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Histoire et
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Image de fond : Le Rat de bibliothèque (Der Bücherwurm) toile du peintre et poète allemand Carl Spitzweg (1850) Musée Georg Schäfer à Schweinfurt
Salvator Mundi (ancienne collection du marquis de Gamay)
Le 22 juin 2011, le magazine en ligne ARTnews annonçait la découverte d'une œuvre de Léonard de Vinci jusqu'ici
présumée perdue. Le 8 juillet, Robert Simon représentant des propriétaires américains du tableau confirmait l'information et affirmait que le Salvator Mundi en leur possession depuis
2005 avait été authentifié comme une œuvre originale.
En 1982, Joane Snow-Smith (+2009) de l'Université Washington de Seattle, spécialiste reconnue de la peinture de la Renaissance italienne, publiait The Salvator Mundi of Léonardo da
Vinci dans lequel elle identifiait un tableau appartenant alors au marquis de Gamay comme l'original de cette œuvre considérée comme perdue mais connue par des copies d'élèves de
Léonado et par une gravure de Venceslas Hollar (1650) portant l'annotation secundum originale (conformément à l'original). Dans cet ouvrage, elle citait une copie attribuée à Giovanni
Antonio Boltraffio élève de Léonardo qui se révèle aujourd'hui, après une importante restauration et de l'avis de plusieurs spécialistes, l'original supposé annoncé en juillet dernier.
Les deux tableaux présentent de grandes similitudes. Il s'agit de deux panneaux de noyer de même dimension d'une exécution très soignée conforme aux techniques utilisées dans l'atelier de
Léonardo (couches successives de peinture à l'huile). L'identité de dessin est beaucoup plus affirmée entre eux qu'avec les autres copies connues du Salvator Mundi. La seule différence notable
concerne la couleur de la tunique du Christ, bleue comme le manteau pour le premier tableau cité, rouge avec manteau bleu pour le Gamay couleurs qui rappellent la Cène.
Au-delà de ces faits, il n'est pas question de prendre parti entre le trait trop précis de l'un (le Gamay) et le sfumato supposé de l'autre sur des clichés de qualité insuffisante, c'est
affaire de spécialiste.
Réapparu récemment, le Salvator Mundi révélé par ARTnews a une histoire confuse, qui ne remonte pas dans la connaissance de ses propriétaires au-delà du début du XXe siècle, encore
son destin au cours de ce siècle est-il incertain. On le dit avoir fait partie de la collection du roi Charles Ier d'Angleterre en 1649, on verra que cette affirmation sans élément probant
établit un point commun à l'itinéraire des deux tableaux.
L'histoire supposée du Salvator Mundi de la collection de Gamay présente plus de consistance grâce aux travaux de Joane Snow-Smith. Elle a pu, en se basant sur les indications du baron
de Lareinty, son propriétaire au XIXe siècle, établir des conjectures quant au parcours nantais d'une œuvre qui trouve son origine au travers du destin d'une des plus célèbres enfants de cette
ville, la duchesse Anne de Bretagne. L'étude de madame Snow-Smith présente l'indéniable avantage de pouvoir être étayé par l'histoire de Nantes.
Commandé en 1507 à Milan par le roi Louis XII de France, époux de la duchesse Anne, le Salvator Mundi aurait été donné au monastère des Clarisses de Nantes au moment du décès de la
duchesse (1514). Fondé par Françoise d'Amboise femme du duc Pierre II en 1457, c'est le plus ancien monastère de femme de la ville et jusqu'à sa disparition en 1793 il renferme une importante
collection de tableaux dont témoigne l'inventaire et la vente de janvier 1793. Parmi les œuvres dispersées la présence d'un tableau de bois est avérée, ce qui correspond au témoignage du baron de
Lareinty qui signale son tableau comme issu de la dispersion d'un couvent nantais.
Grand amateur d'art, le baron prête en mai 1866 trois tableaux issus de ses collections dans une exposition rétrospective de tableaux de maîtres présentée au palais des Champs-Élysées en
parallèle au Salon. Le N° 178 du catalogue Le Christ bénissant le monde, y est attribué à Lionardo da Vinci, il est précisé la mention : Gravé par Hollar.
La gravure de Venceslas Hollar est datée de 1650 et dite copiée de l'original. Par sa très grande identité avec les tableaux évoqués ici, elle est l'élément probant majeur des thèses en faveur
d'une authentification des œuvres. Le roi Charles Ier d'Angleterre est exécuté en 1649. Depuis 1644, son épouse Henriette de France, sœur de Louis XIII vit en France. Elle est identifiée par
Joane Snow-Smith comme la commanditaire de la gravure dont elle connaît donc l'original. Là encore, l'histoire nantaise vient à l'appui des dires de l'historienne de l'art américaine qui ignore
l'anecdote suivante.
Le 12 août 1644, la reine d'Angleterre est à Nantes, elle demeure dans un hôtel dont le jardin communique avec le couvent des Clarisses. C'est là qu'elle découvre le Salvator Mundi. Et
c'est là peut-être que l'histoire de ce tableau se mue en une double destinée …
Le Salvator Mundi de la collection de Gamay a été vendu 332 500 $US en 1999 chez Sothebys, la plupart des spécialistes ne suivaient pas Joane Snow-Smith et l'attribuaient alors à Marco d'Oggiono, élève de Vinci. Le Salvator Mundi identifié en juillet sera présenté à la National Gallery de Londres du 9 novembre 2011 au 5 février 2012 dans le cadre de l'exposition Léonardo da Vinci – Painter at the Court of Milan. En cas de vente, son prix pourrait atteindre 200 millions $ US.
PatBdM
Le 21 août 1881, Gambetta, qui se présente aux élections législatives dans deux circonscriptions de Paris, est élu dans celle de Belleville -
Saint-Fargeau mais mis en ballottage dans la seconde (Père-Lachaise et Charonne). Son adversaire, Antoine (dit Tony) Révillon est élu au second tour face à un candidat de substitution. Tony
Révillon est un ami de Clemenceau et un de ces radicaux intransigeants qui voient dans l'opportuniste Gambetta un dictateur. Quelques jours après l'élection, Ignotus dans le Figaro du 7
septembre, dans le portrait qu'il consacre à Tony, revient sur une polémique déclenchée par les amis de Gambetta :
"M. Tony Révillon vient d'écrire une lettre dans les journaux pour expliquer une amitié que le parti opportuniste lui reprochait. En effet, il a été l'ami dévoué d'une femme célèbre pour sa beauté ou son esprit, la comtesse de Solms. Pensez-y donc, le député de Belleville ami d'une Bonaparte ! Rien de plus curieux que cette lettre. M. Tony Révillon explique aux peuples que le salon de cette Bonaparte était rempli de révolutionnaires féroces. Si j'avais été l'ami de M. Gambetta, je faisais le portrait de M. Révillon avant l'élection, et je donnais ici le nom de tous ces révolutionnaires féroces … Gontaut-Biron, Talleyrand, le sénateur Sainte-Beuve, et j'omets des noms encore plus réactionnaires, et des princes par douzaines. Ce salon était une sorte de relais des plus charmants entre la France et l'Italie, et je dois à la vérité dé déclarer que Tony lui a donné une tapisserie rouge, pour les besoins de sa cause."
Félix Platel, futur Ignotus, et Tony Révillon se sont rencontrés 22 ans plus tôt dans le salon de la comtesse de Solms. C'est à
Aix-les-Bains, sur les bords du lac du Bourget, sur le territoire du royaume de Savoie – Piémont, que cette petite fille de Lucien Bonaparte reçoit sous le Second Empire, non seulement des
représentants de la littérature conservatrice comme le signale Ignotus, mais aussi des exilés qui partagent son sort d'exilée. Cette jeune princesse, elle a 26 ans, le même âge que Félix et Tony,
n'est pas en odeur de sainteté à Paris, et fille de Bonaparte qu'elle est, elle est bien peu bonapartiste. Parmi les invités du chalet de Marie de Solms à Aix, Eugène Sue, auquel Platel consacre
un portrait dans un ouvrage paru en 1858 (Savoie et Piémont – Causeries Franco-Italiennes) ne peut être non plus assimilé à un conservateur.
Dans l'une des nombreuses revues créées par elle (ici les Matinées espagnoles en 1885), Marie de Solms fait le portrait de ses deux amis et
revendique à travers eux la diversité de son salon :
"L'antagonisme, voilé, du reste, sous des formes affectueuses, qui éclata, dès la première rencontre, entre Tony
Révillon et Félix Platel, influa sur leurs qualités et leurs défauts réciproques et les exagéra en les stimulant par la crainte incessante d'une ressemblance ou d'une comparaison
quelconque.
Platel était très observateur, très perspicace ; l'observation méticuleuse, incessante, était le trait
primordial de son talent. Tony reconnaissait de bon cœur tout cela, mais il avait en horreur ses phrases un peu longues que l'abondance de métaphores, preuve cependant d'une grande richesse
d'imagination, rendait parfois obscures. De telle sorte que lorsque Platel traitait un sujet en dix lignes, Tony traitait le sien en dix mots. A son tour, Platel, tout en convenant que Tony avait
de la verve, du bon sens, du trait, abhorrait son style clair et concis, ses phrases courtes et hachées, et il s'étendait complaisamment là où son voisin n'avait fait que voler.
Au physique, mêmes divergences ! Tony était en large et Platel était en long. L'un riait, l'autre souriait ;
l'un gaspillait dans un toast l'esprit de deux articles, l'autre amassait silencieusement les matériaux d'un demi-volume ; tous deux étaient copains à la façon d'Héraclite et de Démocrite,
prêchant chacun une doctrine différente de celle de son voisin, se complétant, pourtant, concourant à l'homogénéité de ce salon fait de disparates, assez semblable à ces mosaïques qui forment un
tout étincelant, circonscrit dans une ligne bien définie, quoi qu'elles soient composées de milliers de pierres différant entre elles par la taille et la couleur."
Tony Révillon (Les Matinées espagnoles 1883)
Le portrait de Tony par Félix est sévère lorsqu'il aborde les questions politiques, comment peut-il en être autrement entre le journaliste radical libre-penseur et le rédacteur monarchiste qui passe pour avoir fait pénétrer le Figaro dans toutes les familles catholiques ? Mais la tendresse des jeunes années est aussi présente chez ce maître du portrait qu'est Ignotus :
"Je le vois encore. Tant d'autres spectacles sinistres n'ont pu effacer sa gaie vision. Il portait une longue
redingote, un chapeau gris à larges bords, des pantalons larges et des gilets à la Robespierre. Vous voyez dans ce dernier détail la preuve de ses opinions républicaines de la veille. Toujours le
bout d'un large foulard rouge passait par la poche d'un pan de sa redingote. Je croyais que c'était encore une manie – c'était déjà un drapeau !
Grand et fort, large figure joviale et intelligente, nature en dehors, exubérante de vie. Bouche pleine
d'appétits. Menton ras et déjà légèrement doublé. Longs cheveux un peu roux rejetés derrière l'oreille.
Verve parfois endiablée. Esprit parisien, primesautier, boulevardier. Le cœur sur la main. Pas grand-chose
dans la poche. A l'aise partout. Mettant les coudes sur la table et – je parle, bien entendu au figuré – souvent les pieds dans le plat.
Voilà le Tony Révillon d'alors, qui a subi depuis, la loi générale – en se déplumant et en grossissant.
Mais sa note particulière était déjà une note éclatante. Sa voix dominait tout. Elle était cuivrée,
sonore comme celle d'un coq immense. Vingt ans plus tard, M. Gambetta qui rêvait d'être l'aigle à deux têtes de Belleville divisé en deux arrondissements, devait être mi-décapité par ce coq
vraiment éloquent."
Est-ce le sujet ? le style d'Ignotus est ici celui que la princesse prête à Tony, phrases courtes et hachées, le chroniqueur vole lorsqu'il évoque ses jeunes années, ne craignant plus la comparaison, comme si l'antagonisme affectueux de Félix et Tony nourrissait encore la prose du journaliste.
