loire ».
Le règlement de 1676 fixe l'étendue des capitaineries "garde-côtes", c'est une des premières apparitions du mot. Au sud de la Loire, les côtes du comté nantais « du pont du Hydan au village
de l'Espoy » forment la première capitainerie du Poitou, appelée capitainerie de Nantes.
Une modification s’opère en 1692, lorsque le roi, supprimant les 15 commissions de capitaines garde-côtes de Bretagne, les remplace par 26 nouvelles parmi lesquelles prennent place les 7 du comté
nantais :
N° 1 de l’Ile de Bouin comprise à Bourgneuf exclu, capitaine le Sr de Biecherel
N° 2 de Bourgneuf inclus au ruisseau de la paroisse Sainte Marie, capitaine le Sr de Boishoran dont fait partie le Bourg des Moutiers.
N° 3 du ruisseau de Sainte Marie à Saint Brévin, capitaine le Sr de la Guerche
N° 4 de Saint Brévin au Boive, capitaine le Sr d’Espinoze
En 1726, les côtes de Bretagne sont à nouveau divisées, en 29 capitaineries, le comté nantais en 8, Bouin disparaît des capitaineries bretonnes pour rejoindre celles du Poitou.
La 25° dite de Paimboeuf comprend Paimboeuf et les paroisses de Corsept, St Brévin, St Père en Retz et Ste Opportune en Retz.
La 26° dite de Pornic comprend Pornic et les paroisses de Chauvé, St Michel, la Plaine, Ste Marie et le Clion.
La 27° dite de Bourgneuf comprend Bourgneuf et les paroisses du Bourg des Moutiers, Prigny, St Cyr en Retz, Cheméré, Arthon, St Hilaire de Chaléons, Ste Pazanne, St Même et Fresnay.
La 28° dite de Machecoul comprend en plus de Machecoul "ville et campagne" les paroisses de la Trinité, Ste Croix, Bois de Cené, Paulx et la Marne.
La réforme de 1756 réduit enfin le nombre de capitaineries à 20 pour l'ensemble de la Bretagne, le comté nantais n'est plus doté que de 3 capitaineries dont une seule pour le sud-Loire :
La capitainerie de Pornic qui regroupe les anciennes capitaineries de Pornic, Machecoul et Bourgneuf et une partie de celle de Paimboeuf.
Les dix "compagnies détachées" de la capitainerie forment un bataillon de 500 hommes.
28 hommes de St Cyr et Bourgneuf, 2 de Prigny, 14 des Moutiers et 6 d'Arthon forment la compagnie de Bourgneuf.
1778 Suppression des capitaineries garde-côtes
La trahison de Monsieur de Nantes
Dans une première partie, j'ai évoqué les origines familiales et la carrière ecclésiastique de Gabriel de Beauvau évêque de Nantes de 1636 à 1668. Le nouvel évêque paraît à Nantes en janvier 1638, précédé d'une réputation qui ne doit rien à l'élévation des âmes, mais tout à la gloire militaire de l'amiral archevêque de Bordeaux monsieur de Sourdis, et à ses propres démêlés avec celui qui fait office de ministre de la Marine de Richelieu.
En janvier 1635, Philippe de Cospéau quitte le siège épiscopal de Nantes pour celui de Lisieux. La cour destine la succession de Nantes au jeune abbé de Beauvau alors prévôt de l'église de Nîmes.
Philippe de Cospéau, prédécesseur de Gabriel de Beauvau, par la place qu'il tient dans les lettres du premier XVIIe siècle, est moins oublié que son successeur. Grand nom de la réforme catholique, ses écrits, parmi lesquels plusieurs oraisons funèbres (dont celles de la maréchale de Retz et d'Henri IV) en font un précurseur des lettres du grand siècle, rôle qu'il illustra encore en découvrant les talents du jeune Bossuet.
