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Cadou en Pays de Retz (2)

Le côté des falaises et le côté des dunes

C’est au cours des vacances pornicaises à la villa « ‘Restons-y’ ; à mi côte, dans la rue de la source, un escalier de pierre dure, une demeure délabrée, comme un vieil accordéon, des pièces sombres où nous nous entassions […] »(5) où à « ‘La Tirelire’ une demeure de parpaings et de planches que nous avons à un carrefour, là-bas où c’est déjà la mer » (6) que René découvre « la côte sauvage entre Pornic et la Bernerie » et ses éboulis de pierre par lesquels il aborde la mer :

« Un étroit sentier, coupé en certains endroits par l’érosion, suivait la falaise. Des lézards venaient se chauffer entre les touffes d’ajonc sur les pierres plates. Des oiseaux criaient ; au loin, dans la brume, on apercevait les contours de l’île de Noirmoutier et la masse sombre du bois de la Chaise. » (7)

Les premières promenades solitaires de l’enfant Cadou le mènent sur la pelouse de la « Pétardière » (que l’on appelle aussi Monval). Il a huit ans et aime les ombrages des grands sapins sous lesquels se cache le vieux manoir à tourelles et la chapelle construits à la fin du XIXe siècle par un vieil abbé poète. Sous les frondaisons d’autres poètes ont précédé le poète en devenir : l’ancien maître des lieux, l’abbé Pétard, il appelle volontiers ses œuvres des « pétarades », Joseph Rousse chantre de la bretonnité, ou le baron de Wismes. Cadou était difficile en poésie et je doute qu’il put goûter les réalisations parnassiennes de ses devanciers, lui qui préférait les refrains de corps de garde aux « vers antiques de Lecomte de Lisle » et aux « poèmes mansardés d’un François Coppée » (8)

La grand-mère Cadou (grand-mère Viaud depuis son remariage) avait loué vers 1900 un logement d’été chez le jardinier de Monval, elle rassemblait maintenant ses enfants à Pornic autour du 15 août. L’une de ses filles, Marie, la marraine de René, avait été institutrice à La Bernerie pendant la guerre.

A Saint-Michel, « entre deux équipées dans les dunes de Camberge » (9) nait le premier recueil d’un poète de 17 ans :

« Oh ! Ces grands escaliers

Qui descendent jusqu’à la mer

Voici la plage où l’on efface les pas compromettants » (10)

Avant que la mer ne devienne « le miroir du souvenir » et qu’elle laisse la place au mystère des « labours plats » (11) de Louisfert, elle exerce une fascination nostalgique sur l’adolescent :

« La barrière qui ouvrait sur les prairies grasses de la mer a clos ton visage abyssal. Tes mains ne frotteront plus le dos tambourinant de la lune pour en faire jaillir les marées : les vagues ont ceint leur écume de courroies d’algues. » (12)

A peine plus de 20 ans et le voici qui aborde l’autre bout de la Bernerie, après celui des falaises, le côté des dunes :

« Je pars aux premiers feux vers les dunes de Lierne

Et quand j’arrive enfin – la mer est déjà là » (13)

Par la vertu d’un remplacement de quelques mois à l’école de Bourgneuf en Retz (printemps 1941), il a retrouvé l’ami Sylvain Chiffoleau qui l’accueille chez ses parents à l’hôtel de la Boule d’or :

« Les souvenirs que j’ai sont vagues de grand large

Qui retombent parfois sur les pays déserts

Hôtel des Chiffoleau ! Tes chambres à cordage

Ballottent mon esprit comme un enfant des mers » (14)

En route vers le fabuleux spectacle des couchers de soleil sur la baie qui leur laissaient « l’âme bleuie » les deux amis s’en vont par les marais dans la « dansante beauté des jours » :

« Lorsque nous avions longuement marché dans la tiédeur des marais, franchissant les innombrables planches lancées de part et d’autre des fossés, nous débouchions sur un large chemin, parallèle au grand étier. Nous le suivions jusqu’à l’écluse dont nous montions les quelques marches pour mieux surplomber le port minuscule du Collet ; quelques barques noires s’agglutinaient sur les pavés du quai, en tout sens, la coque renversée, comme ivres de goudron qui les revêtait. Aussi loin que portaient nos regards, s’étendait la luisante marée des vases aux eaux figées, jusqu’à la frange blanche du jusant, vers Noirmoutier. » (15)

Dans le petit square où nul enfant ne joue, la stèle solitaire élevée en 1964 par la volonté des amis du poète et ceux du Pays de Retz a perdu le saule pleureur qui l’abritait. La Boule d’or n’apparait plus sur la façade refaite à neuf de l’hôtel des Chiffolleau.

« Mais le soir dans ton triste hôtel

La Boule d’Or si bien nommée

D’embruns et de ciel embrumée

Roulait au fond de nos prunelles » (16)

Désormais, la mer ne le verra plus qu’aux grandes vacances ou lors de quelque froide visite dominicale à la Villa les anges à Saint-Brévin chez son ami Michel Manoll, mais dans le vent tinte déjà la cloche des départs :

« La porte s’est fermée

Ma lampe a brûlé tard

Sur la table vernie j’avais laissé ta part » (17)

(5) Mon enfance est à tout le monde p. 75

(6) Mon enfance est à tout le monde p. 126

(7) Mon enfance est à tout le monde p. 127

(8) Poésie la vie entière, œuvres poétiques complètes de R.G. Cadou, Ed. Seghers 2001 p. 402

(9) Michel MANOLL, René Guy Cadou, collection poètes d’aujourd’hui Seghers 1954

(10) René Guy CADOU, Brancardiers de l’aube 1937

(11) Michel MANOLL, René Guy Cadou … p81

(12) René Guy CADOU, Au creux d’une pipe, recueil Brancardiers de l’aube 1937

(13) René Guy Cadou, Bourgneuf en Retz, recueil Bruits du Cœur 1941

(14) René Guy Cadou, Sylvain Chiffolleau, recueil Que la lumière soit 1949-1951

(15) Sylvain CHIFFOLLEAU, l’ami René Revue Signes N° 12/13 1990

(16) René Guy Cadou, Sylvain Chiffolleau…

(17) René Guy Cadou, Villa les Anges 1943