PatBdM
C'était un vieux monsieur qui avait jeté l'ancre derrière un vieux perré envahi de yuccas. Un regard malicieux auquel on ne s'attendait pas chez un homme diminué par le poids des ans et la pesanteur d'un corps qui ne répond plus. Voulait-il nous rassurer par ce regard ? nous qui abordions ses rivages après avoir cheminé dans des terres salines. Nous dire qu'au bout du chemin il ne fallait pas craindre l'immensité et l'amertume de la mer et de l'inconnu.
Psychanalyste, psychologue et pédagogue, Gilbert Terrier a fondé en 1954 à Paris l'Association de Réadaptation Psychopédagogique et Scolaire et une institution d'enseignement et de soins orienté par la psychanalyse, aujourd'hui l'Hôpital de jour "La Grange Batelière" géré par cette association.
Afin d'éclairer son projet pédagogique et psychanalytique et de rendre compte de l'expérience, Gilbert Terrier a publié
deux livres avec Jean-Pierre Bigeault : Une école pour Œdipe, psychanalyse et pratique pédagogique et L'illusion psychanalytique en éducation.
Car Œdipe est aussi cet adolescent fugueur, cet enfant confus du destin qu'il se donne à lui-même, cette coïncidence
tranquille du Surmoi et de l'Idéal du Moi qui ferait d'Œdipe, s'il n'y prenait garde, un héritier sans conflit mais aussi sans grandeur.
(Œdipe adolescent Revue française de Psychanalyse 1973)
Eléments bibliographiques :
Avec Jean-Pierre BIGEAULT :
Une école pour Œdipe, psychanalyse et pratique pédagogique, Toulouse Ed. Privat 1975, 270 p.
L'illusion psychanalytique en éducation, Paris P.U.F. 1978, 272 p. (Pédagogie d'aujourd'hui)
Ces deux ouvrages ont été présentés respectivement par Georges MAUCO dans la Revue française de psychanalyse (juillet-août 1977), pp 757-760),
et par Jean-Pierre FILLOUX dans la Revue française de pédagogie (Vol. 48 1979, pp 52-56)
ici
Actes de colloque (direction J. CHASSEGUET –SMIRGEL)
Les chemins de l'anti-Œdipe, Toulouse Ed. Privat (bibliothèque de psychologie clinique) 1974
Œdipe adolescent, Revue française de Psychanalyse (Vol. 37 1973 pp 451-471)
Cet article est disponible sur Gallica :
Plus de fleurs de Lyarne sur le blog de Patricia :
Parmi les nombreux récits du passage d'Henri de Navarre, futur Henri IV au château de la Sicaudais, je propose ici celui composé par Adine
Riom femme de lettre du Pellerin. Il a été publié sous forme de nouvelle dans la Revue de Bretagne, Anjou et Vendée en 1878. La petite nièce de Fouché signe ici du pseudonyme de comte de
Saint-Jean. Comme pour beaucoup de ses confrères, elle s'inspire du récit du géographe Jean-Baptiste Ogée, auteur du Dictionnaire historique et géographique de Bretagne publié à Nantes en
1778-1780 (article Arton) . En nommant Aduhaulme le seigneur de la Sicaudais, elle répète l'erreur d'Ogée que René Kerviller rectifiera en 1886 dans son Répertoire général de bio-bibliographie
bretonne (article de Chevigné). J'y reviendrais. Version bien pensante du Paris vaut bien une messe, le texte de madame Riom est aussi l'occasion d'évoquer le Pays de Retz en l'intégrant à la
matière bretonne dont elle est une des muses.
LE SEIGNEUR DE LA SIGAUDAIS
C'était en Bretagne, vers la fin du règne d'Henri de France, troisième du nom. Henri de Navarre, depuis Henri
IV, traversait le pays de Retz, revenant de je ne sais quel consistoire, et cependant suivi de deux joyeux compagnons, Béarnais comme lui. Ils avaient failli être assaillis par une bande de
voleurs, près du bourg de Chémeré, fondé dès le commencement du XIe siècle par le baron de Retz, l'un des neuf barons fiers et redoutés que l'on appelait les barons de Bretagne.
La forêt de Prince, avec ses îles dites enchantées, occupait alors en ces contrées une immense étendue,
peuplée seulement par les bûcherons, les charbonniers, les tire-laine et fugitifs de toute nature; ce pays était fort dangereux.
Il y avait en ce temps soixante et quelques forêts au vert pays de Bretagne. Le roi de France à lui seul
en possédait trente-deux, et chaque haut baron une demi-douzaine, sans compter les puis¬sants seigneurs, et surtout la maison de Condé, qui en comptait dix. La Bretagne pouvait donc à bon droit
revendiquer pour aïeule la Gaule chevelue des anciens jours.
Mais cette exubérance végétale était loin de concourir à la sûreté des routes. Henri et ses compagnons, montés sur des chevaux du pays cheminaient. lentement et avec
précaution, écoutant dans le lointain, et redoutant les voix d'hommes plus encore que les fon¬drières. Le soleil descendait rapidement de la cime des hautes futaies, il fallait songer ou souper
et à la couchée.
On arriva tard au bourg d'Arthon. Les aubergistes, rendus méfiants par les troupes de brigands qui circulaient
pendant la nuit, refusaient de coucher ceux dont ils n'avaient pas vu les traits en plein jour. — « Ouvrez-nous, disait Henri en frappant les portes charrières du pommeau de sa bonne dague ; nous
sommes des seigneurs qui nous sommes égarés dans la forêt ; nos escarcelles sont rem¬plies de bonne monnaie de Bretagne, d'écus à la couronne et d'écus au soleil ; ouvrez-nous! »
Mais, loin de répondre à leur voix, tout se taisait, et les voyageurs entendaient seulement les lourds verrous fermer les portes, les contrevents s'assujettir, et
voyaient les chiens lâchés pour la nuit s'élancer à la tête de leurs chevaux avec des aboiements féroces ou les eût dits affamés, altérés de chair et de sang !
- Allons, mes amis, dit Henri, il nous faudra avoir recours à l'hospitalité des bûcherons : j'entends de ce côté le bruit sourd
des cognées, et j'aperçois par intervalle quelques lueurs qui me font croire que l'autre partie de la grande forêt est de ce côté; allons partager le pain des charbonniers!
En effet, après une demi-heure de marche, ils arrivèrent près de l'endroit où des hommes entretenaient leur brasier de bois
vert ; on entendait se tordre les brindilles, une lueur verte illuminait les clairières et l'acre arôme de la sève résineuse alimentait toujours la flamme ; c'était fantastique.
- Messeigneurs, dirent les charbonniers, après avoir entendu le récit des trois gentilshommes, nous appartenons à la terre
de la Sicaudais ; le château est à une demi-heure d'ici à peine; il est pourvu d'une bonne et fidèle garnison, mais le seigneur est hospitalier, et si, comme vous le dites, vous n'avez nulle
mauvaise inten¬tion et que vous désiriez simplement un retrait pour la nuit, il vous accordera une noble et courtoise hospitalité.
- Merci, bonnes gens! Dieu vous rende la pareille, si jamais vous vous trouvez égarés en pays inconnus !
- Oh! il n'y a pas de risques ! reprirent les charbonniers, nous ne sortons de la forêt que pour aller à l'église de notre
paroisse et nous en savons le chemin depuis le jour de notre baptême.
- Heureux celui qui peut vivre et mourir aux lieux qui l'ont vu naître! s'écria Henri.
Puis, en reprenant sa marche, il songeait à son royal château de Pau, croyant sentir le parfum des monts d'Aragon, apporté par les
souvenirs de ces montagnes si hautes qui empêchaient Gaston Phébus de voir ses premières et pures amours. Henri se rappelait aussi toutes les braves et loyales amitiés qui avaient entouré son
enfance et sa première jeunesse... Et maintenant, en butte aux intrigues de cour, il était le point de mire de toutes les jalousies ; car il se trouvait là sur les marches du trône où l'appelait
sa naissance, mais d'où l'écartait sa religion, étant de la secte nouvelle, de la religion dite réformée. La France catholique, celte fille aînée de l'Église, accueillerait-elle jamais un
huguenot ? Il était donc absorbé dans toutes ces pensées, lorsqu'il aperçut au clair de la lune les tourelles du château de la Sicaudais qui montaient dans le ciel.
- Nous y voici, je crois, messire Gaston, dit-il à son écuyer. Vous plairait-il de sonner du cor de chasse que je vois pendu à
votre ceinture, pour avertir le noble châtelain de notre arrivée ?
Le jeune écuyer joua fort savamment une fanfare ; à ce chant joyeux un homme parut aussitôt de l'autre côté du pont-levis et
ouvrit l'huis destiné aux reconnaissances.
- Que voulez-vous, messeigneurs?
- L'hospitalité pour la nuit; nous avons en vain demandé le couvert et le coucher chez les hôteliers du bourg, et cependant
nous aurions largement payé la dépense : nous ne sommes pas des rôdeurs de nuit.
- Je le crois, répondit la voix. Eh bien, quatre hommes de la garnison vont venir prendre vos armes et vous pourrez ensuite
jouir en paix de l'hospitalité de notre seigneur, qui est généreux et courtois, mais qui se méfie des surprises.
- C'est juste, dit Henri. Et, s'avançant le premier, il dit aux gardes qui arrivaient : Voici ma bonne et loyale épée,
gardez-la-moi, et je vous jure, foi de gentilhomme, que c'est ma seule arme. Je rougirais de porter sur moi poignard ou couteau, car ce sont les armes des assassins et non des braves !
Ses compagnons donnèrent aussi leurs épées et aussitôt la cloche du château se fit entendre, la herse se leva en grinçant et le
pont-levis tomba. Les trois gentilshommes étrangers, devenus des hôtes, furent introduits dans la cour d'honneur.
Debout sur le perron, un jeune homme au front élevé, à la tournure élégante, leur souhaita la bienvenue. Ils le suivirent, traversèrent le vestibule éclairé par des
torches de mélèze et de riches lampadaires. Puis la porte de la salle à manger s'ouvrit devant eux a deux battants,
- Vous êtes servis, messeigneurs, leur dit noblement le châte¬lain, en les invitant du geste à prendre place à ses côtés.
- Ventre saint gris ! s'écria Henri étonné, je n'ai jamais vu pareil cérémonial, si ce n'est à la cour de France; ne troublons-nous
point ici quelque fête de famille? Dites-nous-le franchement, notre hôte; du pain et un lit pour la nuit, voilà tout ce que nous vous demandons, car nous serions désolés d'être
importuns.
- Asseyez-vous, messeigneurs, répéta le maître de la maison ; vous êtes ici chez Aduhaulme de Chevigné, seigneur de la
Sicaudais, qui se fait honneur et plaisir de vous offrir sa table.
Henri de Navarre et ses compagnons prirent les places qu'on leur désignait, et le chapelain dit le bénédicité. Nos gentilshommes eurent
peut-être alors une contenance un peu embarrassée, mais Aduhaulme, tout à sa prière, ne le remarqua pas.
On servit des poissons les plus délicats, du gibier, des volailles, un paon aux ailes déployées, dont les plumes miroitaient sous
la lumière comme un arc-en-ciel avec leur triple reflet d'émeraude, de topaze et de saphir. Au dessert, parurent les fruits de la saison, dans des corbeilles de chèvrefeuille et de fougères
couronnées de fleurs.
Le bon Henri ne se sentait pas de joie ; avoir craint un moment de coucher à la belle étoile, autour des feux de la forêt, et se
trouver assis à ce magnifique festin ! c'était à croire que son bon ange le conduisait par la main, - s'il avait cru aux saints anges ; mais Henri de Navarre, comme nous l'avons déjà dit, était
hérétique.
Cependant les vins circulaient, on but à la santé du roi de France, puis Aduhaulme s'écria : « Au triomphe de la sainte foi! » Les trois
gentilshommes s'entre-regardèrent; mais la courtoisie l'emporta : ils se levèrent d'un commun accord et leurs coupes vinrent choquer celle du seigneur châtelain.
Bientôt un jeune page parut, apportant sur un plat d'argent les trois épées des gentilshommes; «Reprenez-les, messeigneurs, s'écria le
chevaleresque Aduhaulme ; nous avons rompu le pain ensemble, ma coupe a louché les vôtres, nous sommes amis ! D'ailleurs, la franchise autant que la noblesse brille dans vos regards ;
reprenez-les donc, ces bonnes et fidèles lames, qui, j'aime à le croire, ne seront tirées que pour le roi de France, et ne boiront jamais que le sang des ennemis de notre sainte religion
!"