En mai 1635, Richelieu a décidé d'intervenir directement dans les déchirements européens de la guerre de Trente ans. Délivré de l'hypothèque protestante après la prise de La Rochelle et
l'écrasement des révoltes languedociennes, et après avoir fait l'inventaire de ses forces, notamment maritimes, il déclare la guerre à l'Espagne.
En 1629, au pied des murs de Privas assiégée, Richelieu s'était préoccupé de l'état des côtes et de la construction de la marine royale. Il avait envoyé Mr d'Infreville inspecter les côtes de l'océan. En 1633, une autre mission, dirigée par Henri de Séguiran, inspecte celles de la
Méditerranée. Des deux "voyages", le constat n'était guère brillant, peu de navires, des défenses inexistantes, le "guet de mer" désorganisé, quelques places fortes mais le plus souvent sans
garnison, et partout des côtes infectées de pirates, "biscayens", c'est-à-dire plus généralement espagnols sur le littoral du Ponant, barbaresques d'Alger ou de Tunis, sur celui du Levant. Cette
désorganisation va être illustrée en septembre 1635 par la prise par la flotte espagnole du duc de Ferrandina des îles de Lérins.
Ce petit archipel, situé au large de Cannes, est composé d'un grande île, Sainte Marguerite la plus proche de la pointe de la Croisette, une batterie encore visible y croise son tir avec
ceux des canons du fort de la Croisette, défendant ainsi la navigation côtière, d'une plus petite Saint Honorat, qui abrite le monastère fondé au cinquième siècle par le saint dont elle porte le
nom, et de deux îlots inhabités. L'amiral espagnol, dont la flotte est composée de 22 galères et de 5 vaisseaux "ronds" s'empare d'abord de Sainte Marguerite, est repoussé dans une tentative
faite sur le fort de la Croisette, puis prend Saint Honorat.
Le maréchal de Vitry
gouverneur de Provence
La prise des îles, devenues ainsi têtes de pont ennemies, fait craindre au gouverneur de Provence une tentative de débarquement. Nicolas de l'Hospital, duc de Vitry, gouverneur depuis 1631 ne
nous est pas inconnu. Après avoir été en 1615 le témoin du "duc du Reste" dans un duel évoqué ici il était devenu maréchal de
France et avait dirigé les opérations militaires du siège de la Rochelle. "Hardi jusqu'à la témérité" selon le mot du cardinal de Retz, il avait aussi mauvais caractère, il le démontrera
l'année suivante dans ses démêlés avec Henri d'Escoubleau. Pour lors, il s'inquiète de l'insuffisance des défenses côtières de la province. La garde des côtes était alors selon un mémoire du
temps affectée principalement à la marine "… sa majesté désirant avoir toujours prêt à prendre la mer un bon nombre de vaisseaux pour mettre ses côtes en sûreté, et mettre ses sujets hors de
crainte d'être déprédés par les pirates et corsaires qui les affligent sur mer …".
C'est alors qu'entre en scène le futur évêque de Nantes. Richelieu charge l'abbé de Beauvau, proche du
maréchal de Vitry, de réquisitionner pour le compte du roi tous les vaisseaux se trouvant à Marseille et dans les ports environnants. Les biographes de Gabriel de Beauvau voient en l'évêché de
Nantes la future récompense de la mission du jeune abbé. Les évènements vont démentir cette affirmation. Pour lors, il s'agit de constituer l'escadre inexistante du Levant et de la rendre
opérationnelle pour la prochaine campagne. Le marquis du Pont de Courlay, neveu de Richelieu et tout récent titulaire du généralat des galères dans lequel il vient de succéder à Philippe Emmanuel
de Gondi, père du cardinal de Retz, est chargé de l'organisation particulière de ce corps, considéré encore comme pouvant jouer un rôle non négligeable en Méditerranée, où la flotte espagnole use
principalement de ces navires.