Les gentilshommes remirent leurs épées à leur ceinture, puis le Béarnais s'écria : "Il ne sera pas dit que je ne reconnaîtrai pas
une aussi magnifique hospitalité ! Oui, cher seigneur, je suis un des familiers d'Henri de France, et tout-puissant auprès de sa personne ; aussi, parlez sans crainte et dîtes-moi ce que vous
souhaitez. Si j'en juge d'après le luxe de votre maison, et si vous prodiguez habituellement une hospitalité aussi généreuse, vos terres doivent être obérées; voulez-vous un secours d'hommes ou
d'argent ? Avez-vous des ennemis ? Voulez-vous épouser une jeune et belle princesse? Dites-moi vos vœux, vos espérances, car, foi de gentil¬homme et sur mon âme, il vous sera tout accordé
!"
- Je ne vous savais pas un aussi puissant seigneur, reprit Adu¬haulme de la Sicaudais, mais ce que vous voulez bien appeler ma magnificence
est l'ordinaire de ma table ; j'ai dans mes grands bois abondance de gibier ; ces poissons viennent de mes étangs, ces fruits de mon jardin ; feu mon père, que Dieu absolve ! a pratiqué toute sa
vie l'hospitalité ; mais il m'a appris en méme temps à ne jamais contracter de dettes et à vivre en paix avec tous mes voisins; je n'ai donc nullement besoin de secours, Quant à épouser une
princesse, je ne le souhaiterais que si je l'aimais et surtout si elle me semblait propre à élever mes enfants selon le coeur et les lois de Dieu !
- Touchez-là, seigneur de la Sicaudais, dit Henri avec son enthousiasme méridional, c'est entre nous à la vie et à la mort ! Je n'ai pas
rencontré gentilhomme plus accompli que vous dans tout le royaume de France, et si mon cousin de Navarre vous voyait, il abaisserait devant vous sa toque au blanc plumet, comme je le fais en ce
moment. Et Henri, se découvrant, cria : Vive le seigneur de la Sicaudais !
- Vous connaissez Henri de Navarre? dit Aduhaulme anxieux.
- Comme moi-même. Souhaiteriez-vous de le connaître aussi ?
- Oui, car je n'ai au cœur qu'un seul vœu et je ne puis le dire qu'à lui seul !
D'un geste Henri venait de faire retirer les deux seigneurs, puis, ouvrant tout grands les bras, il se précipita vers Aduhaulme, le baisa et
lui dit:
- Devant Dieu qui m'entend et me jugera un jour, je suis Henri de Navarre. Parle aussi librement que si tu étais le second fils de ma
mère.
- Je ne sais plus si je le dois! répondit Aduhaulme interdit, mais, jetant un regard sur la franche et joyeuse figure d'Henri, il se hâta
d'ajouter: Eh bien, prince, jurez-moi que vous m'accorderez ma demande ?
- Mais je te donnerais la France, si je l'avais, dit en riant le Béarnais, car elle serait, je le confesse, mieux dans tes mains que dans les
miennes.
- Ne croyez pas cela, Henri de Navarre ; Dieu est avec les rois et donne avec l'onction sainte la grâce et la force de gouverner.
- Exprime donc promptement ton souhait, reprit le prince plus sérieusement.
- Vous jurez de l'accomplir?
- Oui, dans la mesure du possible.
- Eh bien, c'est que, si vous devenez roi de France sans croire à la reine du ciel, vous détacherez aussitôt la Bretagne de votre couronne
pour la remettre à la seule garde de celle que nous appe¬lons l'Etoile de la mer.
- Comment! rendre la Bretagne! mais tu n'y songes pas! Si tous les Bretons te ressemblent, elle vaut a elle seule toute la France ! Je
donnerais tous les myrtes de mon Béarn pour un de vos chênes, car c'est l'arbre de la force, c'est-à-dire de la vertu.
- Oui, prince, vous avez bien dit, la Bretagne est la terre de la force, ses côtes sont de granit, ses ennemis le savent ; son cœur est de
diamant, vous le saurez le jour où la véritable lueur éclairera votre âme.
- Je suis entre les mains de Dieu, reprit Henri; je te jure de m'abandonner à sa volonté sainte aussitôt qu'elle me sera clairement manifestée.
Mon aïeul m'a souvent répété que ma vaillante mère chantait un cantique à la mère du Christ en me mettant au monde. Aussi, malgré la croyance dans laquelle on m'a élevé, le nom de Marie est
demeuré sacré pour moi. Mais à quoi bon ces discours? Je ne suis pas roi de France.
- Vous le serez un jour. Henri III n'a pas de descendant, et vous êtes celui de saint Louis. 0 mon prince, n'attendez pas ce moment pour implorer
la divine lumière ! Le ciel est semblable à un immense saphir, et l'homme sage sacrifie tous les biens de la terre pour acquérir celle perle incomparable. N'attendez donc pas que vos intérêts
soient en jeu pour essayer de dissiper les ténèbres qui vous environnent. Promettez-moi de répéter souvent du fond de voire cœur ce que Jeanne d'Albret disait en vous donnant le jour : «
Notre-Dame ! aidez-moi à cette heure ! »
- Je te le jure ! dit Henri en lui tendant affectueusement la main.
Les seigneurs rentraient. Aduhaulme conduisit son hôte dans la chambre d'apparat, chambre que les seigneurs de la Sicaudais ont
religieusement conservée et dans laquelle jamais personne n'a cou¬ché depuis.
Henri revint à Paris, et lorsque, par hasard, le nom de la Sicau¬dais était prononcé près de lui, il disait à ceux qui l'entouraient : "Je ne
connais pas un plus honnête homme, un plus fier Breton !" Puis, se découvrant, il répétait mentalement, suivant sa pieuse promesse ; « Notre-Dame ! aidez-moi ! »
La dernière descendante d'Aduhaulme, Mme Victoire de la Sicaudais, est morte, il y a peu d'années, au château de la Jary, dépendant de la
Sicaudais, Un vénérable prêtre qui l'a connue, me disait ces jours derniers : "Sa vie a été toute d'abnégation, d'aumône et de prière ; je ne serais pas étonné de voir son tombeau opérer des
miracles. Qui peut connaître les récompenses que Dieu réserve aux siens ?
Cte de Saint-Jean.
La Monarchie de Juillet
Le 1er août 1830, la nouvelle parvient à Nantes de la chute de Charles X. Louis-Hyacinthe Levesque quitte la ville le lendemain en
compagnie du préfet. Le négociant Soubzmain le remplace à la mairie mais il reste député de l'arrondissement de Saint-Philbert. Il n'est pas question de dissoudre la Chambre élue le 23 juin.
Le 7 août, les députés votent la révision de la Charte de 1814. En ce qui concerne les modalités électorales, la Chambre des députés
(on supprime la mention des départements) voit son renouvellement s'effectuer globalement tous les 5 ans (et non plus par 1/5e tous les ans), l'age d'éligibilité passe de 40 à 30 ans et celui de
l'électorat est ramené de 30 à 25 ans. La Charte de 1830 ne prévoit plus le montant du cens qui est renvoyé à une loi électorale.
En complément de la première législature inaugurée avant les journées de juillet, des élections sont convoquées le 21
octobre dans le 1er arrondissement pour remplacer Louis Rousseau de Saint-Aignan nommé préfet. Pierre-Joseph Maës colonel de la garde nationale nouvellement formée est élu. Deux députés élus
précédemment ayant refusé de prêter serment au nouveau régime, ils sont remplacés par Varsavaux à Savenay le 6 novembre et René-Marie Luminais au grand collège départemental, qui se réunit pour
la dernière fois le 13 novembre. Luminais et Maës seront bientôt des élus du Pays de Retz.
Le 18 avril 1831, une loi organique est votée qui prévoit l'abaissement du cens de 300 à 200 francs (100 francs pour les hommes
de talent ou d'utilité, ceux que l'on appelle les capacités). Ce premier volet de la loi contribue à doubler le nombre d'électeurs (de moins de 90000 à 166000). En raison de cet accroissement
(1905 électeurs en Loire-Inférieure), la tenue d'un collège électoral départemental n'est plus possible. La hiérarchisation des votes entre collèges est ainsi supprimée. Chaque arrondissement
administratif devient le siège d'au moins un collège électoral, ceux-ci ne pouvant excéder les limites de l'arrondissement administratif.
Dans la Loire-Inférieure, l'arrondissement de Nantes comporte 3 collèges, les 1er et 2e pour Nantes
ville, le 3e que Félix Libaudière appelle la partie rurale de l'arrondissement de Nantes est constitué des 4 cantons de Bouaye, Legé, Machecoul,
Saint-Philbert-de-Grandlieu en Pays de Retz, de ceux d'Aigrefeuille, Clisson, Le Loroux-Bottereau, Vallet dans le vignoble et de 2 cantons du nord Loire Carquefou et la
Chapelle-sur-Erdre.
Le 4e collège correspond à l'arrondissement d'Ancenis, le 5e à celui de Chateaubriand. le 6e à celui
de Paimbœuf, le 7e à celui de Savenay.
Une des conséquences de l'augmentation du nombre de collèges électoraux, malgré l'abaissement du cens, va être la réduction pour les
plus petits d'entre eux du nombre d'électeurs et l'activation de l'article 39 de la charte de 1814 qui prévoit de substituer aux électeurs censitaires manquants dans chaque circonscription, les
plus imposés de celle-ci. Au début de la Monarchie de Juillet, le nombre minimum d'électeurs est de 150 par collèges électoraux. C'est le cas du collège de Paimbœuf.
L'arrondissement de Paimboeuf avec les 5 cantons de Bourgneuf, Le Pellerin, Paimbœuf, Pornic et Saint-Père-en-Retz (25 communes)
est classé parmi les plus petits arrondissements de France. Deux autres arrondissements du département sont dans ce cas : Ancenis et Chateaubriand.
Résultats des 1ères élections d'arrondissement (5 juillet 1831)
Collège électoral
Député
Voix obtenues
votants Inscrits
Nantes 1
(cantons 1, 2, 3) Paul-François
Dubois
145 (51.4%) 282 (74.4%)
379
Nantes 2
(cantons 4, 5, 6) René-Pierre
Chaillou 238
(56.1%) 424
(75%) 565
Nantes 3
(Pont-Rousseau) René-Marie
Luminais
129 (67.9%) 190 (51.2%) 371
4e Ancenis
Louis-Marie-Alexandre
Levaillant 67 (77.9%) 86 (57.3%) 150
5e Chateaubriand Joseph Defermon
38
(52.8%) 72
(48%) 150
6e Paimbœuf Nicolas-Auguste-Marie
Rousseau de Saint-Aignan 68
(73.9%) 92
(60.5%) 152
7e Savenay
César-Marie-François
Varsavaux
69 (54.3%) 127
(92%) 138
TOTAUX 1273 (66.8%) 1905
Désormais, le Pays de Retz va élire deux députés. Le régime électoral reste le même jusqu'en 1848.
2e Législature 1831-1834
L'élu du département en 1830, et premier élu du 3e arrondissement en 1831 est René-Marie
Luminais. Il est le fils d'un député du département de la Vendée au conseil des Cinq-cents et au corps législatif de l'Empire. D'une famille d'homme de lois originaire de Bouin, il se
distingue par ses opinions avancées, on le dit républicain, et par un intérêt pour les questions agricoles. Les entreprises de desséchement qu'il dirige dans l'Indre-et-Loire vont le conduire à
abandonner son mandat en 1834. Il reprendra une carrière politique dans ce département qui l'élira son représentant en 1848.
Qu'il s'agisse d'anciens marais comme à Bouin où le collègue député et compatriote de Luminais,
Sébastien Luneau dirige les travaux pour le compte de la famille de Saint-Céran ; ou de plans d'eau, le desséchement est une activité qui génère tout à la fois convoitise et rejet. L'ancien
député le comte Auguste de Juigné et le futur Aristide Locquet de Grandville s'entendent en Pays de Retz pour relancer les projets d'assèchement du lac de Grandlieu initiés avant la Révolution
par le père du premier. La famille de Juigné qui a vu reconnaître ses droits de propriété sur la plus grande partie du lac doit cependant tolérer sur ses rives (et sur le lac lui-même pour 143
ha) le domaine de son adversaire en politique, le libéral Louis de Saint-Aignan.
Des sept députés élus en 1831, quatre sont considérés comme plus avancés dans leurs opinions. Luminais
est de ceux-la avec Dubois à Nantes et les députés d'Ancenis et de Savenay. Les trois autres sont considérés comme des ministériels partisans du 13 mars, date de l'établissement du ministère
Casimir Périer, théoricien de la monarchie constitutionnelle, réputé plus conservateur que celui de son prédécesseur Laffitte.
Auguste Rousseau de Saint-Aignan fait partie de ces ministériels. Chassé par Levesque de la circonscription de Pont-Rousseau l'année précédente, il prend sa revanche en se faisant élire deux fois en 1831, à Chateaubriand et à Paimbœuf. Dans ce nouvel arrondissement électoral pour lequel il choisit de siéger, il est facilement élu par 68 voix contre 14 au médecin Janière.
3e Législature 1834-1837
Les élections du 21 juin 1834 vont voir les légitimistes prendre part à la compétition. Ils se sont abstenus aux
cantonales du département l'année précédente.
Le scrutin est serré pour le 3e collège qui se réunit dans la maison de Madame Pion à Pont-Rousseau. Trois tours
sont nécessaires pour départager le libéral Jacques Laffitte, le candidat légitimiste Hennequin avocat à Paris, le républicain Hyacinthe Colombel président du tribunal civil de
Nantes et F.J. Verger. Laffitte l'emporte par 134 voix contre 74 au candidat légitimiste.
Le banquier Jacques Laffitte, après avoir été à l'origine de l'arrivée au pouvoir de Louis-Philippe d'Orléans,
devient en novembre 1830 le premier président du conseil du roi des français. Partisan du Mouvement vers plus de démocratie, il est remplacé le 13 mars 1831 par le représentant du parti de
l'Ordre Casimir Périer. Désormais de l'opposition de gauche, il est élu à Bayonne en juillet 1831. Entre temps en raison de son engagement politique, les affaires du banquier ont périclité. Sa
banque liquidée, il doit vendre une partie de ses biens et une souscription nationale est lancée par ses amis en 1833 pour lui conserver son hôtel parisien. Relayée à Nantes, la souscription
atteint 5000 francs dans le département. La générosité des nantais l'incite à se présenter devant eux aux législatives mais il est aussi élu à Rouen et à La Roche-sur-Yon. Laffitte n'est pas le
seul homme d'état élu en Loire-Inférieure. A Savenay, un autre opposant, leader de l'opposition dynastique est élu : Odilon Barrot. Cette situation menace le député réélu du 1er arrondissement
Paul-François Dubois (lui-même rennais). Il y a trop d'élus étrangers au département et Dubois doit à nouveau affronter les électeurs qui le réélisent en septembre. En octobre Laffitte et Odilon
Barrot offrent un banquet à leurs électeurs à Nantes, à l'Hôtel de France, mais choisissent d'aller représenter d'autres départements.
Le 3 janvier 1835, les électeurs de Pont-Rousseau sont à nouveau convoqués pour remplacer Laffitte. Ils choisissent
Jean-Baptiste Nicolas Blanchard, un juge nantais maire du Bignon qui s'est distingué dans la lutte contre l'insurrection légitimiste qui s'est achevée en 1832 par l'arrestation
de la duchesse de Berry. Il est vainqueur d'un membre de la famille Laënnec (probablement l'avocat Christophe Pélage Laënnec conseiller municipal de Nantes, cousin de l'inventeur de
l'auscultation) mais le score est serré, 119 voix contre 115 . Comme Laffitte et son prédécesseur Luminais, Blanchard vote avec la gauche de l'assemblée.
Dans l'arrondissement de Paimbœuf, le mouvement légitimiste est représenté par Aristide Locquet de Grandville du
Port-Saint-Père mais il est battu par 63 voix contre 25 par le négociant Pierre-Joseph Maës président du tribunal de commerce de Nantes. La maison d'armement Maës est une
des plus importante du port de Nantes qui se rappelle à son avant port pour cette élection. Né dans la paroisse de Saint-François du Poste de Natchitoches en Louisiane à proximité du territoire
Natchez cher à Chateaubriant , Maës, d'origine hollandaise a épousé la fille de l'armateur nantais également d'origine hollandaise Mathias Haentjens propriétaire du domaine de Gesvres à
Treillière. Préférant se consacrer à sa maison de commerce il présente sa démission de député au bout d'une année.
Il est remplacé le 6 février 1836 par le capitaine de vaisseau Théodore-Constant Leray élu par 65
voix contre 26 au journaliste Armand Carrel. Le député élu Leray n'a pas encore gagné ses galons d'amiral mais son adversaire du jour est célèbre. Fondateur avec Thiers du journal
républicain le National, il a joué avec son journal un rôle important dans la Révolution de juillet. Sa candidature à Paimbœuf ressemble à celle de Paul-François Dubois à Nantes,
lui-même fondateur du Globe autre journal d'opposition sous la Restauration, élu député en 1831. Mais ce dernier bénéficie à Nantes du soutien de Camille Méllinet et de son journal Le
Breton. Quelques mois après son élection manquée, Armand Carrel se bat en duel avec Emile de Girardin fondateur de La Presse dont le succès du à l'apport de la réclame fait de
l'ombre à ses concurrents. Blessé, Armand Carrel décède le 25 juillet. C'est la première fois que la presse apparaît dans le débat politique en Pays de Retz.
4e Législature 1837-1839
Les élections de 1837 sont l'occasion de l'émergence d'un autre poids lourd de la politique dans le paysage législatif
départemental. Mais Adolphe Augustin Marie Billault qui se présente devant le 3e collège de Pont-Rousseau et le 4e d'Ancenis n'est pas étranger au département. Jeune avocat, il a
défendu les insurgés nantais de 1830. La même année il rentre au conseil municipal de la ville et en 1833 au conseil général du département. Son élection à Pont-Rousseau se fait au détriment du
légitimiste Pierre-Antoine Berryer par 192 voix contre 144 . Cet autre avocat brillant est un des principaux orateurs de l'opposition monarchique à la Chambre. Il a connu la prison à Nantes en
1832 pour avoir rencontré la duchesse de Berry lors de sa tentative de soulèvement royaliste, c'est un proche d'Aristide de Grandville. Egalement élu à Ancenis, Adolphe Billault opte pour cette
circonscription qu'il va représenter jusqu'en 1848. En 1839 il entre au gouvernement et va poursuivre une brillante carrière qui le mènera à la présidence du corps législatif du Second
Empire.
Pour le remplacer, les électeurs de Pont-Rousseau vont choisir un autre espoir de la politique libérale. Elu le 17
février 1838, Victor Ambroise Lanjuinais a 35 ans. Il est, comme Billault, de la génération née après la Révolution. Fils de Jean-Denis Lanjuinais député breton aux Etats
généraux, président de la Convention en juin 1795 et bien qu'opposant à Napoléon, président de la Chambre des représentants des Cent-Jours, le nouveau député, également conseiller municipal de la
capitale, n'ignore rien des mutations politiques opérées depuis la fin de l'ancien régime. Victor Lanjuinais connaît bien l'œuvre de son père qu'il a publié en quatre volumes en 1832. Le père de
l'élu de Pont-Rousseau (mort en 1827), a influencé par ses nombreux écrits la pensée politique de son temps. Le second volume de ses œuvres Constitutions de la Nation française, propose
de nombreuses réflexions sur l'esprit de la Charte de 1814. Le chapitre sur les collèges électoraux est un long plaidoyer pour le suffrage censitaire qu'il convient de connaître pour appréhender
l'esprit d'un mode électoral qui représente pour l'auteur un incontestable progrès né de la Révolution.
L'élection est plus disputée que la précédente. Victor Lanjuinais n'est pas le seul représentant de l'opposition
dynastique, il lui faut compter avec le colonel Lamoricière. Henri de la Rochejacquelein et Aristide de Grandville sont présentés par le camp légitimiste et le maire de Nantes, Ferdinand
Favre, est le candidat ministériel. Ce n'est qu'au troisième tour que Lanjuinais l'emporte de très peu, 182 voix contre 178 au marquis de La Rochejacquelein. Quelques mois plus tôt, un des
fameux inexplosibles, bateaux à aubes destinés à remonter la Loire, inventés par Vincent Gâche et financés par l'entreprenant marquis, avait atteint Orléans avec succès.
Avec l'élection de Billault à Ancenis, celle de Lanjuinais à Pont-Rousseau, la réélection de Dubois à Nantes, trois
députés qui vont rester en place jusqu'à la fin du régime (ils sont tous les trois membres de la commission du budget), la représentation du département connaît avec la stabilité, un prestige qui
dépasse le cadre de la Chambre des députés. Au début de 1840, Adolphe Billault devient sous-secrétaire au commerce et à l'agriculture dans le second gouvernement d'Adolphe Thiers et Paul-François
Dubois est nommé directeur de l'Ecole Normale. Lanjuinais, plus jeune, attendra 1849 pour devenir à son tour ministre de l'agriculture et du commerce.
L'arrondissement de Paimbœuf ne connaît pas la même stabilité. Le 4 novembre 1837 Théodore Leray remet son mandat en jeu devant
les électeurs mais échoue de peu, 53 voix contre 55 au libéral Félix Cossin de Chourses. Le provisoire échec politique du marin va le renvoyer dans la carrière briguer
grade et honneurs.
Son adversaire du jour n'est pas un inconnu du négoce nantais toujours influent au chef-lieu d'arrondissement. Son père
également prénommé Félix meurt en 1816 en laissant une fortune de 4 millions de francs, la plus grosse de Nantes dit-on. Il s'est fixé au château de la Blanchardais à Vue acquis en 1805 après
avoir fait fortune en armant pour la traite négrière et la course. Il est membre du conseil municipal de Nantes sous l'Empire. En 1822, Félix second du nom a 24 ans et l'esprit exalté des
nostalgiques de l'Empire. Il rallie la conspiration du général Berton, officier rayé des cadres après les Cent-Jours, un des complots de la Charbonnerie visant à renverser le régime né
de la Restauration. Comme son chef, il est condamné à mort mais connaît un meilleur sort que lui en échappant à la guillotine.
La suite de sa carrière est moins aventureuse d'autant que le fils n'a pas semble t-il la fibre négociante du père et il
se contente de gérer ses biens. En 1828 cependant, il s'associe à Basilic Leray oncle du futur amiral, ancien capitaine corsaire de son père pour la fondation de la compagnie de navigation
Les Riverains du bas de la Loire . Depuis 1833, il est conseiller général pour les cantons de Bourgneuf et du Pellerin. Il appartient à la Chambre à l'opposition au ministère Molé.
Félix Cossin démissionne en fin de mandat et ne se représente pas devant les électeurs.
5e Législature 1839-1842
Les élections de 1837 n'avaient pas dégagé de majorité à la Chambre. Après la démission du ministère Molé malmené par les
libéraux, le roi dissout l'assemblée et convoque de nouvelles élections en mars 1839. Elles vont amener une majorité d'opposants à laquelle appartiennent les députés du Pays de Retz élus en début
de législature.
Dans la 3e circonscription Victor Lanjuinais est réélu contre le même adversaire légitimiste La Rochejacquelein
en améliorant son score précédent 231 voix contre 186 à son adversaire.
Dans la 6e circonscription, le médecin nantais Jacques-Constant Benoist est élu en remplacement de Cossin
démissionnaire. Libaudière le dit vainqueur de Théodore Leray. Ce dernier vient de se distinguer lors de la prise de Vera Cruz (décembre 1838).
Deux ans plus tard le député Benoist démissionne, il mourra à Pornic en 1866. Théodore Leray de retour du Mexique et
de l'escadre du Levant où il a été nommé en 1840, se présente devant les électeurs de Paimbœuf et est élu par 72 voix contre 41 à Luminais . Quelques mois plus tard, on l'envoie protéger Tunis
contre les Ottomans et à la fin de l'année (10 décembre) il est élevé au grade de contre-amiral. En raison de cette promotion, il doit se représenter le 25 décembre 1841 devant ses électeurs qui
lui renouvellent leur confiance par 79 voix sur 85 votants .