Nous verrons le résultat de ces missions lors de la campagne de 1636, mais une autre source évoque tout autrement les faits et gestes du maréchal de Vitry et de Monsieur de Nantes à cette
époque.
En 1642, le témoignage d'un certain Meuredor, sollicité par le cardinal Escoubleau de Sourdis rapporte qu'à l'automne 1635, Vitry, depuis Cannes, entretenait une correspondance assidue avec un
officier espagnol résidant à Morgues (aujourd'hui Monaco). Le gouverneur de Provence est également en contact avec le gouverneur espagnol de l'île de Sainte Marguerite. Meuredor engagé, malgré
lui dit-il, dans ces pourparlers dont la cour ignore tout, tente de s'éclipser de ce "dangereux négoce", il apprend néanmoins que les castillans bénéficient de "grandes intelligences" en Provence
et qu'une attaque est projetée sur Marseille le 13 mars 1636 : "… et mettant le feu dans un quartier, on se rendrait maître de la chaîne, et les galères (acheminées depuis Naples) entreraient
dans le port, et qu'elles seraient soutenues par 17 navires qui étaient pour lors à Sainte Marguerite, et que les principaux du parti avaient exigé quantité d'argent, et que Toulon leur était
assuré …" Meuredor, fort de ces renseignements et d'une copie subtilisée du traité signé par les provençaux, rejoint Fréjus pour rendre compte au gouverneur de Provence de la trahison des
siens.
A Fréjus, Monsieur de Nantes (il a été sacré évêque le 23 mars 1636) loge chez un certain Déclésia, le maréchal de Vitry occupe l'évêché. Les deux hommes laissent parler Meuredor et après avoir
conféré secrètement entre eux "le sieur de Nantes découvrit à Meuredor que c'était eux les auteurs de ces affaires…!" le sieur de Nantes, pour rallier Meuredor à leur cause, "lui
ouvrit un petit bahut dans lequel il y avait une grande quantité de pistoles, disant que c'était un échantillon des frais qu'il avait déjà retiré de cette intrigue …" Meuredor répliquant par
son mépris pour cette sorte de fortune, estime "beaucoup mieux d'être pauvre serviteur de son roi que riche traître". Il est aussitôt mis au secret et ne doit la vie qu'au rappel de
Monsieur de Nantes auprès du roi deux jours plus tard le 12 septembre 1636.
La trahison du Maréchal de Vitry n'est attestée que par ce témoignage tardif qui peut avoir été inspiré par la mésentente de l'amiral archevêque et du gouverneur de Provence. Elle est pourtant
probable et les exemples ne manquent pas de ces grands, farouches opposants à la politique de Richelieu, qui monnayent leur aide aux ennemis du royaume. En 1642, le maréchal de Vitry est à la
Bastille et Escoubleau de Sourdis en disgrâce doit se justifier de la défaite de Tarragone, il est naturel qu'il rappelle sa fidélité au ministre mourant, ce ministre qui au début de 1636 l'avait
investi de si grands pouvoirs pour relever sa marine.
(A suivre)
« ...Une admirable lumière donne à ce pays un air de calme et de grandeur, j’y ai trouvé la paix ... »
(Albert Camus château des Brefs août 1946)
Lumière et Sérénité, écrivais-je il y a dix ans en prêtant aux artistes
monastériens une propension pour la devise qu'ils n'ont peut-être pas, mais en m'inspirant des mots de Camus. J'avais alors, et j'ai toujours une préférence pour les mots. Mais il faut être
Camus pour transformer en mots la limpidité de l'air et commenter La postérité du soleil.
Parlons donc de l'Atelier d'Edouard. Disons d'abord qu'au 6 de la place de l'église Madame, dans le vieux bourg des Moutiers en Retz, une porte est ouverte sur le seuil de laquelle l'artiste vous
accueille. Sur les murs blancs, petites et grandes fenêtres donnent sur son univers où se mêlent voiliers et djellabas. On se dit alors que l'algérien aurait aimé ces aperçus de grandeur, mer et
désert dans un même lieu, sans prétention.