6e Législature 1842-1846
Le 9 juillet 1842, le marquis de La Rochejacquelein renonce à se présenter dans la 3e circonscription et conquiert le siège de
député de Ploërmel (Morbihan). Victor Lanjuinais est opposé à un autre légitimiste, figure de proue du commerce nantais, Michel Eusèbe Mathias Betting de Lancastel, il l'emporte
par 241 voix contre 193 .
Betting de Lancastel, négociant de 45 ans est un ancien directeur général de l'Intérieur de l'Île Bourbon (La Réunion). En
1836, il publie à Paris une brochure questions coloniales dans laquelle il expose en préambule la question de l'esclavage en rappelant que dès 1831 il a réclamé l'émancipation des esclaves par
voix de rachat. Après avoir exposé la question des sucres, obsession du commerce nantais, il dresse un constat négatif de l'état des colonies, selon lui mal gouvernées et insuffisamment
représentées à la Chambre. En 1840, il plaide auprès du ministre du commerce la cause de Saint-Nazaire pour l'obtention d'une tête de ligne des paquebots transatlantiques. Quelques mois avant
l'élection de 1842, la chambre de commerce de Nantes (il en deviendra plus tard président) délègue Betting de Lancastel pour défendre le dossier du chemin de fer de Paris à l'océan par Nantes. Le
11 juin 1842 est promulguée la loi sur les chemins de fer, mais il faut attendre 1844 pour que des crédits soient alloués au projet et l'année suivante pour le lancement des travaux. Betting de
Lancastel est administrateur, avec l'ancien député Maës, de la société concessionnaire Mackensie.
Devant le collège électoral de Paimbœuf, l'amiral Leray fraîchement promu et réélu est opposé à l'ancien
député démissionnaire de 1835, Pierre-Joseph Maës. Il le distance de 24 voix (72 contre 48) . La Chambre de commerce de Nantes, qui n'a pu faire élire un des siens ni à Pont-Rousseau, ni à
Paimbœuf après les échecs de Betting de Lancastel et Maës, va reporter ses espérances sur le marin. En mai 1845, est débattue à la Chambre la future loi Mackau, du nom du ministre de la Marine et
des colonies. Elle porte sur le régime législatif des colonies et n'apporte que de timides améliorations au régime des esclaves, là où un orateur comme Tocqueville, ami de Lanjuinais, réclame
l'abolition immédiate. Leray, dans un discours de deux heures fait l'apologie du régime colonial et affirme que la condition des esclaves s'est beaucoup améliorée avec la progression des idées
libérales et la suppression de la traite. Les propos de l'amiral sont vivement dénoncés dans la presse par Victor Schœlcher .
En s'opposant à la loi voulue par le baron Mackau, Théodore-Constant Leray relaie l'opinion de la Chambre de commerce de Nantes
qui craint avec le dépérissement des colonies la ruine du commerce et accessoirement l'abaissement de la marine chère à l'orateur. Dans cette affaire, il témoigne d'un esprit aussi conservateur
que celui qui règne à la Chambre des pairs où les partisans du maintien de l'esclavage ne manquent pas.
7e Législature 1846-1848
Le régime inauguré dans les journées de juillet 1830 touche à sa fin. A la Chambre, le centre-droit de François Guizot domine. Comme en 1842, la législature est interrompue par Louis-Philippe qui dissout la Chambre des députés pour conforter la majorité favorable au ministre qui devient président du conseil en 1847. Mais dans le pays, la mauvaise situation économique alimente une agitation sociale qui met en évidence le défaut démocratique du régime et va conduire à sa perte. Les propositions de réforme électorale par l'abaissement du cens, les aspirations républicaines à l'établissement du suffrage universel trouvent leur expression dans la campagne des banquets de l'été 1847 qui prépare le terrain aux évènements révolutionnaires du printemps suivant.
Victor Lanjuinais réélu dans le 3e collège électoral est favorable aux réformes électorales mais il ne participe pas à la campagne des banquets. Son adversaire est toujours Betting de Lancastel, plus nettement distancé cette fois, 263 voix pour le député sortant contre 46 à son adversaire . Dix ans après avoir été élu pour la première fois par la circonscription, le libéral Victor Lanjuinais sera confirmé en avril 1848 par le suffrage universel et deviendra, cette fois-ci sous l'étiquette conservatrice, le premier élu du département à la Constituante de la Seconde République.
A Paimbœuf, le 6e collège électoral ne va pas reconduire l'amiral Leray, l'opposition républicaine parvient à retourner quelques électeurs
et fait subir une nouvelle défaite au député sortant. Evariste Jean Marie Colombel l'emporte par 79 voix contre 73 à Leray . Le vaincu jugé trop conservateur est rejeté à la fois
par une partie de ses électeurs et par les milieux ministériels. Le ministre de la marine n'a pas apprécié son opposition aux réformes coloniales et met en échec son admission à la Chambre des
pairs. Insuffisamment ministériel, l'amiral échoue à la porte d'une assemblée que son conservatisme lui promettait. Il meurt du choléra en 1849.
Le nouveau député est avocat et le fils de Hyacinthe Colombel, adversaire de Jacques Laffitte à Pont-Rousseau en 1834. L'élection d'un
républicain dans un arrondissement que le suffrage universel désignera comme conservateur puis monarchiste est tout à la fois l'illustration des limites du scrutin censitaire dans lequel le
déplacement négocié de quelques voix se substitue au débat démocratique auquel aspirent les républicains, et le signe que la République apparaît comme le régime de recours auquel nombre de
conservateurs vont se rallier.
C'est principalement à Nantes qu'Evariste Colombel va illustrer la cause républicaine en devenant le premier maire (désigné) à diriger
un conseil municipal élu au suffrage universel.
La chute du régime de juillet met un point final à l'expérience de la Monarchie constitutionnelle. Amorcé sous la Restauration, le rapprochement du pays légal hérité de la Révolution et du pays réel qui s'exprimera dans sa composante masculine à partir de 1848, s'est poursuivi timidement après l'abaissement du cens mis en œuvre par la loi de 1831. L'établissement de véritables collèges électoraux d'arrondissements paraît alors l'innovation marquante de la période en absence d'avancée démocratique. L'établissement du suffrage universel masculin par la Seconde République s'accompagne du choix du scrutin départemental de liste qui se veut rupture avec le régime précédent en s'efforçant de limiter les influences locales sur un électorat sans expérience.
3/ La Restauration et la Monarchie de Juillet – vers le scrutin d'arrondissement 1814-1848
La première Restauration – la Charte de 1814
La Charte constitutionnelle du 4 juin 1814 ne rétablit pas, loin s'en faut l'ancien régime. Dans le préambule de ce texte, c'est "devant l'Assemblée qui nous écoute" dont il reconnaît l'œuvre passée que le roi s'engage à en respecter les termes. Le titre IV (le titre III est consacré à la Chambre de pairs composée de nobles) prévoit la création de la Chambre des députés des départements. Chaque département conserve le même nombre de députés et la Chambre est renouvelable par 1/5 tous les cinq ans. L'organisation des collèges électoraux est renvoyée à des lois ultérieures. La première assemblée est constituée par les députés du Corps législatif de l'Empire. Elle est dissoute au début des Cent-Jours.
Les Cent-Jours et le premier "député de Paimbœuf" (1815)
Napoléon, de retour de l'île d'Elbe, ne va pas faire moins que Louis XVIII en ouvrant la porte au Bonapartisme libéral là où le roi inaugurait un régime
de monarchie constitutionnelle. L'acte additionnel aux constitutions de l'Empire du 22 avril 1815 reprend les avancées de la Charte en créant la Chambre de pairs et la Chambre des représentants.
Celle-ci est constituée de deux fois plus de députés (629) et renouvelable en totalité tous les cinq ans. Assemblée plus jeune aussi, l'âge minimum pour être élu passe à 25 ans (40 ans pour les
députés institués par la Charte). Les collèges électoraux départementaux et d'arrondissement sont maintenus. Si les premiers gardent leurs prérogatives sur les seconds, ces derniers en élisent
pas moins pour la première fois un député. Dans la Loire-Inférieure, la situation électorale est la suivante : Le grand collège départemental élit quatre députés. L'arrondissement de
Nantes en élit deux. Chacun des quatre autres arrondissements (Ancenis, Chateaubriand, Paimbœuf et Savenay) en élit un. Un onzième député est désigné conformément à l'acte additionnel par le
"commerce et l'industrie". C'est ainsi que pour la première fois l'arrondissement de Paimbœuf va désigner directement un représentant à la chambre des députés. Ce premier "député de Paimbœuf" est
Pierre-Martin Barien, il a 56 ans et est procureur impérial de la ville. Cette élection mémorable est obtenue le 13 mai 1815 par 22 voix contre 15 à M. Gabou. L'histoire
retiendra que l'instabilité de la situation ne permit pas à M. Barien une élection triomphale car on ne put réunir que 37 votants sur les 98 du collège électoral .
La bourgeoisie libérale est largement représentée dans la nouvelle assemblée qui se réunit le 3 juin. Méfiante envers l'empereur, elle élit un des
siens à la présidence, un breton, Jean-Denis Lanjuinais, nous retrouverons son fils en élu du Pays de Retz. Napoléon qui n'y est pas obligé, ratifie ce choix et la Chambre des
représentants, dont l'acte le plus notable est d'obtenir de l'empereur son abdication après que le sort de son régime se fut joué sur une morne plaine, connaît cinq semaines d'activité
fébrile avant sa dissolution par le roi le 8 juillet 1815. Ainsi prend fin la carrière politique de Pierre-Martin Barien, premier député de Paimbœuf.
Pour être complet sur cette courte phase politique, ajoutons que le maire de Nantes, Jean-Baptiste-Charles Bertrand-Geslin, élu
par le collège départemental et propriétaire du château de la Rousselière en Frossay est parfois considéré pour cette raison comme un élu issu du Pays de Retz. Quant à Joseph
Fouché, duc d'Otrante, il continue de siéger doublement sous les Cent-Jours à la Chambre des pairs et à celle des représentants.
La Seconde Restauration (1815-1820)
de la Chambre introuvable à la loi du double vote
Fouché est encore présent dans le gouvernement que Louis XVIII forme dès son retour. Il fait aussi partie de la première Chambre élue en 1815 (élu de la
Corrèze et de la Seine-et-Marne) mais est exilé en 1816 touché par la loi sur les régicides.
Le 14 août, sous le régime de la Charte de 1814 les collèges d'arrondissement constitués sous l'Empire se réunissent et établissent des listes de candidats à
la députation. Le 22, le grand collège électoral du département de la Loire-Inférieure élit seul 5 députés royalistes à la Chambre largement dominée par les ultras, ardents
défenseurs de la monarchie. Le radicalisme des députés royalistes de la Chambre Introuvable conduit le roi à la dissoudre le 5 septembre 1816. Le 4 octobre suivant le grand collège de
Loire-Inférieure reconduit quatre des précédents députés.
La loi Lainé (février 1817) va réformer le système électoral hérité de l'Empire. La Chambre sera renouvelable annuellement par cinquième, système pense t-on
plus à même d'atténuer les soubresauts de l'opinion. Le collège électoral unique se tenant au chef-lieu du département est confirmé qui a la préférence des libéraux, peu fâchés de compliquer la
tâche des hobereaux ruraux acquis aux ultras. Le régime de la loi Lainé ne préside qu'à trois renouvellements, ceux des années 1817 à 1819. Le dernier concerne, le 25 mars 1819,
l'élection de Louis Rousseau, comte de Saint-Aignan, maire de Nantes depuis la dissolution, qui élimine à cette occasion Louis Humbert de Sesmaisons, le cinquième député ultra de
1815.