Toiles nées dans le regard de l'écrivain, de l'artiste qui au-delà des frondaisons clionaises, au débouché d'une allée centenaire, voit s'entrouvrir les portes de la ville dans la nuit de la
délivrance, où cet air immobile et léger, délesté des souffles salés qu'apportait le vent tiède de l'automne doit quelque chose à l'été monastérien.
Lieu Unique dit-on, pourtant loin des tapages de la grande ville oppressante au ciel si bas dont il ne parvient ici que rumeurs, mais surtout lieu d'amitié où l'artiste accueille ses pairs ou ses
potes, c'est selon ; lieu où l'on manie l'aristocratie du cœur chère aux créatures de soleil ou la légèreté du vin de pays partagé. Ici, des voyageurs ont déposé les fruits de leurs
regards, vieillard au bord du Gange, bétons pastels du Miami-beach Arts Déco, d'autres leurs céramiques délicates où ces Raku venus du fond des âges orientaux. On y croise des poètes qu'inspirent
la Bretagne heureuse et les Afriques lusophones, ou bien encore tel édile venant ici deviser sur le pas de la porte. Avec un peu de chance vous surprendrez l'artiste essuyant ses pinceaux sur la
feuille blanche, le trait long de la colonne mauresque ou la voile gonflée par le vent de suroît.
L'Atelier Expo d'Edouard Renaud est ouvert tous les jours
6, place de l'Eglise Madame – 44760 Les Moutiers en Retz
Infos au 06 03 69 34 58
Les archives diplomatiques de Nantes détiennent dans le fonds du consulat de Montréal (1) un dossier consacré à la visite du comte de Paris dans cette ville en octobre 1890. Montréal est
alors le siège d'un vice consulat et son titulaire, à lire les dépêches adressées au comte de Turenne consul général de France à Québec, est bien embarrassé par cette affaire. La visite du prince
est annoncée pour le 25 et le vice consul demande des précisions sur la ligne à tenir. Louis-Xavier Perrault, président de la Chambre de commerce de Montréal désire organiser un grand banquet
auquel s'opposent les journalistes Honoré Beaugrand et Louis Fréchette. Le consul invite son collègue à user de son influence pour empêcher une réception qui ne pourrait qu'être marquée par une
hostilité envers le gouvernement de la République, il ajoute qu'en cette affaire MM Fréchette, Beaugrand et Dandurand ont adopté la vraie ligne de conduite à tenir. Le vice consul, dans sa
réponse évoque le vif antagonisme entre les partisans d'une réception et le parti "Fréchette Beaugrand" dont il regrette le caractère minoritaire. Il ne va pas cependant jusqu'à approuver l'idée
des opposants au voyage d'organiser un banquet de protestation le soir même du banquet donné en l'honneur du prince, et de demander au consul de France d'en assurer la présidence !! "Le
montréalais est très vif et il sera difficile de le faire démordre, je fais mon possible pour calmer les esprits mais avec peu de succès". Finalement, le vice consul convaincra Beaugrand et
Fréchette de renoncer au banquet d'opposition et de manifester leurs sentiments par un message au président de la République française, ce que confirme Honoré Beaugrand au comte de Turenne dans
une lettre à en-tête du journal La Patrie (2) , quotidien dont il est le rédacteur. Dans la déclaration adressée au président Sadi Carnot, les canadiens français signataires
présentent leurs plus respectueux hommages et réitèrent "leur sympathique adhésion aux institutions républicaines que la France s'est librement donnée". Le banquet de 400 couverts donné
en l'honneur du comte de Paris et du duc d'Orléans qui l'accompagne par les habitants de Montréal se déroule sans troubles le même jour à l'hôtel Winsor sous la présidence du juge Jetté. Un autre
banquet aura lieu à Québec, mais lors de sa visite du Séminaire, le duc d'Orléans sera salué de quelques "Vive la République" d'étudiants québécois parmi lesquels Raoul Dandurand,
comparse de Fréchette et Beaugrand, futur sénateur et représentant du Canada à la Société des Nations.
Le 31 mai 1908, mourait Louis Fréchette évoqué ici dans sa dimension protestataire. Il n'est pas question de retracer un parcours où se mêlent les aspirations politiques et littéraires, on
peut consulter d'excellentes biographies sur le site de sa maison natale ou sur le LexiQué de l'Université Laval
Jacques Blais, ancien professeur de cette université évoque ici avec des mots très forts et un
enthousiasme neuf, les derniers jours du poète. Les "lyrismes intimiste et militant" qu'évoque le professeur caractérisent précisément la personnalité d'un homme de lettres si peu connu
en France.
Sur les bords de la Loire où l'accueille Adine Riom dans la maison de l'oncle Fouché, Louis Fréchette est chez lui "et regarde à ses pieds le grand fleuve de moire, rouler ses larges flots de l'aurore au couchant" les pensées de l'exilé volontaire hantent les rives du grand Saint-Laurent quittées par dépit mais toujours regrettées.
Revenant d'un voyage en Amérique du Nord où il est chargé de promouvoir l'Exposition Universelle de 1900 à Paris et de faciliter les relations scientifiques et culturelles avec le Canada,
le conseiller d'Etat Louis Herbette évoque son ami poète : "Et Fréchette, le poète éminent dont les chants font gloire à la France – (le plus populaire a pour refrain Vive la France) ; dont
le livre le plus émouvant s'intitule la Légende d'un peuple ; dont les charmants enfants, perfectionnant leur éducation à Paris, avaient pour correspondant celui qui vous parle et qu'ils
traitaient d'oncle. En sorte que mon titre s'étendant, c'est en oncle que j'ai été accueilli partout." (3)
L'amitié des deux hommes, qui va faire du français l'un des plus fidèles correspondant de Fréchette (4) a peut-être son origine dans le séjour de Fréchette dans la région nantaise
qu'Herbette connaît bien et fréquente régulièrement l'été (ancien préfet de Loire-Inférieure de 1879 à 1882, il passe depuis son enfance ses vacances dans la maison familiale de Pornic). L'estime
réciproque du poète et du conseiller d'Etat se nourrit aussi de leurs idées libérales et républicaines. Leur correspondance évoque les questions politique et d'éducation. Les chroniques anti-
cléricales de Fréchette dans les années 1890, et les lettres sur l'éducation qu'il publie dans La Patrie d'Honoré Beaugrand doivent sans aucun doute quelque chose à la France de Jules
Ferry. Certes, Louis Herbette a une prédilection pour les canadiens libéraux, surtout s'ils font l'apologie de la France des lumières tout autant que de celle de Champlain ; avant Fréchette, il
reçoit Beaugrand à Paris dès 1891 et se lie avec William Chapman, mais son attachement à la culture française au Canada est sincère et se nourrit de toutes les œuvres issues de la Nouvelle
France. Il préface longuement en 1904 les Etudes de littérature canadienne – française de Charles Ab Der Halden.
En 1908, les deux amis vont manquer leur dernier rendez-vous. Louis Herbette représente en juillet la France aux fêtes du tricentenaire de la fondation de Québec, Louis Fréchette est mort
un mois plus tôt.
De cette amitié, il reste un poème que Louis Fréchette dédie à ce compagnon qui arbore à demeure dans son salon parisien du boulevard Fortuny, le drapeau canadien – français.
A M. Louis Herbette
C'est Paris, saluons la grande capitale
Où tout ce qu'on rêva se trouve réuni ;
Où merveille partout sur merveille s'étale,
Antique Eden par l'art sans cesse rajeuni.