Si cette élection ne concerne pas directement le Pays de Retz, elle marque l'ascension politique d'une famille qui va étendre son influence sur le sud du
département depuis son château de Saint-Aignan-de-Grandlieu, et représenter la composante libérale de la vie politique du département. L'élection de Louis Rousseau par 62% des votants et
53% des inscrits, marque l'avènement d'un débat, certes circonscrit à la minorité concernée par le scrutin censitaire (le cens est fixé à 300 francs par la Charte), mais un débat réel entre
un droite légitimiste et une gauche libérale. Succédant aux engagements de la période révolutionnaire les armes à la main et aux étouffements du régime impérial, la recherche d'un gouvernement
d'opinion issu des urnes s'instaure sous le signe du libéralisme, maître mot de la période.
L'assassinat du duc de Berry (février 1820) intervient après trois renouvellements de la Chambre marqué par les progrès des libéraux. Les conservateurs voient dans
la mort du neveu du roi une conséquence néfaste de ces progrès et provoquent une révision de la loi. Au printemps suivant, la discussion du projet provoque des manifestations autour du Palais
Bourbon. Le 12 juin, la loi est votée, Louis Rousseau de Saint-Aignan est de ceux qui s'y opposent.
La principale disposition du projet est l'adoption du double collège. Mais le système n'est plus pyramidal, chacun des collèges élit ses propres députés. Les
collèges d'arrondissements sont rétablis mais en raison du faible nombre d'électeurs, ne coïncident pas avec les arrondissements administratifs, ils sont composés de tous les électeurs
satisfaisant au cens à 300 francs. Ils élisent directement 258 députés. A ces premières assemblées se superposent les grands collèges départementaux qui élisent séparément 172 députés.
Ne font partie de ceux-ci que le quart des plus imposés parmi les électeurs. Ces derniers votent par conséquent deux fois, au collège d'arrondissement puis au grand collège départemental. Cette
particularité va donner son nom à la loi du double vote et favoriser le vote conservateur.
La Seconde Restauration (1820-1830)
Les débuts du scrutin d'arrondissement
L'arrondissement électoral de Saint-Philbert ou Pont-Rousseau
La loi est mise en œuvre dès le premier renouvellement de novembre 1820. Les collèges départementaux élisent les 172 nouveaux députés. Il faut attendre
l'année suivante pour que les arrondissements électoraux désignent les leurs en Loire-Inférieure. Ces arrondissements sont au nombre de quatre : le 1er est celui de Nantes, le 2e regroupe
l'ensemble des cantons situés au sud de la Loire, on l'appelle suivant les législatures collège de Saint-Philbert ou de Pont-Rousseau, le 3e regroupe les cantons du nord du département à
l'exception de ceux compris dans le 4e arrondissement électoral qui est celui de Savenay.
Nantes reconduit le libéral Louis Rousseau dans le 1er arrondissement. Le 3e et le 4e élisent deux royalistes : de Foucault dans le nord et
Fauveau de Frénilly, ami du comte d'Artois à Savenay.
Le second arrondissement élit lui aussi un royaliste, Jacques-Auguste-Anne-Léon Leclerc, comte de Juigné le 1er octobre 1821 par 109 voix contre
66 à M. Bertrand-Geslin ancien maire de Nantes sous l'Empire et député des Cent-Jours. Chevalier de Saint-Louis, gentilhomme de la chambre du roi, l'élu du sud du département est le fils du
représentant de la noblesse des Marches communes de Poitou et de Bretagne aux Etats Généraux de 1789 et un soutien indéfectible à la monarchie. Celui que l'on peut considérer comme le second élu
du Pays de Retz est alors âgé de 47 ans. C'est un militaire, ancien aide de camp de son père en émigration, colonel de cavalerie en 1814, année où il remplit de premières fonctions politiques en
présidant le collège électoral de Bourbon-Vendée.
La loi du double vote a rempli son objectif, au fur et à mesure des renouvellements, les ultras supplantent à la Chambre les libéraux. L'assemblée
élue le 26 février 1824 avec son écrasante majorité royaliste (411 sièges contre 17 aux libéraux) prend le nom de Chambre retrouvée. Le comte de Juigné y est réélu contre M. Dupuis
il reste député jusqu'à la dissolution de 1827. Le double vote est une des causes de ce succès. Il en est une autre, tout aussi importante, on le vérifie en Loire-Inférieure, c'est l'importance
désormais donnée au scrutin d'arrondissement. L'importance de la part foncière de l'impôt participe à mettre en avant les gros propriétaires ruraux parmi lesquels les descendants de la classe
dominante de l'ancien régime. Ceux-ci comme les de Juigné retrouvent une partie du pouvoir confisqué pendant la période révolutionnaire par les négociants et hommes de loi du Tiers, et
emploient ce pouvoir à peser de tout leur poids électoral pour tenter de restaurer une autorité monarchique trop altérée à leurs yeux.
La personnalité du successeur du comte de Juigné, un authentique représentant du Pays de Retz : Pierre-Suzanne Lucas-Championnière est plus
subtile. Officier de l'armée de Charrette, il a raconté dans ses Mémoires sur la guerre de Vendée les épisodes des évènements révolutionnaires en Pays de Retz. Sous l'Empire, il devient
maire de Brains et conseiller général du canton de Bouaye (1803). Sous la Restauration, il est nommé chevalier de Saint-Louis. Elu député le 17 novembre 1827, contre un aristocrate M. de
Cornulier . Cette élection, consécutive à une dissolution voit les libéraux revenir en force (170 députés contre 125 royalistes ultra) 75 députés divers droite soutiennent cependant le
gouvernement du roi Charles X qui a succédé à son frère en 1824. Lucas-Championnière siège dans la contre-opposition royaliste, composante divers droite. Cette faction intransigeante des
partisans de la monarchie est alors inspirée par l'angevin François Régis de la Bourdonnaye. Elle combat l'opposition libérale mais reste critique envers le gouvernement. Elle s'oppose aux
empiètements trop manifestes du clergé et veut concilier démocratie et royauté, des institutions libérales aux mains de royalistes. Des idées somme toutes compatibles avec la vision moraliste que
développe déjà Lucas-Championnière dans ses Mémoires sur la guerre de Vendée . Pierre-Suzanne Lucas-Championnière meurt à Nantes le 22 novembre 1828, un an après son élection.
C'est un libéral d'origine bonapartiste qui le remplace à la Chambre. Nicolas-Auguste-Marie Rousseau, comte de Saint-Aignan, élu le 12
janvier 1829 dans un scrutin plus serré, 83 voix contre 72 à son rival le maire de Nantes Louis-Hyacinthe Levesque. Il est le jeune frère du député du 1er arrondissement, Louis Rousseau,
premier élu libéral du département qui a reconquis sur Levesque, son successeur à la mairie de Nantes, la fonction perdue en 1824. Le nouveau député, après une carrière militaire et diplomatique
sous l'Empire, refuse de prêter serment à la Restauration et aborde la politique en 1820 comme député de Guingamp.
La Chambre élue en 1827 évolue sous l'influence d'un gouvernement de compromis, ou au gré des renouvellements. C'est le cas dans le 2e arrondissement où un libéral
remplace un monarchiste convaincu. Au début de la session parlementaire de mars 1830 le comte de Saint-Aignan et son frère sont de la majorité de gauche qui émet un vote de défiance envers le
gouvernement conservateur du prince de Polignac. C'est la fameuse adresse des 221 en réponse au discours du trône de Charles X. L'évènement est à l'origine de la tourmente qui va
emporter le régime. Le 16 mai 1830, le roi dissout la Chambre des députés et convoque des élections le 23 juin. Louis Rousseau dans le 1er arrondissement (Nantes) est réélu contre Christophe
Laënnec, cousin de l'inventeur de l'auscultation, mais Auguste est battu par celui qui fait figure de rival des frères Rousseau : le maire de Nantes Louis-Hyacinthe Levesque.
Dans la seconde phase de l'élection, le 3 juillet, Auguste Rousseau est toutefois renvoyé à l'assemblée nationale par le grand collège de la Vendée.
Dans le 2e arrondissement, auquel on donne alors le nom de Saint-Philbert, Louis-Hyacinthe Levesque l'a emporté de justesse le 23 juin sur Auguste Rousseau, 123
voix contre 110 , il se range parmi les ministériels. Maire de Nantes depuis 1819, président de la Chambre de commerce, c'est un pionnier de l'industrie alimentaire. Membre de la Garde nationale
sous la Révolution, il a présidé à la mise en place de la statue de Louis XVI à Nantes. A la Chambre, il s'intéresse surtout au commerce et au développement de l'industrie.
Les élections ont renvoyé à la Chambre une majorité plus grande de libéraux. Charles X refusant le verdict des urnes, conserve le ministère et promulgue le 26
juillet les ordonnances de Saint-Cloud. La première supprime la liberté de la presse, la seconde proclame une nouvelle dissolution de la Chambre. La troisième modifie le régime électoral en
établissant le cens sur la seule base foncière. La quatrième convoque les électeurs pour septembre.
La troisième ordonnance vise clairement à écarter la bourgeoisie libérale des décisions politiques. Ecarter la patente des impôts retenus pour le calcul du cens équivaut
à éliminer les négociants de l'électorat. Les collèges d'arrondissement se voient par ailleurs privés de leur droit d'élection au bénéfice des collèges départementaux dans lequel le quart des
électeurs éliront seuls les députés réduits à 258. Les 172 sièges issus du vote des collèges d'arrondissement sont purement et simplement supprimés. Appliquée, cette ordonnance aurait réduit
notablement le pays légal que représente l'électorat censitaire. Elle aurait surtout éloigné de lui les professions industrielles et commerciales. La troisième ordonnance va mettre le feu aux
poudres. Le lendemain de sa promulgation, la journée du 27 juillet est la première des Trois glorieuses qui vont emporter le régime de la Restauration. La Révolution de juillet 1830
montre l'attachement populaire à la représentation légale. A Paris puis à Nantes où le sang va aussi couler, boutiquiers, étudiants, ouvriers se soulèvent pour défendre les représentants élus
face à un arbitraire royal aux relents d'ancien régime.
A la Chambre, qui va rester en place encore une année, Louis-Hyacinthe Levesque ne fait pas parler de lui mais les frères Rousseau de Saint-Aignan sont de
ceux qui œuvrent avec la majorité libérale pour établir un régime de royauté constitutionnelle bourgeoise et écarter la faction républicaine, agissante dans les émeutes mais désorganisée. Parmi
les libéraux, le banquier Jacques Laffitte, qui se présentera quatre ans plus tard devant les électeurs de Pont-Rousseau, est le premier à mettre en avant la solution orléaniste.
Les quinze années qui se sont écoulées depuis la fin de l'Empire constituent une période d'apprentissage de la cohabitation des pouvoirs exécutifs et législatifs. Organisés par la Charte de 1814 interprétée diversement par les souverains, ils s'affirment au travers de la recherche d'un équilibre entre votes de défiance et fréquentes dissolutions. Les modes d'élections, le rôle des collèges électoraux sont des variables d'ajustement du jeu politique, mais aussi une manière d'accoutumer les populations à des débats plus proches. En abaissant le cens, en resserrant encore le maillage représentatif, faisant au minimum coïncider arrondissements administratifs et arrondissements électoraux, la Monarchie de Juillet va contribuer au rapprochement du pays légal et du pays réel.
En réalité Il n'y eut jamais un mais plusieurs députés élus par le Pays de Retz et pas de façon continue qu'on en juge :
Le Pays de Retz élit des députés depuis 1815 sauf au début de la seconde Restauration (1815-1820) et lors des périodes de scrutin de liste départemental (2e à 5e Républiques)
Les arrondissements administratifs naissent en 1800. mais ne servent d'abord que de relais pour la nomination de députés.
1815 Un premier député est élu par l'arrondissement de Paimboeuf lors des Cent-Jours
1815-1820 Sous la Restauration, l'élection est d'abord faite par un grand collège électoral départemental.
Les circonscriptions électorales naissent avec la loi du 12 juin 1820, elles ne coïncident qu'en partie avec les arrondissements administratifs.
1820-1830 La Loire Inférieure est divisée en 4 collèges électoraux : le 1er est celui de Nantes, le 2e regroupe l'ensemble des cantons situés au sud de la Loire, on l'appelle suivant les
législatures collège de Saint-Philbert ou de Pont-Rousseau, le 3e regroupe les cantons du nord du département à l'exception de ceux compris dans le 4e
arrondissement électoral qui est celui de Savenay.