Eloignons-nous un peu de la ville centrale ;
Et sur ce seuil discret, élégant et béni,
Laissons nos murs émus battre la générale
Nous sommes au dix sept, boulevard Fortuny.
Ici le froment pur ne connaît pas l'ivraie
Sous ce toit, c'est la France, et c'est la France vraie !
C'est la vertu civique à trente-six carats !
On y retrouve à fond nos fraternels usages,
Des murs tout grands ouverts et de charmants visages...
Canadiens, entrez tous : l'Oncle vous tend les bras.
(daté de 1902 dans l'édition de 1908 du recueil Les oiseaux de neige)
(1) Consulat de Montréal 1888-1942 dossier N° 3 visite du comte de Paris à Monréal.
(2) H. Beaugrand a fondé ce quotidien libéral en 1878, et en reste propriétaire jusqu'en 1897.
(3) L. Herbette Des deux côtés de l'eau, la Nouvelle revue, Paris mars 1900
(4) 32 lettres de 1897 à 1908, d'après l'inventaire des archives du Canada, font d'Herbette le second correspondant de Fréchette en nombre de lettres.
Jean-Pierre Raffarin, président du comité français d'organisation des célébrations du quatrième centenaire de la ville de Québec
était ce matin sur France Culture. Faisant référence aux fêtes du tricentenaire en 1908, il affirmait que la France, en raison de sa politique religieuse de l'époque (nous sommes alors au
lendemain de la séparation des Eglises et de l'Etat) ne fut pas invitée aux célébrations.
L'affirmation est inexacte. Si dans la première moitié du XIXe siècle, le visiteur français n'est pas le bienvenu dans la
Belle Province où les autorités britanniques répugnent à le voir débarquer, les choses s'améliorent après la guerre de Crimée où anglais et français sont alliés, ce qui a pour conséquence
l'ouverture d'un consulat à Québec en 1859 (il sera transféré à Montréal en 1894). Dans la seconde partie du siècle, l'élaboration du Canada fédéral va faciliter de nouvelles relations avec la
France, Hector Fabre devient agent général de Québec à Paris mais son statut n'est pas vraiment officiel.
Cette lente évolution voit son aboutissement en 1908 lorsque le gouvernement français est invité officiellement à
envoyer des représentant aux fêtes du tricentenaire de la fondation de Québec.
C'est alors, pour reprendre l'expression de l'abbé Armand Yon, la première "mission de la France au Canada".
L'amiral Jauréguiberry, chef d'escadre, (il est qualifié de principal représentant de la France dans les notes du
Ministère des Affaires étrangères) est accompagné du poète Gustave Zidler et du conseiller d'Etat Louis Herbette. L'amiral est protestant mais parfait gentilhomme et on lui pardonne. Il en va
tout autrement du conseiller d'Etat, accusé de tous les maux de la République anti-cléricale. Herbette, qui fréquente depuis dix ans ce côté-ci de l'Atlantique a été en 1902 au centre d'une
polémique déclenchée à propos de la création de la section montréalaise de la Ligue de l'Enseignement. L'accusation principale portée contre Herbette dans la presse catholique en 1902 comme en
1908 est l'appartenance à la Franc-Maçonnerie, ce que l'intéressé démentira. Après cette campagne de presse, l'accueil est un peu froid, Louis Herbette parle parfois devant des auditoires
clairsemés et aucun des représentants ne reçoit la médaille commémorative du tricentenaire.
La réapparition officielle de la France sur les bords du Saint-Laurent est donc effective en 1908 mais n'est pas exempte
d'un certain malaise du au contexte politique de la France en ce début de siècle.
Sources : Armand Yon, Missions de la France au Canada (1908-1939)
France-Amérique Magazine 1951
Inventaire des archives Jauréguiberry (vente)
Ministère des affaires étrangères : correspondance politique (Paris) inventaire
Archives diplomatiques Nantes, archives du consulat de Montréal
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