1830-1848 Au début de la Monarchie de Juillet le 2e collège électoral est séparé en deux : le 3e de Pont-Rousseau (avec 2 cantons du nord-Loire Carquefou et la Chapelle, il représente la
partie rurale de l'arrondissement de Nantes) et le 6e de Paimbœuf. Le Pays de Retz élit alors 2 députés mais n'élit pas seul celui du 3e collège.
De 1815 à 1848 Le Pays de Retz élit (mais pas toujours seul) 15 députés.
1848-1852 Les élections de la seconde République se font sous le régime du scrutin de liste départemental.
1852-1870 Le Pays de Retz retrouve un député sous le Second Empire celui de la 4e circonscription (Paimbœuf) qui comprend tout le Pays de Retz sauf le canton de Bouaye qui appartient à
la1ère (Nantes).
1870-1940 Sous la Troisième République le Pays de Retz élit à chaque scrutin 2 ou 3 députés suivant les législatures.
Circonscription de Paimbœuf
Relativement stable, elle comprend sous la 3e Rép. et jusqu’en 1936 (hors les périodes de scrutin de liste : 1871-1876, 1885-1889, 1919-1928)
les 5 cantons de Bourgneuf, Le Pellerin, Paimboeuf, Pornic, St Père en Retz.
De 1936 à 1940 on lui adjoint le canton de Machecoul
4 députés
circonscription de Nantes 3 (puis 4)
De 1876 à 1885 les 4 cantons Bouaye, Machecoul, Legé et St Philbert votent avec la 3e circonscription de l’arrondissement de Nantes qui comporte en outre le canton d’Aigrefeuille,
1885 : scrutin de liste
De 1889 à 1910 la 3e circ. de Nantes perd le canton de Bouaye (qui passe dans la 2e) elle comprend alors les cantons de Machecoul, Legé et St Philbert et est agrandie de 3 cantons du vignoble
(Clisson Le Loroux Bottereau, Vallet) et de 2 cantons du Nord Loire (Carquefou, La Chapelle sur Erdre).
De 1910 à 1919 elle devient la 4e circonscription de Nantes (mêmes cantons)
1919-1928 scrutin de liste (2e circonscription)
De 1928 à 1936 même situation que 1910-1919
De 1936 à 1940 la 4e circ. de Nantes perd le canton de Machecoul au bénéfice de l’arrondissement de Paimbœuf.
6 députés
circonscription de Nantes 2 (puis 3)
Concerne uniquement le canton de Bouaye à partir de 1889
De 1889 à 1910 avec une partie de Nantes
De 1910 à 1919 elle devient la 3e circonscription de Nantes à laquelle on ajoute le canton de Vertou
1919-1928 scrutin de liste (1ère circonscription)
De 1928 à 1940 même situation que 1910-1919
5 députés
Après 1945, les élections sous le Gouvernement provisoire de la République française (GPRF 1945-1946) puis de la IVe République (1946-1958) se déroulent sous le régime du scrutin proportionnel
plurinominal par département, il n'y a pas de circonscription électorale.
La Ve République revient au scrutin d'arrondissement :
1958-1986 Le Pays de Retz est presque entièrement compris dans la 8e circonscription sauf les cantons de Bouaye et de Rezé (ce dernier canton créé en 1973 avec les communes de Bouguenais et
partiellement de Rezé)
1986-1988 On revient au scrutin proportionnel plurinominal par département, il n'y a pas de circonscription électorale.
Depuis 1988 la 8e circonscription est devenue la 9e sans changement.
Le découpage électoral est celui mis en place par la loi du 24 novembre 1986 (découpage Pasqua)
Il n'y eut donc jamais de député du Pays de Retz !
A ceux qu'on nomme ainsi aujourd'hui il manque l'électorat des cantons de Bouaye et Rezé
Les seuls député élus par l'ensemble du Pays de Retz (mais plus le vignoble) sont ceux élus de 1820 à 1830 au scrutin censitaire
Simple n'est-ce pas ?
Entre adaptation démographique et tripatouillage électoral le Pays de Retz ne pèse pas bien lourd dans la géographie électorale sous tous les régimes politiques.
Deux exemples parmi d'autres :
En 1919, le scrutin de liste départemental est organisé en 2 circonscriptions. La 1ère (De Saint-Nazaire à Nantes en passant par Bouaye) est taillée à la mesure d'Aristide Briand,
son élu en 1919 et 1924.
En 1936 on adjoint le canton de Machecoul à la circonscription de Paimbœuf pour permettre à Augustin Dutertre de la Coudre, maire de Machecoul de prendre la succession du marquis de Juigné élu au
Sénat.
PatBdM
Tallemant des Réaux qui ne l'aimait pas le disait sans cervelle et le traitait de gros ivrogne.
Le poète Saint-Amant s'était d'abord attaché au duc de Retz avant de s'en aller guerroyer avec l'évêque de Nantes et reprendre les îles de Lérins aux galères espagnoles. Plus tard, il s'en était
allé représenter la reine de Pologne au mariage de la reine de Suède à Stockholm.
Henri de Gondi, qu'on appelait le vieux duc pour le distinguer de son gendre Pierre (frère du cardinal de Retz) et que Tallemant appelle le bonhomme s'était attaché le poète qui
goûta surtout le séjour de Belle-Ile.
Vers 1610-1620, le duc de Retz qui séjourne souvent dans son château de Princé près du bourg de Cheméré, fait construire un ensemble de pavillons dans une clairière au cœur de la forêt.
On appelle ce lieu les Iles enchantées, nul ne sait depuis quand mais Saint-Amant l'apelait le Palais de la volupté.
Yci la même symmétrie
A mis toute son industrie
Pour faire en ce bois escarté
Le Palais de la Volupté.
Mais les buis ont étouffé les pierres, la forêt de Princé comme peau de chagrin s'est refermée sur les vieux murs.
Bâtis sur des îles artificielles que l'on atteint encore en franchissant l'eau noire des canaux encombrés de bois mort, les pavillons que chanta Saint-Amant ne sont plus qu'un souvenir
Du temps où le bonhomme y séjournait
Tant pour la chasse et pour l'estude
Que pour tous les autres plaisirs
Nous y fûmes samedi, historiens ou amateurs de jardins.
Véronique Mathot évoqua en ces lieux aujourd'hui sombres les lumières du Grand siècle dont les poètes à la verve caustique évoquaient Diane et Minerve, Pan et Bacchus en des termes dont la
verdeur le disputait à la confusion des sots.
D'abord la grande salle que l'on imagine centrale domaine de Pan et de Diane, la forêt et la chasse
Passe-temps ambigu
Le plaisir à la peine joint,
Le pavillon de Mercure
Le Chef des illustres menteurs,
C'est-à-dire des Orateurs,
Celui de Minerve
Là ceux qui pensent ne point vivre
S'ils n'ont le nez dans quelque livre,
Messieurs les Doctes seulement
Se trouvent en leur élément.
A Bacchus est consacré le troisième, Saint-Amant s'y complait
Là, tous les honnestes Yvrongnes
Aux cœurs sans fard, aux nobles trongnes,
Tous les gosiers voluptueux,
Tous les Desbauchez vertueux,
A vénus enfin le dernier pavillon
Et pour le dernier où se tiennent
Mille tableaux qui nous esmeuvent
A faire ce crime innocent
A quoy la Nature consent,
Après l'harmonie et la symétrie du palais, le déchaînement des mots confinant parfois à l'ordurier contre ceux qui n'y sont point conviés.
Que les Ennemis des sciences,
Que les perfides Consciences ;
Que les yvrongnes querelleux,
Ny les ignorans Scrupuleux,
Ne viennent point pour nos supplices
Troubler en ce Lieu les delices
Envers quel ennemi enfin ce redoublement de mépris ?
Que le petit Noble rustique
Avec son habit à l'antique,
Son corps mal fait, son sot maintien,
Et son ridicule entretien,
Le palais de la volupté 
Sur une maison de
plaisance que monseigneur
Le Duc de Rets a fait bastir dans sa
Forest de Prinçay
Yci la même symmétrie
A mis toute son industrie
Pour faire en ce bois escarté
Le Palais de la Volupté.
Jamais le vague Dieu de l'Onde,
Ny celuy des clartés du monde
N'entreprirent rien de plus beau
Quand sans trident et sans flambeau,
D'une volonté mutuelle
Ils mirent en main la truelle
Et sous des habits de maçons,
Employèrent en cent façons
Tous les beaux traits que la Nature
Admire dans l'Architecture
Pour loger ce Prince Troyen
Qui depuis les paya de rien.
Arrière ces masses énormes
Où s'entre-confondent les formes,
Où l'ordre n'est point observé,
Où l'on ne voit rien d'achevé :
Il n'en est point icy de mesme,
Tout y suit la raison supresme
Et le dessein en chasque part
S'y rapporte aux règles de l'art.
L'invention en est nouvelle,
Et ne vient que d'une cervelle
Qui fait tout avec tant de poids
Et prend de tout si bien le choix
Qu'elle met en claire évidence
Que sa grandeur et sa prudence
Sont aussi dignes sans mentir
De regner comme de bastir.
Cet esprit que ma Muse adore
Qui de son amitié m'honore
Et que j'estime comme un Dieu,
A fait ce Palais en ce lieu
Où fréquente la solitude
Tant pour la chasse et pour l'estude
Que pour tous les autres plaisirs
Qui s'accordent à ses désirs.
La salle grande et somptueuse
Autant qu'elle est majestueuse
Se dédie au Roy des forêts,
Au bon Pan qui dans un marests
Vit sa maistresse en vain aymée
En fresles roseaux transformée ;
De quoy, pour chanter son tourment,
Il fit à l'heure un instrument
Qui ne dit mot quand on le touche
Si l'on ne le porte à la bouche,
Essayant ainsi d'appaiser
Son ardeur par quelque baiser.
Là dedans encore on revere
Diane au front doux et severe
Non pas pour cette chasteté
Dont son humeur fait vanité ;
Quoy qu'avec Hippolyte on croye
Qu'elle s'en donnoit au coeur joye,
Mais parce qu'elle ayme d'amour
A chasser en ce beau séjour.
Ceux de qui l'ame et les oreilles
Trouvent des douceurs nompareilles
Aux plaisans et confus accors
Que font ensemble, et Chiens et Cors,
Entremeslez de voix humaines,
Quand par les Bois, ou par les Plaines,
Ou par les Monts ou par les Vaux,
Et les hommes, et les Chevaux,
Poursuivent Cerf, Chevreuil, ou lièvre
A qui la peur donne la fièvre,
Ceux, dis-je, qui ne craignent point
Le plaisir à la peine joint,
Tel qu'il l'est en cet exercice
Qu'on nomme un aymable caprice,
Y sont bien venus en tout temps,
Et n'en partent point mal-contens,
Le Demon des tours de finesse,
Qui dès sa plus simple jeunesse
Attrapa jadis tous les Dieux,
Et sur la terre et dans les Cieux ;
L'inventeur du jeu de la chance,
Où les trois Dez menans la dance
Taschent au sortir d'un cornet
A vous mettre une bource au net ;
Le Patron des maquerellages,
Le Suborneur des pucellages,
Le Chef des illustres menteurs,
C'est-à-dire des Orateurs,
Dont sonnent la seule éloquence,
Rend les sujets de consequence ;
Mercure, dis-je, au doux propos,
Aux yeux perçans, au corps dispos,
Qui par une routte inconnuë
Vole à son gré dessus la nuë,
Ailé comme un Esmerillon
Preside au premier Pavillon.
En cet endroit, sans tromperie,
Et sur tout sans criaillerie
Peuvent s'esbattre nuict et jour,
Gagnans et perdans tour à tour
Sous le bon plaisir de Fortune,
A l'un douce, à l'autre importune,
Ceux qui pensent que Paradis,
C'est ramener quinze sur dis.
Le Second, c'est où l'on conserve
L'auguste portrait de Minerve ;
De ceste Sage Deïté,
Qui gardant sa virginité,
Est cependant Mere feconde
De divers Enfans mis au monde ;
Les uns par les habiles mains
Des plus industrieux humains ;
Les autres en la mesme guise
Que l'on chante qu'elle y fut mise,
Lors que son Pere en accoucha
Par le cerveau qu'on luy trencha ;
Ce sont les Arts, et les Sciences,
Que malgré nos impatiences,
Autrefois elle nous apprit
Tant du corps comme de l'esprit.
Là ceux qui pensent ne point vivre
S'ils n'ont le nez dans quelque livre,
Messieurs les Doctes seulement
Se trouvent en leur élément.
Au troisiesme, on voit en sa gloire
Celuy qui se plaist tant à boire ;
Ce Dieu de Pampre couronné
Qui s'enyura dès qu'il fut né ;
Ce fameux Prince des Crevailles
Ce guerrier de qui les batailles
Se donnent en plein Cabaret
Sous un drappeau Blanc et Clairet
Ce bon Denis à qui ma Muse
Aucun éloge ne refuse ;
Ny jamais n'en refusera
Tant que sa verve durera.
Là, tous les honnestes Yvrongnes
Aux cœurs sans fard, aux nobles trongnes,
Tous les gosiers voluptueux,
Tous les Desbauchez vertueux,
Qui parmy leurs propos de table
Joignent l'utile au delectable,
Sont receus et traittez aussi
Comme des enfans sans soucy.
Et pour le dernier où se tiennent
Mille tableaux qui nous esmeuvent
A faire ce crime innocent
A quoy la Nature consent,
C'est à la cause des pensées
D’où naissent toutes les ar**
C'est à celle qui sur les flots
Le divin germe estant esclos
Vogua dans un berceau de Nacre,
C'est à Venus qu'il se consacre,
A Venus qui s'apprit deslors
Dans la mer au bransle du corps,
Qu'elle exerça depuis sur terre
Menant une si rude guerre
Aux plus vigoureux Bra**
Que jusques à celuy de Mars,
Il lut falut rendre les armes,
Et recourir cent fois aux larmes
Pour quelque trève en obtenir,
Puis qu'il ne pouvoit la finir.
Là, ceux que Priape convie
Au plus cher plaisir de la vie,
Où l'on espreuve un doux trespas,
Encore qu'on ne meure pas,
Trouvent sans prendre cette peine
Qui souvent en amour est vaine,
Dequoy saouler leurs appetits,
Autant les grands que les petits.
Que ces Empaleurs de Gomorre,
Ces Bou** que mon cœur abhorre,
Ces infames pescheurs d'est**
Ces soldats lasches et poltrons,
Qui denüez de toute audace
N'osent assaillir qu'une place,
Qui sans tour et sans parapet
Ne se deffend qu'à coup de pet :
Que ces testes extravagantes,
Ces fous aux humeurs arrogantes,
Qui sans reverence des Dieux
Se plaisent à morguer les Cieux,
Pestans avec mille blasphemes
Contre tout, voire contr'eux mesmes
Seulement pour estre compris
Au nombre de nos forts Esprits :
Que ces miserables avares
A leur endroit mesme barbares,
Qui bien moins hommes qu'Animaux
Se donnent tous les jours les maux
Que dans les biens dont ils se privent
Ils craignent qui ne leur arrivent,
Et se laissent mourir de faim
De peur de n'avoir plus de pain :
Que ces mines de secretaires,
Ces graves discoureurs d'affaires,
Qui sans adveu du Potentat
Trenchent des Ministres d'Estat :
Que ces vieilles Rattes-pourries
Ces Ames qui ne sont nourries
Que d'un chagrin contredisant
A tout ce qu'on fait de plaisant ;
Que les Ennemis des sciences,
Que les perfides Consciences ;
Que les yvrongnes querelleux,
Ny les ignorans Scrupuleux,
Ne viennent point pour nos supplices
Troubler en ce Lieu les delices
Que l'on y gouste tous les jours ;
Bref pour accomplir ce discours,
Que le petit Noble rustique
Avec son habit à l'antique,
Son corps mal fait, son sot maintien,
Et son ridicule entretien,
Ne se presente en nulle sorte
A ceste venerable Porte
Qu'il feroit sauter hors des gonds,
Q'il ne veut que par mille bonds
On luy fasse dans une berne
Dancer la Volte à la moderne ;
Ou que pour avoir trop vescu,
Cent coups d'espingle dans le cu
Luy soient octroyez par des Pages
Plus meschants que des Chats-Sauvages,
Ou qu'en fin les plus forts Valets
Aillent luy donner le Relais.
Marc-Antoine Girard dit Saint-Amant 1594-1661
Texte établi en respectant l'orthographe de l'édition de 1642
A Paris chez Toussainct Quinet (Source Gallica)
2/ Le Consulat et le 1er Empire - la démocratie confisquée 1800-1814
Si le Consulat ne renie pas la République, il en change
profondément le fonctionnement en confisquant au profit du gouvernement une bonne part de la fonction législative. Le coup d'Etat du 18 brumaire (9 novembre 1799) se joue en partie dans les
assemblées législatives issues de la constitution de l'an III. Avec la complicité du Conseil des Anciens, les comploteurs mettent fin à la Révolution en annihilant la faction Jacobine du Conseil
des Cinq-Cents. Joseph Fouché, secrétaire de la police, prête son concours à l'opération.
La constitution de l'an VIII (13 décembre 1799) fait place nette des
anciennes assemblées et organise le pouvoir du premier consul. La base électorale s'inspire des empilages successifs en vigueur au début de la Révolution mais chacune des couches se réduit dans
la proportion de 1/10e. L'électeur de 21 ans minimum qui réside depuis plus d'un an dans la commune, s'il n'est pas en état d'interdiction légale, (parmi lesquelles l'état de domestique à gages)
choisit dans la proportion de 1/10e des votants les membres d'une liste de confiance de l'arrondissement communal. Ces derniers désignent également 1/10e d'entre eux pour constituer une liste
départementale. Les membres de la liste départementale désignent encore 1/10e des leurs pour former une ultime liste d'éligibles aux fonctions publiques nationales.
Le Sénat conservateur est une émanation directe du pouvoir exécutif
puisqu'il est composé de 80 membres, 60 désignés par le premier consul et 20 cooptés par leurs collègues. Son principal rôle est de désigner à partir des listes d'éligibles les membres des deux
assemblées considérées comme législatives : Le Tribunat composé de 100 membres qui discutent les lois (plusieurs fois réorganisé, Napoléon finit par le supprimer en 1807) et le Corps législatif
proprement dit dont les 300 membres votent la loi (chambre renouvelable par 1/5e chaque année).
La primauté du pouvoir exécutif s'exprime donc dans le choix même des détenteurs du pouvoir législatif. Le citoyen dans ces conditions voit son droit d'élection confisqué au profit d'un simple
droit de proposition. Encore ce doit est-il lui-même diminué, le gouvernement se réservant parfois le droit de choisir des éliminés !
Au début de l'année 1800 une nouvelle organisation
administrative voit le jour. La principale innovation est la création d'arrondissements départementaux issus des anciens districts, avec à leur tête une sous-préfecture. C'est le cas à Paimbœuf.
Dans les années qui suivent, les cantons sont réorganisés pour constituer le maillage encore en vigueur.
Ces modifications administratives sont répercutées dans le droit
électoral. La constitution de l'an X (4 août 1802) consécutive au Consulat à vie prévoit ainsi dans le cadre d'un scrutin qui redevient censitaire des assemblées de cantons qui élisent des
collèges électoraux d'arrondissement (entre 120 et 200 membres à vie choisis parmi les 600 électeurs les plus imposés plus 10 nommés par le 1er consul) ceux-ci élisent des collèges départementaux
(200 à 300 membres plus 20 nommés par le 1er consul). Le rôle de ces collèges est toujours de proposer des listes de noms pour les postes à pourvoir.
On voit ainsi se dessiner au début de l'Empire une carte nouvelle où apparaît
l'arrondissement et d'où émergeront les collèges électoraux de la Restauration.
Les règles adoptées en matière électorale autorisent encore moins que par le passé à
parler de représentants du Pays de Retz dans les assemblées législatives. Quelques personnages déjà rencontrés se maintiennent ou reviennent dans celles qui font figure d'assemblées
parlementaires.
Joseph Fouché, on ne s'en étonnera pas, prend place le 14
septembre 1802 sur les bancs du Sénat conservateur (sénatorerie d'Aix). C'est une mesure compensatoire pour la perte du ministère de la Police qu'il retrouvera deux ans plus tard.
A la veille de la promulgation de la constitution de l'an VIII (24
décembre 1799), trois anciens députés retrouvent un siège au Corps législatif.
La nomination de Jean-Baptiste Mosneron, s'inscrit
incontestablement dans une logique d'ouverture vers les monarchistes constitutionnels qui formaient la majorité de l'Assemblée Législative de 1791-1792. Beaucoup d'entre eux, et c'est le cas de
Mosneron, ont vu leur vie menacée sous la Convention. Le député de Nantes s'est vu reprocher ses amitiés aristocratiques. Dans un mémoire adressé à Louis XVIII sous la Restauration, il raconte
comment le 20 juin 1792, il est près du roi Louis XVI lors de l'envahissement des Tuileries et contribue à protéger la reine et ses enfants de la fureur des émeutiers. Dénoncé comme royaliste à
son retour à Nantes après la séparation de la Législative, Mosneron connaît la prison dont il ne sort qu'après le 9 thermidor.
A la fin de son mandat en 1804, Jean-Baptiste Mosneron se retire à Versailles
près de son ami poète académicien Ducis et poursuit une carrière de littérateur. Lors de la publication de son ouvrage le plus connu, Le Vallon aérien, en 1810, il se qualifiera
d'ex-législateur. Dans ce récit inspiré de la philosophie des Lumières, il raconte la découverte par un aérostier d'une vallée perdue des Pyrénées abritant un refuge protestant. La sympathie de
l'auteur pour l'heureuse communauté huguenote est à cent lieues de l'opinion de son prédécesseur l'abbé Chevalier dénonçant dans la Révolution l'œuvre des Protestants. A la fin de l'Empire,
l'ancien négociant esclavagiste deviendra entreposeur de tabac à Saint-Gaudens et obtiendra de la Restauration la légion d'honneur et le titre de baron de Launay pour son
attitude lors de l'Assemblée législative. Il meurt en 1830.
Soutien du 18 brumaire comme son collègue Mosneron,
François-Toussaint Villers, l'ancien curé de Saint-Philbert-de-Grandlieu, n'a pas les mêmes opinions politiques. Il appartient à la tendance républicaine de la nouvelle
assemblée. Député presque sans interruption depuis 1792, il s'est distingué sous le Directoire lors du coup d'Etat du 4 septembre 1797 dirigé par les directeurs contre la majorité royaliste des
conseils. Secrétaire du conseil des Cinq-Cents, il fait voter aux députés la prestation d'un serment de haine à la royauté. Spécialiste des questions douanières, Villers quitte le Corps
législatif en 1802 pour s'établir directeur des douanes à Nantes. Membre de la Société des sciences et arts de la ville, François-Toussaint Villers est l'auteur d'un mémoire inédit sur la
navigation et le commerce. Il meurt à Nantes en 1807.
Membre du Conseil des Anciens, François-Yves Raingeard de la
Blétière a approuvé le coup d'Etat de Bonaparte, ce qui lui vaut la nomination par le Sénat conservateur sur la liste de éligibles de la Loire-Inférieure. Il siège jusqu'en 1805 et meurt
à Pornic en 1820.
Le Corps législatif de l'Empire n'offre donc pas de nouveau nom dans
la représentation du Pays de Retz. Le mode de nomination ne favorise pas les non nantais. Les trois députés ne doivent qu'à leurs œuvres passées de siéger, d'ailleurs peu de temps, dans une
assemblée que l'empereur consulte peu, oubliera parfois de convoquer et même de renouveler !
La première abdication d'avril 1814 établit une césure dans l'histoire parlementaire. En effet, l'acte additionnel aux constitutions de l'Empire du 22 avril 1815 proclamé pendant les Cents Jours, comme la Charte octroyée par Louis XVIII l'année précédente redonnent aux citoyens jugés dignes par le cens, un pouvoir électif qui ne sera plus contesté. En reconnaissant le pouvoir législatif conjointement au souverain et au parlement, les deux textes engagent le pays dans la dernière étape avant l'établissement du suffrage universel. Un temps qui sera aussi le premier âge du scrutin d'arrondissement.
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